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  • Chroniques (1): parler du Japon

    Chroniques (1): parler du Japon

    Je ne suis pas, je ne serai jamais Nicolas Bouvier. Et pourtant c’est sur ses pas que je vais tenter de m’aventurer, parfaitement conscient que jamais je n’égalerai celui qu’il convient bien d’appeler un modèle indépassable. Il est un maître, et si hier je vous parlais de respect que je voue à certaines personnes, un respect que je ne distribue qu’avec parcimonie je le reconnais, eh bien il me faudrait mettre Nicolas Bouvier parmi eux.
    Son destin n’a rien d’un destin politiquement comme-ci, il n’a pas même été un auteur de romans, non, Bouvier, c’est sa vie et c’est l’oeuvre littéraire qu’il en a faite, c’est l’oeuvre « totale » qu’il a su créer puisque non content d’écrire, Nicolas Bouvier a également su dessiner et photographier.
    On ne peut pas avoir à un quelconque moment de sa vie aimé le Japon sans s’être intéressé à lui, à son lien intime, profond, avec ce pays ainsi qu’avec sa population. Bouvier était un baroudeur, un voyageur comme la première moitié du vingtième siècle en a fait quelques uns, un destin de hasard qui au bout d’un long périple à travers l’Asie a fini par échouer en rade de Yokohama, sans argent ni projet, commençant une vie d’errance qui le mènera à Asakusa, dans mon quartier, encore balafré par la guerre, rongé par la pauvreté et de quasi-bidonvilles. Là, il va se lier avec des sans rien avec qui il va partager la même errance dans un pays secoué par le double poids de sa défaite militaire et d’une destruction qu’on a peine à imaginer aujourd’hui tant tout est pimpant, propre, riche.
    Il va apprendre la langue, les habitudes, les gestes, dans un quasi-dénuement tout juste pondéré par la possession de l’appareil photo par la grâce duquel il va se faire connaitre. Il se promène à Ueno et son regard est attiré par une sorte de trace sur un mur, celle-ci semble avoir été tracée par les piétons. Quelques mois plus tard, le journal Asahi lui propose de photographier la ville, ses habitants, et c’est comme cela que nait le Nicolas Bouvier que nous avons découvert, nous, les amoureux du Japon. Sa connaissance non seulement de la langue, mais également de la langue populaire, des habitudes et de la culture vont l’amener à aller là où aucun étranger n’avait jamais été, à rencontrer des artistes de rue, des gens de peu, des vieillards, des artisans, des paysans. Son appareil fixe un pays en pleine transformation mais où le poids du passé n’a pas encore été effacé par son rapide développement économique, la société de consommation et la déferlante du baby-boom.
    À cet incroyable talent de photographe qui fait de lui un incroyable humaniste au sens le plus pur du terme, celui qui aime l’humain tel qu’il est, sans aucun jugement moral ni aucune supériorité s’est très vite ajouté une plume incroyable, drôle et mélancolique, tendre et acide. Il s’emporte ici contre tel trait de caractère ici avant de s’émerveiller d’un geste ou d’une marque de gentillesse. Honnête, son écriture raconte le pays à travers ses yeux de suisse. Jamais il ne remet en cause la centralisé occidentale de son regard et en cela il nous permet de percer ce que peuvent être de vrais universels. Il ne veut en rien que les japonais changent, mais il s’agace de tel ou tel trait de leur caractère parce que précisément il est occidental. Ce qui l’attendrit, ce qui le surprend n’en trouve alors que plus de force car on y devine le suisse confronté à ce mieux que l’Occident qu’apporte le regard honnête sur une autre culture, une autre civilisation.
    En nait un dialogue réel qui font de ses livres de véritables trésors pour celles et ceux qui veulent découvrir ce pays tout en comprenant que ce n’est pas à nous de changer le Japon, mais que peut-être nous pouvons, nous, accepter que le Japon nous change un peu.
    Moi, c’est cela que je tire de Nicolas Bouvier. C’est bien simple, il est tout ce que jamais Caroline Fourest ou Alain Finkelkraut ne seront, il est leur contraire total. Il est un pur produit de cette époque, l’après-guerre, qui a vu fleurir des auteurs et des penseurs tournés vers l’autre, il est le contemporain de Leiris et Jean Rouch dévoilant l’Afrique débarrassée du prisme colonial, de Levi-Strauss qui fait de peuples océaniens des humains à part entière dotés d’une culture tout aussi respectable que la nôtre, de Beauvoir racontant le Brésil et troublée par cette rencontre d’une culture qui l’interroge sur ses certitudes, il est un contemporain de cette époque façonnée par l’expérience de l’échouage totalitaire et raciste de la civilisation occidentale.
    Son oeuvre n’est en rien politique au sens de volontairement politique. Il n’est qu’un voyageur dévoilant les peuples et les paysages rencontrés, en Afghanistan, en Inde, en Chine, en Corée ou au Japon, avec un oeil honnête « centré-décentré ». Il reste un suisse, un occidental, portant un regard sur des peuples qu’il met au centre de sa narration, de ses photographies, pour nous présenter leurs gestes, leurs visages. L’autre n’est alors plus ce japonais sur la photo, mais c’est le photographe, sorte d’invité par effraction et tentant de s’effacer pour nous livrer une vérité autre.
    Je ne suis pas, je ne serai jamais Nicolas Bouvier, mais il y a une chose qu’avec lui je partage. J’ai appris à ne pas me penser comme le centre de tout, et chaque jour je me trouve être un invité, agacé par ce statut qui fait de moi un autre, et en même temps cette position, je l’ai choisie en venant ici. Il y a juste que je n’en mesurais ni le poids, ni la difficulté.
    Elle m’apporte ses lots d’agacement, de colères rentrées, de frustrations, mais également ses moments magiques où je perce quelque chose chez l’autre, et ici cet autre est forcément japonais.
    J’ai eu l’idée de ces chroniques de ma vie au Japon il y a quelques jours. J’avais besoin d’un sujet d’écriture pour me re-familiariser avec ce travail, d’un joujoux en quelque sorte, et voilà que le sujet est tout trouvé. Mes 15 ans au Japon sont une incroyable source de récits. Je ne vous raconterai pas au jour le jour, non, j’ai plutôt envie de vous parler de ce que j’ai vu, appris, regardé, aimé, haïs, adoré, ce qui m’a retourné, troublé, agacé ou émerveillé. Je ne sais pas photographier les gens, je me sens gêné, et puis il y a tout un côté légal maintenant, le droit à l’image, mais je pense être capable de les raconter. Et il y en a, à raconter.
    Oui, j’ai eu l’idée de ces chroniques il y a quelques jours. J’étais à la poste, j’envoyais à mes trois étudiantes de Kawasaki les petits cadeaux que j’avais achetés pour elles à Kyoto, cadeaux que je n’ai pas pu leur offrir à cause de la suspension de leur classe pour cause de covid. La première employée a été très normale, polie comme les sont les employés de la poste, mais la seconde, quand j’ai eu fini de remplir ma boîte et d’y écrire l’adresse, elle a été plus que polie. Elle a été souriante, elle ne m’a pas dit que je parlais bien japonais, ce truc qui m’agace à un point vous ne pouvez pas vous imaginer, non, elle m’a expliqué tout très simplement, avec un sourire très simple que je pouvais deviner malgré le masque dans le plissé des yeux, et puis une fois que tout à été fini, elle s’est inclinée comme on le fait ici et je me suis senti moi-même m’incliner légèrement en répétant mes remerciements.
    Et là, soudain, j’ai compris que je devais raconter cela, parce qu’au delà des agacements, les moments d’enchantement ne manquent pas et surtout je mesure à quel point le Japon m’a changé, a changé mon regard, mes attitudes, ma perception du monde. C’est ce contact permanent avec ce pays qui me fait tel que je suis aujourd’hui, et je pense avoir beaucoup à partager, avec l’espoir aussi que cela aiguisera mon regard sur cette expérience.
    Je n’ai aucun regret d’être venu ici. Et que demain je revienne en France, cette part de Japon est maintenant profondément inscrite en moi, elle ne tardera pas à créer les mêmes agacements et les mêmes émerveillements sur la France, des sensations que je n’aurais certainement jamais été amené à ressentir si je n’avais choisi, voulu, avec force et obstination, de venir ici.
    Je ne suis pas Nicolas Bouvier, et je n’ai absolument pas le désir de le devenir. Je suis Madjid Ben Chikh, un solitaire sociable et moderne qui a fait sa vie au Japon.
    Et ainsi s’achève ce premier billet de chroniques, ce sera notre contrat, avec moi, avec vous, et avec ce pays et ses habitants.

