Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • La grande dépression, 1928 / 1932 ↘


    1928, presentation des dernieres tendances de la mode americaine, juste un an avant le crash. Une video testamentaire de cette epoque qui crea les annees 60 avec l’esprit des annees 1900…

    Joseph Kennedy avait l’habitude de se faire cirer les chaussures dans ce New York des Années Folles où le futur semblait offrir à chacun ces opportunités qui font le mythe américain. Il avait, comme beaucoup, profité de l’argent à bas prix que la Réserve Fédérale dispensait pour soutenir une croissance atone depuis la fin de la guerre. Cet argent permettait à certain d’acheter à crédit qui un appartement, qui un de ces nouveaux objets électriques – aspirateur, frigo, radiophone- et bien sûr pour beaucoup, des actions achetées sur le principe de la couverture, à crédit, pour un prix donné représentant généralement 10 fois la somme empruntée. En gros, on empruntait 100 dollars, on achetait pour 1000 dollars d’actions, et on remboursait à la revente, déduit des intérêts. Comme la bourse ne cessait de monter, ce n’était pas risqué. C’est étonnant comme l’homme peut parfois raisonner contre le bon sens, contre les évidences. Une action n’est en fait qu’un acte de propriété qui permet à son détenteur de recevoir la part du profit qui y correspond quand il y a du profit. Accessoirement, si le profit ou la perspective de profit est important, l’action est recherchée et, en fonction de cette demande, son prix monte car les acheteurs veulent cette part de profit. Que l’épargne monétaire, sûre, vienne à être rémunérée à, disons, 2%, tout placement procurant plus est recherché. Si vous achetez une action, disons, 10 euros, que vous recevez un dividende (part du profit), de 0,35 euros, cela revient à du 3,5%. C’est mieux que ce que propose la Caisse d’Épargne et ses placements monétaires. Et comme c’est mieux, votre action est recherchée, et donc, son prix monte. Si vous la revendez 11, et l’aviez acheté 9, vous avez gagné 2,35. Avouez que c’est un beau placement… La théorie « classique » et « néo-classique » a beaucoup théorisé l’idée qu’il y a un pris « optimal », réalisé, en gros, de la façon que je viens d’expliquer. En théorie, il ne peut y avoir de bulle car si le prix d’une action est trop élevé, la rémunération baisse proportionnellement. Si vous achetez la même action 20 euros, recevez un dividende de 0,35, votre dividende est en réalité de 1,75%. La caisse d’épargne rémunère à 2%, les prix augmentent de 1,5%. Or, l’entreprise qui a émis l’action peut faire faillite, c’est la part de risque. 1,75%, normalement, personne n’en veut, donc théoriquement, selon la théorie classique et néo-classique, l’action n’atteindra pas ce prix de 20 euros.

    Voilà pour la théorie. Or, cette théorie s’est trouvée superbement démentie par les faits à de nombreuses reprises et les années 20 offrent à cet égard un exemple parfait. Imaginez maintenant qu’une banque centrale prête au jour le jour à un taux de 2%, à tous les établissements bancaires et organismes de prêts. Imaginons qu’au milieu de ces organismes, certains sont prêts à transformer le crédit en un bien de consommation courant. Admettons que pour ce faire, ils soient prêts à étendre la notion de caution, d’hypothèque au sens le plus large. Imaginons que leur but est ainsi d’emprunter à 2% et prêter à 15%. Imaginons que parmi les biens hypothécables il y a les actions, et qu’ils permettent ainsi de profiter de l’achat de titres à une grande masse de gens. Remettons maintenant en contexte. On sort d’une guerre, la production d’acier est en crise et on a besoin d’écouler les stocks. En 1921, une récession frappe tous les pays développés. Voilà comment la Réserve Fédérale baisse les taux au plancher, et comment personne ne va critiquer l’augmentation de la masse de crédits distibués. L’économie américaine, ainsi dopée dans ses centres urbains, semble décoller. Dans les campagnes, on s’endette massivement pour satisfaire les besoins de consommations des villes. On hypothèque donc massivement. Et comme toutes les campagnes s’endettent et que la production augmente, on est toujours au bord de la surproduction. L’agriculture est en crise et s’endette pour essayer de s’adapter.

