Catégorie : le Blog de Suppaiku, Tôkyô

Journal d’un Solitaire Sociable et Moderne de Paris et Londres à Tôkyô et …

  • 2020 moins deux, addendum

    2020 moins deux, addendum

    Le « buffet », c’est la mentalité UBER © avant UBER ©

    (suite…)

  • 2020 moins trois

    2020 moins trois

    Tôshokudai-ji le matin, ShinYakushi-ji cet après-midi, beaucoup de marche et de lieux calmes, la forêt derrière Kasuga Taisha, des biches, et encore des biches.

    (suite…)

  • 2020 moins quatre

    2020 moins quatre

    J’ai passé la semaine chez moi, sortant peu, achetant peu et grignotant un peu.

    (suite…)

  • UK election: the real winners…

    UK election: the real winners…

    …deeply happy for Scotland who now has a foothold in its independence and which, unless there is a civil war, Boris Johnson will not be able to oppose…

    (suite…)

  • Élection au UK: et les vrais gagnants sont…

    Élection au UK: et les vrais gagnants sont…

    … réfléchir en France sur la capacité qu’aura Emmanuel Macron à esquiver son bilan à l’aide d’un même type d’entourloupe sortie du chapeau dans la dernière ligne droite avant la présidentielle…

    (suite…)

  • Back to Black

    Back to Black

    Au point de départ, chez moi, à la base et sur mes solides fondations, il y a le noir, le blanc, il y a le contraste d’où jaillit la lumière, il y a l’angle tranchant, brutal.

    (suite…)

  • Milieu d’automne

    Milieu d’automne

    Ne croyez pas que je délaisse ce site. Non. Je l’ai optimisé, j’ai actualisé les photographies de la page d’accueil, j’ai décidé d’un retour au noir et blanc, et puis je me prépare à enfin faire de la vidéo. J’ai donc acheté un petit enregistreur Olympus qui me permettra de prendre le son en meilleure qualité que jusqu’ici. Je me contenterai de mon appareil photo actuel, mon Olympus OMD-EM5 MarkII pour la vidéo, bien qu’il ne fasse pas la 4K et que ses débits ne soient pas très élevés, ce dont pour le moment je n’ai pas besoin. On verra à l’usage si j’ai besoin d’autre chose, ce n’est pas une priorité.

    Pour ce qui est de l’écriture, j’ai écrit, mais je n’ai pas mis en ligne. Je suis comme je l’ai écrit le mois dernier “in between”, j’attends une date à venir qui changera ma situation de manière significative. Le 10 décembre, je n’aurai plus de dette, et c’est comme si je retenais mon souffle en attendant ce moment, et cela depuis des mois. Passé cette date, il y aura un chemin ouvert, une respiration que je retiens depuis je ne sais plus combien de temps. J’aurai alors pas mal à publier.

    J’ai fait un rêve très étrange qui m’évoque bien ce que je ressens. J’étais à une fête, je pense que c’était à Londres, il y avait beaucoup de monde et peut-être pas mal de gens que je connais, et puis j’envisageais de déménager à Paris. J’étais avec Jun. Ce rêve a laissé une très forte emprunte à mon réveil, un sentiment de ne pas être seul à l’avenir, et d’avoir comme une route toute tracée. C’est un peu ce que je ressens de toute façon, même s’il reste comme une appréhension, et cette appréhension est toute dans cette date du 10 décembre où mon compte en banque se videra de la somme nécessaire à ma liberté retrouvée.

    J’ai des envies d’achats que je regarde en observateur et dont je me guéris l’une après l’autre, non sans mal. J’ai acheté deux paires de chaussures, il y avait un prix, j’aime les chaussures, et les chaussures, c’est utile. Et puis pour tout dire, j’achète très peu de vêtements, j’ai toujours pensé que les chaussures étaient le plus important. J’ai acheté ce petit enregistreur, cela faisait longtemps que j’en voulais un. Il n’était pas très cher de toute façon. Et puis c’est tout. Pourtant, en remboursant mes dettes, un montant dont j’ai honte maintenant, je me retrouve avec mon salaire intégral et donc la possibilité de dépenser.