  • Jeudi gris

    Jeudi gris

    Un matin, ciel gris sur Tôkyô, un fond sonore – chose rare -, Astor Piazzola. Je ne suis pas habitué à écrire avec de la musique, mais là, c’est juste parfait, le tango diffuse une humeur parfaite, mi-triste mi lumineuse par moment, même si cela reste quand même très mélancolique. Je vais peut-être couper la musique quand même. Voilà, c’est fait, j’ai attendu la fin du morceau, Adios Nonino, et puis me revoilà dans le quasi-silence de cette fin de matinée, dans la rue la voix de deux femmes qui se saluent, le souffle de mon climatiseur et le glouglou du diffuseur de parfum.
    Je dors incroyablement bien, en ce moment, je veux dire vraiment très bien, un sommeil profond, véritablement réparateur. Mes rêves laissent une certaine emprunte, comme celui de la nuit dernière, je vivais dans une maison toute flasque sensible aux moindres secousses, aux moindres mouvements, presque flottante. Au réveil, j’ai pensé à mon nouveau contrat, très précaire, et j’ai pensé « ça ira », parce que finalement, dans cette maison, rien de mal n’arrivait, il y a juste qu’elle était très flasque.
    Visiblement, ses fondations étaient très solides.
    Mardi, dans ma leçon de groupe dans une maison de quartier, il y avait une « visiteuse », une potentielle nouvelle étudiante. Elle n’est restée qu’une heure. Je n’ai rien fait de spécial pour lui plaire, j’étais juste très content que quelqu’un se joigne au groupe, c’est un peu la condition pour que ce type de leçon puisse continuer. Elle nous a dit qu’elle suivait les leçons d’un autre groupe d’anglais mais que le professeur était parti, et qu’ils en cherchaient un autre. En attendant, peut-être allait-elle se joindre au nôtre.
    Dans le métro, j’ai pensé que peut-être en réalité elle était venue pour voir comment j’étais. Trouver un enseignant, pour ce type de maison de quartier, c’est assez difficile, les professeurs très souvent viennent deux ou trois mois et ils arrêtent. Ça n’a pas manqué, j’ai reçu un email hier me demandant si j’étais disponible. Je vais répondre tout à l’heure.
    Les fondations sont solides, je vous dis. Je n’ai aucune inquiétude et pour tout dire, le contrat que mon directeur a imposé, et que j’ai accepté après lui avoir fait changer beaucoup de termes, au passage pour l’ensemble des autres enseignants, eh bien il signe la fin d’une longue période qui m’a familiarisé avec une certaine confiance en moi. Je suis libéré de la hantise de la pauvreté, de la marginalité, c’est finalement un peu comme si un cycle, commencé avec le décès de maman, touchait à sa fin, et avec lui la longue période démarrée en 2009 quand j’ai commencé à travailler pour cette école. Le décès de maman a été quelque chose de très important, dans mon existence, on ne se remet pas facilement de ce type de disparition, et je crois que ce long deuil touche à sa fin. Et au même moment où je sens que ce deuil touche à sa fin, j’ai le contrat de travail le plus pourri de toute mon existence.
    J’aurais pu « résister », « refuser », être un héros mais c’eut été un véritable suicide. Je suis seul ici, je n’ai pas spécialement d’argent, en tout cas pas suffisamment pour tenir le temps de ce type de guerre. Et j’ai d’autres aspirations, d’autres ambitions que cet enfermement dans l’enseignement, un domaine qui ne reste finalement que mon gagne-pain. Quelque chose que j’avais trop eu tendance à oublier ces dix dernières années.
    Rie, la secrétaire de l’école, après que je lui eu fait part de mes critiques vis-à-vis de ce contrat, m’an envoyé un mail me disant que peut-être c’était l’occasion de bouger, de créer mon école près de l’école où je travaille en ce moment, en louant un espace « pas cher ». Ma première réaction a été de penser, « de quoi tu te mêles », et puis ensuite, « ma propre école? », sur la ligne DenEnToshi, dans cette banlieue? J’ai eu des envies de réponses incendiaires avec beaucoup de « moi je », et puis soudain j’ai réalisé qu’en réalité je n’avais aucune réponse à lui donner car en réalité j’avais déjà « bougé », il y a deux ans, sous ce magnifique ciel étoilé de la Sarthe, j’avais « bougé » dans les rues de La Ferté-Bernard sous le soleil magnifique de mars, quand maman est partie, et quand la conclusion avait été qu’il était temps de penser à rentrer. Qu’irais-je faire dans une sorte de « local pas cher » au milieu d’une banlieue moche, à donner des cours de français pour un salaire de misère?
    Je suis une tête de bois, je refuse qu’on me dise quoi faire, surtout pour me donner des conseils aussi nuls que ça, franchement. Il m’est déjà arrivé d’y penser, en effet, mais immédiatement j’ai pensé que non, come on…
    Je suis une tête de bois mais je sais écouter, aussi. Il y a peu de gens que j’écoute, il faut d’abord que j’ai pour eux un respect très fort, un truc qui dépasse l’amitié, et qui n’a rien à voir avec l’admiration.
    J’ai repensé à un conseil que Didier Lestrade m’avait donné il y a 8 ans, en lisant le mail de la secrétaire. Publie! Et j’ai eu honte de me retrouver à lire le conseil débile de la secrétaire de l’école, et j’écris cela sans avoir aucune animosité envers elle. Je l’aime bien, elle est sympa, mais que sait-elle de moi? Tiens, d’ailleurs, Stéphane m’a demandé quand je publiais, il n’y a pas longtemps, alors que je me moquais des « livres » de Chiappa.
    Je donne mon respect au compte goutte, je suis égoïste et buté, pas du tout imbu de moi-même mais plutôt assez lucide sur les conseils que les gens procurent. La secrétaire, c’est une survivante qui s’accroche à son boulot de merde payé des clopinettes. Elle est super mal payée et depuis quelques temps, elle s’est mise à enseigner. Quand elle enseigne, elle n’est pas payée plus. Une survivante qui fait tout pour pas se retrouver, elle aussi, dans la quarantaine, avec un contrat pourri. Alors que j’ai arrêté de me dire que je devais lui répondre, j’ai pensé que c’était plutôt elle, qui devait passer à autre chose et bouger.
    Moi, j’ai ce putain de covid qui me tombe dessus. Rentrer en France, ce n’est plus à l’ordre du jour, ça va être beaucoup plus compliqué. Et si je rajoute ce climat politique vicié, non, autant rester ici pour le moment, reculer le moment du départ et créer mes propres opportunités.
    Ce conseil de Didier, cette petite pique de Stéphane, elles sont depuis quelques jours des aiguillons qui donnent du sens à ma situation. Stéphane, je ne sais pas pourquoi, ce doit être son caractère très direct, je l’ai toujours incroyablement respecté. Je veux dire, en plus de le considérer comme un ami. Il a cette façon de dire le truc franco. Des fois, ça tombe à côté, mais ce n’est pas grave. Il est incroyablement honnête. Didier, c’est autre chose, un conseil de Didier Lestrade, ce n’est pas un conseil. C’est un ordre, parce que c’est pensé, intelligent. C’est un grand frère, notre grand frère à nous tous.
    Là, c’est le soir, j’avais arrêté l’écriture de ce billet vers 11 heures et demi, je voulais la poursuivre dans le métro, et puis j’ai enregistré sur mon bureau et non dans le cloud, je n’ai pas pu continuer sur mon iPad dans le métro. On est donc le soir, je suis dans mon lit et j’écris sur mon vieux MacBook. Presque neuf ans, le vieux gaillard… C’est le soir, il a neigé cet après=midi…
    Je vais me retrouvé appauvri, et paf, tuile, mon ampli acheté il y a huit an a décidé de mourir. Il faisait des tac tac tac. Il y a donc une diode ou un transistor ou un machin comme ça qui est mort. Je vais le jeter, c’est à dire que je vais le mettre quelque part avec un papier qui dira qu’il est réparable. J’aurais pu le faire réparer, c’est à dire ne pas avoir d’ampli pendant trois semaines, payer plus de 100 euros…
    Je n’aimais pas son son. C’était un Sony, donc c’est assez normal qu’il rende l’âme après huit ans. Non, il avait un son sans aucune personnalité. Je ne sais pas comment dire, il n’attrapait pas les textures des instruments, sa dynamique était fade. Il n’était pas neutre, il n’avait aucune saveur. Je ne crois plus à la haute fidélité « neutre ». Pour la simple et bonne raison que l’acoustique même d’une salle va colorer la musique.
    J’ai cherché sur le net et je suis vite tombé sur un petit bout de choux de chez Teac. Je l’ai acheté, il est vraiment tout petit. C’est un classe D, donc un ampli « bon marché ». Je parle d’un point de vue technique bien sûr. Le méga truc, c’est le classe A. Coûteux, qui bouffe énormément de courant mais restitue le son à la perfection, parait-il… Je vis dans 30 mètres carrés, un classe D est donc très très amplement suffisant! Mon compte en banque est, de toute façon, totalement de cet avis. La presse disait du bien du petit Teac. Emballé, c’est pesé.
    La première écoute m’a un peu désarçonné. Il est, comment dire, fruité. Son son va plutôt du coté du haut-médium, pas beaucoup mais juste ce qu’il faut pour que ça se remarque. Sur le moment, sentiment de manquer de basse. Sentiment renforcé par mes enceintes, des enceintes d’étagères Dali.
    En même temps, j’ai tout de suite noté la texture, l’ampli saisi les sons, il y a quelque chose de nerveux, de ciselé, et puis un sentiment d’ampleur. Jamais le Sony n’avait rendu de volume, un relief au delà de la stéréo, jamais je n’avais eu l’impression d’éloignement du soliste, ou l’illusion qu’un instrument jouait au delà de l’enceinte, et là, oui. C’est nerveux et précis, avec ce petit côté fruité sans jamais crier. Il chante. Si, si… Et maintenant je les entends, ces basses, légèrement moins présentes qu’avec le Sony, mais précises et « tenues », je ne sais pas comment expliquer cela. Disons que ce n’est plus seulement un son, c’est un instrument qui produit ce son, et il y a donc quelque chose de plus complexe.
    Un réel plaisir. Avec ce nouvel ampli et le départ de l’autre, c’est une trace de Nori, vous vous souvenez, qui s’éloigne.
    Et moi, je suis ravi. C’est un pschitt, certes, mais je ne peux pas vivre sans musique.
    Sinon, j’ai repris mes rangements. J’ai mis de l’ordre dans un petit meuble à côté de mon bureau. Et finalement, plus encore qu’en décembre j’ai le sentiment d m’installer. C’est important de s’installer, quand on veut travailler. Enfin, je parle pour moi.
    Bon, je vais me coucher. J’ai une vague idée de récit, je devrais m’y mettre. Et puis une idée de chroniques. C’est bien plus important que faire la guerre pour un boulot de merde.

