Surtout pas cette usine à touristes, le Tenryû-ji, ça se bouscule de partout et ce n’est même pas « ouah »
Étiquette : Moi

2020 moins un, finale

2020 moins deux (l’autre)
Bon, à par ça, c’était une journée maussade, grise avec beaucoup de pluie le matin.

2020 moins trois
Tôshokudai-ji le matin, ShinYakushi-ji cet après-midi, beaucoup de marche et de lieux calmes, la forêt derrière Kasuga Taisha, des biches, et encore des biches.

Back to Black
Au point de départ, chez moi, à la base et sur mes solides fondations, il y a le noir, le blanc, il y a le contraste d’où jaillit la lumière, il y a l’angle tranchant, brutal.

Milieu d’automne
Ne croyez pas que je délaisse ce site. Non. Je l’ai optimisé, j’ai actualisé les photographies de la page d’accueil, j’ai décidé d’un retour au noir et blanc, et puis je me prépare à enfin faire de la vidéo. J’ai donc acheté un petit enregistreur Olympus qui me permettra de prendre le son en meilleure qualité que jusqu’ici. Je me contenterai de mon appareil photo actuel, mon Olympus OMD-EM5 MarkII pour la vidéo, bien qu’il ne fasse pas la 4K et que ses débits ne soient pas très élevés, ce dont pour le moment je n’ai pas besoin. On verra à l’usage si j’ai besoin d’autre chose, ce n’est pas une priorité.
Pour ce qui est de l’écriture, j’ai écrit, mais je n’ai pas mis en ligne. Je suis comme je l’ai écrit le mois dernier “in between”, j’attends une date à venir qui changera ma situation de manière significative. Le 10 décembre, je n’aurai plus de dette, et c’est comme si je retenais mon souffle en attendant ce moment, et cela depuis des mois. Passé cette date, il y aura un chemin ouvert, une respiration que je retiens depuis je ne sais plus combien de temps. J’aurai alors pas mal à publier.
J’ai fait un rêve très étrange qui m’évoque bien ce que je ressens. J’étais à une fête, je pense que c’était à Londres, il y avait beaucoup de monde et peut-être pas mal de gens que je connais, et puis j’envisageais de déménager à Paris. J’étais avec Jun. Ce rêve a laissé une très forte emprunte à mon réveil, un sentiment de ne pas être seul à l’avenir, et d’avoir comme une route toute tracée. C’est un peu ce que je ressens de toute façon, même s’il reste comme une appréhension, et cette appréhension est toute dans cette date du 10 décembre où mon compte en banque se videra de la somme nécessaire à ma liberté retrouvée.
J’ai des envies d’achats que je regarde en observateur et dont je me guéris l’une après l’autre, non sans mal. J’ai acheté deux paires de chaussures, il y avait un prix, j’aime les chaussures, et les chaussures, c’est utile. Et puis pour tout dire, j’achète très peu de vêtements, j’ai toujours pensé que les chaussures étaient le plus important. J’ai acheté ce petit enregistreur, cela faisait longtemps que j’en voulais un. Il n’était pas très cher de toute façon. Et puis c’est tout. Pourtant, en remboursant mes dettes, un montant dont j’ai honte maintenant, je me retrouve avec mon salaire intégral et donc la possibilité de dépenser.
Mais c’est le contraire qui se produit. Je veux garder mon argent. J’ai renoncé au voyage en France, ce truc qui chaque fois m’ampute de deux à trois mille euros, et j’écris amputer car j’ai souvent financé mes voyages en recréant de la dette. C’est le piège de ces saloperies de revolving dans lequel je suis tombé et que de chômage en séisme j’ai vu gonfler pour la plus grande joie des actionnaires de ma banque.
Je vais désormais être en mesure de “mettre de côté” pour affermir cette confiance en moi que j’ai gagné au fil des ans et en effet envisager de rentrer en France sans trop me soucier de la suite. J’ai écrit le texte où je raconte tout ça.Parmi les choses que je dois vraiment faire, j’ai un très gros travail de passage au https, c’est à dire à la sécurisation du site. Un vrai calvaire car étant perfectionniste, il est hors de question que je le fasse à minima. C’est un travail titanesque qui revient à recréer entièrement le site pour que les pages http deviennent toutes https, même les photos liées. Il y a des trucs qui aident à le faire mais il n’en reste pas moins qu’il y a un peu de mains dans le cambouis. Mais à l’arrivé, vous aurez un joli petit verrou vert dans la barre d’adresse qui vous confirmera que votre connexion ainsi vos données si vous vous abonnez sont totalement en sécurité car tout sera crypté. Bon, je ne dis pas qu’il y a un risque mais c’est désormais la règle sur le net et depuis 2017 Google n’indexe quasiment plus les sites non sécurisés. La perspective de ce boulot me donne mal au ventre tellement c’est du boulot, sans compter la peu de perdre des trucs en route voir que mon site ne fonctionne plus pour x raison.
En attendant, ici les températures ont flanché, il va pleuvoir pendant une semaine et j’ai beaucoup de travail, mais je me porte bien. Et je vous promets plusieurs articles déjà écrits ainsi qu’une reprise en main ainsi qu’une actualisation de mes “cycles” en ce moment hors ligne.
Amitiés.

In between
Pour tout dire, les jours, les semaines et les mois, l’année à venir ne vont pas être très faciles. J’ai pris de grandes décisions et je vais essayer de les mener de front, avec constance et sans me laisser distraire. Pas facile, les voici, j’y reviendrai dans les jours, les semaines et les mois à venir.