    La théorie classique n’a pas de réponse. En fait, Marx est bien plus logique. L’appétit de profit va conduire le monde tout droit au gouffre. Les entreprises s’endettent pour offrir ces nouveaux objets, au rang duquel la voiture figure en bonne place, afin de satisfaire les besoins des salariés urbains qui, faute d’être bien payés pour « consommer », s’endettent eux-même. Ça ressemble à un cercle vertueux, c’est en fait un terrible cercle vicieux car l’économie américaine de la fin des années 20 repose entièrement sur la circulation du papier. La bourse elle même se met à décoller de façon irrationnelle, non pas dopée par la perspective de profits, mais par l’afflux d’un nombre de « clients » sans cesse plus nombreux, qui achètent à crédit pour revendre 3 mois plus tard à d’autres comme eux, en empochant 20, 30% de plus-value. Et recommencer.

    Un defile de mode dans un film de 1929, en parlant, et en couleur. La mode, juste avant le crash, et avec l’esprit des annees 20. Adorable et innocent. Que sont devenues ces actrices, quelques mois plus tard… ?

    Or, en 1928, ce système est à ses limites et certains secteurs, comme l’automobile, commencent à surproduire. Dans l’immobilier, la situation est bien pire car les prix commencent à baisser. Autant d’indicateurs que le cycle d’activité commencé en 1921 et qui a été à son maximum en 1925 touche à sa fin : 1928 est une belle année en surface, mais ce sont les fondations même de la croissance. Et c’est ainsi que la volatilité (mouvements d’achats et de ventes sur le marché boursier) augmente dès le début 1929 : certains commencent à se retirer du marché, sans que cela ne se remarque vraiment car en 1929, les salariés pauvres s’endettent pour participer à cette folie qui a saisi toute la culture urbaine. Le nouveau président Hoover regarde tout cela avec bienveillance, trop content de présider un pays prospère qui s’est libéré des crises.

    https://www.youtube.com/watch?v=1R7gEgDVm50
    1929, quelques restes de prises couleurs de Siegfried Follies, Glorifying the American Girl. Les spectacles de Broadway regorgeaient d’extravagances dans ce flot d’argent sans fin, sans limite.

    Juste avant que tout ne s’arrete et que les theatres ne se mettent a fermer les uns apres les autres, mettant fin a cette culture legere du debut du siecle venue se perdre jusque dans les annees 20. Les couleurs sont originales.

    Et c’est ainsi que par un beau jour d’août, le garçon qui lui nettoie les chaussures dit à John Kennedy qu’il place en bourse et qu’il est facile de s’y faire 5000 dollars. L’homme d’affaire, songeur, décide de vendre toutes ses positions : quand même les cireurs de chaussures mettent leur argent en bourse, c’est que quelque chose ne va pas. Et grand bien lui en prend car depuis quelques mois, les cours font du yoyo montant toujours plus haut. Les sociétés de courtage encouragent en effet tout le monde à placer à chaque baisse car à chaque fois, c’est bien connu, « ça monte plus haut ». Et ce ne sont pas les mauvaises nouvelles qui manquent en 1929. La bourse est de plus en plus nerveuse, bouillante. Et c’est ainsi qu’un indicateur révélant la surproduction d’acier, puis un autre une baisse des ventes de voitures vont provoquer les premières chutes importantes du marché, des baisses qui vont rythmer toute l’année. Début octobre, la situation empire, mais là encore, on augmente ses dettes pour en remettre une couche, « de toute façon, ça va monter plus haut ».

    On ne connaît pas bien comment cela a fini par s’écrouler, la mécanique, les jours qui ont précédé le Jeudi noir. Si ce n’est que septembre et octobre voient s’accroître la nervosité. On sait aussi que les grands patrons des grandes banques ont tenté un sauvetage, mais qu’elles se sont retirées trop tôt du marché. On sait aussi que la modification des règles de couvertures a joué, et que novembre et décembre ont vu se succéder des erreurs fondamentales dans une espèce de sauve qui peut qui reprenait plus fort à chaque fois que le marché se stabilisait. On sait aussi que la Réserve Fédérale, après avoir inondé le marché de liquidités, a décidé de reprendre la main car à chaque fois les nouveaux plus bas et la multiplication des faillites lui donnait le sentiment de ne rien maîtriser et de ruiner la dernière chose qui restait, le dollar et son indexation sur l’or qui, lui, montait. Les agences de crédit faisaient faillite les unes après les autres, non sans avoir auparavant tenté de récupérer leurs prêts par tous les moyens. On sait que dans les campagnes, les expropriations commencèrent très tôt après le krach, car le paysans ne peut pas bouger, comme ces salariés à la rue qui disparaissaient de la nature en laissant l’ardoise de leurs actions achetées au plus haut, non payées et invendables, sans autre valeur que la valeur d’un bout de papier. On sait que des comptables de sociétés qui avaient placé des profits en bourses en jouant sur la couverture, se suicidaient en laissant des dettes phénoménales à leurs sociétés qui fermaient dans la foulées. On sait que cette insolvabilité généralisée a fini par gagner les banques car l’argent s’est tarie. La machine s’est arrêtée. Les prix des actions baissant, les acheteurs disparaissant et les liquidités s’évanouissant, en ne laissant que des montagnes de dettes non recouvrables ont fait disparaître ce qui fait vivre les banques : l’argent. Il n’y avait plus d’argent. Les prix ont donc commencé à baisser. Dans les campagnes, on s’était endetté pour produire plus, on se retrouvait avec des surplus que l’on bradait à moitié de leur valeur. Produire ne rapportait plus.

