Catégorie : japon

  • 1er septembre 1923, il y a 100 ans: le Grand séisme du Kanto

    1er septembre 1923, il y a 100 ans: le Grand séisme du Kanto

    Le 1er septembre 1923, à 11 heures 58, un violent séisme a frappé la région du Kantô (la région autours de Tôkyô).

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  • Derniers changements…

    Derniers changements…

    Pluie, souvenirs endoloris…

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  • Cela me fait toujours sourire…

    Cela me fait toujours sourire…

    Cela faisait un certain temps que j’avais envie d’écrire au sujet de réflexions entendues durant les classes et qui traduisent une certaine façon de penser des japonais, mais aussi plus généralement, des êtres humains quels qu’ils soient. Je les rassemblerai sous forme de dialogues, un peu comme je les ai entendues, je les arrangerai aussi pour ne pas avoir la redondance caractéristique de l’exercice. Je veux dire par là que très souvent ces réflexions sont apparues dans des conversations sur un même sujet, alors je vais créer une étudiante Lambda standard, avec le retour des mêmes questions, des mêmes remarques, toutes produites par le même système de pensée auto-centré, le même système éducatif qui au fil des années m’ont amené à réfléchir sur ma propre façon de penser, sur ma propre représentation du monde à partir de ce petit microcosme appelé la France.
    Je vous les livre donc et je suis sûr que vous vous en amuserez, mais aussi que certains y trouveront à se poser la question des bêtises qu’eux même peuvent sortir sur d’autres cultures, d’autres civilisations… Mieux vaut en rire.

    Mon étudiante me dévisage. Je viens de dessiner un soleil sur un morceau de papier et j’ai utilisé un crayon jaune. Et j’écris « jaune. »
    – 違う, qu’elle dit, « tu te trompes », elle n’emploie aucune forme de politesse.
    – Euh… Jaune. Le soleil est jaune!
    – 嘘!
    Je comprends le japonais, je sais qu’elle vient de dire « n’importe quoi ».
    – 赤でしょう!
    Elle me dit que le soleil est rouge. Je lui dit en japonais que les enfants, en France, dessinent le soleil en jaune. Elle s’explose de rire!
    – バカ!
    C’est des idiots, qu’elle répond en s’explosant de rire.
    Je pense que ma tension artérielle vient de monter au plafond, elle a passé son temps à rire et à glousser. Une étudiante débutante, une femme au foyer qui joue du violoncelle trente minutes par semaine.
    Moi, je comprends que notre perception des couleurs pouvait être différente… Le drapeau japonais représente un soleil. J’apprends aussi qu’ils ne sont pas si polis et qu’en position de force, ils peuvent être de vraies peaux de vache.

    – Quand je marchais dans les rues de New-York, il y avait plein d’étrangers.
    – De quel pays?
    – ?
    Elle me dévisage bizarrement.
    – Des étrangers. J’étais à New-York…
    – Des chinois? Des français? Des japonais?
    Elle beugue, elle me regarde encore plus bizarrement.
    – Non, des étrangers. Des américains.
    – Mais les américains ne sont pas des étrangers, à New-York. Les chinois, les japonais ou les français sont des étrangers.
    Elle me dévisage bizarrement.
    – Quand vous êtes entrée aux USA, vous aviez votre passeport, n’est-ce pas? Pourquoi?
    – Parce que je suis japonaise.
    – Voilà, parce que vous êtes étrangère. Les américains, eux, n’ont pas besoin de passeport. Moi, au Japon, je suis étranger, n’est-ce pas?
    – Oui…
    – Eh bien quand je vais en France, le contrôle de mon passeport prend deux ou trois secondes, et vous, vous avez besoin d’un visa.
    – Non!
    – Vous ne faites pas la queue et on ne vous tamponne pas votre passeport?
    – Si!
    – Le tampon, c’est votre visa, vous pouvez rester trois mois en France. Si vous restez plus longtemps, vous avez des problèmes avec la police.
    – Mais que je suis allée en France, et après je suis allée en Italie et je n’ai pas eu de contrôle…
    – Parce que la France vous a donné un visa, et après, c’est l’UE. Moi, je n’ai pas besoin de passeport pour voyager en UE. Vous, si.
    – Donc, dans un autre pays, je suis étrangère?
    – Oui.
    – …
    Elle me regarde bizarrement mais visiblement, elle commence à piger.