D’abord, j’ai décidé de quitter le Japon. Ce n’est pas pour demain, mais c’est un départ auquel je vais maintenant me préparer pour que cela se passe bien et que cela représente même un progrès pour moi. Dans un an, deux ans qui sait. Ce sera certainement donc la dernière de ces décisions qui se concrétisera. La destination n’est pas encore très claire et ce n’est pas, à ce stade, ce qui est le plus important. Ce qui compte est d’avoir décidé de quitter ce pays.
Le Japon me fatigue, je n’y trouve plus aucun plaisir ou plutôt, dans la balance, le plaisir que j’y ressens n’atteint pas le ras-le-bol que j’y éprouve par ailleurs. Le nationalisme qui monte, l’incroyable racisme anti-asiatique en général et anti-coréen en particulier, bâti sur l’amnésie et la falsification de l’histoire, ce sentiment d’être exclus de toute forme de débat alors que ce pays sombre lamentablement dans l’abîme qu’il s’est lui-même construit tout en en rejetant la responsabilité sur les autres, la laideur des villes, cette auto-suffisance chez les gens qui, brainwashés par les médias, pensent vivre dans le meilleur pays de la planète, tout cela m’insupporte au plus haut point.Le pays qui m’a attiré est un pays qui n’existe plus, je me suis promené dans ses restes, je les vois maintenant disparaitre sous les pelleteuses après la disparition de leurs habitants, et une immense amnésie faite de laideur les remplace, des hôtels hideux pour touristes accrocs aux clichés du Japon « pop » qui me sort par les trous de nez, des hordes de puceaux de 40 ans gavés aux viandes américaines servies dans des chaines où on « mange » pour 4 euros de quoi tomber malade à 50 ans…
Il y a pourtant beaucoup de choses que j’aime ici, mais plus assez pour me justifier de vivre loin des gens que j’aime. Vivre en France n’aurait pas empêcher cet ours de faucher Julien, mais cela m’aurait permis de le voir durant toutes ces années et de profiter du temps où il était encore parmi nous. Et vivre en France m’aurait permis de voir encore maman un peu plus, de lui tenir la main, de lui prouver que je l’aimais. On ne change pas le passé, mais pour le moins, je peux en retenir la leçon quant à l’avenir.
Je repense à Yann, les supermarchés lui sortaient par les trous de nez, eh bien ça a commencé. Il faut dire qu’en mars, quand je suis allé en France, j’ai eu l’occasion d’aller dans un Leclerc et dans un Carrefour et j’ai compris que oui, il m’en manquait, des choses, plein de choses, tant de choses. Fruits et légumes en abondance, fromages et laitages… Ça peut paraître con, réduire sa vie à un supermarché, mais ici, c’est pauvre, grisâtre. Et cher.
Mais c’est surtout la laideur envahissante que je ne supporte plus, ces immeubles moches, ces espaces publics oubliés et incohérents, ou pire ces hordes de touristes, pas les touristes normaux, non, les geeks boutonneux.
Je suis persuadé que les touristes accrocs à la Kpop sont mignons, sexy, élégants. Nous, on a les mecs à cheveux gras, 900% hétéros et les filles qui se font une couleur bleue « délire » durant leur voyage ici et qui vont trainer à Akihabara avec une mini-jupe magical girl. J’ai rien contre eux individuellement, je veux dire qu’individuellement, je les connais pas et je ne les fréquente pas, je parle en tant que masse crétine et laide qui parle fort, sent la sueur, s’extasie devant les « maids » qu’ils prennent en photo et bave devant les affiches de jeux vidéos où on voit des gamines de 6 ans avec des seins volumineux assises en laissant voir leur culotte parfois déchirée méga humide moulée sur leur vagin, les yeux suggèrant un « non, arrête » et une espèce de liquide blanchâtre qui lui coule de la bouche, habillée bien entendu en écolière.Il y en a des tonnes, et des hordes de geeks plus ou moins puceaux visitent ces temples du manga et du jeu vidéo, les boutons d’acnés en feu et la queue en érection avant de s’envoyer une japonaise rencontrée dans un bar quelconque, faisant de ce voyage un souvenir inoubliable entre sexe, jeu vidéo et clichés divers et variés, « c’est trop cool, le Japon ».
Chacun son Canigou, hein… Cela vaut-il le coup de vivre loin de mes amis, de ma famille, de celles et ceux que j’aime? Un pays tellement ringard qui croit encore au futur technologique avec des robots.
Et puis je regarde de plus en plus nos habitudes de blancs avec suspicion. Qu’est-ce que c’est que ce truc qu’on a avec l’expatriation, avec l’envie de « vivre ailleurs ». Je ne parle pas de la migration, qui est la forme la plus respectable, finalement, car on est mu par la faim, par la survie et que cela est la marque de notre espèce, de toute créature vivante. Non, je parle de notre idéologie de confort, de notre moi narcissique qui « choisit » de « partir » et d’aller s’imposer chez les autres comme quelque chose qui irait de soi et même avec l’appui de nos gouvernements pour être sûr que l’on y sera en sécurité malgré les appréhensions voire les résistances de la population locale.
Comprendre que je dois maintenant me préparer à partir, l’écrire noir sur blanc, c’est un très gros truc pour moi, alors voilà, c’est dit.