    Mais c’est le contraire qui se produit. Je veux garder mon argent. J’ai renoncé au voyage en France, ce truc qui chaque fois m’ampute de deux à trois mille euros, et j’écris amputer car j’ai souvent financé mes voyages en recréant de la dette. C’est le piège de ces saloperies de revolving dans lequel je suis tombé et que de chômage en séisme j’ai vu gonfler pour la plus grande joie des actionnaires de ma banque.
    Je vais désormais être en mesure de “mettre de côté” pour affermir cette confiance en moi que j’ai gagné au fil des ans et en effet envisager de rentrer en France sans trop me soucier de la suite. J’ai écrit le texte où je raconte tout ça.

    Parmi les choses que je dois vraiment faire, j’ai un très gros travail de passage au https, c’est à dire à la sécurisation du site. Un vrai calvaire car étant perfectionniste, il est hors de question que je le fasse à minima. C’est un travail titanesque qui revient à recréer entièrement le site pour que les pages http deviennent toutes https, même les photos liées. Il y a des trucs qui aident à le faire mais il n’en reste pas moins qu’il y a un peu de mains dans le cambouis. Mais à l’arrivé, vous aurez un joli petit verrou vert dans la barre d’adresse qui vous confirmera que votre connexion ainsi vos données si vous vous abonnez sont totalement en sécurité car tout sera crypté. Bon, je ne dis pas qu’il y a un risque mais c’est désormais la règle sur le net et depuis 2017 Google n’indexe quasiment plus les sites non sécurisés. La perspective de ce boulot me donne mal au ventre tellement c’est du boulot, sans compter la peu de perdre des trucs en route voir que mon site ne fonctionne plus pour x raison.

    En attendant, ici les températures ont flanché, il va pleuvoir pendant une semaine et j’ai beaucoup de travail, mais je me porte bien. Et je vous promets plusieurs articles déjà écrits ainsi qu’une reprise en main ainsi qu’une actualisation de mes “cycles” en ce moment hors ligne.

    Amitiés.

  • L’islamophobie, le BREXIT à la française

    L’islamophobie, le BREXIT à la française

    Pendant 40 ans, l’obsession de la réaction, au Royaume-Uni, c’était l’Europe, symbole à ses yeux d’un pays réduit à rien après la perte de son empire. Derrière se cachaient la xénophobie, le racisme, le nationalisme protestant irlandais ainsi que les appétits des plus riches pour déréguler encore plus et faire du pays un gigantesque paradis fiscal comme Singapour. La réaction a gagné. Depuis trois ans, le nombre de crimes racistes s’est envolé et les lobbys sont prêts à vendre un accord de libre-échange avec les USA qui permettra le démantèlement à terme du NHS. D’ailleurs, si Johnson prévoit d’investir dans le NHS comme il le dit, c’est pour en rendre la privatisation encore plus juteuse.

    Depuis 30 ans, l’obsession de la France, c’est l’immigration et, pour être plus précis, c’est l’islam. Derrière l’obsession sur l’islam, les nostalgies de la perte de son empire, sorte de rot dans le gosier de la vieille France autour duquel se sont agrégées d’autres angoisses, comme l’émergence d’une élite intellectuelle et/ou politique issue de l’immigration à même de peser sur certaines conceptions de la France héritées de cet empire, la France-Afrique ou la politique au Proche-Orient. Et puis comme au Royaume-Uni, les ravages de la politique bourgeoise de dérégulation et de privatisation, en laissant derrière eux des friches industrielles, un chômage de masse et des inégalités inconnues depuis près d’un siècle, ont fini par nourrir un ressentiment au sein de la population. Pointer le doigt sur le seul FN est alors un peu trop facile car en réalité, cette obsession française sur l’islam est une coagulation d’intérêts dont le FN n’a été en quelque sorte que le vecteur le plus visible.

    Cette coagulation révèle un inconscient venu du temps de l’empire et de ses livres de classe. Le terrorisme n’est plus alors que la goutte d’eau, le prétexte facile pour mieux exprimer ce « problème » fabriqué de toute pièce, exactement comme l’Europe l’a été au Royaume-Uni, et c’est pour cela que même Emmanuel Macron va allègrement tapiner dans le discours du FN: ça lui évite de parler des inégalités, des pompiers qui n’en peuvent plus ou des suicides d’agriculteurs, et il sait que la haine de l’Islam rencontrera un écho dans le population.