    Comme en dit en anglais, free fall. Une chute libre. Pas d’allocation de chômage. Pour les vieux, l’épargne qui s’est évanouie. Et toujours plus d’entreprises qui ferment, et toujours plus de chômage, et donc encore plus de prix qui baissent, et donc toujours plus de faillites. Des dettes, et des banques qui font faillite en engloutissant les économies de leurs clients, et donc encore plus de faillites et de prix qui baissent. Et au milieu de tout cela, des luttes sociales violentes, des émeutes, des barricades, des banques et des usines incendiées, et l’armée pour réprimer.Les banques, elles, à court de liquidités, se mirent à rapatrier les capitaux placés en Europe, en Allemagne particulièrement, mais aussi en France, contaminant les autres pays.

    https://www.youtube.com/watch?v=OJOCkbGJokQ

    1930, une version cinema d’une comedie musicale. Fin 1929, debut 1930, on n’avait pas encore compris que cette epoque etait resoluement terminee…

    Les Années Folles se sont arrêtées tout net, en semant leur route de signaux pourtant clairs mais que personne ne voulait voir. La chute n’en fut que plus brutale. Et comme l’économie des années 20 était déjà potentiellement fragile, peu profitable, boostée à la dette, il n’y avait désormais rien pour prendre le relais. Les années 30 commencèrent dans le paradoxe d’une surproduction de tout d’une destruction massive de ce tout –légumes et fruits, café, lait, etc- pour tenter de maintenir les prix, et d’une situation de quasi-famine en bordure des grandes villes de l’Est américain. Puis en Europe. La chute fut d’autant plus douloureuse qu’elle fut rapide. Les changements culturels furent alors extrêmement importants. De ces 4 années 1929/1933 sortit l’extermination de millions de juifs, bouc émissaires de tous les malheurs de l’Europe depuis des siècles. Cette crise du capitalisme, ce puit sans fond de la chute du « taux de profit » révéla une fois encore la crise que l’Europe traversait depuis qu’elle avait décidé de se faire la guerre avec elle-même pour écouler ses stocks d’acier, en 1914. L’Europe, en crise profonde d’identité, fut incapable de se réinventer comme l’y invitait cette crise de ses structures économiques. Elle trouva donc, en Italie d’abord depuis 1921, puis en Allemagne, en Espagne et au Portugal, mais aussi en Russie désormais Soviétique, dans le totalitarisme et le corporatisme la voie de son salut. Seules la France et l’Angleterre allaient être épargnées, non sans mal, au prix d’une sorte de déclin lent de leurs élites, de la tentation totalitaire et des appels à la reformulation de ce qui les constituaient.

    Helen Kane, vers 1930, veritable symbole de la fin des annees folles, avec sa bouille ronde, sa voix fausse, son air gourde et son poupoupidou repris plus tard par Marilyn, mais ayant egalement inspire Betty Boop. Elle disparaitra des ecrans en … 1933, quand il sera evident qu’on sera rentre dans une autre epoque.

    Les USA, eux, mais également la petite Suède, allaient décider de poser la question de leur devenir et de tout recréer, tout repenser, en reformulant leur contrat social à la base, comme une première étape à la sortie de cette crise. Au cours de l’été 1932, le candidat à la présidence du Parti Démocrate, F.D. Roosevelt, entouré d’une équipe d’économistes aux options très variés mais s’accordant sur l’idée qu’il fallait faire quelque chose, entama la traversée d’une Amérique peuplée de 25% de chômeurs s’entassant dans des bidonvilles en bordures des grandes villes, de paysans délaissant leurs terres et partant sur les routes chercher le « bonheur » plus à l’Ouest. Son envie de « faire quelque chose » se résumait en un « New Deal », un donnant-donnant où l’état rétablirait des équilibres que le capitalisme avait lui-même mis à mal en organisant sa propre faillite.