Je suis très ennuyé toutefois, car durant ce long séjour, j’ai rencontré Jun, et Jun est devenu un ami incroyablement proche, intime et que je ne tiens pas à être séparé de cet ami aussi. Nous avons partagé beaucoup, nous nous connaissons trop pour se dire « ciao » comme ça. Dure équation.
J’ai repris le travail sur ce roman commencé il y a 9 ans. J’ai honte, 9 ans… mais en même temps, j’ai enfin compris que mon ambition était trop haute pour moi, que ce que j’avais en tête me dépassait, et puis que finalement je ne devais faire confiance qu’à moi pour y parvenir, alors je m’y suis remis, je mets au point ma méthode de travail, ça ne va pas être facile du tout.
J’ai donc décidé de me hisser à la hauteur de cette ambition, je ne peux pas faire moins, c’est impossible tout simplement, car ce n’est pas ce qui m’a conduit à sortir les quelques 150 pages déjà écrites et qui finalement ne représentent qu’une goutte d’eau dans ce qui en réalité, dans ce que je vois, dans ce qui est en moi, comprend 3 tomes, oui, rien que ça, et cela depuis que l’idée est venue, et je me suis vautré dans le premier tome seulement.
J’en ai écrit la fin, je veux dire, une sorte d’ébauche bancale, car la fin du premier tome est incroyablement douloureuse à écrire, à tout niveau, tant dans son contenu que dans la technique et dans la forme, je veux dire que c’est quelque chose qui devra in-fine être réécrit d’une traite, comme un sprint, je sais où ça va, je sais ce qui s’y passe, c’est prévu depuis le moment où j’ai couché le premier mot de ce roman, j’en ai mis une sorte de charpente par écrit, mais je veux faire mal, je veux faire du mal, je veux VOUS faire du mal, pas avec méchanceté, mais par amour, pour que vous vous souveniez de ce que vous avez lu, je veux un roman qui vous marque pour toujours et si je n’y parviens pas, c’est raté. It’s just as simple as that.
Vous voyez ce que je veux dire, par une ambition trop haute pour moi? Moquez-vous. Moi, en attendant, je me fais honte de m’être arrêté.
J’entends le conseil habituel, tu peux commencer de façon plus sobre, plus simple, et puis bla-bla-bla, bullshit! Je ne peux pas. J’ai un truc à raconter, un truc profond que je veux, que je dois écrire, que je peux écrire et que j’écrirai, et ce n’est pas de ma faute si la seule façon rationnelle pour que cela marche, ce sont trois tomes, et si chaque tome doit faire dans les 400 pages, ce n’est pas de ma faute, c’est comme une mission. I have to do it, I have to do it that way, it has to be that way.
Pour m’aider, toutefois, et après avoir renoncé à toute aide extérieure tant que je n’aurai pas terminé, j’ai pris la décision de me remettre à ce blog, d’abord et avant tout, et d’avoir écrit que j’avais décidé de quitter le Japon c’est déjà lever un gros sujet tabou, mais aussi d’y écrire les nouvelles, les micro-récits qui souvent me passent par la tête et que j’y garde dans un coin.
Côté écriture, j’ai en effet beaucoup régressé, Les réseaux sociaux absorbent toute la spontanéité de l’écriture, toute l’énergie, tout le temps passé, et après il n’en reste plus rien, c’est un peu comme de la masturbation, ça prive de l’énergie qu’on a en soi. Je suis presque guéri de Facebook.
J’ai en projet un truc qui sera très facile à écrire et dont je peux dors et déjà vous livrer le titre, « Classes moyennes, une comédie de moyenne classe », et qui sera en quelque sorte l’épilogue des deux récits que j’avais livrés pour Minorités au sujet de la crise de 2008. Publier régulièrement, mettre en ligne de courts récits, cela sera le moyen de me mettre au point pour garder le cap sur cette fantastique ambition que représente l’écriture et la publication de ce roman laissé en plan et dont je sais qu’il est essentiel, attendu et que moi seul ait la capacité d’écrire.
Et puis il y a l’Algérie.
Vous savez, c’est difficile de cumuler tant d’identités contradictoires. Je suis ouvertement homosexuel, non pas parce que je pense qu’être ouvertement homosexuel soit bien, mais parce que j’ai compris à 14 ans que c’était politiquement nécessaire. Mon homosexualité est donc avant tout un engagement politique, et quand j’écris cela je ne parle pas de ce que je fais dans le lit qui ne regarde que moi.
C’est donc pour cette raison que jamais je n’ai pigé le « Pride », je ne suis pas « fier ». Je comprends l’idée, il s’agit de retourner le stigmate et de redresser la tête, mais non, ce n’est pas comme cela que je me pense. Je ne cherche ni à être aimé, ni à être défendu, je serais plutôt un militant de la banalité. L’objectif politique pour moi, ce n’est pas d’être fier, c’est d’être banal, de raconter un flirt à d’autres personnes sans se poser la question de ce qu’ils en pensent exactement comme ils le font, et qu’importent s’ils n’apprécient pas, c’est eux que ça regarde.
Affirmer que je suis homosexuel, c’est donc avant tout pour moi une affirmation politique, exactement comme certaines femmes porteront le foulard par conviction religieuse, certes, mais également pour délimiter un espace qui sera l’espace de leur liberté religieuse, une façon d’annoncer la couleur dans un environnement possiblement hostile sans se soucier de ce que les autres penseront, qui m’aime me suive, en quelque sorte.