    J’ai regardé Nadine Morano il y a quelques minutes. Elle parle « comme tout le monde », elle a « peur de cette religion prosélyte » avec laquelle « on est en guerre », mais attention, elle n’a « rien contre les musulmans », elle, ce sont « ces femmes voilées », c’est « cette religion qui prêche la haine » contre qui elle en a, avant de conclure « qu’ils s’en aillent » devant un Bourdin éberlué. Il faut dire qu’avant, elle avait défendu la laïcité, puis rajouté un couplet sur l’époque où il y avait une crèche et un sapin à l’école, et puis Pâques, et où « ça ne posait pas de problème »… comme si c’étaient les musulmans qui avaient interdit tout ça, mais bon, on se comprend, avant, la France, c’était mieux. Avant « les années 70 » et « l’arrivée des musulmans ».

    Il y a quelques jours, c’était le rédacteur en chef du Figaro, alors lui, il est carrément parti en roue libre, il « n’aime pas l’islam ». Et puis il y a eu Blanquer, et il y a eu Castaner et sa description des musulmans « radicalisés », et puis il y a régulièrement Élisabeth Badinter qui, entre deux prestations commerciales pour l’Arabie Saoudite, donne son avis sur les plateaux sur les femmes voilées, etc etc

    Désormais, quand en pleine séance du Conseil Régional un élu RN interpelle une jeune femme voilée assise tranquillement dans l’assistance, c’est la jeune femme qui devient « le problème ». Cette mère de deux enfants à qui une institutrice a demandé de venir accompagner une sortie scolaire, en l’occurence dans le cadre de l’instruction civique et donc de l’apprentissage de notre démocratie, n’avait pourtant rien fait de spécial. On la voit sur une vidéo de trois minutes, elle sourit à l’élu du RN, relativement indifférente à l’interpellation, et puis la séance devient plus houleuse, une sorte de brouhaha s’installe, les regards de l’assistance sont tournés vers elle, il y a des cris, et l’un des enfants se met à pleurer. Elle prend son enfant dans ses bras, et puis elle sort.

    J’ai lu sur Facebook un commentaire disant qu’« elle jubilait », avec photo prise au début de l’interpellation à l’appui, une preuve dans la plus pure tradition de la manipulation de l’opinion, la « fake news », comme on dit maintenant. Je suis très au fait des techniques de manipulation depuis que je suis les informations américaines et britanniques, je sais comment ils agissent alors je fact-check immédiatement, maintenant. C’est ainsi, et en 10 secondes, ce n’est pas bien difficile, que j’ai trouvé les vidéos montrant au contraire que cette femme, au début, était souriante malgré l’interpellation, comme n’importe quelle personne cherchant à éviter un incident le serait -surtout, surtout donner sa meilleure image pour éviter les photos de colère qui vous font passer pour une personne violente, et la même personne qui a partagé la photo où on la voit souriante n’aurait pas hésité à partager une photo de colère en affichant « regardez le vrai visage des islamistes », aucun doute.
    J’ai partagé la vidéo en expliquant que non, elle ne jubilait pas, et que la photographie datait du début de l’interpellation, avant que l’enfant ne commence à pleurer. Ma réponse était pédagogique mais n’a visiblement pas été réellement lue. J’y reviens plus loin.
    Plus qu’autre chose, et plus encore qu’islamophobe, j’ai trouvé ce commentaire méchant. Refuser à une mère les sentiments qu’elle a pour ses enfants en supposant de sa part une manipulation est avant tout méchant. Les antisémites (Alain Soral, Pierre Hillard, etc) qui voient dans les juifs « des gens qui pleurnichent » pour « manipuler les goïms » utilisent exactement le même argument, et, au delà de son profond antisémitisme, c’est aussi profondément méchant car les juifs qui sont allés en camps ont souffert, et il y a donc une négation de cette souffrance et c’est là une abomination supplémentaire.
    Mais le racisme n’est-il pas précisément une négation même de la part humaine d’un groupe d’individus défini comme « autres »? Nier à cette femme l’amour pour ses enfants, un amour qui l’a conduite à prendre de son temps pour accompagner une classe dans une sortie scolaire, sortie destinée à expliquer ce qu’est la délibération politique au sein d’une assemblée dans une démocratie, c’est méchant, et comme il s’agit d’une histoire de foulard que cette femme doit porter de façon ordinaire sans trop y penser, c’est raciste. Et c’est, je le signale, totalement contre-productif car le travail de cette assemblée et son caractère démocratique se trouvent, sous le coup de cet éclat, singulièrement diminués là où une sortie sans histoire aurait au contraire montré ce qu’apportent la pluralité des opinions et des vues dans un espace politiquement et philosophiquement ouvert. L’enfant a fait la démonstration grandeur nature de l’exclusion de sa mère pendant que le travail de l’enseignante s’est soudain brisé face à la réalité.

