Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • 葛西, vendredi 29 fevrier 2008

    Mal de tete alternatif, respiration alourdie, nez qui gratte : bienvenue en Allergie.
    Je suis assez heureux d’avoir trouve le temps de vous ecrire, et encore plus d’avoir recu un mail gentil d’Agnes et un autre de TB, inquiet de ma “disparition”. Je pousuis mon chemin avec des hauts et des bas, en une journee, c’est incroyable ce que l’humeur peut changer… Comme je le disais hier, je n’ai pas de gout pour grand chose, mon energie n’est pas concentree, elle s’evapore. Je ne suis pas aide par mon Kafunsho / alergie au pollen. Ca mange les forces… c’est un peu comme un debut d’etat grippal qui dure… qui dure… qui dure. Mais ca va mieux car desormais ca ne perturbe plus mes nuits comme ca l’a fait en debut de semaine.
    Je suis rentre chez moi hier soir, et comme tous les jeudis, j’ai fait le menage et ma lessive : je suis pret pour le week end. Je vais retrouver Jun.
    Au travail, ben… l’autre interimaire va se faire un salaire superieur au miens de plus de 60%, je suis degoute. Lui, ca le fait rire. Je me sens seul.

    Je repense a ma collegue Odile… Ici, je n’ai personne avec qui parler, je ne connais personne, la langue (l’anglais) m’est etrangere. Je suis obsede par mes urgences financieres et mes envois de medicaments, il y a des fois, je me dis que tout cela ca fait un peu trop. Si j’y rajoute que je suis etranger dans ce pays, que ma ligne de metro est bondee comme a Paris un jour de greve suivie a 90%. Alors voir ce type incompetent rester jusqu’a 10 heures le soir et au final recevoir la mega paie… Alors, voir m’entendre dire par J. qu’il me manque la connaissance de certains produits (en termes feutres) pour etre pris dans son equipe et, ce matin, entendre qu’ils embauchent une personne experimentee mais… qui ne connait pas bien les produit, ca file le degout. Pas de la nausee. Du degout.
    A l’oppose, mes relations s’ameliorent nettement avec mon chef et je vais desormais faire un travail nettement plus interessant (proche de celui pour lequel je suis considere pas assez… mais quel cretin !). Bref, ca va plutot bien puisque je vais avoir l’occasion de montrer ma valeur. Il y a des fois, si j’en avais la possibilite, je refuserai les propositions de travail des gens qui n’ont pas voulu de moi avant. Ca, ca vient de mon pere. Proletaire, mais fier de moi. Un esclave, jamais.
    Avec Odile, nous bavardions de musique, d’architecture. Nous nous sommes aventures sur le terrain politique mais tres peu car nous savions que nous avancions en terrain mine (elle a toutefois ete etonnee que je vote Royal). Mais c’est une femme de beaucoup d’esprit, parfois amusante, un peu titileuse comme j’apprecie bref, je ne m’ennuyais pas et le travail se faisait tranquillement. J’ai beaucoup appris sur le travail lui-meme, sur la Finance.
    Je suis bien loin de cela, et meme si j’apprecie de manger seul, ne meme pas me voir proposer de partager le dejeuner, meme pour la forme, ca conforte mon isolement. Je me parle beaucoup a moi-meme et ce n’est pas ce qui est le mieux quand on traverse une passe comme celle que je traverse depuis des mois. Je prends du recul et me prends parfois a rever, a buller comme je le faisais a BNPP…
    Je suis bien loin de mes pauses the avec Mulgon…
    Cependant, qui dit travail plus interessant dit obligatoirement travail avec d’autres personnes… Odile me disait que je deriderais un mur… On va voir.
    Bon, je dois filer faire la cuisine. J’ai ecrit ce mail pendant ma pause dejeuner, je le reprends maintenant pour le poster.

  • 葛西, jeudi 28 fevrier 2008

    葛西, jeudi 28 fevrier 2008

    La vue du bureau est exceptionnelle. Le soir, la couleur du couchant est magnifique. Ici, le MidTown.