    – Je suis allée à Kyôto, il y a beaucoup trop de touristes.
    – Oui, j’ai entendu que les habitants ont des problèmes pour prendre le bus.
    – Oui… Il y a beaucoup trop de touristes au Japon.
    – Ah bon? Il y en a beaucoup un peu partout dans le monde, maintenant…
    – Oui, mais au Japon, c’est vraiment trop!
    – Combien de touristes il y a eu l’an dernier?
    – Plus de trente millions! C’est vraiment trop!
    – Vous savez combien il y en a eu en France?
    – Non…
    – 90 millions…
    – …
    – C’est vraiment beaucoup, non?
    – Oui… Mais au Japon il y en a de trop. Il y a beaucoup de chinois.
    – C’est bon pour l’économie, non?
    – Je ne sais pas, mais il y en a de trop.
    – C’est comme ça, tout le monde veut voyager. Une amie habite au Portugal, elle m’a dit ça aussi, qu’il y a beaucoup de touristes et qu’à cause de ça les restaurants et les loyers sont de plus en plus chers…
    – Oh, votre amie habite au Portugal? C’est joli! Je vais y aller le mois prochain!

    – Oui, les sacs en plastique sont un gros problème.
    – On peut utiliser des sacs en plastique au Japon?
    – Oui, mais le gouvernement a décidé de changer la loi, il faudra payer à partir de l’année prochaine parce qu’il y a les Jeux Olympiques.
    – À cause des Jeux Olympiques?
    – Oui, les touristes étrangers n’aiment pas les sacs plastiques, alors on doit changer.
    – Ah d’accord… Le gouvernement va les interdire? En France et en Europe, c’est interdit depuis plusieurs années.
    – Ah bon? Non, il faudra payer. C’est pour l’environnement, il parait.
    – Quel est le problème?
    – Il y a beaucoup de plastique dans l’océan, ce n’est pas bon pour les poissons et les oiseaux, ils les mangent et ils meurent.
    – En effet! Vous trouvez ça bien, alors, la nouvelle loi, alors?
    – Oui, c’est bien.
    – Vous n’utilisez pas de sac plastique, alors?
    – Ça dépend…
    – Ça dépend de quoi?
    – C’est pratique!

    – Il parait que les français ne se lavent pas… Vous ne vous lavez pas le soir?
    – Euh si, en général, je prends une douche le soir avant de me coucher, et puis je prends une douche le matin avant de sortir.
    – Vous prenez une douche le matin?
    – Oui… Surtout l’été. Pas vous?
    – …

    – Vous aimez les sushis?
    Elle prend des leçons avec moi depuis des années.
    – Euh, oui…
    – 凄い (incroyable)
    – Et le nattô? (sorte de pâte de soja fermenté qui n’a absolument aucun goût ni aucune odeur, vaguement gluante et qui ressemble à un truc en train de moisir)
    – Non, pas vraiment…
    – 確かに (je m’en doutais)! Les étrangers n’aiment pas le nattô!
    – Et vous, vous aimez le nattô?
    – Non!
    – Vous n’êtes pas japonaise?
    – Hein?
    – Je blaguais! Vous mangez du pain?
    – Oui, j’adore ça!
    – Wow, incroyable!
    Elle me regarde, et puis d’un seul coup elle rit, elle a compris le second degré.

    – Pour devenir japonais, qu’est-ce qu’il faut faire?
    – Vous ne pouvez pas devenir japonais!
    – On imagine, c’est pour pratiquer…
    – Ah, on imagine, hein… (petit sourire)
    – Oui!
    – Il faut porter un kimono! Et puis, il faut manger du nattô. ええと (euh), il faut regarder la télévision japonaise, il faut porter le mikoshi pendant le matsuri, il faut apprendre le japonais.
    – D’accord… Vous ne portez pas de kimono, vous!
    – Non, mais je suis japonais!
    – Ah, oui!

    – Si j’étais française, ce que je ferais?
    – Oui…
    – ええと… J’habiterais à Paris… Je mangerais des gâteaux… Je serais une マダム (madame, vision japonaise de la femme élégante)… Je me marierais avec un français (elle rit)… J’irais chez Angelina… J’achèterais des vêtements Chanel…
    – Vous viendriez passer vos vacances au Japon?
    – Non! J’irais en Italie (elle explose de rire)

    – Vous préférez la France ou le Japon?
    – Le Japon!
    – Pourquoi?
    – Parce que je suis japonaise.
    – Oui, je sais, mais c’est pour pratiquer un peu…
    – Je préfère le Japon parce que je suis japonaise.
    – Le Japon, c’est mieux?
    – Oui!
    – Qu’est-ce qui est mieux?
    – Tout!
    – C’est intéressant, moi aussi j’aime beaucoup le Japon. Qu’est ce qui est mieux, par exemple?
    – La cuisine japonaise est meilleure.
    – Par exemple.
    – Le pain.
    – Le pain, c’est français…
    – Oui, mais le pain japonais est meilleur.
    – Ah d’accord. Mais ce n’est pas vraiment la cuisine japonaise. Qu’est-ce que vous aimez dans la cuisine japonaise.
    – Tout… parce que je suis japonaise.