    Mais c’est finalement comme au Royaume-Uni. Une sorte de programmation du subconscient est déjà bien en place et empêche que l’information puisse atteindre les parties actives du cerveau. Non, cette femme est la partie émergée d’un complot aux ramifications plus profondes, elle « jubile » car elle mène une guerre secrète destinée à conquérir le monde, elle est une islamiste, et ses enfants sont conditionnés dès les plus jeune âge. Face à cette programmation, aucun discours de raison n’est opérant, ça ne rentre pas. D’ailleurs, Macron lui-même a parlé de « hydre islamiste » et de la nécessité de vigilance. « Je suis partout », en quelque sorte. L’idéologie dominante en 2019 a les références qu’elle veut bien avoir.

    J’ai découvert il y a quelques temps James O’Brian, un présentateur de radio et auteur du livre How to be right in a world gone wrong (WH Allen, 2018), que je vous conseille de lire ardemment si vous pensez comme moi que tous ces gens pensent comme des artichauts.

    Il anime un talk show sur une radio de deuxième zone (après avoir travaillé plusieurs années pour la BBC quand même et tout en continuant à contribuer pour The Guardian, hein), une sorte de radio pour chauffeur de taxi et conducteurs de poids lourds, avec beaucoup de programmes où les auditeurs appellent. Sur cette radio, Nigel Farage anime The Nigel Farage Show, ça vous donne une idée de la tonalité politique de cette radio. C’est le Royaume-Uni, et donc c’est bien plus libre que la France…

    James O’Brian est opposé au Brexit, mais il a une capacité à écouter les arguments qui force mon respect, et pour tout dire, à force d’écouter son programme, les arguments pitoyables de ces gens dont le cerveau ne fait plus qu’obéir à une sorte de programmation mentale du subconscient basée sur une hypertrophie de leur cerveau reptilien me donne plus de peine et de pitié qu’autre chose.

    Une femme appelle, elle a voté Brexit parce qu’elle a perdu son travail suite (en vrac et entre autre, retranscription en désordre et de mémoire) à une délocalisation en Roumanie. Elle a raison d’être en colère. L’animateur lui dit que toutefois, il est possible que les premiers effets du Brexit soient d’abord plus de délocalisations vers l’Union Européenne, ce à quoi la femme dit que « oui, mais au moins on aura le contrôle de notre économie », James lui parle des différents accords de libre-échange que May et Johnson sont en train de négocier et qui faciliteront encore plus de délocalisations en Inde ou ailleurs, et la femme de dire que « oui, mais on retrouvera le contrôle de notre économie », et soudain la voilà qui cite l’exemple d’un jeune entrepreneur pro-Brexit qui a créé un millier d’emplois depuis 5 ans, et que c’est ça qu’il faut, ce à quoi O’Brian répond que cet entrepreneur est parvenu à créer des emplois bien que le UK soit membre de l’Union Européenne, et cette femme assène l’argument massue, « stop patronizing me », le cliquet de la programmation mentale pro-brexit, l’équivalent du « islamo-gauchiste » en France, le moment où le cerveau censure toute possibilité de penser, le moment de fragilité, quand la vérité effleure.

    J’en ai écouté, de ces programmes, et c’est très instructif car j’en ai acquis la profonde certitude que la France est désormais exactement dans la même situation, Zemmour étant le Farage français et Emmanuel Macron le crétin de service suffisant à la David Cameron.

    Ça finira comme au Royaume-Uni. À force de créer un problème qui n’en est pas un, on finit par avoir un réel problème, mais ce n’est jamais le problème qu’on attendait et dans le cas de l’Angleterre, et j’écris bien Angleterre et non Royaume-Uni, ils sont fichtrement dans la merde, et l’Union Européenne ne pourra pas en être tenue pour responsable. Eh bien, en s’inventant un « problème musulman » tout simplement parce qu’elle est incapable de se redéfinir après avoir perdu son empire et qu’elle s’invente des nostalgies blanches desquelles des pans entiers de sa population sont absents, la France se réveillera un jour avec un sacré mal de crâne.

