Et c’est reparti pour trois jours de folie…

E

J’écris un petit mot hier à Maru-chan, il me rappelle, nous nous retrouvons vers 16 heures à Kôen-ji dans l’ouest de Tôkyô. J’y vais, bien sûr, en vélo, ce qui étonne l’ami-maru. Il m’a fallu environ 30/40 minutes, 飯田橋ー早稲田ー高田馬場ー中野ー高円寺 / Iidabashi- Waseda- Takadanobaba- Nakano- Kôenji en prenant la 早稲田道り / Waseda-dôri.
Sur le chemin, au hazard des arrêts, je vois les prix des denrées alimentaires s’écrouler. Ainsi, dans mon quartier, trois malheureuses tomates coutent environ 250 yen. A Kôenji, ce qui doit bien faire 2,5 kilos coûte 500 yen (3,5 EUR), en gros moins cher qu’à Strasbourg Saint Denis… ! Nous sommes allés chez lui où nous avons bavardé de choses et d’autres et, au retour, j’ai pu voir son épouse Naoko, enceinte de 4 mois. Je suis rarement porté par les félicitations en cas de grossesse mais dans leur cas, c’est plutôt sympathique car le petit maru ne manquera à priori de rien. C’est un bon départ dans la vie, et ça ajoute quelque chose à un couple… Sympathique. Je suis revenu chez moi en soirée en m’arrêtant au DonQuichote de Nakano où je n’ai pas trouvé de gaufrier… (Naoko et Maru en ont acheté un… 2000 yens…)