Je possède donc ce que l’on définit généralement comme des identités inconciliables, et c’est vrai qu’indépendamment du tabou que représente l’homosexualité en Algérie (et qui n’a rien à voir avec un interdit religieux car l’Islam est beaucoup plus flexible sur le sujet que ce que la brainwashing saoudien et l’hygiéniste bourgeois des colonisateurs français et britanniques ont exporté dans l’ensemble du monde musulman), il reste l’arsenal judiciaire hérité de la colonisation qui expose la vie de chacun à l’arbitraire de l’état policier. Être homosexuel en Algérie, c’est s’attendre à ne pas être défendu par l’état, c’est même être passible de la prison, ce qui est fort pratique quand il s’agit de se débarrasser d’un opposant comme cela arrive dans l’Égypte du général Sissi. Ce type d’arbitraire ne vise pas, bien entendu, les corrompus qui s’envoient tout ce qui bouge, filles et garçons, prostituées et prostitués, au bled ou à l’étranger, avec la même boulimie que les saoudiens qui s’envoient des rasades de whisky et de putes en mini-jupes ras-le-bonbon dès qu’ils sont hors de chez eux.
Inconciliables, pourtant, pour moi, elles ne le sont pas. Elles ne le sont pas parce que beaucoup, aussi, en moi, réside de choix, pas des choix absolus mais des choix que j’ai été amené à faire pour que justement je puisse vivre sans avoir à vivre avec des choix imposés par d’autres. Et je me vis, pour tout dire, très bien. Je suis une personne souriante et plutôt heureuse, pour tout dire.
J’écris cela parce que les événements en Algérie m’amènent à prendre parti. Je ne peux pas, je ne peux plus, il m’est impossible de me mettre sur le côté et regarder ce qui arrive en spectateur, et cela bien que je ne sois pas la bas, et cela bien que je n’y sois pas né, et cela bien qu’il me serait facile de ne pas me sentir concerné, de me contenter de penser « bonne chance les gars ». Mon regard politique sur l’homosexualité est un regard politique, comme je vous l’ai écrit non pas parce que j’ai choisi d’être homosexuel, ça ne se choisit pas, mais parce que j’ai compris que le dire et avoir sur la question un regard radicalement homosexuel était un choix, et que ce choix était déterminant non pas tant pour moi que pour les autres et pour la société. J’ai toujours eu l’espoir que nous serions, un jour, terriblement banal. Je pourrais écrire la même chose en ce qui concerne ma séropositivité, d’ailleurs.
L’Algérie, donc. Je n’ai pas choisi d’être algérien. Je suis français certes, mais l’histoire même de l’Algérie m’oblige à être algérien, et cela pas seulement « de coeur » ou de façon nostalgique mais d’une façon politique. La France, le pays où je suis né, a créé une situation dont je suis moi-même le produit, et cette situation se trouve encore là, béante, un peu comme mon roman. Inachevée.
L’Algérie a besoin de moi comme elle a besoin de toutes celles et tous ceux qui sont conscients de ce que ce mot, « Algérie », signifie.
Je ne suis pas un « one-two-thriste », ce nationalisme du pauvre que Bouteflika a jeté en pâture à un peuple qu’il avait en même temps privé de son histoire et de toute ambition collective pour mieux le voler et le dominer. Je porte en moi le rêve que mon père m’a transmis, et ce rêve est le rêve de génération d’Algériens qui ambitionnaient leur libération au point de donner leur vie pour qu’elle advienne un jour.
Quand je pense à l’Algérie, je n’ai que faire de la France, et je n’ai que faire de mon homosexualité. Celle banalité d’être qui m’habite est alors plus forte, et qu’importe si je suis né en France, et qu’importe si mes mœurs gênent. Je suis algérien et j’ai alors une mission politique. C’est comme ce roman en moi, cette éducation que j’ai reçue, cette expérience politique que j’ai acquise en France, cette façon de penser que j’ai développée, je ne peux pas ne pas les partager. Alors qu’importe. C’est une réconciliation en cours en moi, et finalement il n’y a aucun choix à opérer. Je n’ai pas à choisir d’être homosexuel, ni algérien, ni français, ni musulman. C’est ce qui fait ce que je suis. Et tant pis si en me mêlant plus publiquement aux évènements en cours, je me retrouve dans l’impossibilité d’y aller en raison de ma sexualité.

Cliquer pour visiter le site Le temps du déchirement est terminé.
J’ai donc décidé (on me l’a suggéré) de m’adresser directement aux algériens, il y a les outils techniques pour cela, et qu’importe si cela est ridicule. J’accepte d’être artiste aussi, et l’artiste se moque du ridicule. J’ai créé Nedjma il y a 6 ans maintenant… Quand je vois l’espèce d’impasse dans laquelle toute cette belle « révolution » se retrouve perdue, avec, fidèle à ce qu’il est, seulement Rachid Nekkaz qui seul fait le vrai travail à accomplir, ce que je respecte particulièrement chez lui (et j’écris cela en avouant être sidéré par l’indigence de son programme et la mégalomanie de certains de ses messages sur Facebook), je suis obligé. Je pourrais ne pas faire, mais c’est cela, la politique: c’est décider de faire.
Je suis dans le métro, je posterai ce billet plus tard. Si j’ai du temps, je commencerai à écrire cet épilogue de Mortgage Story et de Debt Fiction, « Classe moyenne, une comédie de moyenne classe ». Ah, et je dois acheter un micro, aussi.