    Et le pire, c’est que les artichauts continueront de débiner leur bouillie avec la certitude du crétin qui crie au loup en sciant la branche sur laquelle il est lui même assis. De la pitié, oui…

  • In between

    In between

    Pour tout dire, les jours, les semaines et les mois, l’année à venir ne vont pas être très faciles. J’ai pris de grandes décisions et je vais essayer de les mener de front, avec constance et sans me laisser distraire. Pas facile, les voici, j’y reviendrai dans les jours, les semaines et les mois à venir.

    D’abord, j’ai décidé de quitter le Japon. Ce n’est pas pour demain, mais c’est un départ auquel je vais maintenant me préparer pour que cela se passe bien et que cela représente même un progrès pour moi. Dans un an, deux ans qui sait. Ce sera certainement donc la dernière de ces décisions qui se concrétisera. La destination n’est pas encore très claire et ce n’est pas, à ce stade, ce qui est le plus important. Ce qui compte est d’avoir décidé de quitter ce pays.
    Le Japon me fatigue, je n’y trouve plus aucun plaisir ou plutôt, dans la balance, le plaisir que j’y ressens n’atteint pas le ras-le-bol que j’y éprouve par ailleurs. Le nationalisme qui monte, l’incroyable racisme anti-asiatique en général et anti-coréen en particulier, bâti sur l’amnésie et la falsification de l’histoire, ce sentiment d’être exclus de toute forme de débat alors que ce pays sombre lamentablement dans l’abîme qu’il s’est lui-même construit tout en en rejetant la responsabilité sur les autres, la laideur des villes, cette auto-suffisance chez les gens qui, brainwashés par les médias, pensent vivre dans le meilleur pays de la planète, tout cela m’insupporte au plus haut point.

    Le pays qui m’a attiré est un pays qui n’existe plus, je me suis promené dans ses restes, je les vois maintenant disparaitre sous les pelleteuses après la disparition de leurs habitants, et une immense amnésie faite de laideur les remplace, des hôtels hideux pour touristes accrocs aux clichés du Japon « pop » qui me sort par les trous de nez, des hordes de puceaux de 40 ans gavés aux viandes américaines servies dans des chaines où on « mange » pour 4 euros de quoi tomber malade à 50 ans…

    Il y a pourtant beaucoup de choses que j’aime ici, mais plus assez pour me justifier de vivre loin des gens que j’aime. Vivre en France n’aurait pas empêcher cet ours de faucher Julien, mais cela m’aurait permis de le voir durant toutes ces années et de profiter du temps où il était encore parmi nous. Et vivre en France m’aurait permis de voir encore maman un peu plus, de lui tenir la main, de lui prouver que je l’aimais. On ne change pas le passé, mais pour le moins, je peux en retenir la leçon quant à l’avenir.

    Je repense à Yann, les supermarchés lui sortaient par les trous de nez, eh bien ça a commencé. Il faut dire qu’en mars, quand je suis allé en France, j’ai eu l’occasion d’aller dans un Leclerc et dans un Carrefour et j’ai compris que oui, il m’en manquait, des choses, plein de choses, tant de choses. Fruits et légumes en abondance, fromages et laitages… Ça peut paraître con, réduire sa vie à un supermarché, mais ici, c’est pauvre, grisâtre. Et cher.

    Mais c’est surtout la laideur envahissante que je ne supporte plus, ces immeubles moches, ces espaces publics oubliés et incohérents, ou pire ces hordes de touristes, pas les touristes normaux, non, les geeks boutonneux.

    Je suis persuadé que les touristes accrocs à la Kpop sont mignons, sexy, élégants. Nous, on a les mecs à cheveux gras, 900% hétéros et les filles qui se font une couleur bleue « délire » durant leur voyage ici et qui vont trainer à Akihabara avec une mini-jupe magical girl. J’ai rien contre eux individuellement, je veux dire qu’individuellement, je les connais pas et je ne les fréquente pas, je parle en tant que masse crétine et laide qui parle fort, sent la sueur, s’extasie devant les « maids » qu’ils prennent en photo et bave devant les affiches de jeux vidéos où on voit des gamines de 6 ans avec des seins volumineux assises en laissant voir leur culotte parfois déchirée méga humide moulée sur leur vagin, les yeux suggèrant un « non, arrête » et une espèce de liquide blanchâtre qui lui coule de la bouche, habillée bien entendu en écolière.