    Ca fait bien longtemps que je n’ai pas ecrit. Je n’en ai que plus de sympathie pour les soixantes et quelques lecteurs quotidiens qui visitent mon journal public et qui parfois en profitent pour visiter ici mon album photo, et la quelqu’ancien post. Cela fera 4 ans que je partage des pans entiers de ma vie. Avec le meme soucis que lors de la premiere journee. Etre honnete avec vous au sujet de ce que je ne raconte pas et au sujet de ce que je raconte, ne pas vous mentir, mais delimiter la delicate frontiere qui protege l’intimite de mes sentiments bref, ne pas rentrer entierement dans ma vie privee. Bref, me reserver le droit d’habiller pour rester dans le vrai. Contradictoire ? Je ne crois pas a l’auto-fiction, cette scorie pour middle classes des annees 90. Il y a plus de mensonges dans un deballage du moi que dans un roman de Madame de Scudery, ampoule, enrobe, invente. Car il y a ce que l’ecrivant n’ecrit pas, cache par le deballage du moi conquerant et envahissant. Des origines bourgeoises, par exemples, peuvent tres bien se retrouver maquillees dans le “cool” d’un moi debride et “sincere”. Du coup, le lecteur se retrouvera coince du cote des ringards s’il ose critiquer cette attitude cool et cette verite. Je me souviens de discussions au sujet de Dustan et Reimes, je me faisais traiter de reac, d’insensible a la douleur” -sic-(une fois, pas une espece d’intello post soixant’huitarde au discours d’assisatnce sociale…). Et au passage, il faut quand meme reconnaitre que les ecrivants en question, en matiere de
    qualite litteraire, de recit et de vecu… Faire d’un seropositif qui passe son temps a danser, bouffer de l’extasy et se goder le nouveau heros des temps modernes, je doute tres tres fort, mais quand en plus le tout est arrose d’une philosophie de bazard, in-di-geste. Et que le type a l’arrivee devienne directeur de collection… On appelle cela roman, et on appelle ceux la romanciers.
    Non, des ecrivants! Quand les classes moyennes n’ont plus rien a raconter, il leur reste le discours sur la forme, et l’aboutissement est cette exploration d’un faux soi. C’est comme la TV realite : on voit tout, mais en fait, chacun sait quand meme qu’il est observe.
    Ecrire tous les jours ou en tout cas le plus frequement possible, raconter dans un blog ce qu’autrefois j’ecrivais dans mon journal releve d’un autre exercice. Je ne cherche ni la performance, ni l’effet de mode, ni a plaire, ni a choquer bref, j’ecris d’abord pour moi, puis pour mes amis avec la tres difficile contrainte de savoir que je suis lu. Pas facile…

    Mes periodes de silence sont des periodes de fatigue. La fatigue d’ecrire est une terrible maladie quand on aime ecrire. Et figurez vous que ces derniers temps j’ai meme eprouve une fatigue d’ecouter de la musique… Je suis tres fatigue en dedans. Une fatigue qui revient de loin, je crois que c’est celle de ma mere. Je serais alors en ecrivant moi, Suppaiku, capable de liberer le pessimisme de cette femme qui a experimente les mauvais traitements infliges par ses parents puis la vie difficile d’une jeune campagnarde mariee a un Algerien (pas a cause de lui, mais de la societe) et enfin le chomage d’un mari victime des grandes restructurations des annees 70 avant que le dit mari ne developpe un cancer lie a sa profession (les delices de l’amiante). Ma mere. Mon pere. Il m’arrive de lire sur mon visage l’abattement de ma mere. Et c’est drole mais c’est quand je ris que je ressemble le plus a mon pere, son large front, la grande bouche du Kabyle… Les Kabyles me reconnaissent toujours.
    Bref, que je sois fatigue d’ecrire, autant vous dire aussi vite que c’est pas la grande forme. Je me souviens chez ma psy, c’etait ce que je resumais pas “entre deux”. Entre mon pere et ma mere.
    Il y a deux facons de considerer une situation intermediaire. En pensant “encore”, ou en pensant “deja” ce qui, au gre des situations, s’avere pour l’un ou l’autre ou positif ou negatif. Si je devais donner mon impression toutefois, je balance vraiment entre les deux et il n’y a pas que du mauvais car par moment non cote
    “pessimiste” m’invite a moderer mon impulsivite, a reflechir. Et mon cote “optimiste” m’aide a penser les solutions, les options.
    C’est que ce n’est pas facile, etre au chomage au Japon, et maintenant interimaire. Et toujours seropositif sous traitement. Qui s’apprete a rentrer dans le systeme japonais qui ne couvre pas, comme le fait le systeme francais, a 100%…
    Vous voulez savoir… je m’admire !


    De l’autre cote, le Fuji. Un plaisir, travailler dans un tel endroit. Le reste, ben… c’est du travail !