J’ai été amusé qu’un ami, TB, ait judicieusement invité des “passagers” du site japon.org à lire mon sujet sur “les vérités” officielles du Japon. Le sujet a comme toujours dérapé – c’est le propre des forums, et je dois dire que j’aime lesdits forums de moins en moins…- mais comme il s’agit d’un site aux modérateurs expérimentés et assez “invisible”, ce dérapage s’apparente plus à un glissement, bref, l’éternelle comparaison entre la France et le Japon.
Hormis le fait que ce que j’ai écrit sur mon blog est plus une mise à plat strictement personnelle -je vous rappelle que le blog me permet de partager avec vous ce qui est d’abord un journal intime… !-, plutôt maladroite et assez mal construite, il est assez frappant de voir des gens se livrer à un lynchage de la France, de sa protection sociale et de sa fainéantise et refusent absoluement toute critique du Japon. Moi, je reste Français partout où je suis. Ce que j’aime chez nous autres, Français, c’est notre faculté à ne pas accepter, à critiquer, à rêver autre chose.
C’est parce que j’aime l’histoire du Japon, ses paysages, sa culture que je suis révolté par cette surrexploitation des hommes, cette industrialisations et ces empilements parfois poussés aux limites de l’absurde avec des répercutions plus que chocantes en matière de pollution et de destruction des sites et surtout cette amnésie pour l’histoire et ce mépris pour leur propre culture… Je critique la France, que l’on me permette de critiquer le Japon. Je n’aime pas ce que les élites nationalistes alliées aux Américains ont fait du Japon.
Je préfère un système où on donne une bourse aux étudiants à un autre où ceux qui n’ont pas les moyens se bousillent les yeux, la santé et les poumons dans des supérettes ouvertes 24h/24. Je préfère un système où on travaille 35 heures à un autre où on meurt de surmenage au travail. Je préfère une société où les luttes sociales ont permis aux hommes et aux femmes de se rapprocher dans l’égalité en offrant la possibilité de recréer la famille sur de nouvelles bases à une société où l’anti-communisme, des lois d’exception et la pègre réunis ont empêché toute évolution et toute contestation d’un modèle dominant en lui donnant de plus, un caractère “natinal”, “identitaire” qui apparente celui/celle qui le conteste à un traître. Je préfère une société qui se remets en cause et admet ses fautes, colonialisme, collaboration, déportation, à une société qui préfère l’ignorance de mêmes faits au prix d’une amnésie sur toute l’histoire du pays.
Il y a deux jours, c’est Jean Baptiste qui me contacte. Nous nous sommes balladés dans le quartier puis vers 武道館/Budôkan à 九段下/Kudanshita car il vient d’y emménager près d’市ヶ谷/Ichigaya. On est voisin, quoi. Cela étant, mon escapade hier vers Koênji me confirme bien que ce serait bien de déménager. Ici, c’est cher et de plus, la “centralité” à Tôkyô ne sert à rien. Tiens, d’ailleurs, à Paris, on devrait peut être aller dans ce sens là. Se débarrasser de l’idée de centre… Enfin… J’étais content de revoir Jean Baptiste. Faut que je revois du monde, faut que je sorte Kaikai… Il a tendance à être un peu comme les filles. De lui même, je crois que nous sortirions à peine…
Et que l’on ne s’y trompe pas, les Japonais sont majoritairement de mon avis. Seuls les jeunes, qui en ressentent en revanche le plus profond malaise, sont ignorants de tout ce qui est perdu. Les plus vieux ont connu les grèves, les luttes des femmes, les luttes contre la guerre du Vietnam… Les Japonais condamnent les visites à Yasukuni, sont pour une réconciliation avec l’Asie et une prise de distance vis à vis des USA. Les jeunes, bien que le lavage de cerveau les affecte au tout premier chef, voient bien le décallage entre ce Japon et cet Occident rêvé et montré en modèle… Mais contrairement à leurs ainés, ils ne savent guère ce qu’est une lutte sociale et n’osent espérer des changements. Beaucoup rêvent à l’Amérique et d’autres à l’Europe voire même à l’Afrique en développement ou à l’Asie émergeante… La majorité se cloître chez elle devant l’ordinateur, dans la salle de jeu, au patchinko ou à la machine à sous et/ou bien consomme, consomme, consomme… Et quand on parle avec eux, on voit la tristesse de ces vies où la vie de famille est inexistante et l’affection absente.
Je doute que le Japon ait toujours été ainsi. Les “différences” n’expliquent pas tout. Comme beaucoup d’autres avant moi l’ont constaté, les élites nationalistes ont transposé dans le domaine de la société les structures du Japon militarisé. Obeir, être en groupe… Que ceux, occidentaux, qui parlent de confucianisme traditionnel et d’éthique zen aillent se rhabiller : le Japon n’a jamais fonctionné sur ces valeurs si ce n’est son élite militaire du 17ème au 19ème siècle. Mais l’étude des estampes ukyo-e, des dessins sumi-e, la lectures des textes anciens suggèrent un pays plus complexe, fichtrement libéral, “bara-bara”, un peu désordonné.
Enfin…
Bon, c’est pas le tout que ça : j’ai des cours à donner.
De Tôkyô,
où il fait environ 22° sous les nuages,
content de son week end…
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • saluit!
    j’apprécie ta façon d’écrire …que j’ai découverte sur le japon.org!
    ne t’en fais pas pour une éventuelle interprétation vbiaisée qui pourrait être faite de ton blog…c’est très limpide et je pense que tu le genre de francais au japon qui respecte certainement mieux le pays que d’autres qui encensent ou pratiquent la langue de bois…
    en tous cas je reviendrai pour une petite visite et lecture…
    perso, je ne connais du japon que des étudiants qui viennet en france alors forcément ma vision est différente…et puis c’est du sentimental…
    mais ils m’ont déjà dit des choses que tu racontes…;
    En tous cas tu développe des sujets intéressants…a plus

  • Tout d’abord, bravo pour ce blog.

    J’ai pris un peu le temps de le lire et je le trouve bien écris (c’est assez rare pour le signaler); il y a de la passion mais aussi beaucoup de recul.

    Je ne partage pas (bien sûr) toutes tes positions, mais je me retrouve dans plusieurs de tes billets, et en particulier dans celui-ci.

    En vivant ici, j’éprouve moi aussi du regret (voir de la colère) quand on voit ce qu'”on” (USA, politiciens en place) a fait du Japon.

    Pour ma part, c’est surtout en parlant avec des personnes plus âgés que j’ai pris conscience qu’un autre Japon a existé, autrefois, et qu’il est peut-être dorénavant perdu à jamais.

    En attendant autant profiter des moments présents, et (heureusement) il y en a des bons … mais …

    Bonne continuation.

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