10h40 et déjà 27° : qui s’en plaindrait ?

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Une révolution dans ma vie : le four et le gaufrier !

Amis internautes, fidèles compagnons de ma vie de tous les jours, accompagnateurs zélés : me revoici ! Je vous reviens sans aucune nouvelle aventure, sans avoir rien à vous dire, le coeur bien en place et qui ne chavire pas, sans la moindre trace de trac : manquerait plus que vous me fichiez la trouille, non mais… !
Pas eu des masses envies d’écrire ces derniers temps. Plutôt envie de vivre pour moi-même, sans trop y réfléchir, avec un petit goût de on verra bien. Ca m’a toujours réussi… Autrefois, je vous parle de l’époque d’avant mon analyse, en gros, je m’enfermais chez moi. Je finissais toujours par déplacer les meubles, faire le ménage et ça allait mieux jusque la prochaine fois. Un jour, il n’y a pas eu de prochaine fois en vue, je me suis senti très mal : je me suis retrouvé coincé chez moi, sans aucune illusion de déplacement de meubles : j’avais tout vendu, restait plus que moi… Ca fait mince…
Ces 15 derniers jours, j’ai donc fait dans le ressourcement : lecture tous azimut. J’ai ressorti le vélo au premier rayon de soleil disponible. Et depuis 3 jours, il fait un temps magnifique : cette chaleur du Japon, cette crème de soleil à l’humidité généreuse qui fait pousser les plantes et leur donne ce vert caractéristique… Quel bonheur ! Au travail, c’est un peu toujours la même chose, au détail près que je suis de plus en plus à l’aise : sans pour autant faire toujours des leçons remarquables, mes “mauvaises leçons” sont assez acceptables et mes étudiants sont contents, je ne les perçois pas “sur leur faim”, c’est ce qui compte! C’est juste moi qui pense, qui analyse.

C’est qu’on en fait, des choses, avec un four : ici, une quiche et un gateau aux pommes…

Mon nouveau dada, essayer en semaine de nouvelles leçons, de nouvelles manières de et, le week end, refaire. Mes leçons du samedi matin et du dimanche sont donc des remakes, mais pesés, sous pesés, analysés. Il m’est arrivé finalement de faire mes meilleurs cours le dimanche là où, théoriquement, nous avons moins de temps entre chaque leçon. J’ai aussi de plus d’élèves de niveaux avancés qui me disent que “c’est difficile”, ce que je leur demande en “discussion”. Cela me satisfait car cela veut dire que je place la barre à la bonne hauteur. Cette semaine, c’est un étudiant assez haut qui, à la fin du cours, m’a dit que ça avait été très difficile. Imaginez : commentaire de texte, commentaire de peinture : allez y, dites moi pourquoi l’auteur dit ça, et ça qu’est-ce que ça veut dire… Je saucissonne le texte pour pouvoir tenir 40 minutes, je leur mitonne une mini-leçon qui leur fournira un mini-outil solide, et vogue la galère…

Photo prise à l’exposition de la Tour Mori. Si vous passez par Tôkyô, que vous ne l’avez pas vu à Beaubourg, franchement, allez. Loin de l’Afrique des “cases”, une Afrique de la modernité qui confronte sa réalité sociale, politique, historique, le poids de ses traditions et le monde qui l’entoure : l’Art comme produit de ce télescopage, parfois extrèmement violent, révélateur. Une grande exposition d’Art d’aujourd’hui.

Une élève de niveau moyen, toute pimpante, qui fait de grosses fautes parfois – c’est en fait une de mes préférées -, je lui ai quasiment coupé le bec 2/3 minutes, cette semaine. Le Bonheur est dans le pré, de Paul Fort. Texte simple pour alimenter une conversation sur le bonheur, sa condition, sa quète. Difficile pour elle car elle a la maturité et l’intelligence d’une femme de 50 ans mais le vocabulaire d’un élève de 4ème… Elle m’a d’abord donné une analyse à sa façon, guillerète, avec son vocabulaire habituel (elle est giga-expansive). Manque de chance : je recherchais sa profondeur, je lui ai posé une question colle, puis une autre question. Et là, soudain, plus de discours automatique, je faisais appel à TOUT ce qu’elle savait de la langue française. Etes vous sûre que l’auteur pense comme vous ? Ca peut paraître simple, comme question, mais elle a compris que, peut-être, elle avait lu ce texte trop rapidement, et donné son opinion sans trop réfléchir. Alors, elle a relu en silence, elle a commencé à parler, et elle s’est arrêté : “c’est difficile”. Là, j’avais gagné ! Elle m’a donné une explication de texte brillante, avec son “pauvre” vocabulaire, mais avec un peu de conditionnel, du subjonctif même, des exemples, je l’ai un peu titillé, elle a contre-argumenté… Je n’ai pas eu la dame qui rit toujours dans les leçons de groupe, mais une élève appliquée. Je l’ai quittée contente, presque épuisée ! La semaine avant, c’est avec un tableau de Greuze que je l’avais titillée : j’ai découvert une femme libre qui avait refusé la destinée classique faite aux femmes : enfant, maison ! Et elle a refusé le qualificatif d’ingrat donné au fils dans ce tableau représentatif de l’art “bourgeois” qui s’impose dans la seconde moitié du 18ème siècle “il est libre, il n’est pas ingrat”. Bref, le père n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même…