    Mais ne vous etonnez pas si ce que je vis en ce moment me fatigue, vous en avez l’explication. Si vous etes remonte dedans mon blog, vous deviez avoir compris que de toute facon, je me suis lance un sacre defi, en venant ici ! Ceux d’entre vous, lecteurs plus recents, vont donc decouvrir le tableau. Certain que je connais vont jaser, la nouvelle va certainement meme circuler, ou re-circuler. C’est ecrit depuis longtemps, bref, les jaseurs… Je suis fidele au petit garcon en moi, au post adolescent qui ecoutait du rock et militait : je batis ma vie, et ma vie est un choix. Mes heros d’enfance et de jeune adulte furent Leo Ferre, Sartre, Beauvoir, Louis XIV, Vivaldi autant vous dire, des individualites fortes, qui ont bati leur vie comme un choix, et meme comme une bagarre.
    Je ne suis pas une victime. Je l’ai deja ecrit, Beauvoir a sauve ma vie au detour d’un ete. Je n’allais pas bien dans ma tete, je devais avoir vingt ans, son journal m’a sauve. Elle m’a fait visiter le Bresil, le Candonble, les batailles de l’apres guerre. Plus tard, continuer la lecture de son journal, lire Les Mandarins, c’est elle qui m’a conduit a Sartre, que j’avais un peu lu, mais “comme tout le monde”.
    Je hais “tout le monde”
    J’ai decouvert chez Sartre une authentique honnetete : se decrire a travers le personnage de Mathieu – un salaud, un lache, un intellectuel bavard et inconsistant dans l’Europe de l’entre-deux guerre – releve d’une lucidite qui nourrit toute mon admiration, au dela meme de l’oeuvre litteraire, philosophique, politique du personnage. C’est l’experience et les choix qu’il fait qui font l’Homme/ la Femme, et non des “prises de positions”. C’est pour cela que justement, on peut changer, changer parce qu’on s’est trompe, et que justement, parfois, on doit changer, changer si l’on veut rester honnete avec ce que l’on pense etre soi-meme
    et la promesse que l’on s’est faite, “je suis libre de ma vie”. Sartre a change a plusieurs fois, mais il n’y a aucun reniement. Admirable.
    Leo Ferre est un double de moi, que je ne suis pas et que je ne serai jamais. Il dit les mots que je voudrais dire et il les dit comme je voudrais les dire. Que dire d’autre ?
    Vivaldi ? Sa musique exprime tout, je dis bien tout ce qu’il y a en moi. Tout. Mais pour apprecier Vivaldi et rentrer en moi il vous faudra des annees et des annees d’ecoute de ses milliers de concertos que l’on ne commence que depuis peu de temps a veritablement faire revivre. Vivaldi me raconte. Comme j’ecrivais a un ami il y a une semaine, “il m’ouvre le coeur tout grand”.
    Louis XIV… Un heros d’enfance qui m’a rendu amoureux de l’Histoire. Ceux qui me connaissent le savent, je lui dois beaucoup, a ce “Heros”, comme l’appellent les operas ecrits a sa gloire. La vie m’a amene a lui preferer Louis XV, mais… XIV! Pour XVI, absoluement rien! Oh, si, j’ai du liberer Marie-Antoinette des centaines de fois, dans mon enfance, mais bon… un truc de gosse, quoi ! Et vous ?

    On a les heros qu’on peut. Les miens sont un peu lies au hazard. Ma mere avait longtemps achete Historia. Bien sur, Historia, c’et nul mais moi, ca m’a fait rever. La decouverte de l’Amerique, Louis XIV, la Revolution, les guerres de religions… C’est a cette epoque que j’ai appris a ne pas aimer Napoleon. J’ai depuis confirme mon aversion, au point de lui contester jusqu’a l’existence d’un style propre puisque le plus gros de ce qui fait le “style empire” est apparu dans les annees 1780. Avec moins d’or, c’est vrai…
    Ferre… Que de souvenir en ecoutant Ferre. Avec des parents pauvres, en Seine Saint Denis, on ne respire pas beaucoup la culture. Les mots du poete me faisaient vraiment quelque chose. Et ses musiques… Quand a Vivaldi, il m’hebergeait quand j’etais seul en moi… Ca remonte a l’ecole primaire, on devait dessiner en ecoutant de la musique. C’etait les sempiternelles “saisons”. Je ne sais pas trop ce que j’ai dessine.

    Dehors, un grand soleil, un ciel bleu pale et un horizon plus pale encore, une temperature relativement douce mais un vent puissant. C’est le temps aujourd’hui a Tokyo. Je vois tout ca de la Tour, de mon bureau.
    Nous dominons la ville. J’ai repense au film Stupeur et Tremblement. La vue est differente, mais ca fait un peu le meme effet. Le soir, c’est vraiment extremement beau.
    Le contact avec la ville, entendez un centre, me manque de plus en plus. Je suis las de devoir prendre le metro 40 minutes pour venir au travail et donc ne pas pouvoir vite rentrer chez moi pour ressortir. Et si a Paris, habiter en bordure, a Gambetta ou Menilmontant, permet de profiter de Paris, a Tokyo, habiter l’arrondissement d’Edogawa donne vaguement l’impression d’habiter a Bobigny… ou Bondy. Je connais bien, par la bas…
    A Paris, ce que je goutais, c’etait les delices de la ville en velo. Les nuits d’ivresse, les jours de soleil, les dimanches apres-midi, aller ici ou aller la, bonjour Paris, me voila. En habitant aussi loin, j’ai un peu l’impression d’etre relegue. J’aime mon studio, pourtant, je m’y sens bien, en securite. C’est vraiment mon chez moi. Je donnerais beaucoup pour le demenager de quelques kilometres vers l’ouest, dans cette Shitamachi que j’aime visiter. Juste pour pouvoir, rentre chez moi, vite me changer et pouvoir si je le souhaite ressortir, prendre mon velo, et etre a moins d’une heure de tout… J’en suis encore bien loin, et mes espoirs du mois derniers se sont reveles etre ce que sont tous les espoirs : des illusions. J’ai tellement dechante, j’en ai tellement traverse, ces derniers mois, que comme chacun le fait en pareil cas, j’ai decolle quand j’ai senti le reel changer. Et c’est vrai que revenir a la finance, meme si cela n’est pas un reel choix, a represente ma seule sortie possible. Et la rapidite avec laquelle cela s’est fait m’a surpris. J’ai arrange ma situation, la banque m’a fait planer.
    Je reste pourtant dans une situation tout ce qu’il y a de plus precaire : interimaire. Et pour etre franc, interimaire au Japon, ce n’est pas etre interimaire en France. Pas de prime de fin de contrat ni de conges payes, meme pas la securite sociale payee par l’employeur les deux premiers mois. Tiens, d’ailleurs, c’est sur ce sujet que je commence a me demander si Clinton n’est pas finalement mieux qu’Obama, parce que l’optionnel et volontaire… je commence a bien connaitre.

