Catégorie : la Photo

Le Journal en images d’un solitaire sociable et bla bla bla

  • Billet de Golden week, sous la pluie vers Gokukuji

    Billet de Golden week, sous la pluie vers Gokukuji

    le temps tous les jours en fin de matinee devenait lourd… Deception… (suite…)

  • Billet de promenade du dimanche

    Billet de promenade du dimanche

    En attendant, contemplons les fleurs et tachons d’y puiser le message de sobriete, de modestie qu’elles tentent modestement de nous transmettre…

    (suite…)

  • Putain, c’est dur, d’être un homme ! Shibamata lundi 8 aout 2011

    Putain, c’est dur, d’être un homme ! Shibamata lundi 8 aout 2011

    寅さん, Tora san (monsieur Tora) est LE personnage des quartiers populaires d’apres guerre, qui immortalisa au cinema dans la longue saga du meme nom, Tora san, et dont le premier épisode s’appelait 男は辛いよ, Otoko wa tsurai yo (je traduis par “putain, c’est dur d’être un homme”, en général, on n’inclus pas le “putain”, mais je ne vois pas comment, en français, on pourrait traduire le “yo” final qui, dans ce contexte, veut bien dire “la vache”, “déconne-pas”, arrête”, “fais-pas chier”, etc… 

    Quand le temps est incertain, il est assez difficile de prévoir quoi faire. Jun et moi étions ensembles ce mardi, alors après avoir hésité, nous sommes allés à Shibamata, la ville de Tora san, dans Tokyo, au nord est. Ce n’est pas très loin de chez moi en ligne droite, mais le réseau de transport ainsi que les noeuds fluviaux rendent le trajet finalement assez long. 4e fois dans ce quartier, et une première pour la voir en été. Le Jardin derrière le grand temple de Shibamata, le Taishakuten, est magnifique en été et contraste avec la tristesse en hiver. Je vous recommande cette promenade. Ca prend 2 a trois heures, et c’est profondément dépaysant. Par ailleurs, vous gouterez une de ces destination secrètes réservées à ceux qui savent, Japonais principalement, et ignorées des autres, même Japonais!
    Au retour, nous sommes descendus à Nippori et avons terminé notre promenade dans un autre quartier lui-aussi superbement ignoré, Yanaka. Je ne veux pas jouer au snob, mais vraiment, les lieux que les gens fréquentent en générale et ceux où Jun et moi nous promenons ne se comparent même pas. Alors, qu’attendez vous pour venir nous rejoindre dans l’est ?
    Bonne promenade.
    De Tokyo,
    Madjid

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  • Tout en fleurs : c’est enfin le printemps!

    Tout en fleurs : c’est enfin le printemps!

    Allez, on oublie les soucis, les secousses plus espacees mais bien presentes. Et ces nouvelles qui commencent a circuler sur le net japonais ou les Japonais commencent a s’etonner que les informations donnees en japonais sur le site de TEPCO different des informations en anglais, ou abondent des photographies qui ne paraissent pas au Japon.
    Et on profite enfin de cette couleur qui sied si bien a ce pays. Tout ici redevient vert. Non pas vert normal, mais ce vert de lumiere. Plus au sud que la France, la lumiere est a Tokyo, en avril, la lumiere de mi-juin a Paris. Et quand arrive mai, c’est un peu juin dans mes yeux. Mon corps, mes sensations revivent au contact de cette couleur. Longue promenade hier de Iidabashi a Kagurazaka puis, toujours a pied, jusque Koishikawa Shokubutsuen. Mini-picnic, sieste. La temperature estivale de samedi, est retombee dimanche et le vent se faisait presque froid, qu’importe. Les fleurs des cerisiers laissent place a un abondant feuillage qui s’accorde aux erables deja bien verts desormais.
    Les azalees, elles, commencent a fleurir dedans leur feuillage tonifie, vert vif. Tout revit, et le chant des oiseaux emplit la ville quand on s’eloigne des grands axes. Tokyo est une grande ville de province, faite d’une myriade de villages tous plus calmes les uns que les autres, entrecoupes de grandes arteres bruyantes. Ici, c’etait Bunkyo, un arrondissement assez aise, une sorte de 15e arrondissement. Pas grand chose mais on y vit bien, a l’abris du regard indiscret des passants, dans son jardin, protege par un mur. On est loin des quartiers populaires et de ces rues vivantes debordantes de vegetation que j’aime tant, mais cela reste bien agreable, surtout quand le soleil est de la partie.
    Bonne promenade.