    Il y en a des tonnes, et des hordes de geeks plus ou moins puceaux visitent ces temples du manga et du jeu vidéo, les boutons d’acnés en feu et la queue en érection avant de s’envoyer une japonaise rencontrée dans un bar quelconque, faisant de ce voyage un souvenir inoubliable entre sexe, jeu vidéo et clichés divers et variés, « c’est trop cool, le Japon ».

    Chacun son Canigou, hein… Cela vaut-il le coup de vivre loin de mes amis, de ma famille, de celles et ceux que j’aime? Un pays tellement ringard qui croit encore au futur technologique avec des robots.

    Et puis je regarde de plus en plus nos habitudes de blancs avec suspicion. Qu’est-ce que c’est que ce truc qu’on a avec l’expatriation, avec l’envie de « vivre ailleurs ». Je ne parle pas de la migration, qui est la forme la plus respectable, finalement, car on est mu par la faim, par la survie et que cela est la marque de notre espèce, de toute créature vivante. Non, je parle de notre idéologie de confort, de notre moi narcissique qui « choisit » de « partir » et d’aller s’imposer chez les autres comme quelque chose qui irait de soi et même avec l’appui de nos gouvernements pour être sûr que l’on y sera en sécurité malgré les appréhensions voire les résistances de la population locale.

    Comprendre que je dois maintenant me préparer à partir, l’écrire noir sur blanc, c’est un très gros truc pour moi, alors voilà, c’est dit.

    Je suis très ennuyé toutefois, car durant ce long séjour, j’ai rencontré Jun, et Jun est devenu un ami incroyablement proche, intime et que je ne tiens pas à être séparé de cet ami aussi. Nous avons partagé beaucoup, nous nous connaissons trop pour se dire « ciao » comme ça. Dure équation.

    J’ai repris le travail sur ce roman commencé il y a 9 ans. J’ai honte, 9 ans… mais en même temps, j’ai enfin compris que mon ambition était trop haute pour moi, que ce que j’avais en tête me dépassait, et puis que finalement je ne devais faire confiance qu’à moi pour y parvenir, alors je m’y suis remis, je mets au point ma méthode de travail, ça ne va pas être facile du tout.

    J’ai donc décidé de me hisser à la hauteur de cette ambition, je ne peux pas faire moins, c’est impossible tout simplement, car ce n’est pas ce qui m’a conduit à sortir les quelques 150 pages déjà écrites et qui finalement ne représentent qu’une goutte d’eau dans ce qui en réalité, dans ce que je vois, dans ce qui est en moi, comprend 3 tomes, oui, rien que ça, et cela depuis que l’idée est venue, et je me suis vautré dans le premier tome seulement.

    J’en ai écrit la fin, je veux dire, une sorte d’ébauche bancale, car la fin du premier tome est incroyablement douloureuse à écrire, à tout niveau, tant dans son contenu que dans la technique et dans la forme, je veux dire que c’est quelque chose qui devra in-fine être réécrit d’une traite, comme un sprint, je sais où ça va, je sais ce qui s’y passe, c’est prévu depuis le moment où j’ai couché le premier mot de ce roman, j’en ai mis une sorte de charpente par écrit, mais je veux faire mal, je veux faire du mal, je veux VOUS faire du mal, pas avec méchanceté, mais par amour, pour que vous vous souveniez de ce que vous avez lu, je veux un roman qui vous marque pour toujours et si je n’y parviens pas, c’est raté. It’s just as simple as that.

    Vous voyez ce que je veux dire, par une ambition trop haute pour moi? Moquez-vous. Moi, en attendant, je me fais honte de m’être arrêté.

    J’entends le conseil habituel, tu peux commencer de façon plus sobre, plus simple, et puis bla-bla-bla, bullshit! Je ne peux pas. J’ai un truc à raconter, un truc profond que je veux, que je dois écrire, que je peux écrire et que j’écrirai, et ce n’est pas de ma faute si la seule façon rationnelle pour que cela marche, ce sont trois tomes, et si chaque tome doit faire dans les 400 pages, ce n’est pas de ma faute, c’est comme une mission. I have to do it, I have to do it that way, it has to be that way.