    Qui dit allergie, dit masque ! Votre serviteur!

    J’ai du faire un vrai boulot de chiotte pendant trois semaines, pour un salaire ridicule, moins que NOVA. Cependant, celui qui m’encadre, commence maintenant a changer de comportement, car bien entendu, il a bien fallu que je fasse des choses qui n’etaient pas prevues au milieu de mon “boulot de chiotte”, et je les ai bien faites, et je les ai vite faites, et elles portent la marque d’un savoir faire evident, et elles m’ont permis au passage, en plaisantant, de dire que c’est du facile. Et c’est du mega facile. Comme il est deborde, ca l’aide. Pendant ce temps, une autre equipe a un interimaire pas sorti de la panade, et qui fait plein d’heures supplementaires, et donc il aura une super paie. Va comprendre… Il a raison, mais moi je taffe, et pas d’heures supplementaires.
    Le contrat s’arrete dans un mois. J’ai passe un CV, on verra. J’ai bien peur d’etre trop ceci et pas assez cela, voila mon probleme. Cela etant, je suis bien conscient de ma valeur, professionelle, s’entend. Et comme j’ai du l’ecrire, j’ai une fichue chance avec cet ex-BNPP Tokyo qui travaille juste a cote de moi… Mon reve, ce serait… demenager avant l’ete, entre Kiba et Kayabacho… Ca veut dire bien des choses, en termes professionels, non ?
    La musique me fatigue parfois, la lecture aussi, et meme les dorama.
    Pourtant, avec Jun, nous regardons pas mal de videos. Films d’auteurs francais ou “grands publics”, on y prend un certain plaisir. Remis d’attaque financierement, je pense retourner au cinema.

    Je refais un peu de japonais.
    Je dois un peu me forcer car au fond de moi, comme je l’ai dit, il y a une certaine fatigue, mais je retrouve aussi de l’energie.
    NOVA, ca tuait l’energie.
    Je retrouve le gout de faire des choses, cela revient par petites doses. Je regarde de nouveau les vetements en pensant que c’est aussi pour moi, j’ai envie d’ecouter de la musique que je ne connais pas. C’est une seve qui remonte et qui, pour tout vous dire, s’etait tarie avec NOVA. La fin de mon contrat arrive dans un mois, je ne vois qu’un changement a venir, mais il y a comme une dynamique qui se met en place. Je retourne a la gym… J’ai aussi recu les papiers pour les salaires impayes de l’an dernier…

  • 葛西, lundi 4 fevrier 2008

    葛西, lundi 4 fevrier 2008

    Ca y est, je l’ai fait.
    Profitant de mon temps libre -je n’ai rien a faire car il me manque deux applications principales-, je suis alle dans la grande salle opposee a mon poste de travail et je vous offre ce matin sur Tokyo avec le Fuji en Guest Star, etes vous heureux ?
    Moi, ca m’a fait plaisir, de le voir si bien. Et si vous regardez bien, le blanc sur les toits, c’est la neige d’hier qui a remarquablement bien tenu et s’est solidifiee dans la nuit. Voir le Fuji le matin, c’est etre assure d’une belle journee. Je n’ose imaginer de la lassitude devant le spectacle qu’offre cette montagne dont la forme et le relief epousent si bien la lumiere du soleil au point d’etre visible sous differentes couleurs… J’aime le Fuji et mon coeur palpite a chaque fois que je le vois. C’est comme ces vieilles maisons que je photographie, c’est ce que j’aime de ce pays, ce qui m’en a fait rever etant gamin. Et Tokyo est par moment une ville si grise, si monotone que voir ainsi surgir le Fuji, borde de ses montagnes, c’est fantastique. Cette ville cache ses charmes avec une adresse incroyable. Et ils sont nombreux pour qui sait les voir. Cela etant, a la tete que font les Tokyoites le matin, cela fait longtemps qu’ils les ont oublies, ces charmes…


    La neige a donc bien tenu, et j’ai eu un peu d’apprehension ce matin en sortant : les Japonais ne salent pas la chaussee. Pire, ils versent de l’eau chaude qui fait fondre la neige certe, mais transforme certains trottoirs en veritable patinoire…
    Cet apres-midi, je n’ai pas travaille : il me manque les deux applications principales… Je savoure…
    Je vous ai confectionne l’album photo de samedi et poste ces messages. Flemme d’ecrire plus, excusez-moi. Je termine Une fille d’Eve, de Balzac et beaucoup de passages decrivent notre societe, notre president avec une precision qui donnent le frisson quand on pense que cela a ete ecrit il y a plus de 150 ans…