    Pour regarder l’album, c’est ici

    De Tokyo,
    Suppaiku
  • La semaine à part, il y a déjà bien longtemps…

    La semaine à part, il y a déjà bien longtemps…

    Cela est très facile, publier un album photo sur Flickr, pourtant, des fois, cela me prend un peu de temps. Le truc, c’est que je photographie en RAW, ce qui nécessite d’exporter en JPEG après, et avec un SIGMA, pour avoir de jolies couleurs, il faut retoucher un peu. C’est pareil avec tous les appareils, mais j’ai acheté un SIGMA pour la richesse des couleurs et l’absence de pixels visibles, donc… Mes photos du week end dernier, je les ai développées dans LightRoom, je les ai un peu retouchées, me permettant de raviver la lumière des fleurs en contrejour, de renforcer les couleurs sous le ciel gris comme j’aime… C’est que photographier en couleur par temps pourri, à moins de faire dans l’architecture (et encore, car on manque d’ombres et de contrastes), ce n’est pas facile. Avec le RAW, on a une très grande liberté d’action, car la photo n’est pas outrageusement compressée comme avec le JPEG. Et avec SIGMA, la maitrise de la luminosité ainsi que de la couleur est parfois bluffante. Ainsi, parmi les photos de dimanche, un cerisier aux fleurs presque mauves avaient un peu rosi et qui ont très facilement retrouvé leur tonalité fushia sans que cela n’altère les autres couleurs. Mais pour tout dire, plus que la couleur, ce que j’aime avec SIGMA, c’est le poli de la matière, mais quand il y a du grain. Ça ressemble vraiment à des photos argentiques.
    Alors voilà, donc, avec retard, les photos de notre voyage à Kyôto quand le nuage radioactif a traversait le Kantô. Peu d’endroits que je ne connaissais pas, une grande familiarité avec les lieux, mais de bien belles promenades tout de même.
    Le temps est maintenant résolument au beau. Grand soleil et ciel bleu, températures presque de saison. C’est enfin le printemps, tant attendu. Les médias vantent le deuil de la population et l’absence de hanami, ces promenades et picnics destinés à regarder les fleurs de cerisier. Ce qui est un mensonge comme en atteste mon album photo de dimanche. Bien sûr, comme le soir il n’y a pas d’électricité, il est difficile de faire ces grandes soirées beuveries sous les cerisiers en fleur. Mais bon, les Japonais et le deuil, ça fait deux, à mon avis. À Kyôto, je n’ai pas ressenti de deuil. Et à Tôkyô, les magasins de Ginza ne désemplissent pas… Avec une collègue, on se demandait si en fait ce “deuil” dont s’abreuve la télévision n’est pas un truc destiné surtout à l’étranger. Car pendant ce temps, la situation des gens vivant à trente kilomètres s’est détérioré, particulièrement depuis qu’on sait qu’à 48 kilomètres au nord, des mesures ont montré une contamination très forte et pouvant présenter un risque à moyen terme. Les médias japonais montrent leur collusion avec l’industrie et la politique de façon caricaturale. On nous montre ainsi des consommateurs ravis d’acheter des fruits et légumes de Fukushima. Pourtant, dans mon supermarché, les produits de Ibaraki, à coté de Fukushima, sont boudés alors que ceux des iles à l’ouest, Kyûshû, sont pris d’assaut. Je n’habite pourtant pas un quartier à expatriés. Les étrangers y sont principalement des Indiens, vivant en famille, ou quelques occidentaux qui offrent la particularité de parler japonais (je le sais car j’en ai croisé à Konami, en grande conversation avec d’autres usagers).
    Ce matin, en regardant Chii sampo, j’ai constaté l’épisode avait êté tourné “après”, et pourtant pas un mot, juste un long moment de silence quand en passant à côté d’un stade il a constaté qu’il n’y avait personne. En effet, pendant les deux semaines qui ont suivi le séisme, tout était désert partout, preuve, s’il en est, que chacun redoutait les radiations…
    Mon sommeil, en ce moment, est très irrégulier. Je me couche trop tard, mes yeux s’ouvrent trop tôt, je suis donc fatigué au réveil car mon traitement est en générale à son maximum. Cette nuit, mes yeux se sont ouvert plus tôt encore, et j’ai ressenti les mêmes effets que la première nuit. Palpitation, sueur. Je me suis rendormi, mais au réveil, j’ai constaté que mon lit était défait. Ce n’est pas bien grave, cela m’arrivait aussi parfois avec l’autre, je sais que ces médicaments augmentent le stress. Le grand beau temps, enfin de retour, les fleurs, le verdissement de la nature, vont m’aider à surmonter ce stress : on ne se remet pas d’un tremblement de terre aisément, particulièrement quand il est suivi d’une catastrophe nucléaire et que l’on est, comme moi, conscient des dangers de cette énergie. Et puis je sais que l’économie japonaise va progressivement rentrer dans la phase finale du long dépérissement dans laquelle elle est entrée il y a 20 ans. C’est un motif supplémentaire d’inquiétude. Comme le suggérait Yann il y a deux semaine, “ils ne changeront pas”. J’ai vu une vidéo sur le site du Financial Times qui a achevé de m’en convaincre. Un professeur d’université et conseiller de la Banque du Japon expliquant au journaliste que financer la reconstruction serait très simple, le gouvernement financerait par des obligations… Avec plus de 200% de dettes, une épargne en baisse, des risques élèves de séismes que désormais tout le monde prend au sérieux, qui prêtera au Japon. Le journaliste a donc posé la question en ces termes. Et ce crétin d’universitaire, avec sa tête de bon japonais de droite, rigide, la bouche en cul de poule pour bien articuler et se donner l’air intéressant qu’affectionne l’élite de ce pays, son côté Giscard, si vous voulez, de répondre que les entreprises japonaise ont de nombreux biens qui peuvent garantir ces nouvelles obligations. Avec plus de 200% d’endettement, il est clair que le Japon a dors et déjà utilisé, que tout est déjà hypothéqué, enfin, que tout borde la montagne de dettes japonaises. Bref, désormais, ce n’est pas à 1,35% que le Japon empruntera, grace à l’épargne intérieure, mais au taux du marché, sur le marché mondial, et vue le rsique que représentent et la montagne de dette et le risque de tremblement de terre, ça avoisinera au moins les 10%… sans compter que les départs d’entreprises occidentales va faire chuter la valeur des biens immobiliers d’entreprises surévalués à fond. Quand on pense que dans ce pays, où les entreprises étrangères sont traitées comme des intrues que l’on daigne accepter (les investissements directs sont quasiment impossibles, bref, c’est la Corée ou l’Indonésie qui attirent désormais les capitaux et les entreprises), où on est même pas fichu de parler anglais correctement parce que l’école et l’universités sont des usines à bourrage de crâne, et où le secteur immobilier d’entreprise est deux à trois plus cher que dans les autres pays environnants, il est clair que la nouvelle donne va changer bien des choses… Réveils difficiles. Mais l’élite japonaise n’en a cure, elle a dors et déjà exporté sa progéniture dans les meilleures universités étrangères, comme Koizumi dont le fils a été scolarisé aux USA, ainsi que leurs capitaux qui, en cas de faillite, bénéficieront