  • PD (court métrage)

    PD (court métrage)

    Je suis tombé sur ce court-métrage par hazard, sorte d’écho cinématographique d’un billet de blog que j’ai écrit il y a presque deux ans. Un thème récurrent dans ce blog car il s’agit également de ma propre vie, de ma propre expérience. Je n’ai jamais été victime d’homophobie pour la simple raison, je pense, que j’ai immédiatement pensé comme le dit l’un des personnage de ce film, que ce n’était pas à moi de changer, mais aux autres.

    Et pourtant, je l’avais entendu, ce « PD », une insulte dont la plupart de celles et ceux qui l’utilisent ne comprennent même pas le sens, sorte de truc venu du fond des âges. Pour moi, ça a été vers l’âge de 14 ans que j’ai compris, j’entends par là que j’ai ouvert les yeux sur moi, et sitôt cette révélation de cette nature que j’avais toujours ressentie, à tâtons et sans comprendre, le résultat a été très simple. Tout le monde l’a su et je ne l’ai pas caché. Au collège d’abord, au lycée ensuite, pour mes copains du cours d’arabe, tout le monde a été au courant, et cela ne venait pas d’une rumeur ni d’une insulte mais de mon propre comportement.

    Je l’ai dit.

    Le fait que cela choque était le dernier de mes soucis, et ce faisant, j’ai entamé un lent processus de guérison intérieure car l’enfant que j’avais été avait été un enfant très perturbé, dépressif, colérique en dedans et fortement déstructuré. L’acceptation de mon homosexualité a été le premier choix majeur, car si on ne choisit pas d’être homosexuel, on a le choix de l’accepter, et le plus tôt, et le plus radicalement est le mieux, si bien entendu l’environnement le permet, et c’est précisément ce choix assumé qui permet à d’autres d’avoir accès à ce choix.

    Je suis homosexuel, et de façon très radicale, c’est à dire d’une façon terriblement banale, en tout cas à mon niveau: c’est dit, et puis c’est fini, hop, on n’en entendra plus parler, si ce n’est dans ma façon très banale également de parler d’histoires de mecs sans trop me soucier de mon auditoire. Je ne suis pas out, je suis plus que out, c’est à dire que je me fiche complètement de mon homosexualité, il y a juste qu’il ne faut pas qu’on me marche sur les pieds.

    Ce processus a été lent à certains égards car je viens d’un âge où c’était encore quasiment interdit par la loi, c’était une atteinte aux bonnes moeurs et le ministère de l’intérieur contrôlait un fichier des « invertis », notre sexualité s’apparentant de par la loi à une maladie aussi dangereuse que la tuberculose et le cancer… On revient de loin, et ce n’est pourtant pas si ancien. Imaginez, ces fameuses années 70 enchantées aux dires des boomers, eh bien c’en était la loi. Pour les boomers, l’homosexualité était cool. Je t’en ficherais, moi, du cool. Bon, heureusement, c’est également à cette époque que les premières organisations de libération ont émergé, et enfin un premier discours radical, en rupture et avec l’ordre dominant, et avec le cool de l’époque.

    On en a fait, du chemin. Aujourd’hui, on servirait presqu’à vendre de la lessive, un candidat aux élections ou des guerres impérialistes. On a été incorporés à la démocratie libérale de marché, on nous aime, on se réclame de nous. Je t’en ficherais, moi, de l’amour. Je n’ai strictement rien à faire d’être aimé par des gens que je ne connais pas, je demande juste de droit de ne pas me faire casser la gueule ou dégager de chez moi à 15 ans. Et c’est assez intéressant de voir que la petite musique sur « le séparatisme », si on la laisse se répandre, elle finira immanquablement par se retourner contre nous. Nos bars non mixtes, notre presse, nos espaces non mixtes. Tiens, ça vous rappelle pas quelque chose, ce « non mixte »? Ben voilà.