Bref, c’est enfin la rentrée. Premier bilan dans un mois.
Hmmm
Déjà le 10 juillet. Les jours raccourcissent insensiblement et bientôt ce sera l’hiver. Chaque année, je ressens cela début juillet d’abord, et puis encore en septembre. Et puis je m’y fait. Parce qu’il faut bien s’y faire.
Alors quoi de neuf dans ma vie…
Cette année, je me suis promis durant le mois de Ramadan de garder vivantes ses sensations particulières, de les maintenir en vie en continuant un effort sur moi-même et en tâchant si cela m’était possible de les prolonger, de les amplifier. Réaliser tout le gâchis qu’il y a à se priver puis à revenir à la vie « normale » comme si rien ne s’était passé. Or, pour moi, jeûner a été un acte volontaire et réfléchi, et me limiter à ne pas manger durant un mois est vide de sens si je ne garde pas dans mon quotidien la marque de cet effort pour, qui sait, l’an prochain, approfondir encore quelque chose qui m’est jusqu’ici insoupçonné. Pour moi, il s’est bien passé quelque chose.
Garder mon cœur ouvert autant que je le peux. Garder cette lucidité sur moi, sur ma vie pour me rappeler constamment à la modestie de mes actions et à la vanité des grands gestes ou des grandes déclarations. Ici et là, j’ai donc modifié des habitudes.
La première et non la moindre, j’ai repris une activité sportive. Fin mai. Je n’en ai pas parlé jusqu’aujourd’hui car je doutais un peu, mais non, je m’y tiens. Je nage trois fois par semaines. Je me suis inscrit dans un club de sport. Peut-être à terme parviendrai-je à nager tous les jours, qui sait, mais trois fois par semaine, c’est bien. C’est une sorte de domaine secret, un moment à part dans ma journée avant de rentrer chez moi, le soir. La piscine est presque vide et je nage pendant environ 30 minutes, un kilomètre de brasse, et puis deux ou trois cents mètres de crawl. Je me suis donné trois mois pour passer à un niveau supérieur. Lequel, je ne sais pas trop encore, mais si je pouvais passer à un kilomètre de crawl, ce serait bien. On verra.
J’aime beaucoup ce rendez-vous avec moi-même. Presque deux mois désormais.
Côté alimentation aussi, j’ai repris le contrôle que j’avais perdu à l’automne dernier. Je m’étais mis à manger n’importe quoi. Désormais, je suis en contrôle, vraiment. Mes courses sont réfléchies, ce que je mange l’est aussi. Ce n’est pas parfait et je suis encore très loin d’être parvenu à l’alimentation à laquelle je tends mais c’est engagé, et d’une façon à mon avis beaucoup plus intelligente que ces dernières années. C’est un processus long, ne pas céder à la cuisine facile. Le résultat est que je dépense moins, et ça paie le club de sport, et même plus. J’aime ce lien invisible entre dépenser moins et se dépenser plus. Et puis faire la cuisine, c’est aussi un moyens de se désintoxiquer de la nourriture industrielle.
Il reste cette avalanche de plastique ici quand on fait les courses. C’est le Japon. Il reste ces fruits et légumes trop beaux pour être vraiment naturels, mais c’est précisément le fait de me faire à manger qui m’y fait penser. C’est lié.
Le résultat, c’est que malgré l’abonnement au club de sport je dépense beaucoup moins d’argent.
C’est une question importante car je suis très endetté. Depuis des années et aussi à cause de mes achats débiles durant des années. J’ai toutefois liquidé une dette et j’utilise cela comme une opportunité pour accélérer le remboursement d’une seconde. Le fait de dépenser beaucoup moins va rendre cela plus aisé. J’espère en venir à bout le plus rapidement possible. Aussi, contrôler mon alimentation, manger mieux et me dépenser au lieu de dépenser, c’est lié, et cela devient une question de contrôle de soi.
Et cela, c’est une expérience que je retiens de ce mois de jeûne. On la ressens en soi, en dedans et on apprend à en faire un quotidien vivable durant un mois, le plaisir instantané se trouve remplacé par un bonheur à venir, un bonheur mérité. On oublie cela dans notre civilisation et le mois de Ramadan nous donne l’opportunité fantastique de s’en souvenir. Il y a quelque chose de fantastique dans la frugalité. J’en suis encore très loin, mais c’est la route que j’ai choisi.
Le sillon est profond. Je peux m’en détourner, je m’en détournerai certainement, mais je tente de garder en moi la régularité de l’effort et la mémoire du mois de jeûne. Alors j’y reviens. D’ailleurs, ce sillon profond, il a toujours été là et il m’a protégé bien souvent. C’est une éducation d’abord, quelques principes forts, et puis ce sont des rencontres avec des livres, avec des amis, avec des personnes qui chaque fois m’ont rendu plus stable.