certainement de l’anonymat Suisse pendant que le Japonais moyen verra les économies de son dur labeur accaparées par le gouvernement qui n’aura aucune autre solution. Promenez vous dans Otemachi, regardez ces grands immeubles et ayez un chiffre en tête : 45% de surfaces vides… avant le séisme. Alors l’année prochaine… Pas étonnant que je dorme mal, c’est fragile, pour moi, ici… J’avais écrit un article dans ce blog il y a un peu plus d’un an à ce sujet. L’étaux se resserre. Jun maintenant me crois quand je dis qu’on va à la faillite. Il m’a demandé récemment comment il peut faire. Je lui ai dit qu’à part la Suisse ou le Luxembourg, ses économies seront gelées car les banques devront fournir les détails des avoirs de tous les Japonais, même à l’étranger. Il m’a demandé si acheter un coffre fort… Je lui ai dit qu’il y a alors une inconnue. Garder du Yen est un suicide, ce n’est que du papier, et quand l’échéance arrivera, sa valeur chutera. Mais acheter quoi ? L’Euro n’est pas non plus dans une super forme. De l’or, lui ai-je dit… Bon, on blaguait un peu, mais cette conversation est revenue plusieurs fois, je pense qu’il y pense un peu. Au début, il doutait, mais depuis la Grèce et l’Irlande, il a bien compris que le Japon est sur la liste des pays à bientôt avoir des problèmes mais que pour le Japon, avec cette montagne de dette, la corruption des élites presque au grand jour, avec leurs règles comptables différentes, ce sera pire. Le capitalisme est un système vraiment sale, immoral. Les travailleurs irlandais, espagnols, grecs, qui paient la spéculation de quelques uns… Au Japon, les économies seront gelées, c’est évident, il n’y aura pas d’autres solutions, elles servent dors et déjà de garanties à cette colossale abysse de la dette, officiellement entre 200 et 220%, record mondial battu. Alors, l’autre têtard en cul de poule m’a vraiment halluciné. Et le journaliste du Financial Times devait se retenir, à mon avis…
    Je suis dans le train du retour, maintenant. Curieux, il y avait autrefois, je veux dire, avant le tremblement de terre, deux à trois suicides par semaines sur cette ligne de train, et voilà qu’il n’y en a plus. J’avais entendu que les suicides disparaissent dans les périodes de catastrophes. Quand les suicides reviendront, nous saurons que tout est redevenu normal…
    Mon pied reste douloureux, je pense que j’irai chez le médecin si ça continue comme ça, mais à ce que j’ai lu, c’est un truc qui s’installe et se déloge difficilement. J’avais commencé à avoir le même truc au pied droit, et puis c’est parti, là c’est bien plus incrusté, c’est le pied qui a souffert lors de mon entorse. Je ne me souvenais plus de quel pied il s’agissait. En fait, le droit. Pendant cette époque, mon pied gauche a porté mon poids. Depuis deux ans, de plus, il m’arrive de ne pas faire mes lacets de chaussures car on doit les défaire en permanence. Aux symptômes, c’est une épine de je ne sais plus quoi. Le talon et parfois jusque sous la voute plantaire, un sentiment de pied rouillé, parfois, au réveil. J’avais eu ça à l’autre pied un peu, et puis c’était parti. Dimanche dernier, ça a vraiment été très intense dans le pied gauche. Une élève souffre du même maux depuis quelques années, ça lui a gâché ses vacances à New York l’an dernier. Elle n’avait que 5 jours, soit en fait trois jours réels, elle était vraiment très déçue. C’est une étudiante que j’aime bien, une Japonaise des années 90. Curieuse, ouverte sur le monde, et un peu écologiste. Je la retrouve demain. Notre dernière conversation avait été sur le tremblement de terre en Nouvelle Zélande…
    Ce matin, je ne sais pas bien pourquoi, peut être le manque de sommeil, j’ai écouté de la disco au petit déjeuné. Pas n’importe laquelle, Donna Summer, son album Four saisons of Love. Qu’est ce que c’était bien produit… Il y avait quelque chose d’innocent dans cette musique d’après le choc pétrolier. Je ne comprends pas ce qui a mis dans la tête des gens que le Disco allait avec les pattes d’éléphant. Aux USA, ce pays à bout de course, épuisé par la guerre du Vietnam, peut être. Et encore, quand on regarde les quelques vidéos tournées au Studio 54, sur YouTube, ce n’était pas très pat’def… Le souvenir que j’en ai, c’est plutôt satin coloré, jupes droites fendues, épaulettes, coiffures coque des filles, tunique sur pantalon satiné, écharpe satiné et chapeau à voilette. Le Disco était très champagne : dans Love in C Minor, les filles finissent une bouteille de champagne en parlant de mec, ou plutôt, de sexe de mec. Bref. J’ai écouté Donna Summer, et vraiment, j’ai trouvé ça presque joli. Bon, d’accord, cela n’a rien à voir avec la vidéo de Leo Ferré que j’ai regardé en allant au travail cet après-midi, Il n’y a plus rien, certainement le texte poétique résumant mieux que je ne saurai jamais le faire pourquoi, malgré des opinions philosophiques ou politiques beaucoup plus tranchées, je suis un socialiste et non un révolutionnaire. Pas un Péhess, un socialiste. Un socialiste est un communiste qui ne croit pas au communisme. Mais comme je vous dit, je vous parle des socialistes, pas des Péhess. Pour eux, le désespoir, c’est perdre une élection… Alors, ce texte de Ferré, c’est le récit de la tristesse, et c’est aussi le souvenir de ma camarade Violette Bakovic qui m’en a parlé la première fois. J’ai été un peu elle, la première fois où je l’ai écouté seul. Ce texte raconte L’après-soixante huit, et il est porté par la force poétique du dernier grand chanteur de cette race de chanteurs, ceux qui vivaient leur texte et le jouaient, un truc qu’ils avaient développé dans ces café-concerts où ils avaient débuté. Comme Barbara. Les chanteurs, depuis, ont d’autres talents, d’autres façons. Mais Ferré ressemblait plus à Piaf qu’à Daniel Darc, ou Dominique A, ces deux grands artistes de notre temps.
    Ma matinée fut donc disco. Et j’ai repensé à mes cycles”. Je dois travailler à cette période, la dernière du cycle keynésien. Le Disco, c’est quand même la dernière fois où on a pensé, partout dans les pays développés, que les gouvernements s’occuperaient de tout, avant Thatcher et Reagan, ces deux anti-Roosevelt qui ont amorcé la ruine des états providence et inauguré l’âge individualiste, nouveau riche, rythmé par leurs “boom and burst”, ces périodes de croissance spéculative suivie de récessions dont le keynésianisme nous avait préservé… Ce que je dois travailler également, ce sont les séries statistiques, économiques, car elles corrèlent la démonstration. Je dois également atténuer mes critiques de Kondratieff, car après tout, il n’est pas responsable de sa propre récupération par les monétaristes vendeurs d’or.
    Et puis il y a mon roman, mais en fait, je crois que ce truc de disco, ce matin, c’était un appel pour m’y remettre. Déjà plus de 130 pages et je n’ai pas même pas l’impression d’avoir vraiment commencé…
    Le métro est bondé, je vais vous laisser. Je vous laisse avec les photos et cet article qui clôture la longue série tremblement de terre car mon esprit, lui aussi, commence à s’en libérer.
    De Tôkyô,
    Madjid