    Très joli court métrage, tendre, à l’image de son époque. Bon, j’avouerai que le professeur d’histoire, c’est le moment Balasko, là où on a un peu l’impression d’avoir à avaler un baba au rhum enrobé d’un discours d’Emmanuel Macron, genre il faut apprendre à s’aimer, gna-gna, le moment boomer, quoi. 5 minutes d’une fadeur affligeante, le moment tolérance assorti d’un discours historiquement très discutable, disons, approximatif. Mais bon, très vite le court-métrage abandonne cet échouage digne d’un salon philosophique du PS, reprend son rythme et le fil d’une histoire à la fois difficile et délicate, incroyablement tendre et dont la trame pourrait être qu’il n’y a pas un chemin qui conduit à l’acceptation de sa nature profonde.

    Allez, je vous laisse le regarder.

  • Avec retard…

    Avec retard…

    Samedi 23 janvier 2021. Quel retard, mais bon, il faut bien commencer. Alors, d’abord et avant tout, bonne année, comme on dit.

    Dehors il pleut et le weekend s’annonce très froid avec un peu de neige dans la matinée de dimanche. Un temps parfait pour écrire, pour lire et pour mettre de l’ordre dans mes tiroirs. Je vous l’avais dit, décembre a été un mois de rangement, désormais, je dois m’attaquer à deux tiroirs envahis de trucs en vracs. Et puis oui, je dois me mettre devant mon ordinateur et écrire.

    Ça ne se voit pas, mais j’ai passé deux semaines à « optimiser » ce site, qui est non seulement devenu plus sûr mais qui est maintenant devenu aussi bien plus rapide.

    C’est un truc que je tiens de ma mère, quand ça ne va pas trop, je déplace des trucs, mais avec les années j’ai appris à utiliser cette façon de distraction. Ce sont devenus des moments d’apprentissage, de rationalisation et, concernant ce site, je suis très heureux du résultat. Que l’envie me vienne d’écrire tous les jours et je n’aurai pas trop de difficulté pour améliorer mon référencement sur internet.

    Je vais donc mettre sur ce billet les quelques lignes écrites la semaine dernière et que finalement je n’ai pas postées.

    Écrit, donc, le 16 janvier,

    « Un jour banal de janvier. Ciel bleu et températures incroyablement douces. Seuls les arbres décharnés pour rappeler que ce n’est pas bientôt le printemps.

    Je suis au travail, entre deux leçons. J’ai du mal à me concentrer sur ce billet, autours de moi les voix des autres professeurs qui travaillent, les samedis sont toujours très occupés, bruyants.

    Hier, j’ai retiré le sapin que j’avais fait avant Noël, j’ai fait le ménage et j’ai lavé plein de linge. J’ai repositionné le tapis que j’avais déplacé et j’ai longuement passé l’aspirateur. Ensuite, je me suis occupé de ma moustache, je me suis coupé les cheveux et rapidement il a été temps d’aller à l’école. J’ai également écrit un long message à mes collègues sur le groupe de conversation que j’ai créé sur Line pour pouvoir échanger au sujet de la situation de l’école. J’y reviendrai.

    A l’école j’avais deux leçons seulement, ça a été rapide même si la première étudiante est un calvaire indescriptible, j’ai l’impression d’être puni. Je suis rentré assez tôt, donc, et j’ai fait quelques courses. Le soir, j’ai regardé deux épisodes de The assassination of Gianni Versace. Et puis je suis allé me coucher. Ce matin, je commençais tôt.

    Tout au long de cette soirée, j’ai pensé qu’il était temps de revenir à l’écriture, d’écrire mon premier billet de l’année, de dire,

    Bonne année

    J’ai préparé 2021 tout au long du mois de décembre, sachant très bien que ce serait une année déterminante, et puis mon f…..g patron m’a annoncé une semaine avant les vacances qu’il entendait changer les contrats de tous les professeurs. Pour la première fois de ma vie, je crois, je n’ai pas entendu ce genre d’annonce avec crainte, avec panique. Avec appréhension, oui, bien sûr, car ce n’est pas du tout ce qu’on souhaite entendre, mais j’ai presque ressenti une libération.

    Je vais perdre beaucoup d’argent, que j’accepte ce contrat ou que je ne l’accepte pas.

    Il veux désormais nous payer à l’heure enseignée, et avec la baisse d’activité, ça va être une perte d’un tiers de mon salaire. Je n’ai pas un gros salaire, c’est une vrai catastrophe, mais j’ai accueilli cela avec un certain calme.

    Durant mon séjour à Kyoto, j’ai mis tout cela derrière moi, je n’y ai pas trop pensé, et j’ai pu penser à ce séjour sans me dire, comme je l’avais fait l’été dernier, que c’était mon dernier séjour à Kyoto. J’ai très bien profité de ce break. Avec le nouveau contrat, la fermeture de l’école durant les vacances ne sont plus payées. Je vous dis, un salopard. Je pourrais faire la guerre, refuser de signer, réclamer mes congés payés, et j’obtiendrais quoi? Beaucoup de stress, ne penser qu’à ça, y mettre beaucoup d’énergie, et tout ça pour gagner quoi? De l’argent? Dans un an? Deux ans? Et perdre mon travail entre temps? Bref, ce serait lui le gagnant. Et je peux vous assurer, ce mec est un nul.

    Non. Il est pris à la gorge, il veut vraiment qu’on accepte tous ce contrat, surtout moi, alors j’ai opté pour obtenir des modifications des clauses du contrat tout en y laissant les trucs illégaux pour plus tard. Des trucs qui peuvent s’apparenter à du harassement. Pour plus tard. J’ai obtenu des améliorations substantielles. La plupart de mes collègues ne sont guère diserts, c’est chacun pour sa gueule. J’ai pourtant essayé de créer un groupe, mais bon…

    Tenir. Et travailler. Croire en moi et faire ce que j’ai à faire. L’an dernier, mon motto était cette idée tirée du Chêne et le roseau.

    Je plie, et ne rompt pas.

    Laisser aller. J’ai finalement terminé 2020 bien mieux que je ne l’avais commencé, même financièrement, et cela malgré une perte de revenus.

    Cette année, c’est cette morale du Lion et le rat,

    Patience et longueur de temps
    Font plus que force ni que rage

    Elle m’est venue comme ça, sur mon vélo, à Kyoto. Et je trouve qu’elle correspond bien à ma situation. Travailler, ne pas me laisser perturber, et avec finalement cette conclusion résignée, accepter le contrat de travail de mon enflure de patron. J’ai un peu d’argent d’avance, et en plus j’ai obtenu quelques trucs par écrit dans le nouveau contrat deux améliorations importantes. Je vais donc avoir un peu plus de temps, en tout cas jusqu’à ce que l’épidémie se calme.

    Alors, j’aurai plus de cours, plus d’argent et surtout plus d’opportunités de quitter cette taule. J’ai aimé cette école durant des années, avec des hauts et des bas, mais désormais, avec ce contrat que je ressens comme une insulte qui n’a d’égale que la pleine conscience de sa totale illégalité puisque je suis un employé permanent, je ne vois plus de différence avec un McDonald. Aucune.

    Ce qui m’incline à accepter, en plus d’une certaine tranquillité, de ne pas avoir à me bagarrer, c’est le fait de garder, sur mon CV, l’ancienneté de mon travail dans la même école, et le fait de ne pas être demandeur d’emploi, la pire situation quand on cherche du travail.

    En revanche, je ne me sens plus aucune obligation morale d’aucune sorte avec cette école. Aucune, d’aucune sorte. Et je suis très conscient que nous allons perdre un ou deux professeurs. L’enflure doit en être parfaitement conscient, il alourdira l’emploi du temps des professeurs restants et en cherchera des nouveaux. On n’est que de la chaire à gagner de l’argent.

    L’esprit libéré de l’urgence, je vais pouvoir continuer mon chemin et sortir de cette distraction qu’a été 2020. »

    Voilà, vous savez tout. J’ai plusieurs sujets de billets, je dois maintenant les écrire, l’esprit libéré de cette mise au point sur moi-même après un très long silence.

    Je vaux mille fois mieux que la situation dans laquelle je suis. Je vais me/vous en donner la preuve cette année.