© Reuter J’en ai mis, du temps, à trouver une certaine forme de paix intérieure. Je crois toutefois que le séisme en 2011 a été le tournant le plus important de toute mon existence, quelque chose qui a ouvert mes yeux sur l’incroyable fragilité de tout ce qui nous entoure. Je garde au fond de moi l’image de cette jeune fille au milieu de son quotidien ravagé après le tsunami. Je ne peux m’empêcher de la voir un jour plus tôt, avec son téléphone dernier cri, après être allée chez le coiffeur pour se faire onduler les cheveux, avec des vêtements à la mode, riant avec ses copines. Il n’a fallu que quelques minutes pour emporter toute cette futilité et la ramener à l’évidence, que tout ce qui nous entoure est périssable, précaire et n’est en rien ni éternel, ni donné. Quelle tristesse…
Ça ne veut pas dire que je suis opposé à l’art, à la futilité, au contraire. Mais cela veut dire que j’ai compris profondément que l’art ou la futilité n’étaient pas la vie, qu’ils n’étaient qu’un emballage, qu’un petit quelque chose en plus. Et que ces objets du quotidiens qui nous envahissent et sont sensés faciliter notre vie ne sont que l’ultime forme de la futilité, de celle qui nous détourne de la réalité de la vie, et qu’un rien peut nous en priver.Alors autant être modeste et regarder le monde sans les artifices. Je garde dans mon coeur ces millions d’étoiles qui m’entouraient durant mon incroyable marche de nuit sur les petites routes de la Sarthe, en mars. Cette marche, elle était tout, sauf futile. Elle était essentielle. J’étais une part du néant qui nous entoure et ce néant trouvait sous mes yeux toute sa vérité, toute son intensité. Et maman qui venait de partir trouvait soudain toute sa place puisque je ne devais ce spectacle magnifique d’un ciel clair qu’a son ultime départ.
Ce ciel, il m’a procuré bien plus de plaisir qu’aucun téléphone portable, qu’aucune pâtisserie. Et pourtant la route était longue, imaginez, 14 kilomètres en rase campagne, dans le noir, une lampe torche à la main pour ne pas me faire écraser par les rares voitures qui roulaient parfois à toute vitesse, et même des camions. Une route qui n’en finissait pas et que je ne connaissais pas car j’avais voulu essayer un raccourcis, quel idiot!
Mal aux pieds, j’avais déjà fait 13 kilomètres le midi dans le sens inverse, sous le beau soleil, et ça m’avait paru rapide, j’avais fait plein de photos. Mal aux pieds, fatigue, mes courses au supermarché qui à chaque pas me semblaient plus lourdes, virages trompeurs que je semblais reconnaitre et qui s’avéraient des mirages donnant sur des chemins inconnus, et quand j’arrive enfin à un endroit connu, après avoir traversé une forêt, des champs, une nationale, une zone industrielle, je m’aperçois que mon raccourci m’avait rallongé de cinq kilomètres.
Fatigue et lassitude, découragement aussi. Et par moments de grands fou rire, tout seul sur la route, des chansons que je hurle à tue tête,
Je frappe au numéro un, je demande Mam’zelle Angèle, la concierge me répond, mais quel métier fait-elle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets de flanelle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des bonnets de coton, ah ah ah, je ne connais pas, ce genre de métier, allez voir à côté… Je frappe au numéro deux, je demande Mam’zelle Angèle, la concierge me répond, mais quel métier fait-elle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets de flanelle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des bonnets de coton, ah ah ah, je ne connais pas, ce genre de métier, allez voir à côté… Je frappe au numéro trois, je demande Mam’zelle Angèle, la concierge me répond, mais quel métier fait-elle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets de flanelle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des bonnets de coton, ah ah ah, je ne connais pas, ce genre de métier, allez voir à côté…
Je ris, je danse aussi, et au dessus de moi des millions et des millions d’étoiles que je contemple reconnaissant de ce spectacle magnifique, et je continue ma marche. Elles me rassurent, les étoiles, et je les trouve superbe, elle me donnent leur énergie, ou disons plutôt l’énergie pour continuer à marcher. Je sais que je suis en train de vivre un moment fort, et beau, et amusant à la fois. Je m’amuse de moi, de cette marche, de cette idée de raccourci. Un moment unique, une bêtise de gosse.
Il est toujours là, et il m’a modifié, il m’a encore plus ouvert à ce qui m’entoure. Il est infiniment plus beau que toutes les choses. Et avec lui le mois de Ramadan est lui-aussi en moi.Quand je nage, et malgré toute l’absurdité qu’il y a nager dans de l’eau chorée au dessus d’une gare centrale, je mène une sorte de bataille en moi pour mieux bouger mes bras, pour mieux respirer, pour mieux bouger mes jambes, pour finir ce kilomètre que je me suis fixé d’avance comme une distance minimum, même quand après la première longueur je suis tenté d’en faire moins. Quand je me fais à manger, c’est la même chose, et quand je fais la vaisselle sans attendre, c’est la même chose, et quand je range ce qui doit l’être c’est la même chose.
Et là, en écrivant, c’est la même chose.
J’ai recommencé à lire « projet X » (on va l’appeler comme ça) et cette fois, je sais exactement ce qu’il me reste à faire, et je vais le faire.
Plus ouvert sur les autres et sur ce qui m’entoure, le spectacle du monde et de la politique m’effondre. J’écris spectacle car c’est comme la mise en scène d’un récit écrit d’avance par des auteurs fous, et nous y sommes réduits à l’état de braillards débiles assis derrière nos claviers ou pire, sur place, reporter, militant ou humanitaire, nous confrontant tel Sisyphe à la reproduction d’un même se détériorant chaque jour un peu plus dans l’apathie médiatique de nos démocratie confortables.