    [AFG_gallery id=’162′]

  • Pour Sanja…

    Pour Sanja…

    Je vous avais promis une surprise… Cela prend toujours un peu plus de temps que prevu, mais la voila. L’an dernier, j’avais poste une video prise lors du festival Sanja, le Sanja Matsuri. Un petit orchestre chantant des chansons anciennes en bordure de la Sumida.
    Toutefois, ce n’etait qu’un infime morceau du film realise ce jour dans l’arrondissement de Taito, mon arrondissement prefere de Tokyo, vieux quartier populaire et commercant, ouvrier et un peu gouailleur.
    Le Sanja Matsuri est cette annee annule pour cause de tremblement de terre. Decision absurde, mais bon… Je vous offre donc ce montage baignant dans la lumiere de mai, dans la verdure de ces quartiers de l’est, et la joie, l’excitation du peuple de ces presques faubourgs de Tokyo, mes freres.
    En esperant contribuer a une maigre consolation…
    De Tokyo,
    Madjid

    Pour ceux qui avaient loupe l’orchestre…
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  • Je suis un Français du Japon en colère.

    Je suis un Français du Japon en colère.

    Paru également dans Minorités.org le même jour.
    La presse va vous offrir dans les heures et les jours qui viennent des mines de Français en larme arrivant à Roissy, arborant cette tête des grands malheurs et du jaitouperdu. Et ce sera vrai que pour certains, la tragédie que nous traversons laissera des marques. D’autres encore, que vous avez certainement déjà vu, laisseront derrière eux un travail de trader ou de manager d’une grande banque, d’une grande compagnie d’assurance ou d’une marque de prêt-à-porter. Leur malheur tournera en boucle, ils vous raconteront tous les terribles secousses et puis ce risque radioactif maintenant que l’on sait que des fuites, bien que minimes semble t’il, se sont produites. Le lamento des expatriés à haut salaire dont la plupart ne parlent pas un mot de japonais viendra nourrir ces images déjà vues et revues des jesavaipa en provenance de Cote d’Ivoire, d’Egypte ou d’ailleurs.
    Je ne suis pas membre de ce groupe, comme vous le savez, et ce que je vis est un drame beaucoup plus intime, personnel. Et nous sommes quelques milliers, comme moi, dont vous n’entendrez pas parler car nous sommes le flot anonyme de ceux qui ont fait leur vie au Japon, par choix, par amour du pays, qui ont parfois comme je l’ai fait tout quitté (BNP Paribas, pour moi…) par amour de ce petit bout de pays ou les gens sont chauvins comme des roquets, et parfois gentils comme vous ne pouvez pas en avoir idee sans l’avoir vu. Un petit bout de pays avec l’histoire d’un continent… Un tout petit archipel avec une langue qui peut se faire d’une tendre douceur ou d’une infinie violence, ou la politesse prend la forme de la gentillesse et de l’attention. Ici, on vous laisse parler même si vous dites une abomination, simplement parce que c’est malpoli de dire que l’on est choqué.
    J’en ai appris comme je l’ai pu des rudiments de la langue, de l’écriture, et cela fait longtemps que je prends du plaisir à parler avec ces vieux qui ont parfois tant à raconter. J’ai pris mes petites habitudes, mes promenades du dimanche ou des jours de congés. J’aime le Japon, malgré tout ce nationalisme dans lequel on baigne les gens mais dont on voit qu’il est, face à l’ampleur d’une catastrophe comme celle que nous traversons, bien peu efficace. Quand tout se sera tassé, il faudra sortir l’argent et pour la première fois depuis longtemps, le Japon devra faire face à la crise économique qu’il élude tant bien que mal depuis 20 ans, à ses 220% de dettes qui en font potentiellement un pays pauvre. Pour quelques années au moins.
    Un petit bout d’ile du Pacifique où j’ai rencontré mon ami, un petit bonhomme au caractère japonais, introverti et discret, très poli. Combien sommes nous à être plus ou moins dans cette situation. Ici, avec quelqu’un que nous aimons, mariés ou non. Avec un quotidien, des habitudes inscrites dans des quartiers banals, que ni les touristes ni les expatriés que vous verrez à la télévision ne fréquentent. Qui viendrait à Kasai, si ce n’est un amoureux comme moi des quartiers populaires de l’est ? Celles et ceux qui habitent loin dans l’ouest vers Hachioji, ceux qui habitent Chiba. Celles et ceux qui ont des métiers qu’on veut bien nous donner. J’ai toujours satisfait mes supérieurs à BNP Paribas ou à Lehman, mais quand je cherche, non, pas assez comme ci ou pas assez comme ça. Il faut croire que celles et ceux qui quittent le Japon après y avoir flambé dans les quartiers à étrangers et qui ne connaitrons du Japon qu’une sorte de mélange Cergy-Pontoise / quartier des Halles / Opéra / Champs-Elysees sont plus compétents que moi; ou que mon ami Yann qui, bien que diplômé et avec de l’expérience en marketing et événementiel, et bien que lisant et parlant le japonais, bien qu’ayant fait des traductions de livres sur le Bouddhisme et des interviews de moines, ne parvient pas à satisfaire les exigences des recruteurs qui lui préfèrent les diplômés standards et couteux envoyés par Paris à Tokyo. Ces expatriés qui vous diront à quel point tout est hors de prix, justifiant d’incroyables notes de frais à leur société alors que le Japon est un pays où on mange très bien pour pas cher et où une livre de fraise ne coûte pas forcement 1000 yens (dans mon quartier, en ce moment, c’est entre 250 et 300 yens…). Ces expatriés qui vous parleront de leur appartement à 600.000 yens, payé par leur entreprise, quand en fait on trouve des surfaces identiques et de même qualité pour trois fois moins cher… Ces gens qui ne fréquentent que des étrangers qui, comme eux ne parlent pas ou très peu japonais, et des Japonais qui ne fréquentent que des étrangers, principalement des femmes avides d’un mariage avec un de ces portefeuille ambulant.
    La majorité des Français du Japon sont différents. Il y a les mordus, en vacance-travail, venus ici apprendre ou perfectionner la langue. Il y a les maries, qui supportent, comme je le fais, un travail peu valorisant pour rester ici avec l’être cher. Il y a les passionnés de culture, comme moi, qui aiment être ici, y vivre, y découvrir des lieux différents, les jardins, les temples, et l’incroyable végétation luxuriante, sorte de force vitale sans cesse renaissante, avec ce vert puissant (une secousse un peu forte, à l’instant) pour lequel j’ai tout sacrifie après l’avoir découvert. J’ai proposé à Jun de passer quelques jours à Kyôto, le temps que ça se tasse. Pour moi, le Japon, c’est Fushimi Inari. Je me souviens un collègue à Lehman, un expatrié original, de type “baroudeur”, au CV impressionnant, brillant, et aujourd’hui manager dans une grande banque à Singapour, tombant amoureux de Shikoku. Qui ne tomberait pas amoureux de Shikoku…
    Nous, les Français ordinaires, n’intéresseront pas les médias, sauf si nous mourons, car alors nous alimenterons le moulin à désolation sur la “tragédie japonaise”. A cet égard, 21 sont toujours portes disparus du cote de Sendai et vous imaginez qu’il y a peu de chance de les retrouver vivants car la ville a été dévastée.
    Pourtant, et c’est là que je suis en colère, l’ambassade de France est fermée. Il y a une ligne téléphonique, injoignable. Nous vivons à l’heure du web, et la France, sa représentation, est injoignable. Des touristes, certains certainement pris de panique, trouvent grille fermée quand ils viennent chercher un peu d’écoute, de réconfort. Nous, les expatries pas trop fortunes, incapables d’acheter ces billets d’avion à tarif prohibitifs, ou bien incapables de quitter notre famille, l’être cher, ne trouvons dans notre ambassade, aucune permanence, rien. Au contraire, l’ambassade a livré sa dernière respiration avant de s’évaporer, sous cette forme :
    Debut de citation :“Dimanche 13 mars à 18.00 heures