    Et puis il y eut Roosevelt…

    Ce qui est étonnant, c’est la profondeur du bouleversement que les USA ont accepté de vivre durant ses trois ans, et le caractère durable de ces transformations, dans les domaines sociétal et culturel. Les USA de 1928 sont prêt « technologiquement » pour entrer dans une nouvelle société. Les années 20 ont vu apparaître tous les objets qui domineront la société de consommation jusqu’aux années 60 : la radio, la télévision, le cinéma couleur, le cinéma parlant, l’électroménager (frigo, machine à laver, moulinette, cuisinière électrique, aspirateur, …), la voiture de masse, l’industrie du crédit… Elles ont également achevé la révolution du vêtement féminin amorcée au début du cycle de crise, en 1913, par Paul Poiret. Cette mode sans corset libérant le corps s’est très vite adaptée aux nécessités de la guerre, et notamment le travail des femmes en usines. L’ourlet n’a donc cessé de monter et le vêtement se simplifier pour donner naissance au vêtement pré-moderne de Madame Lanvin, Madame Grès, Jean Patou dés 1921, puis avec la remontée de l’ourlet au niveau du genoux, au vêtement moderne. Dès 1925, il devint même acceptable de porter un pantalon. Quand la crise intervient, et jusque 1933, les couturiers penseront bien à rallonger l’ourlet, mais c’est intéressant de voir que la ligne, globalement, ne changera pas. La taille remonte, mais reste discrète. Les cheveux rallongent un peu mais restent globalement au dessus du cou, ondulés. Le corps féminin continue d’être ce tube longiligne. Les hommes sont toujours aussi à l’étroit dans leurs costumes près du corps. Seules les audaces géographiques, optiques, les effets noirs et blanc, disparaissent. On a aux USA une quasi-disparition des audaces art-déco dans la publicité et un renouveau de la réclame, des longs argumentaires bavards. Broadway qui avait brillé durant une décennie, traverse la crise très difficilement, mais Hollywood reprend les comédies musicales qu’il adapte pour le cinéma, récemment parlant, mais semblant pour un temps renoncer à la couleur qui pourtant est désormais totalement au point. Dans la musique, les romances fox-trotisantes et charlestonisantes continuent tant bien que mal, avec les mêmes voix de crooner. Les actrices, telles Helen Kane, rescapée de la fin des années 20, avec sa bouille ronde et sa voix aigue de fille idiote, celle qui inspira Betty Boop à Max Fleischer, continuent de se faire brûler les sourcils.

    C’est une opinion très personnelle, mais en fait, à y regarder de près sous l’angle de la culture de masse, aux USA, les années 30 n’existent pas. Il y a bien les années 20 avec leurs garçonnes au volant de voitures décapotables, écoutant du Charleston. Il y a bien des années 30 en Europe, mais elles sont définitivement archaïques, tournées dans la nostalgie du passé qu’entretient la vague « réaliste » qui succède aux audaces du surréalisme. Il n’y a qu’une alternative en Europe, et elle est totalitaire. Mais aux USA, point de tout cela. En 1932, les USA sont dans des post-twenties. En 1935, ils sont dans une sorte d’époque de transition mélangeant les genres et les styles, mais où du neuf est bel et bien visible. Comme le swing et son rythme sauvage, les épaules des femmes qui réapparaissent. En 1937, en fait, les USA sont déjà dans les années 40 et, à bien des égards, peut-être même un peu déjà dans les années 50…


    Apres le Crash…

    Regarder en images et interroger ces images, entre 1928 et 1932, c’est regarder une rupture profonde, c’est voir de ses yeux émerger un monde au milieu des ruines et des souffrances de l’ordre ancien.

  • Cycles : une introduction

    J’ai commencé à travailler sur ce que j’appelle « cycles » fin 2008, alors que je venais de me retrouver au chômage au pire moment qui soit. Nous entrions en récession, tout le monde paniquait partout. Pour moi, ça ne collait pas…

    Au lycée, j’avais étudié Kondratieff, à l’université, les phases A et B définies par les les historiens autours de Robert Mandrou comme des cycles d’augmentation ou de baisse des prix dans les sociétés d’ancien régime en Europe. J’ai depuis longtemps opéré une sorte de synthèse personnelle et intuitive de ce que je nomme des cycles économiques et que je reprends à Kondratieff en tendant à les mixer avec des signes visibles, ceux que produit la culture. C’est un passe temps.