Je ne suis pas triste, mais si j’ai quelque talent pour écrire, alors, si je n’écris pas, oui, alors, je deviens un salaud. Et je ne doute pas un instant que je le suis, un salaud. Mon seul salut, là où je suis, c’est écrire. Raconter. Raconter la commune humanité sous la voute étoilée malgré les bombes au Yemen ou en Palestine occupée, malgré la maigre pitance quand on vit avec 1000 euros par mois dans la sixième puissance mondiale, raconter le SIDA comme il nous a fauchés, raconter la solitude d’être vieux, d’être isolé, de perdre son emploi et de se faire remettre à l’ordre par une employée de Pôle Emploi inculte et crétine qui appelle les vigiles à la moindre question insistante, raconter la détresse quand il pleut et qu’on n’a qu’une couverture mouillée pour se protéger du froid quelque part du côté de La Chapelle après avoir traversé à pieds ou dans un camion frigorifique surchauffé avec des dizaines d’autres des milliers de kilomètres en espérant trouver autre chose, raconter les algériens qui meurent noyés sur une barque dans la Méditerranée après avoir assisté pendant des années à l’absurdité profonde de leur vie sans sens et sans avenir, et raconter les espoirs aussi. L’espoir dans la barque, l’espoir dans le wagon frigorifique où on étouffe, raconter l’espoir d’un coup de chance le corps recroquevillé dans la couverture mouillée. Raconter n’importe quoi, le monde est un spectacle tragique qui doit être dit pour ne pas se transformer en une farce absurde.
L’absurdité, c’est le mec qui habite chez mon voisin depuis trois mois. Un vlogueur américain qui appartient à la catégorie des glandeurs qui bavardent sur Youtube, toujours des mêmes histoires à la con, le Japon réduit à une entité particulière à scruter, lui, venant de sa centralité blanche de la première puissance mondiale, lui, demandant de lui donner de l’argent sur toutes les plateformes de dons, avec ses sponsors commerciaux. Il ne peut pas s’empêcher de ponctuer chaque phrase d’un fuck, d’un fuckin’, d’un mother fucker, d’un anyway, pour raconter des banalités confondantes qui lui assurent ses fins de mois. Les Vlogs, des fois, c’est le triomphe de tout ce qu’il y avait pire dans Le Loft, une sorte de voyeurisme vulgaire cool où n’importe quel crétin sans culture assure ses «15 minutes de célébrité », c’est Loana et Jean-Edouard sans la scène de cul de la piscine. Tous ces touristes occidentaux blancs qui voyagent un peu partout en Asie et font la manche pour se payer leur voyage ou bien font des cagnottes sur Tipee et se baladent avec des GoPro à la con. La version internet des blancs à jumbe en dreadlocks. Des fois, je voudrais que les bourses dégueulent de 90% histoire d’être sûr qu’aucun n’en réchappe. Je les hais.
Mais bon, « il ne faut pas souhaiter le malheur des gens ». Je me contenterai de les ignorer. Lui, c’est quand même difficile de l’ignorer quand il passe son temps à parler et à dire fuck ou anyway en permanence… J’ai regardé une de ses vidéos et c’est simplement affligeant.
J’en parle là en passant, mais bon, ce n’est pas grave. En fait, il n’habite là que depuis que mon (vrai) voisin a été arrêté pour un truc qu’il n’avait pas fait. Ça, ce n’est pas juste. Mais bon, mon voisin ou un autre m’ont affirmé que le système judiciaire japonais ne fonctionnait pas, et là, venant d’américains blancs, ça a failli me faire rire, ce genre de réflexion, parce qu’aux USA, quand on est noir, on se fait carrément buter et si ça n’arrive pas, après s’être fait tabasser, on atterrit dans une prison privée où on doit payer le moindre bout de savon. Et bien entendu comme les prisons sont privées, on a tendance à les remplir de gens qu’ont rien fait… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce gamin noir buté par des policiers devant chez lui alors qu’il jouait, les voisins avaient appelé pour se plaindre. Ou cette gamine qui avait invité ses amis de l’école et la police avait raflé tous les gamins parce que bien sûr, des noirs qui se rassemblent, c’est forcément des dealers… Alors les white tears sur le système judiciaire japonais, j’avais envie de rire. Et cela malgré le fait, ou plutôt à cause du caractère absolument arbitraire de cette arrestation. Quand à un de ses amis allemands, il m’a dit que « tu vis dans une bulle » parce que je lui faisais remarquer qu’il n’y a pas qu’au Japon et qu’en France également on arrête les gens de façon parfois un peu arbitraire malgré la présomption d’innocence, et je ne voyais pas ce que je pouvais faire pour aider mon voisin (dont il est super copain, et moi, ben quelque part, j’en ai pas grand chose à faire), là, je l’ai regardé et je lui ai dit « ciao, je retourne dans ma bulle », provoquant chez lui une colère incroyable, il m’a insulté, traité de lâche… Un joli feu d’artifice de straight male middle class white tears qui découvre l’injustice du monde…
Côté vie privée, j’ai fait une jolie rencontre il y a quelques semaines, il a 27 ans mais il ne reste pas au Japon. Il a quitté Tokyo il y a deux semaines pour Aomori, il y reste jusque mi-août avant de partir pour l’Angleterre. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu de crush réel, entendre par là me dire que j’aimerais bien faire quelque chose avec quelqu’un.