    1. Pertes humaines
    Nouveau bilan provisoire : au moins 10.000 morts (source : police de Miyagi)


    2. Points ressortissants :
    Sur les 137 ressortissants français présents dans la région Nord-Est, la
    plus touchée par le séisme, 116 ont pu être contactés et sont indemnes. La
    cellule de crise de l’Ambassade met tout en œuvre pour rentrer en contact
    avec les 21 dont on reste aujourd’hui sans nouvelle.
    Miyagi : 77 personnes sur 93 recensées
    Iwate : 5 personnes sur 10 recensées
    Fukushima : 19/19
    Aomori : 15 personnes sur 15 recensées
    La France envoie en ce moment une équipe de plus d’une centaine de personnes
    de la Sécurité civile au Japon, afin de prêter main forte aux autorités
    japonaises et de les aider dans leur travail de secours.


    3. Point nucléaire :
    Deux scénarios sont actuellement possibles :
    – Une mise sous contrôle des centrales défectueuses : dans ce cas le
    risque reste celui d’une contamination résiduelle liée au relâchement
    contrôlé de gaz radioactifs, avec un risque négligeable pour
    l’agglomération de Tokyo. Ce scénario est actuellement privilégié par les
    autorités japonaises et par un grand nombre de scientifiques.
    – Ou au contraire l’explosion d’un réacteur avec dégagement d’un
    panache radioactif. Ce panache peut être sur Tokyo dans un délai de quelques
    heures, en fonction du sens et de la vitesse du vent. Le risque est celui
    d’une contamination.
    La période critique sera les trois à quatre jours à venir.
    En raison de la mise à l’arrêt d’une partie du parc nucléaire, des
    coupures d’électricité sont annoncées, notamment dès cette fin de
    journée.
    L’Agence Météorologique japonaise vient de faire état de la probabilité
    d’un nouveau séisme de force 7 localisé dans le nord Kantô. Cette
    probabilité est de 70% dans un délai de trois jours et de 50% dans les jours
    suivants.


    4. Recommandations :
    Compte tenu de ce qui précède (le risque d’un fort tremblement de terre et
    l’incertitude sur la question nucléaire), il paraît raisonnable de
    conseiller à ceux qui n’ont pas une raison particulière de rester sur la
    région de Tokyo de s’éloigner de la région du Kantô pour quelques jours.
    Nous déconseillons fortement à nos ressortissants de se rendre au Japon et
    nous recommandons fortement de reporter tout voyage prévu.
    Le lycée sera fermé pour trois jours jusqu’à mercredi inclus, pour
    permettre une inspection des locaux suite au tremblement de terre.
    L’Ambassade continue de suivre de très près l’évolution de la situation,
    en contact à la fois avec Paris et avec les autorités japonaises.
    Nous recommandons à nos ressortissants de suivre en toutes circonstances les
    consignes des autorités japonaises. Il est notamment conseillé à nos
    ressortissants vivant dans les zones à proximité des centrales de se
    calfeutrer dans leur domicile (il faut couper les systèmes d’aération), et
    de faire quand ils le peuvent des provisions de bouteilles d’eau potable et
    de nourriture pour plusieurs heures. En cas de sortie indispensable, il est
    nécessaire de porter un masque respiratoire.
    Nous rappelons que l’absorption de capsules d’iode n’est pas un acte
    anodin. Un usage répété à l’excès peut être dangereux pour la santé.
    Il est donc très important de choisir le bon moment pour en absorber lorsque
    cela devient nécessaire. Là encore, il conviendra de suivre les conseils des
    autorités japonaises et nos propres consignes que nous vous communiquerons
    L’Ambassade ne manquera pas d’informer ses compatriotes si de nouvelles
    consignes devenaient nécessaires.” Fin de citation.

    L’incompétence, c’est cela. C’est quand quelqu’un recopie une dépêche, ne l’analyse pas, et la livre, brute.  Et s’en va, laissant les gens à leur solitude, à des choix difficiles, impossibles. Que font mes anciens collègues, petits salaires, mariés, après un tel mail ? On le sait que le Japon est un pays à fort risque, on y vit. Pourquoi ne pas avoir écrit simplement des conseils de vigilance, avoir un peu décortiqué la dépêche de l’agence Kyodo News. Pourquoi avoir fermé l’ambassade ? Et que sont devenus ces “ilotiers” qui étaient sensés nous contacter en cas de crise ? Pas un mail, pas un contact. Rien. Le silence. La solitude. J’etais avec Jun, hier, nous avions fait une belle promenade, il faisait beau, regardez…