    Bref, alors que tout semblait s’écrouler et que sur le net les spécialistes de Kondratieff, récupérés par les néo-conservateurs, s’évertuaient à vendre de l’or pour se protéger de ce qu’ils appellent « l’hiver », je me butais et n’arrêtais pas de me dire que non, ce n’était pas possible, que ça ne collait pas. On n’était pas en crise, dans ma grille, c’était même le plein boom. On était en été, et non en hiver. J’évoquais donc un jour sur mon blog un « typhon », ce phénomène naturel destiné à rétablir l’équilibre.
    Cinq ans plus tard, les faits m’ont donné raison. Ça m’amuse un peu car beaucoup de spécialistes doivent passer beaucoup de temps à essayer de faire oublier leurs prédictions affolantes et affolées sur la chute de capitalisme. D’autres dénoncent les manipulations de la finance pour expliquer que ça ne se soit pas encore écroulé. Oubliant que c’est le principe même du capitalisme. Qu’importent les moyens pourvu qu’il y ait du profit et que ce dernier ne soit pas menacé. On est bien loin de 1929… On est en fait en 1907.

    Nous avons, depuis 2008, connu une première récession, mais très rapidement une puissante reprise économique dans un certain nombre de pays que l’on regardait auparavant comme des pays de la périphérie et qui ont utilisé ce cycle d’ajustement dans les anciennes puissance pour conduire de puissantes relances keynésiennes basées sur l’investissement public et financées par des taux d’intérêts incroyablement bas, des relances qui, en poussant la croissance à des niveaux incroyablement élevés, ont accéléré le désendettement de ces états.

    Les états plus avancé ont, eux, utilisé la planche à billet pour renflouer leurs banques. Leurs banques centrales ont racheté à tour de bras les produits financiers qui plombaient leurs bilans, ce qu’elles ont appelé quantitative easing. L’une des plaie de la finance de marché d’avant le krach, les Quants, est donc devenue la théorie officielle qui nous gouverne.

    Le renversement de tendance du dernier cycle court est intervenu en 2009, faisant suite au précédent cycle court qui fut une période d’intense spéculation sur fond de dégonflement de la bulle des subprimes. Depuis 2009, nous avons vécu quatre années de prospérité économique. Beaucoup sont passés à côté dans les vieilles puissances, mais la Chine et autours d’elle toute l’Asie (à l’exception du Japon) ou l’Amérique Latine ont connu des taux de croissance dignes des trente glorieuses.
    Ce cycle, c’est le cycle de l’iPhone. Présenté en 2007, il a commencé sa carrière modestement, plombé par les limitations technologiques du marché américains dues à des retards d’investissements des opérateurs (privés) dans la 3G. C’est donc en 2008, au moment où les bourses internationales soldaient la bulle de crédit dans un plongeon inégalé depuis plus de 70 ans, que Apple lançait le véritable iPhone, le iPhone 3G.
    Très vite, en 2009, dans toute l’Asie, et particulièrement en Corée du sud avec Samsung, la concurrence a développé ses propres gammes de téléphones Androïd. Apple a vite repris la main en sortant un super iPhone, le iPad, qui amorça le marché des tablettes.

    Nous en sommes là. Je blaguais l’an dernier quand l’action Apple caracolait à 700 dollars : quand elle baisse, c’est le début du retournement du cycle.

    Voilà, elle coûte désormais 500 dollars. Le cycle court, Jugglar ou cycle des affaires, touche à sa fin. Nous entrons dans un cycle d’investissement, de concentration. Dans 4 ans, quand on entrera dans un nouveau cycle, avec un ou deux nouveaux produits phares, Apple, ou Google, ou Samsung, ou un autre, aura peut être disparu de l’incroyable concurrence qui s’opère désormais. Car le marché est saturé. Et developer un produit coûte cher.
    Du côté du cycle long, un Kondrattief, démarré en 1992 après la guerre du Golfe, il nous en reste pour 3,4, 5 ou six ans. Nous sommes en fait dans l’âge d’or du capitalisme de l’âge informatique. Nous avons désormais les connections 4G, les vitesses de l’Internet atteignent 1 Go au Japon ouvrant le marché du multi-play familial.

    cycle kondratieff relativement synchro avec mes propres cyclesJe dois toutefois vous avouer une chose, mes cycles Kondratieff sont assez différents de ceux que vous trouverez sur le net ou dans des ouvrages. Tout d’abord parce que certains auteurs utilisent les Kondratieff corrigés par Shumpeter. Ensuite, Krondratieff ayant été envoyé en camps par Staline en 1937, il n’a pas pu continuer son travail sur le 20ème siècle. Et puis, très rapidement, Kondradieff a été utilisé par des courtiers, des sociétés de placements financiers dans le but de prévoir des évolutions de cours boursiers.