    – Qu’est-ce que vous avez fait pendant les vacances?
    – Avec mes enfants, on a fêté Noël.
    – Oh, c’est sympa, qu’est-ce que vous avez fait?
    – On a mangé du poulet et un gâteau.
    – C’est bien!
    – Et vous? Il y a Noël dans votre pays?
    – En France?
    – Oui!
    – …

    – Vous aimez le beurre?
    – Euh, oui, je suis français. On mange beaucoup de beurre, en France!
    – Ah bon? Comme au Japon?

    – La France est très dangereuse!
    – Pourquoi?
    – Il y a des pickpockets, et puis il y a des テロ.
    – Des terroristes?
    – Euh… Oui (j’écris le mot terroriste, elle prends note)
    – Et au Japon?
    – Il n’y a pas de terroristes et il n’y a pas de pickpockets.
    – Ça c’est vrai.
    – Oui, le Japon est très sûr.
    – C’est vrai, mais en France il n’y a pas de tremblements de terre ni de typhons.
    – Ah bon? Il n’y a pas de typhons?
    – Non!
    – Et pas de tremblements de terre?
    – Non!
    – Ah, c’est bien… Vous avez combien de saisons?
    – Ben il y a quatre saisons, en France!
    – C’est vrai?
    – Oui!
    – Mais il y a beaucoup de… (elle baisse la voix)… des noirs…
    – Oui! Et…?
    – Ah…

    – Non, le Japon n’est pas asiatique.
    -… Ah bon…
    – Le Japon est très différent de la Corée ou de la Chine.
    – Bien sûr…
    – Il y a quatre saison! Le Japon est comme l’Europe.
    – Mais en Europe on n’écrit pas en Kanji, on ne mange pas de riz et on n’est pas bouddhistes.
    – Oui, au Japon on mange du riz et on est bouddhiste.
    – Ça, c’est l’Asie, non?
    – Non, le Japon n’est pas asiatique.

    Les japonais ont une représentation du Japon totalement auto-centrée et schizophrénique à la fois… Un désir d’être totalement occidentaux, et en même temps de se distinguer radicalement. Une curiosité insatiable pour l’étranger et en même temps des préjugés ramassés on ne sait pas trop où et mêlés à une ignorance naïve. J’ai souvent été surpris par le peu d’utilisation d’internet pour collecter des informations sur les pays étrangers, de la part de mes étudiants.
    Je vous livre ici un petit florilège de ces conversations qui il y a longtemps m’agaçaient mais qui maintenant me font sourire parce que finalement je suis persuadé que les français en sortiraient de belles aussi.
    Mais quand même elles me révèlent  de gros problèmes d’estime de soi dans cette obsession à ne pas être asiatiques…

    Je vous livre le plus sympathique pour la fin. C’était un pilote ANA.
    – Qu’est-ce que nous feriez si vous étiez français?
    – Je me marierais avec une italienne.
    J’ai explosé de rire parce que cette réponse, je ne l’attendais pas du tout, et j’ai pensé que quitte à s’imaginer une vie pour pratiquer le conditionnel présent, il avait bien raison.

  • Promenade de juillet

    Promenade de juillet

    Shinjuku Gyoen 9

    Soleil, chaleur de juillet, la saison humide est passée, voici venue la saison du soleil brûlant, des matsuris, du vert qui explose de partout…

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  • Les saisons du Japon

    Les saisons du Japon

    Ce sont ces brouillards qui coulent au matin sur les paysages des rizières et des champs de thés quand je les traverse à toute allure en Shinkansen pour aller à Kyôto

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  • C’était il y a douze ans…

    C’était il y a douze ans…

    – Merde… T’as fait une grosse connerie, là, tu ne peux plus revenir en arrière… T’as pas l’air con…

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  • C’était Heisei (1): au temps de Hamasaki Ayumi

    C’était Heisei (1): au temps de Hamasaki Ayumi

    Hamasaki Ayumi a peut été l’une des premières, et qui sait même, LA première vraie chanteuse pop de l’ère internet.