  • 3 décembre 2020

    3 décembre 2020

    Zut, pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro de téléphone, qu’on se dit, après…

    Il y a un truc absolument redoutable quand on écrit un article de blog, voire même quand on écrit un bouquin, quand on fait un film ou quand on peint, et puis même quand on a un gosse, tiens. Donner un nom.
    C’est gavant, des fois, vous ne pouvez pas imaginer, quoi que si vous avez des gamins, vous voyez de quoi je veux parler. Bon, chez moi, c’est une sorte d’engueulade intérieure, je m’y prends et je m’y reprends à deux fois, à trois fois, parfois lors du pré-enregistrement, l’url est affublée d’un -2, ce qui veut dire qu’un autre billet porte le même nom, c’est malin, hein, imaginez, c’est comme si vous aviez deux garçons qui s’appellent Patrick ou Kamel. Alors il faut s’y remettre, et souvent, je sèche.
    Pour celui-là, je ne vais pas me fouler, allons-y directement avec la date. Clair, net précis, compact, et hop!
    Bloguer, c’est un peu comme le sexe au 21e siècle. Autrefois, l’écriture, c’était une question de temps, de rencontre, de hasard, de charme aussi, et puis une question d’avoir envie, on essayait un truc, et puis un autre. Regardez Balzac, ses longues étreintes de plus de 600 pages pour les Splendeurs et misères des courtisanes, bon, des fois, on s’ennuie un peu, mais bon, comme on avait aimé les longs débordements des Illusions perdues, on a eu envie de remettre ça, et bon, la deuxième fois, c’est toujours un peu moins bien. Si on enchaine avec Le cousin Pons, on atteint l’extase totale… Mais bon, on arrive à un pavé de près de 2000 pages, quand même, et on en rêve toute sa vie. Zut, pourquoi je ne lui ai pas demandé son numéro de téléphone, qu’on se dit, après…
    De nos jours, il faut que ça file, il faut que ça jette. Sur Instagram, les filles se mettent des filtres pour ressembler à une « bombasse », c’est à dire à Kim Kardashian, vous savez, la fille qui est maquillée comme une hôtesse de l’air Emirates, avec des cheveux passés au fer à repasser et des seins injectés de la graisse liposucée dans la taille. Les mecs passent des heures à la gym au lieu de bouquiner, et quand ça fait du sexe, c’est comme dans les films qu’ils mâtent depuis l’âge de 11 ans. Ben pour écrire, pour bloguer, c’est la même chose, c’est fatigant. Je suis parisien, moi, j’aime bien passer des heures en terrasse d’un café avec un petit café devant moi, pourquoi je devrais migrer vers un Starbucks avec un Frappuccino Latte au caramel et aux granulés de chocolat sous un coulis de framboise dont l’employer voudra me retirer l’espèce de truc en plastique « recyclable » quand j’en aurai « bu » (avalé?) les deux tiers pendant qu’une « chanson » totalement identique à la précédente et agrémentée d’une voix moulinée à l’autotune sur une espèce de « rythmique » venue de la planète business tournera en boucle…

    S’il y a bien un truc auquel je rêve, des fois, c’est d’une récession telle que tous ces machins disparaissent pour de bon et pour toujours histoire de retrouver un peu de temps, un temps rare mais précieux. Le mois dernier, j’ai volontairement mis la pédale douce sur le blog, mais je suis content de mon article sur Dior, parce que je voulais l’écrire, j’avais un truc optimiste en tête, et il y a de quoi être optimiste malgré tout, mais pour cela, il faut sortir la tête du présent et regarder un peu plus large. En profondeur, beaucoup de choses changent, à commencer par la jeunesse qui, en France, est incroyable, est belle, est merveilleuse.
    J’écris pour les gamins, je dis toujours.

    Décembre. Il y a quelques mois, j’ai commencé à penser que je voulais faire quelques petits aménagements chez moi. Ben je l’ai fait cette semaine, j’ai commencé lundi, j’ai mis le paquet hier. Ma cuisine qui est un truc ridiculement petit, a changé et désormais je peux y faire la cuisine, tout est à portée de main. Je vais « attaquer » la chambre, c’est à dire que je vais jeter des vêtements, je pense. Le salon viendra en dernier.
    En regardant la lune, sur mon vélo, lundi soir, une lune brillante, brillante, et toute ronde, pleine, j’ai pensé très fort que ce mois-ci, ce sera la maison. J’ai fixé mon cap, et ça tombe bien car au Japon, justement, on s’occupe de la maison en décembre en faisant un grand ménage.
    L’année a été assez pesante et elle laisse derrière elle un sentiment de doute, de fragilité. Je ne suis même pas sûr si école sera encore en vie au printemps, mais c’est quelque chose contre lequel je ne peux absolument rien, et je sais qu’il y en a beaucoup qui ont d’ores et déjà tout perdu, travail, commerce. Pour moi, ça continue tant bien que mal et j’ai fini par accepter cette fragilité-là. Si je perds mon travail, j’aurai toujours mes allocations et mes deux boulots du lundi et du mardi matin ainsi que plein de temps pour moi. Et comme ça arrivera quand l’économie recommencera à croitre, il y aura des possibilités. Je dis ça, je n’en sais rien, mais il sera temps alors d’y penser.
    Et puis, et je reviens à la maison, je veux me sentir bien chez moi. Je me suis délivré de l’idée de rentrer en France. Ce n’est pas que je ne veuille pas rentrer en France, mais notre époque, cette année en particulier, nécessitent d’être roseau et non chêne. Avec plus d’un million de chômeurs et une économie à la peine, ce serait très difficile de rentrer, alors je vais me poser ici comme si j’étais destiné à rester, quitte à partir quand l’occasion se présentera, mais il est désormais totalement hors de question que je m’inflige cet arrachement, et alors, je dois sérieusement me poser. « La maison », je vous dis.
    Et que fait-on à « la maison »? On travaille, parce qu’on est chez soi, et qu’on a du temps devant soi.

  • Et puis aussi…

    Et puis aussi…

    Métro, vers 13 heures. Dehors, un temps pas possible, humide, moite, poisseux, une cocote minute géante. J’ai écrit un billet ce matin, entamons l’écriture d’un second. Ça fait longtemps en effet que je ne le fais plus, écrire dans le métro, ça a été pourtant un truc que je faisais régulièrement autrefois. Dans le métro, je ne parviens pas à lire, mais écrire m’est incroyablement facile, je parviens à isoler ma pensée, je me réfugie dans mon monde et les mots sortent tranquillement.

    Quand je suis sorti de chez moi, tout à l’heure, la chaleur était étouffante, la pluie venait de s’arrêter, le sol était encore humide, les nuages cédaient la place à un ciel limpide recouvert ici de nuages blancs, là de nuages gris et ailleurs, parsemé de légères traînées blanches. Cette humidité, c’est celle de la fin de l’été, très différente de la saison des pluies en juin car en juin on sent bien le soleil brûlant alors que désormais c’est l’air qui est chaud. C’est une saison que j’aime bien même si elle est très éprouvante car il faut utiliser la climatisation, et l’air conditionné me donne des courbatures aux épaules ainsi qu’une sensation de corps lourd, le matin.

    Vous me direz, mais pourquoi donc utilises-tu la climatisation? La réponse est simple.

    Les maisons japonaises anciennes étaient ouvertes, parois coulissantes autours, parois coulissantes dedans, en été l’air y circulait. De nos jours, il stagne dedans, et la chaleur monte. Avec l’humidité on a carrément l’impression que la peau brûle. Chaque année, des centaines de personnes meurent chez elles de la chaleur, et je pense que l’importation d’une architecture venue de pays bien moins chauds y est pour quelque chose. Voilà pourquoi la climatisation est nécessaire.