    Le mail brutal de l’ambassade, sans aucune pédagogie m’a tué, retourné, torturé. On fait quoi, quand on reçoit ça. Longue conversation avec Jun. Yann, de son coté, traversait la même situation avec son ami Sho. Et je crois sans me tromper pouvoir affirmer que les personnels qui pondent ce genre de dépêche n’ont pas leur place au Japon. Car la réponse de Jun a été extrêmement logique : tu ne savais pas qu’il peut y avoir un tremblement de terre, à Tokyo ? Les Japonais vivent avec le risque. Pendant 5 ans, j’ai moi-même vécu avec, et l’ambassade m’a renvoyé à mon état de Français qui “découvre”. Ce matin, j’avais retrouvé un certain calme. Ben oui, au Japon, particulièrement à Tokyo, ça peut arriver. Si j’avais eu la responsabilité d’un tel message, j’aurais pondéré sans dissimuler la gravité. Plutôt que reprendre bruts ces pourcentages, j’aurais rappelé que la situation particulière de Tokyo ainsi que la force du tremblement de terre de Miyagi rendaient le risque d’une forte réplique quasiment inévitable (et là, j’aurais donné les pourcentages). Ca peut vous paraitre du chipotage, mais pour nous, les Français du Japon, nous naviguons entre deux psychologie et généralement, avec le temps, pour les séismes, c’est la psychologie Japonaise qui l’emporte. Ce n’est pas une question d’enrobage, c’est nous rappeler ce que nous savons. Et j’aurais rappelé les principales précautions à observer en cas de séisme, tout en invitant ceux qui le pouvaient à reporter leur voyage où à visiter leur famille en province. On aurait compris ce que l’on savait déjà, car depuis vendredi ça n’arrête pas de secouer, mais cela aurait été dit comme une piqure de rappel. Pas comme un avis officiel invitant à fuir. Et ainsi, concernant le risque nucléaire, j’aurais juste délayé en une phrase, expliquant que le risque est, compte tenu de la force du tremblement de terre, inconnu, mais est situé (autre secousse à l’instant) entre minime et critique. J’aurais rappelé les précautions à prendre, la proximité de la centrale et la nécessité de suivre les informations. Là encore, c’est peut être du chipotage, mais nous sommes des adultes et nous pouvons comprendre, nuancer et nous organiser. Et non paniquer.
    Et j’en reviens à l’ambassade fermée, aux ilotiers absents. Pourquoi lesdits ilotiers n’auraient pas pu prévoir des regroupements de Français, pour rompre notre solitude, casser ce cycle de rumeurs, ces mails affolés venant de nos proches en France. On aurait pu s’organiser pour se retrouver les uns chez les autres, tranquillement, dès samedi. Pour libérer du stress. Les couples mixtes auraient pu recevoir, donnant ainsi un sentiment de Fraternités. Aujourd’hui, ces ilotiers, l’ambassade auraient pu créer un groupe Google Group, animer un forum. Non. Ils ont fui. Ils nous ont laissé avec un quotidien, nos attaches. Et l’ambassade fermée, c’est la France absente. Les commandants autrefois gardaient le navire. Nous sommes aujourd’hui livres au sauve qui peu thatcherien, chacun pour sa gueule. Vous êtes blessés ? On vous avait prévenu, on a envoyé le mail, vous n’aviez qu’a fuir, nous, on a applique le principe de précaution. Je me demande qui ils joindront, les survivants de Sendai, s’il en est. Ils ne trouveront personne, qu’une ligne téléphonique occupée.
    Quand la presse vous parlera de l’impréparation du gouvernement japonais, pensez donc a notre ambassade fermée et à ce message en forme de sauve qui peu indigne de la France, à ces “îlotiers” sensés  nous aider, nous contacter, et qui sont introuvables. Et pensez bien que ces mines défraîchies à Roissy ne représentent en rien le déchirement, la tragédie silencieuse de la communauté française du Japon, amoureuse de ce pays et abandonnée à son sort.