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  • #11mars, je ne pouvais pas ne pas…

    #11mars, je ne pouvais pas ne pas…

    Ce n’est pas possible que ce moi soit réellement moi. Impossible. Les montagnes de gâteaux ont de nouveau envahi les magasins, l’électricité un temps rationnée coule à flot, et puis je n’ai même pas quitté le Japon…

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  • Minorités| L’agence |La diplomatie française a peur du MOX

    Minorités| L’agence |La diplomatie française a peur du MOX

    Paru dans la revue Minorités.org / L’agence/ le 22 mars 2011.

    La suite des aventures de Madjid depuis Tokyo. 

    J’ai lu un très bon billet sur ce blog, « La fin du monde n’aura pas lieu ». Excellent car il a réveille l’historien en moi, ou le « fouille merde » que l’on est quand on travaillé en Back Office sur produits derivés, et que l’on travaille bien. « Investigation », qu’on appelle ça. Le billet est très intéressant car son auteur, Alex, y relate la réunion d’information organisée à l’ambassade de France en milieu de semaine dernière, avec l’ambassadeur, un representant d’Areva et un membre de l’IRSN.

    On y apprend pas mal de choses. Le principe de précaution qui aurait dicte le mail dont je rapportais la teneur et qui a fait fuir des milliers de Francais sur les 9.000 qui résidaient au Japon. Que certains services sont relocalisés à Osaka « par mesure de précaution ». Et que l’ambassadeur fait confiance aux autorités japonaises.

    La tonalité de la réunion était à l’appaisement, à la relativisation de la menace. En gros, ce n’est pas un nouveau Tchernobyl, et la responsabilité incombe aux journalistes qui ont dramatisé la situation à outrance, obligeant le gouvernement francais et l’ambassade à ajuster une strategie pour ne pas être accusés de ne rien faire. Inciter les gens à partir. Distribuer des pilules d’iode. Mais en fait, meme en cas de déterioration de la situation, nous ne courerions aucun risque a Tokyo.

    Ce billet, principalement inspiré par le contenu de la réunion, a au moins l’aventage de concourir à calmer les esprits. Jun et moi sommes partis à Kyoto mardi 15 en comptant rentrer lundi 21, histoire d’avoir le recul, à savoir si ça empirait ou pas. Car si ça empirait, en fait, il y aurait certainement eu l’état d’urgence. Moi, cela m’a laissé le temps de me documenter. Et d’arriver à une conclusion sensiblement differente de nos amis de l’ambassade, et qu’un « fait divers » en cours me confirme.

    La structure même de la centrale interdit en effet un scénario de type Tchernobyl. Ni les materiaux, ni la structure meme ne le permet. Plutot un scénario à la Three Miles Island. Voila qui est rassurant, et qui va dans le sens du discours de l’ambassade. La où il y a un hic, c’est qu’il y a une difference entre Three Miles Island et Fukushima. Hormi le fait que cette centrale soit vétuste, que les USA ont demande a plusieurs reprises depuis 2001 son démantelement à cause de fissures maquilles et de rapports falsifiés (ayant entrainé des démissions importantes a TEPCO entre 2003 et 2005), cette centrale utilise depuis fevrier 2011 un combustible particulier, compose d’uranium recyclé (retraité) et de plutonium, hautement instable (d’où de tres hautes performances), le MOX.

    Le MOX

    Un combustible produit par une société Française, AREVA, qui en produit 95% de la quantité mondiale dans son usine MELOX. Ce combustible a la particularité de monter très vite en température et de mettre beaucoup plus de temps à refroidir. Il est aussi hautement radioactif du fait de sa très haute instabilité. À l’ambassade , il y avait un responsable AREVA dans la salle, a-t-il parlé de l’utilisation de MOX à Fukushima?

    D’ailleurs, on pourrait se poser la question : que vient faire un responsable d’AREVA dans une communication de crise ? Et savez vous que le principal souci dans cette centrale est le reacteur numéro 3, le reacteur contenant 30% de MOX, que TEPCO ne parvient toujours pas à maîtriser ? En parcourant le net, je me suis appercu que quand il s’est agit de poser la question à l’Assemblee nationale, ce ne sont pas des experts, qui ont fait une déclaration sur l’accident, mais la présidente d’AREVA elle-même. Curieux mélange où le suspect se trouve également juge et partie, et expert.

    Le nouveau discours dominant consiste à pointer l’incompétence des journalistes. Soit, ils ont exageré, mais peut on leur reprocher d’avoir eu à l’esprit les deux grands accidents de l’histoire, à savoir Three Miles Island et Tchernobyl ? Depuis quand la diplomatie se calque-t-elle sur l’opinion publique ? Si l’évacuation des ressortissants français obéissait à une pure logique de « marketing politique » comme cela est suggéré dans le blog d’Alex, c’est une honte !