  • 葛西, dimanche 3 fevrier 2008

    Neige, tempete de neige, Tokyo en blanc! Voici mon quartier sous la tempete de neige. Un phenomene rare a Tokyo, et encore plus rare est qu’elle ait tenu. C’etait joli. Et nous, on etait bien au chaud…
    Leves un peu tard encore.
    Hier soir, Jun et moi avons pas mal parle d’argent. Il m’a somme d’etre econome. Je me suis montre radin. Il m’a parle exactement comme ma mere l’a toujours fait, ne comprenant pas que je puisse vivre pour depenser, sans economiser.
    Ben oui, je sais…
    Je le sais depuis l’ete dernier, avant meme la fermeture de NOVA, je me suis mis alors a moins depenser, a avoir de l’argent d’avance (c’est a dire un solde positif en fin de mois), mais c’etait trop tard. Ce qui est acquis en revanche, c’est que desormais je vais moins depenser. Tout d’abord mon travail ici n’est que temporaire, ensuite je suis desormais a moins quelque chose, comme me le disait Jun en riant. C’est rare, qu’on puisse parler d’argent avec moi comme ca…
    Arthur est une film tres mignon, j’ai ete surpris, et ca collait parfaitement avec un dimanche de neige… Le soir, j’ai fait des gauffres, comme tous les dimanches. Je me suis resolu, la mort dans l’ame, a appeler ma mere pour qu’elle m’aide a passer le mois. Vraiment la mort dans l’ame. Pas d’autre solution…
    Et demain, c’est le travail… Photographirai-je le Fuji ?


  • 葛西, samedi 2 fevrier 2008

    葛西, samedi 2 fevrier 2008

    Vous connaissez le mochi, cette pate de riz obtenue par une cuisson de riz a la vapeur suivie d’un long petrissage a coup de ce qui ressemble a une enclume, destine a obtenir une texture elastique, extremement legere.
    On peut alors sucrer, fourrer de pate de haricot, de feve de soja, de marron ou, comme ici, de sesame noir, et confectionner des gateaux de mochi. Celui-ci, achete a la gare de Nishi-Kasai ou il y a en ce moment un stand d’une boutique de Kyoto, etait delicieux.
    On l’a mange en bordure de la Sumida.

    Un samedi sous le beau temps et dans le froid. Leves fort tard, nous sommes sortis fort tard. Objectif, une promenade dans l’arrondissement de Chuo, sur l’Ile de Tsukishima, ou les tours d’habitation extra hautes construites au debut des annees 90 contrastent avec des restes – nombreux- de la shitamachi portuaire. Ce que j’aime le plus dans cette ville, cette ambiance.
    Nous avons prolonge notre promenade jusque Toyosu ou nous avons visite Lalaport, un centre commercial qui rappelle les centres commerciaux du monde entier. A chaque fois, j’y pense a Stephane et Helena, a toutes les fois ou nous sommes alles faire des courses, a ces espaces faits pour les familles avec des enfants. Il y avait des familles avec des enfants. Un temps lent y regne, entre course et terrasses de restaurant.

    Le quartier de Toyosu est lui un quartier assorti a cet espace. Une sorte de ville nouvelle ou on a rase les anciennes usines et les anciennes maison pour construire ce havre de consommation et les tours de grand standing qui vont avec. Un espace deshumanise a souhait, froid, vide. Les restes de l’ancien Toyosu sont eux presque deplaces, sordides, comme coupes de tout. Mais heureusement, le tout se font rapidement dans l’entrelat des canaux de l’arrondissement de Koto.
    Le soir, je n’avais pas envie de faire la cuisine… Je voulais regarder Hakuchi avec Jun, mais je crains de l’avoir prete (a Martin ?). On a regarde Ring 0, et j’ai ete surpris d’y voir Nakama Yukie, que je ne connaissais pas encore a l’epoque ou j’ai vu le film (une soiree Canal plus pendant l’ete 2002). Je crois que c’est mon prefere des trois.
    On a emprunte des films a regarder ensemble dimanche. Volver, que Jun n’a pas vu, et Arthur et les Minimois. Il est prevu qu’il pleuve toute la journee, on a tout prevu!

  • 葛西, vendredi 1er fevrier 2008

    葛西, vendredi 1er fevrier 2008

    Vue sur Tokyo depuis la “canteen”. Il y a pire…

    Ma journee est terminee. J’ai enfin eu acces a ce qui me servira a travailler, un dossier Excel. C’est peu, mais c’est un debut. Je suis etonne de mon peu de fatigue : ca se passe bien. Pour la deuxieme fois ce midi, je suis alle manger a la “canteen”, une mini cafeteria pas tres chere : hier, j”ai mange le Bento marocain (un delicieux poulet parfume, du riz) et aujourd’hui un bento “chikin furai” vraiment delicieux, fraichement cuisine. Chaque fois 600 yens, ce qui est plus que raisonnable (disons 4 euros). L’endroit est ensoleille, oriente sud-est, on appercoit la baie de Tokyo, la Tour de Tokyo…
    L’apres-midi est passe tres vite. Hier soir, je suis parvenu a me coucher vers 23h30.
    Tout a l’heure, je retrouve Jun. J’ai fait ma lessive tres rapidement apres le travail, j’ai lance la cuisson d’une sauce pour des spagghettis. Je suis passe en express a la sortie du bureau a la boutique ou travail Nordine, un ancien Nova. Il fait des crepes, et je l’en envie presque…