  • Mon premier vrai tremblement de terre

    Mon premier vrai tremblement de terre

    C’est samedi matin. À Tôkyô, le calvaire est terminé. Plus au nord du Japon, ça continue. Je suis dans le métro, je suis fatigué par l’interminable randonnée d’hier soir, et je crois que je n’ai pas encore eu le temps de réaliser. Je crois que c’est comme ça après chaque grand choc.
    Comme tous les vendredis, je me suis levé plus tard que d’habitude car je pars très tôt le samedi. Une sorte de grasse matinée préventive. J’ai défait mon lit, mis les draps dans la machine, passé l’aspirateur et fait les poussières, dehors le ciel était bleu. J’ai préparé mon petit déjeuner, du thé et du pain, du beurre et de la confiture. Bonne maman, bien entendu. On en trouve pour pas très cher dans le Tokyu de Tama Plaza où je travaille. fraise, framboise, abricot et cassis. La mûre est introuvable. C’est ma confiture préférée…
    J’ai consulté mes mails, j’ai un peu trainé, suis passé sous la douche et voilà, c’était déjà l’heure de partir. J’ai mis mes draps à sécher dans la machine. J’ai constaté que mon vélo était recouvert de cette fine poussière brune de la saison des pollens de cyprès. J’ai mis mon masque, ça en élimine pas mal et le nez coule moins. Je suis allé jusqu’à la gare, j’ai garé mon vélo. Je vous raconte tout cela car ce sont des gestes du quotidien, et une catastrophe s’inscrit dans le quotidien : je suis sûr qu’à Sendai, une grande ville au nord fortement touchée, il y a au moins une personne qui a accompli les mêmes gestes même s’il aura mangé de la confiture Meiji-ya. Le trajet est long, jusqu’à Tama Plaza. J’habite dans l’est de Tôkyô, et j’ai beau me dire que mon coin est une véritable banlieue, ce n’en est pas une, c’est vraiment Tôkyô. On y voit le Fuji, la tour de Tôkyô, Sky Tree, et surtout on y voit la mer. La lumière y est très belle en hiver, le ciel vaste. J’ai regardé Fuji hier, et comme je pouvais le voir, j’ai pensé que j’avais de la chance car en cette saison, l’humidité comme les pollens le rendent généralement invisible. Vers chez moi, il y a deux cent ans, on péchait et on acheminait le poisson par les nombreuses rivières jusqu’à Nihonbashi. Kasai.
    J’ai lu le livre que je lis en ce moment, Zombie economics, un de ces livres qui me rendent optimistes sur l’avenir de l’humanité ou, pour le moins, l’avenir des USA. Si la gauche y est en effet complètement ratatinée idéologiquement, la nouvelle trace son sillon avec patience, sans gauchisme mais de facon brillante : elle déconstruit les mythes, se réapproprie des concepts et forge son vocabulaire. Ainsi, pour décrire le système idéologique de notre temps a t’elle forgée le très simple “libéralisme de marché”. J’aime l’expression que j’emploie maintenant sur dans mes commentaires sur FB, car c’est aussi avec le vocabulaire que l’on fait la guerre. Zombie economics, ou comment des idéologies littéralement tuées par les faits, reviennent comme des zombies car tout le monde, à commencer par les médias, continue de les véhiculer. Ainsi, cette obsession de réduire l’état, baisser les impôts, mettre les taux à zéro, qui revient de plus belle et nous entraine vers une nouvelle catastrophe où comme toujours, ce seront les plus pauvres qui passeront à la caisse… Oui, jusqu’à Tama Plaza, j’étais dans ce livre. En anglais, bien sûr. Qui en France va traduire un des ces très nombreux livres américains qui montrent la vitalité intellectuelle de ce pays, en profondeur ?
    Vous, vous avez vos trucs sur l’islam… Bande de ringards !
    Je suis allé à la boulangerie Kobe-ya, j’ai acheté une baguette pour mon petit déjeuner du samedi (on était vendredi), un sandwich. Et une tarte au pomme que je prévoyais de manger avec Jun samedi. J’ai dit bonjour aux vendeuses qui me connaissent bien, aux vendeurs. Il y en a un, il a dans les 40 ans, il est très séduisant, ce qui est rare chez les Japonais de cet âge qui souvent, à cause de leur travail et de leur vie de couple, affichent des mines dévastées par le stress. Et puis je suis allé à l’école. Là, j’ai fait la connaissance de la nouvelle secrétaire. Jeunes, jolie, pimpante. Et puis j’ai préparé ma leçon pour Manaka, une petite fille de 4 ans qui a vécu un an en Belgique et parle un peu le français. La leçon à peine commencée, il devait être 2 heures 40, on a senti un très léger flottement. J’ai vu la plante verte bouger un peu. On s’y habitue vite, je ne me suis pas inquiété, mais le mouvement a continué en s’intensifiant. J’ai demandé à la secrétaire d’ouvrir la porte, plus pour rassurer la maman qui commençait à s’inquiéter que pour autre chose. Mais le flottement s’est fait de plus en plus brutal, et puis l’électricité a été coupée. J’ai dit “on doit sortir, c’est plus prudent”, car je voyais la mère se préparer à partir. En fait, ce n’est pas bon de sortir, mais je ne voulais pas que quiconque sorte séparément. L’immeuble est un petit immeuble assez moderne. J’ai dit à Manaka d’aller voir sa maman, tout en souriant et en essayant de la faire rire, ce en quoi je pense avoir bien réussi. J’ai attrapé mes affaires, mon sac, ma baguette, n’ai pas pris mon blouson car il était rangé dans une autre pièce.
    On a dévalé l’escalier à toute vitesse. Je crois que c’est pour cela que je n’ai pas trop ressenti la violence des secousses, mais je sentais bien en posant mes pieds que ça tanguait et, à plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment de flotter : le sol était plus bas que mon cerveau avait calculé qu’il serait. Dehors, c’était un bruit effroyable, indescriptible, comme des gigantesques grincements, très forts. J’ai vu les pilonnes électriques qui faisaient des oscillations de, je ne sais pas, en haut ça devait faire un mètre, mais c’était surtout à la base que c’était le plus étonnant, car c’était le sol qui bougeait, comme du schewing-gum. On est vite arrivé en bas, dans la rue, il y avait beaucoup de gens. Le Patchinko à coté s’était vidé et on pouvait voir sa structure se secouer dans tous les sens comme de l’élastique, avec une amplitude d’au moins 1 à deux mètres, c’était fou. La route elle même tanguait très fort, et je me suis dit “c’est pour ça que ça se déchire, des fois”. Une idée idiote, le truc appris à l’école qui remonte. La rue donnait en effet se tordait de façon aléatoire et non homogène, ce qui me donnait cette impression de malaxage des poteaux électriques. La petite Manaka était avec sa maman, de plus en plus inquiète tandis que sa fille continuait de rire. À un moment, on s’est assis, j’ai pris mon iPad et on a regardé des vidéos sur YouTube, Manaka et moi, pendant que la secrétaire et la maman essayaient, en vain, de téléphoner : les lignes étaient coupées. Mais pas le réseau. Manaka a chanté La sourie verte, et Le Pont d’Avignon. Il y a une une deuxième découse que j’ai vite senti car j’étais assis. Ça s’est remis à grincer, j’ai vu de nouveau les poteaux onduler et la salle de Patchinko se secouer dans tous les sens. Mes yeux ne quittaient pas les poteaux : que l’un d’eux tombe… Ou bien les panneaux des bâtiments : que l’un d’eux tombe. Des gens s’asseyaient par terre, et c’est vrai qu’on avait du mal à tenir debout, impression de vertige.
    Et nous voilà après-midi. Grand soleil du printemps qui arrive, à la lumière si différente de la lumière de l’hiver. 5 classes, dont l’une d’un autre professeur. Avec ma nuit dernière, je suis fatigué. Nous avons ainsi essuyé trois vagues, dont la troisième fut comparable à la première. Ce bruit, ce bruit… Manaka et sa maman sont parties, j’ai bavardé avec mon ami Yann. Lui, dans Tôkyô, avait été fortement secoué. Il commença à me raconter la réalité de la situation à 400 kilomètres au nord, au delà de Sendai. On ne peut pas dire que j’ai eu peur. C’est un sentiment différent de la peur. C’est plutôt du doute : on ne sait pas ce qui va se passer après. Et puis la nouvelle de ce tsunami terrible, avec sa vague de 10 mètres. Comment survit-on à un déchainement pareil, après avoir tenté de survivre aux secousses ? Nous avons décidé de fermer l’école. Parce qu’il n’y avait plus d’électricité, et que je voulais rentrer chez moi. Parler à ma mère que je ne parvenais pas à joindre. J’ai parlé avec Stéphane, avec Nicolas. Et je découvrais l’ampleur de la catastrophe avec le regard extérieur de mes amis, en France, retenus par cette actualité qui touchait de près un de leurs amis, qui me touchait. Véronique, l’épouse de Stephane, qui me dit que ce fut la première chose qui soit sortie du radio-réveil. J’ai quitté la secrétaire et j’ai un peu tourné en rond à Tama-Plaza, espérant que quelque train n’en parte. 30 kilomètres, ça fait loin. Notre monde abolit les distance, elles n’en paraissent que plus immenses quand la technicité disparait. J’ai repensé à Braudel, expliquant ce qu’est réellement la Méditerranée : un territoire vaste, violent, dangereux. Bien entendu, rien de cela pour nous, mais pour nos ancêtres autrefois, que de courage il fallait pour circuler dans ce que les avions ont transformé en une sorte de gigantesque flaque d’eau… Je me suis résigné à mon sort, j’ai sorti mon iPhone, ouvert l’application Plan, compas hybride de l’homme moderne, et j’ai marché. Il faisait froid. Le soleil avait cédé la place à une sorte de brume neigeuse frigorifiante. J’ai marché, et il m’a fallu plusieurs fois monter car cette partie de Kanagawa est vallonnée, et il m’a fallu supporter ce paysage de banlieue proprête qui alterne avec le traditionnel paysage de routes nationales bordées de boutiques de fringues et autre vend-bouffe. Saginuma. Mizonoguchi. Par moment, je me suis senti perdu, la 3G passait mal et le GPS était perdu, comme cela arriva vers Futago-Tamagawa. Il faisait nuit désormais, et il était près de 19 heures. J’arrivais à Futago après avoir traversé un pont immense et aperçu ce qui m’a semblé etre un gigantesque incendie, mais je ne sais pas. Futago est un de ces centres urbains qui ont poussé au milieu du néant, moches et anonymes tout en étant aussi courus que les Champs Elysées. Il y a meme une boutique Chanel. Y en a t’il une à Cergy-Pontoise ? Je pensais y trouver un bus, mais nous étions bien 2 à 3000 à avoir eu la même idée. J’ai croisé une collègue, une américaine, en compagnie d’une amie à elle, japonaise.
    On a bavardé, tenté d’attendre dans la queue mais aucun bus n’arrivait : j’ai découvert plus tard qu’ils etaient coincés dans les embouteillages monstres. C’est alors que, après avoir pourtant traversé des quartiers sans lumière ni feu de circulation, j’ai compris que toute la ville était désorganisée. J’ai vu tous ces gens qui marchaient partout. J’ai essayé la gare. Mais c’était un spectacle désolant de gens assis par terre et de longues queues aux cabines téléphonique : les lignes de téléphones portables étaient toujours coupées. J’ai rebroussé chemin, aperçu ma collègue et l’ai zappé. Shibuya était à 8 kilomètres. J’avais donc marché de 4 heures 30 à 7 heures et fait seulement 11 kilomètres. Je marchais. Mon pied gauche commençait à me faire mal. J’ai mangé alors un morceau de ma baguette. Et continué. Plus loin, peut être une heure après, vers 8 heures et demi, un bus est passé, et je l’ai pris. Il avançait lentement, mais j’ai pu m’y reposer de cette longue marche, debout. Je suis arrivé à Shibuya vers 10 heures. Je suis descendu avant le terminus, car les embouteillages étaient monstrueux. J’ai encore marché 15 minutes sur la Dongenzaka jusqu’à Hachicko. Par chance, la ligne Tôzai reprenait. Enfin, il y avait un train qui allait partir. À 10 heures 15, nous quittions la gare. Nous avons fait une pause de 5 minutes à la stations suivante. On était serrés comme en semaine aux heures de pointes. À la station suivante, le chauffeur a annoncé que la ligne Ôedo fonctionnait. J’ai pensé que je pourrais aller jusque Monzen Nakachô et de la prendre un taxi. Il a fallu attendre jusque 11 heures 10 pour que le métro arrive. J’étais à Monzen à 11 heures 30. Miracle, j’ai pu enfin m’assoir. Le trains était plus que bondé. Arrivé a Monzen, autre miracle, un train de la ligne Tôzai arrivait, presque vide. Je suis arrivé à Kasai vers minuit. En sueur. Mon vélo était bien entendu au sol. J’ai roulé jusque chez moi en m’arrêtant pour m’acheter un bentô. Chez moi, tout semblait en ordre et pourtant il y avait quelque chose d’étrange. En regardant, j’ai vu que mon four à micro-onde avait bougé de 20 centimètres, mes étagères de 30 centimètres (malgré le poids des livres), mon appareil photo était sur la moquette. Une lampe était allumée : en se renversant, elle avait ouvert l’interrupteur. Mon bureau était en place mais les choses dessus semblaient pas à leur place. Mon iMac était tourné vers la gauche, mais n’était pas tombé. Dans mon “loft”, pas mal de livres étaient tombés. Mes draps étaient quasiment secs. J’ai mis la télé et constaté les dégâts dans le nord. J’ai pris une douche, remis de l’ordre. Puis j’ai mangé mon bentô. J’ai appelé mon frère, puis ma mère. Toute la journée, j’ai reçu des messages sur Facebook. Je vous remercie tous. La nuit, il y a eu des répliques qui ont perturbé mon sommeil. Et je suis fatigué.