    Venant d’un gouvernement soit-disant gaulliste, nous nous retrouvons dans la liquidations des restes politiques du president, à savoir une certaine idée de la France et de sa grandeur, en offrant aux Japonais une vision pas très héroïque de ses ressortissants. À moins que… Je vous parlais d’un fait divers : en ce moment, le bras de fer entre la France et le Japon continue au sujet des sauveteurs. Le Japon les veut à 80 kilometres, à Sendai. La France les veut à 350 kilometres.

    Et là, ça me pose un probleme. Soit ce n’est pas « plus dangereux qu’un vol Paris New York », et dans ce cas, la France fait des simagrées. Soit la France a de veritables raisons de vouloir envoyer ses sauveteurs à 350 kilometres, et tout le discours rassurant tenu lors de cette réunion sort fragilise. Pour information, Tokyo est à 220 kilomètres.

    Mon sentiment reste le même et n’a pas changé depuis la semaine dernière. Je reste d’abord pour rester avec mon ami. La France ne reconnaît pas le mariage entre personnes de même sexe, il ne pourrait beneficier d’un rapatriement. Partir à Kyoto était aussi un moyen d’être ensemble au cas où la situation aurait empiré. Ensuite, je reste à Tokyo (revenu depuis lundi) non pas parce que c’est « moins radioactif que l’Italie », mais parce que je ne peux pas partir d’un pays ni d’une ville qui m’a accueilli à la premiere difficulté. C’est malpoli.

    Une grosse saleté

    Je suis parfaitement conscient, pourtant, que TEPCO ne parvient toujours pas à stabiliser le réacteur 3, gavé d’un produit que mon pays, la France, a vendu le mois dernier à TEPCO, avant de vider le pays de ses ressortissants à la premiere fuite. Je me sens solidaire, et je me sens aussi un peu responsable. Et parfaitement conscient que le vrai risque n’est pas Tchernobyl — ce que je sais depuis presque le debut. Non. Mais autre chose. Une grosse saleté. Des dégagements radioactifs pendant des semaines.

    À chaque fois, les communiqués de presse diront que c’est très peu, et AREVA vous le martelera, comme elle le fait déjà sur son site remodelé en site solidaire (le site de BP avait pris le meme type de couleurs au moments ou ils ont salopé le Golfe du Mexique l’an dernier). Rachel Maddow avait montré comment les entreprises adoptent des strategies de communications d’absorption en cas de pepin, destinées à guider le vocabulaire utilisé : ainsi, vous apprendrez, avec AREVA, a parler de « crise nucleaire », et non de « catastrophe ». Et tous les gens « contaminés » par cette communication utiliseront ces termes, et mettront en exergue la catastrophe humanitaire engendrée par le tsunami.

    En ne faisant pas le lien, bien entendu, entre ces gens qui ont déjà souffert d’avoir eu leur vie balayée en deux secondes par la nature et qui plus tard ne pourront pas retourner vivre dans des terres radioactives polluées par la main des hommes. Le Tohoku sera ainsi victime de deux catastrophes humanitaires. Oui, une grosse saleté qui va contaminer les cultures, grosses consommatrices d’eau, comme le riz à Akita ou à Ibaraki où l’on a déjà noté de fortes contaminations.

    On vous dira que c’est peu, mais faites donc le compte. Manger un Paris New York arrosé d’une sauce rayon X trois fois par jours, sur 10 ans, ca fera beaucoup, et c’est precisemment ce risque que les vrais experts, eux redoutent.

    Alors bien sûr, nous n’en sommes pas là. Peut-être tout le MOX ne s’évaporera pas et TEPCO parviendra à le refroidir avant de le refroidir plus fortement, voir de piéger dans un sarcophage. Je reste assez optimiste, c’est ma nature. Mais realiste.

    La communication concernant ne doit pas passer entre les mains d’un groupe industriel. Les Japonais se mefient, en toute discrétion, de la communication du gouvernement, de la presse, et de TEPCO. Je n’accorde pas plus de confiance à la communication de la France où les intérêts industriels se mèlent à une politique qui, comme ailleurs, est d’abord faite de gesticulation.

    Ceux qui me connaissent seront surpris par ce que je vais écrire, mais en cette histoire, je n’ai confiance qu’en Dieu. Et au passage, dans divers rapports américains qui pointaient le danger de cette centrale à qui AREVA n’a pas hesité, tout en ayant connaissance de ces rapports, à vendre un combustible hautement instable qui inquiète le Quai d’Orsay au point d’avoir conduit à une évacuation de la quasi-totalité des Francais du Japon et a une crise diplomatique au sujet des sauveteurs.

    Madjid Ben Chikh