    Avec l’apparition d’Internet, ces sociétés se sont multipliées et d’un travail relativement sérieux, on est passé à une phase de plus en plus manipulatrice et si vous recherchez le Kontradieff wave sur internet, vous constaterez que pour ce qui concerne les deux cycles récents, beaucoup ont en fait calé les cycles sur leur propres analyses : l’automne Kondratieff s’est ainsi vu rajouter des années et dure maintenant une bonne quinzaine d’années, tandis que l’été qui l’a précédé s’est vu écourter pour caler avec les années Reagan, cet âge d’or des boursicoteurs du monde entier.Qu’on me permette donc, à moi aussi, de prendre mes aises avec les cycles Kondratieff, puisque tout le monde le fait si bien…

    Je suis assez synchro avec les cycles tels que décrits par Kondratieff lui même. Je me permets juste de les caler sur des événements importants qui en accélèrent ou ralentissent la tendance. Ainsi, j’aurais tendance à placer un retournement en 1914, avec la guerre, et même peut être un peu avant, vers 1910/1912, quand il est devenu clair que la surproduction d’acier et les guerres de prix allaient entraîner les puissances dans la guerre, ce qui me permet de regarder la guerre comme une première tentative de juguler la crise et non quelque chose qui l’a précipité. Toujours est il que sitôt la guerre terminé, les grandes puissances sont immédiatement rentrées en récession, et là, tout le monde est unanime pour dire que le cycle long des années 1890/1900 est bien terminé. Au passage, en 1913, le président des USA signe le décret portant création de la Federal Reserve. Cela pourrait être, aussi, une date. Kondratieff mettait son curseur entre 1915/1920.

    Kondratieff base sa théorie sur l’évolution des prix et des cycles d’investissement. Shumpeter a complété cette idée en mettant en évidence quels sont les technologies propres à chaque cycle.

    Les années 1920 sont donc bel et bien un automne, une période de crise, mais les boursicoteurs ont décidé d’en faire un été bref, avec un automne sur la fin, suivi d’un long hiver jusqu’en 1950… Les travaux plus sérieux voient bien l’hiver s’abattre en 1929, et le débat est virulent pour savoir quand le printemps commence. 1940, ou plus tard ? Cela a l’air de rien, mais il y a là une bataille idéologique majeure : voir la fin de l’hiver, et donc le début d’un nouveau cycle avant 1940, c’est voir dans le New Deal une des solutions à la crise. Voir la sortie de l’hiver après 1941, c’est voir la guerre comme le moyen de sortie de crise, et considérer le New Deal comme un échec.

    Pour moi, clair, net, précis. En 1937-39, le cycle se retourne. Et donc, le New Deal est un vrai succès. Au passage, je suis synchro avec Kondratieff lui même : mon cycle de crise dure de 1912-14 à 1937-39, soient 25 ans. Imaginez bien que certains boursicoteurs produisent un cycle de crise durant… 40 ans. Je ne suis pas là pour juger s’ils ont tord ou raison : mais on n’est plus dans un cycle Kondratieff sensé durer 25 ans en expansion et 25 ans en contraction.

    Le cycle qui suit va donc jusque 1965, ce sont les trente glorieuses, l’époque longue d’expansion avec la société de consommation, et où la régulation de l’économie avec les outils keynésiens est un succès. L’économie se gouverne alors comme un avion, on accélère un peu pour garder le chômage aussi proche possible de zéro pour cent, en augmentant les salaires, les prestations, les travaux en infrastructures publiques. On ralenti un peu pour garder d’inflation sous contrôle, inférieure si possible à 5%, en augmentant un peu les impôts pour balancer le budget : la période keynésienne est une période d’équilibre budgétaire et de faible endettement. C’est la période aussi des grands investissements : Airbus, internet, l’informatique, les technologies spatiales, le nucléaire aussi, sont tous les produits des recherches publiques des années 50/60, même, et surtout aux USA. C’est l’âge du pétrole et de la pétrochimie, du plastique et des insecticides. L’âge d’or, c’est Kennedy.