    Le train vient de sortir de son tunnel. C’est un train de la ligne Tôkyû qui traverse Tokyo en tant que métro. Je jette un coup d’œil aux nuages et c’est incroyable la variété de formes, de textures apparentes en cette saison, c’est un peu comme un télescopage. Le ciel est magnifique avec un bleu profond, le bleu de l’été encore, très vif, avec cette dominante « jaune » dans la lumière. Encore un mois comme ça, et puis…

    Cet été, la météo a été abominable. D’abord une interminable saison des pluies, particulièrement dans l’ouest du pays où plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie dans de très violentes chutes de pluies. À Tôkyô, il a plu quasiment tout le temps en juillet, et quand il ne pleuvait pas, il faisait gris. Avec le coronavirus, ça a été d’un déprimant incroyable, surtout qu’alors l’épidémie est repartie. C’est pour cela que j’ai eu besoin d’une coupure, de vacances, bien plus que les autres années.

    Alors les prix des fruits et légumes cette année se sont envolés. J’ai vu des paquets de 4 pommes de terre de taille moyenne à près de 3 euros quand il y a deux mois on les trouvait à même pas un euro. Trois carottes à 2 euros, trois tomates à deux euros… Il semble qu’on soit enfin en train de revenir à des prix plus habituels mais ça reste plus cher. Pour moi qui aime manger des légumes, c’est vraiment pas une bonne nouvelle quand au même moment je continue de vivre une baisse de salaire liée au coronavirus. Pas importante, mais quand même.

    D’un autre côté, comme je ne vais plus au restaurant du tout quand Jun vient le week-end, j’économise pas mal de ce côté là. Et puis j’ai découvert que la fonction « déshumidificateur » de la climatisation rafraîchissait autant que le fonction « climatisation » et nécessitait bien moins d’électricité. J’ai eu le mois dernier ma facture d’électricité la moins chère pour un plein été.

    École, vers 14:35. J’ai donné une leçon, la prochaine est à 16:30. Beaucoup moins de travail depuis plusieurs mois, on a même eu un passage à vide d’environ deux mois où la plupart des étudiants ont annulé, et puis depuis deux mois ils reviennent, mais on reste à environ 60%. Il y a un programme de soutien pour un an je crois, un peu comme du chômage partiel, et c’est pour cela que j’ai une coupe dans mon salaire. En gros, j’ai moins d’heures travaillées, et quand je ne suis pas à l’école car je n’y ai pas de classe, je suis payé 60%. Je crois aussi que l’état paie la part employeur de la protection sociale. J’attends septembre avec impatience et un peu d’appréhension aussi car ça va vraiment être le mois où on verra si les étudiants reviennent ou pas. S’ils reviennent et qu’on atteint les 80%, on sera sur la bonne voie, s’ils ne reviennent pas, il y aura certainement des conséquences. J’ai une certaine appréhension mais j’ai digéré cette éventuelle situation.

    Si aujourd’hui je mets deux billets en ligne, si depuis lundi mon régime alimentaire est parfaitement recadré, que pourrais-je rajouter demain pour donner à cette semaine quelque chose en plus, de l’ordre d’un progrès? Me lever vers 6 heures, peut-être. Et prendre ma flûte. Je n’y ai pas touché depuis l’achat: elle est arrivée mi-février et puis très vite il y a eu ce virus et j’ai eu l’esprit retenu ailleurs. Le virus, l’économie et la finance, la politique… Concernant la politique, les intuitions étaient parfaitement justes, au passage, et ce n’est pas fini car l’automne et l’hiver, entre la récession qui arrive, le chômage qui va s’envoler, le virus qui semble s’installer avec les restrictions qui vont avec, avec l’hystérisation du débat (le dernier en cours, le changement de titre du bouquin de Agatha Christie 10 petits nègres, et toute cette hystérie digne des pires comiques troupiers de droite à la Jean Lefèvre, « pauvre France » « ma bonne dame, gna-gna-gna), la mousse médiatique autours du Harlequin de la philosophie testostéronée Michel Onfray, avec sa bande de vrais mecs bien ringards, ça va être chaud. Imaginez, un pseudo-élève de Paul Ricoeur d’un côté, pur produit hybride du marketing, du vide idéologique de notre temps, des intérêts de quelques grandes fortunes et d’une ambition dévorante, le candidat de la droite Orléaniste Emmanuel Macron d’un côté, et en face un pseudo-philosophe, qui a écrit 2 fois plus de livres en 20 ans que Nietzsche, Balzac et Hegel réunis en une cinquantaine d’années, le roi de la compilation de bouquins qui réduit la pensée à une pochette surprise qu’on trouve au hasard à l’entrée des toilettes d’un café de quartier… Ça en ferait, un beau débat de deuxième tour.

    Vous allez adorer l’automne, entre virus, chômage de masse et visite régulière de la fosse septique politique.

    Le plus marrant, c’est qu’ils sont tous les deux de droite, réactionnaires, mais l’un ce sont les banquiers et l’autre c’est la réaction, la vraie, bien faisandée, chuif’frrrancêê, moi!

    Au Japon, ce sont déjà les mêmes qui sont au pouvoir, mais avec une petite différence: ils gouvernent ensemble, ce qui est un peu logique finalement.

    Tout ça pour dire que oui, je ne me suis pas trompé du tout, on y va tout droit, c’est en vitesse automatique et maintenant c’est un peu comme à la foire, on klaxonne, et puis on chante, et on picole un bon coup en appuyant sur le champignon. La classe moyenne va se réveiller avec un de ces maux de crâne, alors, elle qui rêvait du centre… en focalisant sur l’Islam, les incivilités des jeunes de cités, des racailles, le voile, tout en martelant, à coup de baisses d’impôts dépensées aussitôt en alimentation bio et équitable qu’il faut s’adapter et que les prolo ne veulent pas comprendre, qu’il faut savoir faire des sacrifices… Ils ne veulent pas voir qu’au fond d’eux, ce qui les écœure chez Zemmour, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est qu’ils le dise parce qu’en réalité, et chaque jour je le constate dans des contacts Facebook, ca fait belle lurette qu’ils sont devenus aussi réactionnaires que Zemmour, avec leur crispation républicaine et leur acceptation de tous les grignotages de nos libertés publiques dans un rétrécissement sans fin de l’espace démocratique. Après tout, c’est la classe moyenne qui a choisi Pétain, la bourgeoisie, seule, n’aurait jamais pu l’imposer. Les rentiers. L’ordre. Le calme. Les traditions.

    Bon, le soleil tape, dehors. Si demain matin je parviens à me lever réellement à 6 heures ou même avant, alors, j’ai pas mal de travail qui m’attend et ce sera alors une belle journée.

    Rajout avant publication, ce soir. J’ai enfin commencé à écrire un truc important. J’ai donné naissance à Pierre. Une journée très productive.

  • Vers la routine

    Vers la routine

    Kyôto. Quartier de Shimabara, ancien quartier de prostitution à l’époque Edo. Maison de “plaisirs”.

    Je n’en reviens pas, déjà le 27 août…
    Encore quelques jours et hop, ce sera septembre. Kyôto est déjà loin, mes habitudes désorganisées apparues au mois de mars sont toujours un peu là, mais il y a aussi quelque chose d’important de changé. J’ai repris en main mon alimentation, sans effort, c’est à dire que j’ai enfin dit « stop » au pain et aux mauvaises habitudes héritées du mois de Ramadan l’année dernière. En effet, le soir, comme je voulais rompre le jeûne, j’avais pris l’habitude de manger une sorte de barre de céréales protéïnée, et quand le mois de Ramadan a cessé, j’ai continué à en manger le midi. Le compte de calories est le même que pour les onigiris que je mangeais avant, mais c’est nutritionnellement très différent. Très pauvre malgré des minéraux et des vitamines et plein de protéines et de bla-bla-bla. C’est sucré, et je crois que c’est de là que j’ai commencé à reprendre de mauvaises habitudes. Avec le confinement, j’ai recommencé à manger nettement trop.
    Remettre l’alimentation en place a été très simple. La semaine dernière je n’ai pas fait d’abus, et cette semaine j’ai abaissé l’apport en calories d’un peu, juste d’un peu.