  • 葛西, jeudi 31 janvier 2008

    Commencons par un message ecrit alors qu’a mon poste je n’avais rien a faire…
    “Comme ca faisait longtemps… Me voila assis a mon bureau, j’attends qu’on commence a m’expliquer mon travail, ce qui ne devrait plus tarder maintenant. Ecrire au travail, quelle chance. Hier soir, chat avec Mulgon Melta en pleine garderie. Un medecin n’a visiblement pas loupe son gamin… A ce sujet, je suis tombe sur les articles que Libe a publie ce mardi sur le film de Sandrine Bonnaire, Elle s’appelle Sabine. Le recit, l’”aventure” que sa soeur a vecu m’a revolte, m’a fait du mal. Tres profondemment. J’ai ressenti le maximum de revolte et de douleur quand dans l’article on evoque le refus de l’hopital psychiatrique ou Sabine est enfermee de la laisser sortir, quand celle-ci a ete internee a la demande de sa famille et que cette meme famille, constatant les degats, la degradation physique et morale de la jeune femme, après des mois de recherche, a trouve enfin une institution adequate ou l’envoyer enfin.
    Mais de quel droit, ai-je pense… Je hais la psychiatrie. Je sais bien que certaines personnes ont des comportements violents, soit envers eux soit envers les autres, mais cela justifie t-il l’enfermement, les menottes, les baillons et les doses massives de medicaments ? Quel est cet eugenisme honteux qui n’ose dire son nom et se contente de masquer sa realite – realiser une quasi-mort cerebrale- en exhibant le mensonge –un corp reduit a l’etat de plante verte vegetative, mais “vivant”. Ca ne me met pas en colere, cela m’indigne. Nos prisons et nos hospices, que ce soient ceux, infantilisants pour les personnes agees ou les asiles psychiatriques, sont des lieux d’un autre age, d’un age ou l’homme n’etait destine qu’a subir, obeir, ou la medicine a remplace en employant des moyens similaires (intimidation, menace, enfermement, negation de l’idee meme de liberte) l’eglise de l’inquisition. Ainsi ces medecins qui ont violente cette jeune femme souriante, l’ont detruite sous pretexte qu’elle etait violente (elle donnait des claques parfois, et crachait aussi parfois, elle se braquait et se fermait) sans meme avoir diagnostique l’autisme que d’autres medecins, plus patients, plus attentifs mais aussi surtout plus competents, ont par la suite diagnostique.
    La violence psychiatrique n’est elle pas une forme d’eugenisme qui n’a pas le courage de se dire clairement ? Le simple fait de reduire les troubles du comportement a une maladie, et a reduire les individus a des malades est en soit une monstruosite, un inhumanisme. Car s’il est bien malade, le “fou” est avant tout une personne, et toucher a sa folie est avant tout atteindre a sa personnalite, ce qui ne peut etre accompli sans son consentement. C’est en ce sens que la psychanalyse a constitue une avancee majeure dans l’histoire des troubles mentaux et comportementaux.. Accompagner une personne et non “traiter un malade” ni “corriger des comportements”. Si de nombreux psychologues et psychiatres ont intege cette approche en renouvelant leur approche, il n’en reste pas moins que l’institution n’a, elle, pas evolue. Et le recit que j’ai lu, avec son batiment d’enfermement total ou son lit a menottes magnetiques fait froid dans le dos, fait mal pour cette petite chose souffrante reduit a un corps qui se subit et qui s’appelle Sabine. Quiconque essaie de se mettre dans ce corp ne peut que ressentir la violence de l’institution. Une Sabine qui jouait autrefois du piano et qui aimait sourir, jeune, jolie, et qui resort cassee après 4 ans de ce traitement. Et quelle chance a t-elle eu que parmi ses soeurs figure Sandrine Bonnaire, dont la vie meme a permis d’envisager autre chose. Mais imaginez toutes les autres Sabine, les Sabine proletaires don’t les parents ne connaissent pas ”autre chose” et qui ecouteront sans critiquer le discours culpabilisateur du Saint-Psychiatre… Je ne pourrai pas voir ce film avant longtemps, mais si j’etais a votre place, en France, j’irai voir ce film qui raconte une jeune autiste cassee par l’obsession du resultat et le manque de moyens, des docteurs d’un autre age. Des cons, des salauds.
    Autours de moi, on parle anglais, parfois on parle japonais aussi. Le plateau est immense.”