    Le cycle se retourne vers 1965, on en voit le signe de façon très nette : on commence à faire de l’inflation ET du chômage, bref, les gouvernements ont de plus en plus de mal à contrôler. Et puis on prend conscience de la pollution, du gâchis, et puis le dollar perd son statut de monnaie étalon en 1971, et puis le pétrole devient plus cher, les réserves s’épuisent aux USA, le charbon est lui hors de prix. Toutes les fondations du modèle semblent sapées. Le chômage augmente, 2, 3, 4, 5% et l’inflation aussi, 3, 4, 5, 10, 15%… C’est l’automne. Les années 80 commencent par une brutale récession déclenchée par les néo-conservateurs anti-keynésiens, Thatcher et Reagan. L’hiver est violent, ce qui n’empêchent pas certains de faire la fête, comme dans les années 20. La décennie s’achève par l’éclatement de la première bulle depuis 50 ans, et une récession, et une guerre, et le SIDA.

    L’élection de Bill Clinton coïncide parfaitement avec le retournement du cycle. Un nouveau cycle commence, l’âge informatique. Internet et informatique génèrent de fantastiques profits, tandis que les investissements massifs dans de nouveaux pays, en Asie essentiellement, permettent de produire à bas coût et donc restaurer les profits en berne du cycle précédent. Trois bulles ont dors et déjà explosé dans ce cycle, basé sur la non régulation et l’abondance de crédit d’une finance revenue au non-cadre d’avant Keynes. Une première bulle éclate en 1995, c’est la crise mexicaine et le krach monétaire. Les liquidités qui se déplacent vont alors s’investir dans les nouvelles technologies, c’est la bulle internet. Celle ci se dégonflant, prétexte à un nouvel assouplissement du crédit, les liquidités vont se placer à la bourse et dans l’immobilier. En 2007, la bulle explose et certains pays sombrent dans la récession, mais cela n’empêche pas le commerce mondial de continuer de croître et à la planète de connaître, en 2010 et 2011, des records historiques de croissance économique. Nous sommes donc bien, toujours, dans un cycle long d’expansion. L’été est simplement très orageux, et certaines zones ont été dévastées par un typhon. Ça arrive.

    Beaucoup de Kondratieviens boursicoteurs parlent en ce moment d’hiver. Je leur conseille de regarder les chiffres de la Chine, de la Corée ou de l’Inde…

    Ce cycle devrait donc se retourner vers 2015-2017. C’est ce à quoi je me tiens. Et nous devrions rentrer dans un cycle automne, de plus en plus instable, cette fois ci même au sein des pays émergents.
    Ces cycles longs détaillés, j’affine en utilisant les cycles courts, dits cycles des affaires, ou Jugglar, et qui correspondent généralement à un ou deux produits qui tirent la croissance quelques années, trois à cinq ans, avant que le marché ne sature et que donc la croissance ne ralentisse, on est donc alors dans un cycle d’investissement (c’était, dans les années keynésiennes, la période de relance).Mais ce travail sur les cycles ne serait rien si en fait je n’en faisais pas un travail d’histoire culturelle. Mon dada, c’est la mode, la musique, le cinéma. Et quoi de plus fascinant que regarder la quasi synchronisation des phénomènes culturels avec les cycles économiques.

    Une de mes explication est que 25 ans, c’est l’âge d’une génération. Et ces cycles de 25 ans, on les voit également dans le passé à travers la mode et les façons de penser. 1715-20, la mort de Louis XIV, la régence. Un printemps, les premières Lumières, optimistes, Voltaire, Montesquieu, la banque de Law, le baroque français. 1740-45, la crise, les secondes lumières, pessimistes, Rousseau, Diderot, Pompadour, la fin du baroque. L’automne. 1765, le take-off, Oberkampf, la demande de libéralisation de l’économie, l’émancipation de la société civile, l’opinion publique, le classicisme, Kant, et en France l’inadéquation du régime. Un printemps. Et 1790, la crise… Kondratieff date le premier cycle d’expansion aux années 1815. Synchro.

    Dans ce cadre, les changements culturels s’opèrent au gré des générations, avec au bout de 50 ans l’émergence d’une génération totalement nouvelle recomposant dans le passé un imaginaire qui la fait se muer et aller de l’avant. Dans les années 1990, ce furent de mythiques années 60. Tout comme la Régence en France fut mue par une nostalgie pour les premières fêtes de Versailles dans les années 1660, sorte d’âge d’or mythologique. Les années 1950 furent de nouvelles années 1900, dessinées par Christian Dior, et les années 60 de nouvelles années 20 avec des garçonnes en cheveux courts, les années 70 de très risquées nouvelles années 40. Et les années 80 de nouvelles années 30 s’imaginant de nouvelles années 50… Les années 1830 virent elles réapparaître les amples robes de la seconde moitié du 18eme siècle, et quand en France la République se fut senti bien installée, vers 1900, la nouvelle génération commença à lorgner vers les origines et les femmes de 1910 s’habillèrent dans une interprétation orientaliste de la mode de la révolution française… En 1965, Courrège, lui, dessina le vêtement féminin destiné à l’époque telle qu’elle se voyait : spatiale…