    Il y a d’autres petites choses que je reprends en main, préparer certaines choses en avance, par exemple, et du coup, partir de chez moi en avance. C’est dingue, toutes les petites mauvaises habitudes prises lors de ces quelques mois de coronavirus.

    Oui, Kyôto est bien loin. Le soir, on entend des insectes différents, et les cigales ne sont plus aussi bruyantes qu’elles l’ont été. Elles se sont réfugiées dans les parcs alors qu’il y a encore deux semaines elles étaient partout, criant, hurlant sous le soleil, volant partout et se réfugiant jusque dans le moindre recoin, arbre, plante, porche. Quand on n’entend plus les cigales et que seuls les griots se font entendre le soir, le coeur se fait mélancolique et on songe aux érables rouges sous le soleil à la lumière coupante et bleutée de l’hiver, aux pelouses à la couleur jaune paille, à l’écharpe qu’il ne faut pas oublier, à la grippe qu’il ne faudra pas attraper cette année, surtout cette année.

    J’ai quasiment fini de monter une vidéo prise avec mon iPhone. Je n’en avais pas parlé, mais j’ai changé de iPhone. J’ai le iPhone 11Pro. Quitte à… J’ai fini de payer mon ordinateur, je me suis dit… Pschit! Je crois bien que c’est la première fois que je remarque tant de différence, à beaucoup de niveaux. Les photos sont très correctes pour un truc aussi petit, et les trois objectifs, c’est vraiment un progrès. Avec mon appareil photo, j’ai pris l’habitude de photographier en ultra grand-angle et le fait que l’appareil en possède un, c’est juste incroyable. La qualité du zoom est, elle, vraiment très bonne. Et puis, la durée de vie de la batterie. Mon précédent téléphone rendait l’âme en moins d’une journée, celui là dure.
    Il me reste, en revanche, à vendre mes appareils photos, je n’en garderai que 2, mon vieux Sigma, parce qu’il « incarne » et « raconte » quelque chose, et puis mon dernier appareil.
    Ça a été les deux gros achats de l’année, même si pour ce qui est du téléphone, c’est assez difficile de parler d’achat puisque c’est lié à mon opérateur qui en finance une partie.

    Maison rafistolée. Quartier de Mukojima.

    Dimanche, je me suis promené dans mon arrondissement ainsi que dans l’arrondissement voisin de Sumida. Les ruelles alambiquées du quartier de Mukojima m’ont rappelé qu’il s’agissait, à l’époque Edo, d’un quartier de divertissement et de prostitution, un peu comme les faubourgs à Paris: il n’y avait pas d’octroies ni taxes puisque ce n’était plus administrativement la capitale, et il suffisait donc de traverser la rivière pour y jouir d’une plus grande liberté. De nos jours il n’en reste plus rien bien entendu, si ce ne sont ces rues assez étroites et pas vraiment droites là où mon arrondissement, ancien quartier historique de la capitale, offre un urbanisme en damier inspiré des capitales chinoises antiques.
    J’aime bien l’arrondissement de Sumida.

    Un billet totalement insignifiant, voire inutile. C’est un peu logique, non, puisqu’il s’agit de m’assoir devant mon écran et d’écrire.
    Dehors, soudain la lumière a disparu, il doit faire très gris, je crois que c’était prévu. Il fait très chaud aussi, peut-être y aura-t-il de l’orage.
    Kyôto est définitivement très loin.

  • Mes lecteurs…

    Mes lecteurs…

    J’écris, j’écris et personne ne me lit. Ou plutôt si, d’une façon lente car je ne fais pas l’habituelle promotion sur ma page FB ni sur Twitter. Et puis l’ancien plugin d’abonnement ne fonctionnait plus très bien, présentait des failles de sécurité, je l’ai remplacé par la News Letter ainsi que par le système d’alerte sur le navigateur, j’ai perdu mes abonnés. Ce n’est pas grave, hein, je m’occuperai de contacter tout ce monde là plus tard. Toutefois, je remarque que si chaque article plafonne à une vingtaine de lecteurs le premier jour, il monte à une quarantaine après deux jours, preuve que celles et ceux qui me suivent viennent bien se promener sur mon site même s’ils ne sont pas abonnés. Ça me fait plaisir.
    Toujours, dans la solitude de l’écriture me reviennent ces mots de la chanson de Mama Béa, 48 kilos.

    Mama Béa est certainement la chanteuse qui a le mieux porté les espoirs, les craintes et la tristesse si particulière de sa génération.
    J’aime particulièrement ce texte, 48 kilos, qui raconte si bien la solitude devant la feuille blanche, la peur de ne pas être lu, de ne pas être entendu, de ne pas être compris, tout cela dans des mots simples là où Ferré avait glissé une poésie, sa poésie particulière, la poésie de l’après-guerre, enrobée de l’esprit de la Résistance, inspiré des mots d’Aragon, ces mots qui ont un souffle à couper le souffle.
    Merci à une lectrice, Laure, pour ses petits mots qui font toujours plaisir.

    https://youtu.be/3PhNktKKfnA

    Ici, c’est une nouvelle journée sous le soleil après une belle nuit. Encore une nuit, et puis encore une journée et il faudra reprendre le Shinkansen. J’ai entraperçu les nouvelles sur les News Letter de Bloomberg et l’automne s’apprête à être d’une grande tristesse, lui aussi. Je fais le plein de soleil, alors, ça ira, et advienne que pourra…

  • En bloguant

    En bloguant

    Une chaleur caniculaire s’est abattue sur la ville et aujourd’hui il fera 30 degrés. J’aime quand il fait chaud, ici, soudain le corps se détend, et puis il y a cette lumière violente du soleil à la verticale qui nous rappelle que c’est presque l’été. C’est bien. J’aime ce moment de l’année, on en a pour quelques mois, maintenant.

    La ville est en plein déconfinement à la japonaise, c’est à dire qu’après le confinement très relatif des deux derniers mois, tout reprend une certaine forme de normalité. Il y a certes moins de monde dans les trains qu’avant, mais il y en a tout de même plus qu’il y a deux semaines. À Ginza où j’avais rendez-vous samedi dernier, c’était presque noir de monde et les grands magasins étaient ouverts. La grande différence avec il y a deux mois, c’étaient les masques et ces longues cordes à l’entrée de Mitsukoshi avec du personnel portant visière en plastique et aspergeant les mains des clients en leur disant « merci ». Et bien sûr, pas un seul étranger dans cette foule. Depuis près de deux mois, nous sommes entre nous. J’ai lu quelque part que le nombre de touristes est tombé en avril à son niveau de 1964, année qui avait connu un record de tourisme avec la tenue des jeux olympiques. Ironique, non?

    Dans le train qui m’emmène au travail, il y a de nouveau des lycéens et des lycéennes, j’en avais presqu’oublié l’existence, leurs uniformes, leur style, leur nonchalance. Il ont bénéficié de très longues vacances, c’est une année dont ils se souviendront, pour sûr. Certains ne s’en remettront pas, d’autres auront eu des souvenirs inoubliables.

    C’est marrant, le coronavirus, ici. C’est une maladie « en anglais », je veux dire « en katakana-go », l’anglais syllabique écrit en alphabet utilisé pour transcrire les mots étrangers. « Social distance », « three Cs » (crowded places, closed spaces, close-contact), le tout prononcé soosharu distannsu, suriishiizu, sortes de slogans ne renvoyant à rien de bien tangible dans l’esprit japonais, si ce n’est à une sorte de truc venu d’un pays étrangers, avec sa mode particulière. C’est amusant comment cette maladie reflète la psyché japonaise, leur représentation du monde avec la Japon a l’écart. Le coronavirus ne consterné finalement le Japon que de façon indirecte, mais c’est quelque chose qui ne lui appartient pas. Les théories vont d’ailleurs bon train pour expliquer les faibles chiffres de contamination et celles qui soulignent l’exception japonaise ont la faveur des médias.