Ben oui, je suis toujours avec Kaikai.
C’est un garçon adorable. Tenez, samedi, nous sommes allés à la Tour Mori : exposition d’art contemporain africain. Pour lui, une double révélation : l’art contemporain et l’art africain. De l’art africain loin des cases et du bambou, tout en vidéo, en photos et en couleurs étranges. Il a été surpris, je crois. Mais intéressé. Il aime les fenètres que je lui ouvre sur le monde, lui qui est né dans ce pays fermé, à l’idéologie de forteresse assiégée.
On sort, et c’était Roppongi. Un quartier qui est épuisant : ici, on a l’âge des habitués de Shinjuku, mais on se la joue “jeune” comme à Shibuya. Les jupes sont courtes et les yeux des Américains sont à l’affut. Ca me fait l’effet d’une sorte de Back-room à ciel ouverte, hétérosexuelle et métissée. Des rabateurs vous foncent dessus : il y a des bars spécialisés qui évitent à des gamines de devenir SdF, par ici, et l’argent étranger est le bienvenue. Des cohortes d’étrangers parfois gros, d’étudiants aux faces de puceaux en chaleur, des filles qui passent, des trentenaires aux allures de minettes fardées, et on marche vite, et on marche vite : une backroom, je vous dis ! J’ai senti ma tension monter, on cherchait un restaurant, il était plus de 10 heures, Kaikai qui me dit qu’on pourrait aller dans un family restaurant, il ne connait pas le quartier et à 10 heures, il n’y a plus grand chose. Je refuse, pas le family restaurant… Et je me mets à faire la gueule, je ne parle plus. Je le vois bien qui me regarde de temps en temps, il essaie vaguement de communiquer mais pas un mot ne sort de ma bouche, je pense à toute allure : j’ai bossé tout le vendredi, remis ça le samedi, j’ai chaud et je suis coincé à Roppongi avec un gars qui veut manger une pizza, voilà ce que je me mets à penser, un rabatteur qui me cause en anglais, pour sûr son bar est le meilleurs qu’il me dit, on traverse et un autre commence à me parler. Là, je peux plus, on rentre, que je dis, et Kaikai qui ne dit rien. Le mec idéal pour moi, parfait, qui cherche pas à me causer, à me dire que c’est pas grave par-ci. On prend le métro, hop, on se goure de direction, je m’explose de rire, il ne moufte pas, il sait bien que je suis pas dans mon assiette. Arrivés chez moi, c’est un peu lui qui fait la gueule. J’ai préparé des croques-monsieur au fromage avec une mini-salade, il est minuit. On a fini par se sourire. Je lui ai envoyé un mail le lendemain, dans la journée, pour lui donner des excuses, il m’a envoyé une réponse gentille comme tout. Il n’y a qu’avec mes amis que je suis comme ça. Avec un mec, c’est la première fois, et lui, il est comme il faut être avec moi, comme s’il me connaissait bien. Le mec idéal, je vous dis…

Mes élèves me donnent parfois de grandes joies… Ca fait passer les élèves chiants, inintéressants. J’ai parfois un peu de compassion pour certains. Je pense aussi que je fais bien de ne pas jouer au professeur avec Kaikai : je finirais par le détester !

Sur de nombreux sites internet, on peut lire que les SdF Japonais sont propres, vivent en groupe et qu’il n’y a pas de mendiants dans la rue. Si c’est vrai qu’il est rare de croiser un mendiant, pour le reste, le Japon n’a rien à envier à l’Occident : les SdF solitaires et crasseux sont nombreux. On les croise partout : dans les rues fouillant le poubelles après minuit, dans le métro comme celui-ci qui dégageait une odeur digne d’un SdF parisien. Ils sont entourés du comportement qui sied à la situation : une indifférence gènée, elle aussi identique à celle que l’on rencontre en France.
Bref, il y a beaucoup de SdF au Japon, et dans le même état que chez nous. Beaucoup sont agés, voire très agés. C’est normal, pour les jeunes, il y a la prostitution et les bars de hosts!

Bon, il est un peu plus de 11 heures, je vais arrêter là. Il fait trop beau pour passer mon temps sur ce clavier. Je suis le seul habitant de cette maison à ne pas utiliser l’air conditionné !
De Tôkyô, en nage,
Suppaiku

commentaires

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  • Heureux d’avoir de tes nouvelles. Sale temps à Paris. Soit il pleut, soit il fait une chaleur étouffante.

    Envi de vivre dans le sud. Eau à 20°, bateau, plongées.

    C'est étonnant comme les gens sont refermés sur eux même à Paris. J’ai fait un Marseille – Cannes en train. Compartiment de 6. J’ai pu discuter avec mes compagnons de voyage & même des filles de 20/30 ans. Ce qui est complètement inconcevable ici. Quand tu t’adresses à une fille, elles ont l’impression que tu vas les violer. Même dans le Métro à Marseille, les voyageurs se parlent. J’ai vu une ménagère de 50 ans qui discuter avec un sauvageon de 14. Incroyable.

  • slow life a Tokyo… prends ton temps, ca fait toujours plaisir de te lire.
    Je vais (a reculons) a Paris pour l’ete. j’aurais aime avoir le temps de te proposer un verre avant de partir. je t’en reparlerai debut octobre.
    Il y a ce salon de the pres de chez toi MAGU-MURA que je te conseille si tu ne connais pas. Ideal pour des apres-midi paresseuses a bouquiner.

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