Bon, il m’a vite dit qu’il partait, bref, j’ai compris que c’était pas possible, mais j’ai continué à chatter avec lui, je ne sais pas, le futur est toujours ouvert, et puis je trouvais ça gentil, on n’est pas des sauvages, hein. Hier soir, on chattait, et puis il me dit que son goal est de trouver un boyfriend là-bas. Je n’ai pas répondu, je ne répondrai plus: quand on s’est rencontré, il m’a demandé si j’avais un copain, j’ai répondu que non, et il m’a dit que si ça avait été oui, ce n’était pas possible. Eh bien ça m’a fait comme une sorte de retour sur ses propres mots, entendre que son goal était d’avoir là-bas un boyfriend.
Le sujet est arrivé comme ça, alors qu’il me demandait mon avis sur un boulot qu’il avait peut être trouvé. Dans le Kent, en pleine campagne. Je lui ai recommandé d’être prudent, que si le boulot ne lui convenait pas, il serait coincé au milieu de nulle part. Il m’a demandé si je pensais qu’il lui serait possible de rencontrer un mec dans le Kent. J’ai répondu, ironique, que je n’étais pas un match-maker et que ma remarque ne concernait que le travail. Et je lui ai donc demandé si finalement il n’allait au UK que pour se marier.
Qu’il se trouve un mec au UK, je ne suis pas débile, c’est la vie, et c’est tant mieux pour lui. Mais c’est la façon dont il l’a dit, ça a été comme si le naturel sortait, ça a cassé tout le charme. « That is my goal ». Merci pour moi, j’ai pensé.Comme 90% des japonais qui partent comme lui, il rentrera au Japon dans deux ou trois ans, la queue entre les jambes, après avoir eu sa dose de queues de blancs, après avoir eu quelques boyfriends, des ruptures, découvert les dépression d’hiver et la vie chère, les amis qui manquent. On en rencontre plein sur les applications de drague, de ces japonais qui ont voulu aller à Gaijinland et qui rentrent passés 30 ans, après plusieurs séparations, des expériences de travail pas toujours marrantes, et qui passent leur temps de mecs en mecs, désillusionnés, voulant repartir mais n’en ayant plus trop l’énergie, reléguant leurs rencontres à des pédés blancs interchangeables. J’en ai rencontré et c’est précisément pour cette raison que je me suis toujours méfié du gaisen (japonais qui ne rencontre que des blancs) moyen. Incroyablement désabusés.
Je ne leur en veux pas, quand on quitte son pays, c’est toujours avec une bonne dose d’illusion, et je n’échappe pas à la règle. Me concernant, j’ai eu l’incroyable chance de ne pas venir au Japon pour me taper des mecs. J’avais eu ma dose. Je les plains. Pour un heureux, il y en a pas mal qui vivent des trucs pas marrants. J’avais rencontré un gars de 28 ans, une fois, très gentil. Il revenais d’Australie où il était parti après avoir tout quitté pour retrouver son mec… qui l’avait plaqué après deux semaines. J’ai eu l’impression d’être une petite cuiller. Un autre, qui avait rencontré un mec à Tokyo, s’était marié avec lui après avoir quitté le Japon et qui était rentré au Japon après avoir divorcé, et s’être aperçu qu’il n’avait rien à voir avec le type. Un autre, très sympa que je rencontre de temps en temps, il est parti deux ans en Australie et n’a rien rencontré d’autres que des mecs d’un soir. Lui, il s’en sort assez bien, il est encore jeune, mais…
Dans le quartier de Nichome, le quartier gay le plus populaire, les bars ouverts aux étrangers sont remplis de ces garçons qui ne veulent rencontrer que des étrangers. Et d’étrangers qui acceptent ce statut. Une fois où j’y passais, je me suis fait l’impression d’être entouré de mecs qui avaient tous couché ensemble, j’ai trouvé ça dégoutant et très peu flatteur puisque c’est uniquement la couleur de peau et la nouveauté qui fait le travail. Autant dire que je n’y vais pas.
En attendant, cette rencontre était très gentille et je suis heureux d’avoir encore en moi la capacité d’aimer, de m’attendrir mais aussi de ne rien sacrifier à moi-même ni à ce sillon que je tente d’approfondir. Ce sera mieux la prochaine fois, et si ce n’est pas le cas, tant pis. Ce n’est pas grave.
Cette rencontre me ramène à la question de mon avenir ici. Et je crois avoir enfin la réponse. Et je pense que vous savez parfaitement laquelle elle est. J’ai plusieurs choses à boucler, parmi lesquelles ces dettes dont je vous ai parlé, mais il se rapproche, le moment où finalement je vais quitter ce pays. Et sans trop m’avancer, cela peut être plus proche que je ne le prévoyais.
En attendant, j’ai beaucoup de travail.









Je suis persuadé que les touristes accrocs à la Kpop sont mignons, sexy, élégants. Nous, on a les mecs à cheveux gras, 900% hétéros et les filles qui se font une couleur bleue « délire » durant leur voyage ici et qui vont trainer à Akihabara avec une mini-jupe magical girl. J’ai rien contre eux individuellement, je veux dire qu’individuellement, je les connais pas et je ne les fréquente pas, je parle en tant que masse crétine et laide qui parle fort, sent la sueur, s’extasie devant les « maids » qu’ils prennent en photo et bave devant les affiches de jeux vidéos où on voit des gamines de 6 ans avec des seins volumineux assises en laissant voir leur culotte parfois déchirée méga humide moulée sur leur vagin, les yeux suggèrant un « non, arrête » et une espèce de liquide blanchâtre qui lui coule de la bouche, habillée bien entendu en écolière.