    Pour m’aider, toutefois, et après avoir renoncé à toute aide extérieure tant que je n’aurai pas terminé, j’ai pris la décision de me remettre à ce blog, d’abord et avant tout, et d’avoir écrit que j’avais décidé de quitter le Japon c’est déjà lever un gros sujet tabou, mais aussi d’y écrire les nouvelles, les micro-récits qui souvent me passent par la tête et que j’y garde dans un coin.

    Côté écriture, j’ai en effet beaucoup régressé, Les réseaux sociaux absorbent toute la spontanéité de l’écriture, toute l’énergie, tout le temps passé, et après il n’en reste plus rien, c’est un peu comme de la masturbation, ça prive de l’énergie qu’on a en soi. Je suis presque guéri de Facebook.

    J’ai en projet un truc qui sera très facile à écrire et dont je peux dors et déjà vous livrer le titre, « Classes moyennes, une comédie de moyenne classe », et qui sera en quelque sorte l’épilogue des deux récits que j’avais livrés pour Minorités au sujet de la crise de 2008. Publier régulièrement, mettre en ligne de courts récits, cela sera le moyen de me mettre au point pour garder le cap sur cette fantastique ambition que représente l’écriture et la publication de ce roman laissé en plan et dont je sais qu’il est essentiel, attendu et que moi seul ait la capacité d’écrire.

    Et puis il y a l’Algérie.

    Vous savez, c’est difficile de cumuler tant d’identités contradictoires. Je suis ouvertement homosexuel, non pas parce que je pense qu’être ouvertement homosexuel soit bien, mais parce que j’ai compris à 14 ans que c’était politiquement nécessaire. Mon homosexualité est donc avant tout un engagement politique, et quand j’écris cela je ne parle pas de ce que je fais dans le lit qui ne regarde que moi.

    C’est donc pour cette raison que jamais je n’ai pigé le « Pride », je ne suis pas « fier ». Je comprends l’idée, il s’agit de retourner le stigmate et de redresser la tête, mais non, ce n’est pas comme cela que je me pense. Je ne cherche ni à être aimé, ni à être défendu, je serais plutôt un militant de la banalité. L’objectif politique pour moi, ce n’est pas d’être fier, c’est d’être banal, de raconter un flirt à d’autres personnes sans se poser la question de ce qu’ils en pensent exactement comme ils le font, et qu’importent s’ils n’apprécient pas, c’est eux que ça regarde.

    Affirmer que je suis homosexuel, c’est donc avant tout pour moi une affirmation politique, exactement comme certaines femmes porteront le foulard par conviction religieuse, certes, mais également pour délimiter un espace qui sera l’espace de leur liberté religieuse, une façon d’annoncer la couleur dans un environnement possiblement hostile sans se soucier de ce que les autres penseront, qui m’aime me suive, en quelque sorte.

    Je possède donc ce que l’on définit généralement comme des identités inconciliables, et c’est vrai qu’indépendamment du tabou que représente l’homosexualité en Algérie (et qui n’a rien à voir avec un interdit religieux car l’Islam est beaucoup plus flexible sur le sujet que ce que la brainwashing saoudien et l’hygiéniste bourgeois des colonisateurs français et britanniques ont exporté dans l’ensemble du monde musulman), il reste l’arsenal judiciaire hérité de la colonisation qui expose la vie de chacun à l’arbitraire de l’état policier. Être homosexuel en Algérie, c’est s’attendre à ne pas être défendu par l’état, c’est même être passible de la prison, ce qui est fort pratique quand il s’agit de se débarrasser d’un opposant comme cela arrive dans l’Égypte du général Sissi. Ce type d’arbitraire ne vise pas, bien entendu, les corrompus qui s’envoient tout ce qui bouge, filles et garçons, prostituées et prostitués, au bled ou à l’étranger, avec la même boulimie que les saoudiens qui s’envoient des rasades de whisky et de putes en mini-jupes ras-le-bonbon dès qu’ils sont hors de chez eux.