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  • La saison des fleurs est arrivee

    La saison des fleurs est arrivee

    Alors que j’ecris ces lignes, nous emergeons de deux jours de tres brusque refroidissement, de pluie, et meme de neige fondue. Comme je l’avais ecrit il y a un ou deux mois, a Tokyo, c’est l’hiver qui est la belle saison, stable, ensoleillee. Nous avons ainsi profite d’un temps magnifique de decembre a mi fevrier quasiment sans interruption, et la fin du mois dernier, bien qu’un peu perturbee, a ete dans l’ensemble tres belle, avec une tres nette montee des temperatures, une sorte de prelude au printemps, en fin de semaine derniere. Il n’en reste pas moins que le soleil de l’hiver est rendu possible par la descente d’un puissant anti-cyclone venu de Siberie, et que la chaleur au Japon vient du Pacifique, donc du Sud, et que les vents venus de l’ouest, de Chine, sont egalement tres puissants une fois l’anti-cyclone affaibli. Mars est une mois donc incroyablement instable, et si samedi et dimanche les temperatures fleurtaient avec les 20 degres, lundi, vers une heure de l’apres-midi, elles ont chute autours de 2 ou 3 degres, et la pluie qui tombait depuis le matin tres tot s’est tranformee en grele un moment, est redevenue de la pluie, avant de laisser la place a de la neige fondue, le tout avec un vent puissant qui nous glacait les os. Et hier, alors que nous attendions une amelioration, le matin gris a laisse la place a une soiree froide et pluvieuse. Et ce matin il fait beau !

    Les photos qui suivent sont les photos que j’ai prises dimanche durant notre promenade a Shinjuku-Gyoen. Vous le verrez, les fleurs sont cette annee tres nombreuses, ce qui est du a la tres forte secheresse de l’an dernier. Nombreuses et magnifiques. Fleurs de pruniers japonais bien sur, mais aussi une variete de cerisiers precoces. Toutes prises avec Sigma SD15, developees avec SPP (automatique, desole, pas le temps !).

    J’avais ecrit un tres long billet pour ce blog il y a trois semaines au sujet des “revolutions” en cours en Mediterranee, mais j’ai prefere l’envoyer a Didier Lestrade au cas ou cela interessait Minorites.org. L’article est sorti dimanche, et il reflete bien le fond de ma pensee depuis des annees sur le sujet. J’ai relu, corrige, reecrit et evite les pieges du precedents ou l’ecriture rapide se traduit par de nombreuses erreurs de debutant, impardonnables. Ce n’est pas le cas ici, je reussi meme presque a etre concis. Vous trouverez le texte en cliquant ici.

    Je vous laisse avec l’album photo.

    De Tokyo,

    Madjid