    Ca sert, finalement, l’inactivite…
    L’apres-midi a ete plus actif, j’ai commence a regarder un collegue et, bien que je ne ferai pas tout a fait la meme chose que lui, ca m’a donne une premiere idee. Le plus difficile sera travailler entierement en anglais, mais le travail n’est pas en soi tres difficile. Un Break, ca reste toujours un break. Ce matin, je suis alle visite le cote ouest afin de dire bonjour au Fuji. La vue sur Tokyo est simplement magnifique, et vraiment, comme je le disais a Yann ce matin, on aurait presque envie d’attrapper la tour Docomo, tant elle ressemble a un jouet pose la… A vette hauteur, Tokyo est une ville jouet, vivante, magnifique. Et quelle lumiere le matin… On appercoit la Baie ici, on voit les montagnes la… Les autoroutes urbaines, quand a elles, traversent un paysage aleatoire mais assez bien dessine. A l’etage, justement, il y a une “Canteen”, en fait une sorte de cafeteria pas chere. Vue sur la baie, soleil radieux, que des indiens autours de moi, ou sont les Americains ? Quelques Japonais ici. Amusants, ces pros de l’informatique financiere aux salaires convenables mangeant le “bento” ou le sandwish fait a la maison. Ici, on ramene son repas, on fait un peu comme on veut, et moi je vais faire des economies aussi. Micro-onde, frigo sont la pour ca… Le cafe est gratuit, aussi… Ca me fait penser a Cortal, cette ambiance. Mais alors, qu’est ce que ca bosse. Tranquillement, mais ca bosse…
    Ce soir, je suis passe a Shibuya chez mon employeur faire remplir des papiers pour le chomage. Je vais recevoir 19 jours d’indemnite, et tenter aussi l’aide a la reprise d’emploi. On verra bien. Cela etant, je vais avoir besoin d’un dernier petit coup de main, je suis plus qu’a sec, et mes cartes de credit arrivent a leur limite. Il va bien me falloir 3 mois pour m’en remettre, en me serrant la ceinture comme maintenant.
    J’ai la forme. Et je suis content.

  • 葛西, mercredi 30 janvier 2008

    葛西, mercredi 30 janvier 2008

    サラリーマンになった。今朝東西線に乗ってみんなさんのように仕事へ行きパリのニコラさんの友達が夕方電話をしてくれたのにすごく眠かった.Et c’est ainsi que je me suis laisse bercer par la voix automatique du metro, entrecoupee de celle, endormie et repetitive du chef de train… J’ai eu de la chance, ce matin, la rame avancait a un rythme quasi-normal… J’ai goute avec effroi a cette atmosphere compresse du metro bonde au dela de toute raison, a cette sensation de corps compresses entraines et ballotes au gre des arrets intempestifs dus aux besoins de la regulation de cette ligne si complexe qui s’insere dans le reseau de chemin de fer a partir de Nakano. J’ai repense a la ligne A du RER vers 8 heures 10, aux Halles, en direction sud Luxembourg, Arcueil, c’est exactement la meme chose. Mais ici c’est le metro… La ligne Tozai doit bien etre une des lignes les plus chargees de Tokyo.
    Quand je suis arrive a Ropppongi, un grand soleil eclairait l’esplanade. C’est dans le “beau Roppongi” que je vais travailler. Dans ce quartier que je n’aime pas, il y a l’ebauche d’un autre quartier, moderne, presque avant gardiste, cher, elitiste. Apres le quartier mi-chic, mi-debauche de Ginza, me voici dans le quartier a etrangers et a Japonais fortunes. Je vais desorais travailler dans LA tour de cet autre visage de Tokyo, la tour Mori. Si on m’avait dit ca un jour…
    J’ai retrouve la commerciale de mon cabinet de recrutement. C’est etonnant comme cela me fait penser a Cortal, ce suivi quasiment personnalise… On a un peu bavarde, et puis il a fallu y aller.
    J’ai desormais mon badge, mon ordinateur a ecran plat et mon bureau en panneau de particule melamine imitation pin teinte. Je suis assez epate par la chaise veritablement ergonomique. Ce qui m’entoure depasse de loin ce que je m’imaginait : c’est un immense plateau open space. Je suis cote ouest, en rgardant par les grandes baies vitrees apparaissent ici Shinjuku, la le Fuji ou encore, je ne l’ai pas cherchee des yeux, la Tour de Tokyo. J’ai vu le Fuji en faisant un tour et cela m’a fait quelque chose… La cafeteria offre une grade variete de boissons gratuites, il y a tout ce qu’il faut pour rechauffer, conserver… Je vais etre bien. C’est un environnement qui m’est familier et, pour tout dire, je suis bien content d’etre la. Ce travail va me recaler et me redonner le sens de ma valeur : NOVA et toutes ces ecoles de langues sont des planques ou se tue l’ambition, la noble ambition de “se” reussir. On se contente, telle une plante verte, d’”etre” au Japon et l’on oublie de “devenir” au Japon. Bon, en tout cas, c’est un peu comme cela que je me percois, moi.
    Je ne pensais pas que je retravaillerais dans une banque, et m’y voila. Ce travail, je l’ai trouve tout seul, ca m’a psychologiquement tres cher et c’est un resultat de plusieurs annees.
    J’ai fait le bon choix. Je me suis revu, ce matin, alors que je roulais en velo vers la gare, sur mon velo, il y a 9 ans, les Pizzicato Five sur les oreilles, roulant vers Neuilly ou je travaillais alors pour Cortal, le Boost, comme j’appelais ca. Je ne sais pas bien si je booste, oh, peut-etre si, un petit peu quand meme… J’ai achete la semaine derniere quelques vetements, chemises, cravatte, pantalons, juste histoire de ressembler a un employer de middle office. Pour moi, c’est redevenu un jeu, et je crois que c’est ca, le boost.
    Je vais me donner les moyens de rester ici, d’y vivre bien. Et de me donner les moyens d’autres projets a moyen terme.
    Ca merite la cravatte !