    Inconciliables, pourtant, pour moi, elles ne le sont pas. Elles ne le sont pas parce que beaucoup, aussi, en moi, réside de choix, pas des choix absolus mais des choix que j’ai été amené à faire pour que justement je puisse vivre sans avoir à vivre avec des choix imposés par d’autres. Et je me vis, pour tout dire, très bien. Je suis une personne souriante et plutôt heureuse, pour tout dire.

    J’écris cela parce que les événements en Algérie m’amènent à prendre parti. Je ne peux pas, je ne peux plus, il m’est impossible de me mettre sur le côté et regarder ce qui arrive en spectateur, et cela bien que je ne sois pas la bas, et cela bien que je n’y sois pas né, et cela bien qu’il me serait facile de ne pas me sentir concerné, de me contenter de penser « bonne chance les gars ». Mon regard politique sur l’homosexualité est un regard politique, comme je vous l’ai écrit non pas parce que j’ai choisi d’être homosexuel, ça ne se choisit pas, mais parce que j’ai compris que le dire et avoir sur la question un regard radicalement homosexuel était un choix, et que ce choix était déterminant non pas tant pour moi que pour les autres et pour la société. J’ai toujours eu l’espoir que nous serions, un jour, terriblement banal. Je pourrais écrire la même chose en ce qui concerne ma séropositivité, d’ailleurs.

    L’Algérie, donc. Je n’ai pas choisi d’être algérien. Je suis français certes, mais l’histoire même de l’Algérie m’oblige à être algérien, et cela pas seulement « de coeur » ou de façon nostalgique mais d’une façon politique. La France, le pays où je suis né, a créé une situation dont je suis moi-même le produit, et cette situation se trouve encore là, béante, un peu comme mon roman. Inachevée.

    L’Algérie a besoin de moi comme elle a besoin de toutes celles et tous ceux qui sont conscients de ce que ce mot, « Algérie », signifie.

    Je ne suis pas un « one-two-thriste », ce nationalisme du pauvre que Bouteflika a jeté en pâture à un peuple qu’il avait en même temps privé de son histoire et de toute ambition collective pour mieux le voler et le dominer. Je porte en moi le rêve que mon père m’a transmis, et ce rêve est le rêve de génération d’Algériens qui ambitionnaient leur libération au point de donner leur vie pour qu’elle advienne un jour.

    Quand je pense à l’Algérie, je n’ai que faire de la France, et je n’ai que faire de mon homosexualité. Celle banalité d’être qui m’habite est alors plus forte, et qu’importe si je suis né en France, et qu’importe si mes mœurs gênent. Je suis algérien et j’ai alors une mission politique. C’est comme ce roman en moi, cette éducation que j’ai reçue, cette expérience politique que j’ai acquise en France, cette façon de penser que j’ai développée, je ne peux pas ne pas les partager. Alors qu’importe. C’est une réconciliation en cours en moi, et finalement il n’y a aucun choix à opérer. Je n’ai pas à choisir d’être homosexuel, ni algérien, ni français, ni musulman. C’est ce qui fait ce que je suis. Et tant pis si en me mêlant plus publiquement aux évènements en cours, je me retrouve dans l’impossibilité d’y aller en raison de ma sexualité.

    Cliquer pour visiter le site

    Le temps du déchirement est terminé.

    J’ai donc décidé (on me l’a suggéré) de m’adresser directement aux algériens, il y a les outils techniques pour cela, et qu’importe si cela est ridicule. J’accepte d’être artiste aussi, et l’artiste se moque du ridicule. J’ai créé Nedjma il y a 6 ans maintenant… Quand je vois l’espèce d’impasse dans laquelle toute cette belle « révolution » se retrouve perdue, avec, fidèle à ce qu’il est, seulement Rachid Nekkaz qui seul fait le vrai travail à accomplir, ce que je respecte particulièrement chez lui (et j’écris cela en avouant être sidéré par l’indigence de son programme et la mégalomanie de certains de ses messages sur Facebook), je suis obligé. Je pourrais ne pas faire, mais c’est cela, la politique: c’est décider de faire.

    Je suis dans le métro, je posterai ce billet plus tard. Si j’ai du temps, je commencerai à écrire cet épilogue de Mortgage Story et de Debt Fiction, « Classe moyenne, une comédie de moyenne classe ». Ah, et je dois acheter un micro, aussi.
    Bref, c’est enfin la rentrée. Premier bilan dans un mois.