    Les japonais sont très propres. Les japonais ne se serrent pas les mains. Les japonais sont vaccinés contre le BCG. Les japonais portent le masque. La souche du virus circulant au Japon est « différente ». Le virus ne circule que parce qu’il a été importé mais depuis que les étrangers ne peuvent pas rentrer, la circulation est freinée.

    C’est vrai qu’on reste surpris par les chiffres, ici. Je suis généralement plus enclin aux explications rationnelles. Les personnes âgées sont confinées depuis la fin du mois de février, et je pense que c’est vraiment ce qui fait toute la différence. Différentes études ont démontré que le virus circule en bruit de fond depuis des mois et que le taux de contamination chez les hommes âgés de 30 à 50 ans serait supérieur à 20%. Ce mois-ci, une étude randomisée sur la circulation du virus va être menée: ils vont tester 10.000 personnes au hasard pour connaître le pourcentage de personnes ayant des anticorps.

    Les chiffres sont très bas en comparaison avec les pays européens ou les USA, mais comment savoir. Toujours très très peu de tests, particulièrement à Tôkyô où il reste quasiment impossible de se faire tester. Je doute que nous soyons face à une résurgence importante du virus. Il y a des précautions partout et si c’est vrai que restaurants et cafés ont rouvert, leurs fenêtres sont désormais grand ouvertes. On verra mais comme je continue de me protéger, je ne m’inquiète pas trop. Les masques, les gels Hydro-alcooliques ont fait leur réapparition un peu partout et leurs prix baissent, retrouvant petit à petit leurs prix d’avant crise sanitaire.

    J’ai eu mon ami Alain au téléphone samedi dernier, je lui ai annoncé un des trucs que j’ai décidés depuis le début de cette année et sur lesquels je travaille. Comme je vous l’avais écrit il y a trois mois, j’ai un projet politique important et j’ai eu le temps de l’affiner. Je lui ai expliqué en détail ce que je vois, ce que j’ai en tête. C’est pour septembre et j’ai les quelques mois qui nous en séparent pour que tout soit prêt.

    Je compte un peu sur ça pour me booster car c’est un réel projet professionnel dans le sens où il va me prendre pas mal de temps.

    Côté travail justement, mon emploi du temps est en mode réduit, mon salaire va un peu baisser mais je vais toutefois reprendre mes leçons du lundi et du mardi matin, donc financièrement je ne me fais plus trop de souci. Beaucoup de mes étudiants ont pris des cours en ligne pendant que les autres ont préféré ne pas venir durant deux mois. Certains commencent à revenir. Mon avis est qu’en septembre tout sera de retour à la normale.

    J’ai goûté ces lundi sans rien, où je n’ai rien fait, seulement lire de l’information financière et des informations politiques, des articles de fond, ou bien encore regardé des vidéos de conférences sur YouTube. Pour moi, il n’y a pas eu de confinement, mais une sorte de parenthèse ralentie.

    Sachant que mes revenus seraient amputés, j’ai fortement réduit la voilure et j’ai recommencé à cuisiner, weekends compris alors que ces dernières années j’avais pris l’habitude de la facilité, aller dans un petit restaurant de quartier. J’ai réduit le mois derniers mes dépenses d’environ un tiers. Je n’en reviens pas, et comme j’ai pris ce pli, j’ai commencé à faire de l’achat d’opportunité, bref, acheter quand c’est beaucoup moins cher. Je ne doute pas un instant que ce mois-ci je ne parvienne à réduire encore un peu malgré le fait que mes revenus vont recommencer à augmenter.

    La frugalité, bien que nécessaire, c’est aussi mon hommage à maman, c’est ce que j’ai compris depuis l’an dernier. Je vais désormais essayer d’économiser, d’économiser le plus possible pour ne plus avoir peur de l’avenir d’abord, mais aussi pour pouvoir faire des choses aussi. Depuis mon gros désendettement, j’ai en permanence gardé une somme, pas très importante, sur mon compte. Environ 1800 euros. Mes seules économies. Je la chérie comme vous ne pouvez pas vous imaginer, cette somme. J’avais des dettes énormes, je m’en suis libéré grâce à maman. Alors ce qu’il me reste, j’en suis comptable, c’est précieux.

    Depuis mars, plus aucun cours particulier, plus de cours du lundi ni du mardi matin, mes revenus ont fondu fortement, j’ai un peu grignoté sur cette somme, hélas, il m’en reste environ 1400 euros, mais comme je suis parvenu à drastiquement baisser les dépenses (tout en améliorant nettement mon confort de vie et mon alimentation), à la fin du mois de juin elle sera non seulement reconstituée mais très probablement augmentée. Il me reste par ailleurs deux traites de remboursement de mon ordinateur (mon iMac 27, c’était un crédit 0%) et à partir d’août je pourrai économiser encore bien plus. Bref, vraiment, je suis très confiant.

    Je vais finalement demander la résidence permanente ici, parce que ça me facilitera la vie en augmentant mon statut social « symbolique ».

    Un gros projet professionnel, plus du tout de soucis d’argent, il me reste à me remettre au travail et à écrire, mais je verserais ça volontiers dans le projet professionnel dont je parlais plus haut.

    J’ai pas mal avancé, pour tout vous dire, et le changement de look de ce blog c’est un peu ça.

    À partir de ce weekend, nous allons pouvoir savourer de nouveau les parcs, j’attends cela avec impatience. Je crois que c’est ce qui m’a le plus manqué dans tout ce temps. La golden week a été assez pauvre, limitée à des promenades dans mon quartier renouvelées en différentes variantes de la même, et c’est pas très joli, Tôkyô. Alors revoir les parcs, m’y détendre, y faire de ces siestes que j’aime y faire, et puis regarder les fleurs, tout ça malgré la saison des pluies qui pointe le nez et qui promet cette année d’être très chaude, c’est une attente impatiente.

    Me voilà donc détendu, loin de l’horrible stress d’il y a un mois quand, retournant à l’école après une semaine de vacances je m’attendais à être au chômage.

    Dans mon gros projet professionnel, en ce qui concerne la partie « écriture », il y a un épilogue à ma nouvelle écrite il y a dix ans pour minorités autours de la crise de 2008. Il y a aussi ce roman que je dois reprendre, oui, je sais, ça fait un million d’années que je le dis, mais cette épidémie, et puis d’autres trucs, tout m’y a ramené. Ce n’est pas de la paresse, c’est un réel manque de confiance en moi. Et finalement, pour la première fois de ma vie, je crois vous l’avoir déjà écrit, je n’ai plus ni peur, ni peu confiance. Au contraire, je crois avoir finalement atteint la maturité qui m’a longtemps fait défaut, non pas la maturité conventionnelle, mais celle qui me sied, faite d’une très grande lucidité sur moi, sur ma vie, sur ce que j’ai accompli, ce que je n’ai pas accompli, ce que je peux accomplir.

    J’ai retrouvé le goût de la vie sans même y prendre garde, un goût qui ne m’avait jamais vraiment quitté mais qui désormais ressemble à cette force vitale de l’enfance, quand je courais partout dans ce monde qui était le miens et qui n’appartenait qu’à moi.

    Je dois beaucoup à mon père, à commencer par ma conscience politique et cette certaine idée de moi-même, et je sais désormais que c’est du côté de maman que se situe la concrétisation. Pas parce qu’elle faisait, non, mais parce que c’est elle qui a rendu possible ce que je suis devenu. Je n’ai finalement qu’à faire fructifier. C’est d’ailleurs comme cela que je suis venu au Japon.

    Voilà, je vais cesser de m’épancher sur moi. Je tenais à le faire toutefois car c’est ce qui a toujours caractérisé ce blog.

    J’ai un autre billet à écrire, sur un tout autre sujet, alors il est temps de mettre celui-ci en ligne.