    post scriptum narcissique : je suis encore bien conserve pour 43 ans, et j’assure quand meme mieux que Manuel Valls…

  • 葛西, mardi 29 janvier 2008

    Une grosse boule dans le ventre.
    Tres grosse.
    Une angoisse. Des doutes.
    Une aprehension, comment cela va t-il se passer.
    L’angoisse. La peur.
    Un truc nouveau, une direction nouvelle et pourtant aussi comme un retour a la normal.
    Presque deux ans jour pour jour.
    Je vais remettre les pieds dans un back-office. Je vais retrouver un bureau en panneau de particules recouvert de son plastique imitation bois teinte mat avec son caisson tiroir-dossiers suspendus a roulettes, l’ordinateur (Compac, Dell, Nec), unite centrale sous le plateau et ecran certainement plat, peut-etre deux ecrans d’ailleurs, un telephone sur le cote droite peut-etre, il y aura sans aucun doute une disposition en fleurs, delimitant un pole a qui est attribue une tache particuliere. On me donnera mes “users”, peut-etre un Americain blaguera et me demandera de ne pas faire perdre 5 milliards a la maison, on me montrera la salle fumeur, le four a micro onde, les machines a cafe, les machines a boisson, la salle de detente non-fumeur. Avec un peu de chance, du haut de mon trentieme etage a Roppongi je verrai la Tour de Tokyo et peut etre meme au dela la Baie de Tokyo. On me montrera peut etre comment on se protege si ca secoue, tout en oubliant de me dire comment on se sert des extincteurs, ils ne savent generalement pas, de toute facon. Et puis on me presentera a mes collegues, certains se leveront, d’autres ne se leveront pas, deja occupes au telephone mais me feront un petit signe de la main, d’un air de dire salut mec!, et moi je hocherai la tete, je sourirai, bien incapable de retrouver qui est qui, qui fait quoi dans cette valse de tetes inconnues, moi, le grand rescape du bateau NOVA, bien content que la banque me sauve encore une fois… J’en connais qui n’ont pas cette chance, et ils n’ont plus que leurs valises pour pleurer, euh, pour partir, excusez-moi.
    Ce matin, je suis alle a Hello Work pour informer que j’avais trouve du travail. C’est l’ANPE japonaise. J’ai bavarde, en japonais bien sur, mais par moment, je me suis retrouve incapable de comprendre ni parler. Une boule dans le ventre, je vous dis.
    Ca m’a pris hier en allant signer mon contrat, et depuis ca ne me quitte plus…
    J’ai retrouve Yann, et il y avait Patrick egalement, professeur a Kichijoji. Enfin, avant… Pour eux, c’est le debut du chomage. Les interrogations fusent, informelles et mal posees. Ca fait mal, envisager de quitter sa vie sans l’avoir choisi. Le futur est un horizon raccourci en mal de mots.
    Pour moi, le futur se dessine et prend la forme de cette boule dans le ventre. Reussir mon entree dans cette societe, dans ce service. Deux mois pour me faire une place. Un an pour trouver ma place. Et dans cinq ans le restaurant. Ca vous fait rire ? Moi, ca me plait bien…
    Je suis rentre apres etre passe a l’Institut Franco-Japonais a Iidabashi ou j’ai reemprunte les Fantomas de 1913 ainsi qu’un OVNI, un film de 1961, realise par le grand Jean Rouch (dont je suis fan) et Edgard Morin (dont Sarkosy a devore la quatrieme de couverture). Un documentaire, les jeunes de 1961. On m’en avait parle, je suis heureux de pouvoir le regarder. J’ai egalement emprunte le numero Beauvoir du Magazine littereraire : je ne m’attends pas a y apprendre grand chose (je me suis contente de la lire…), mais sait on jamais. C’est de la nostalgie pour beaucoup de choses, et d’abord pour ces conversations d’un autre temps, avec Nicolas. Du temps du Punch Bar, juste apres Spont’Ex.
    Tout a l’heure, j’ai repasse trois chemises. Et voila, il est 21 h 25, j’ecris et j’ai mal au ventre. Je n’ai pas un centime, bientot c’est le loyer, les factures… Mais au milieu de ce desastre reapparait la lueur du travail, et donc ma vie qui repartira. Pas avec le salaire que j’avais cru (voulu; je ne suis pas dupe de mes propres omissions) comprendre, mais avec un salaire correct et surtout des perspectives.
    Je suis content mais j’ai fichtrement le trac. Comme il y a bien longtemps, pour mon premier travail chez Paribas…
    Balzac etait un homme incroyable…