    On le verra dans ces pages, mettre en parallèle culture et cycles économiques est passionnant, et stimulant.
    Je ne peux, bien sûr, pas m’empêcher de formuler quelques pistes pour le futur…

  • L’âge du pétrole, 1913/ 1940 ↘↘

    (page en cours de realisation. Pour patienter, quelques videos.)

    https://www.youtube.com/watch?v=j58lRYsiz-w
    L’Inhumaine, Marcel L’Herbier, 1923

    Realise en 1923 par Marcel L’Herbier, L’inhumaine est un des plus grands films de l’histoire du cinema. C’est un film testamentaire, de ceux qui resument leur epoque mieux que rien d’autre. Decors de Man Ray, architecture de Robert Mallet Stevens, costumes de Paul Poiret, scenario de Mac Orlan, decors de (entre autres) Pierre Chareau et Fernand Leger, musique (perdue) de Darius Millaud. Le film s’ouvre sur une viree en voiture sur les hauteurs de Suresnes.

    https://www.youtube.com/watch?v=zyMqLc3-vQ8
    L’argent, Marcel L’Herbier 1928

    Une conclusion s’impose alors : les annees 20 sont un ultime prolongement, sombre et fou a la fois, au dela de la plus grande boucherie guerriere de tous les temps, des annees 1900 et de leurs audaces, auquel le krach de 1929 mettra un terme, entrainant l’Europe dans la barbarie puis, dans une nouvelle boucherie depassant toutes les bornes de l’imagination. Les USA, eux, sortiront de la crise grandis, emancipes de leur modele europeen, auquel desormais ils s’appreteront a imposer le leur.

    Mais bien sur, cette periode, c’est un entre deux, entre deux guerres.

    https://www.youtube.com/watch?v=e_LFCAB2C0w

    Le tout entrecoupe d’une periode etrange, les annees folles,

    https://www.youtube.com/watch?v=684n8FO68LU

    qui conduit a une crise economique consecutive au krach de 1929 a Wall Street

    https://www.youtube.com/watch?v=0GGAD1OELnA

    La guerre passee, les memes problemes economiques de l’avant-guerre ressurgirent, mais apres une saignee qui avait ruine la France et la Grande-Bretagne, boulverse les regimes politiques en Europe, asservi l’ancienne Prusse. Des 1919/20, l’hyper-inflation puis la deflation consecutive a une surproduction firent leur apparition. Au USA, la FED decida de doper l’economie en ouvrant les vannes du credit. En Europe, aucune reelle politique ne fut decidee. La consommation resta donc principalement elitaire, quand aux USA le credit permit de reactiver la croissance a partir de 1923/1924, et de retrouver les hauts niveaux de production de la guerre, cette fois au service des industries naissantes de l’age du pertole, essentiellement la voiture, mais egalement l’electro-menager.
    Avec la crise, les USA s’orienterent vers la consommation de masse. L’Europe, elle, qui avait loupe le coche, sombrerait dans la guerre.

  • En septembre, c’est la rentrée.

    Impression de rentrée. Le climat s’y prête fort bien. Le typhon numéro 12, qui a progressivement détourné sa course initiale et se dirige désormais plus à l’ouest du pays, remonte désormais vers nous les vents chauds du Pacifique : la chaleur est étouffante, humide. Une alternance assez inhabituelle de grand soleil et d’averses brutales, un vent inexistant : on sent bien que l’été est terminé et que désormais le temps est au changement. Au Japon, cette période de l’année ressemble beaucoup au début du printemps en France, cette grande instabilité que nous appelons giboulées et qui au Japon constitue en soi une saison, la saison des typhons. Certaines années, plus d’une trentaine balaient la région, et une bonne dizaine traverse l’archipel. Un mauvais moment à passer, avec ses vents violent, une pluie diluvienne et puis, une fois passé, un soleil radieux, un air clair et lumineux. Ainsi rentre t-on dans l’automne par chez nous.
    Mais aujourd’hui, alors, quelle chaleur…

    La rentrée, c’est un moment propice aux changements, aux décisions, aux nouveautés. Cette saison est en effet un peu ma saison.
    Beaucoup de gens prennent des résolutions en janvier, avec la nouvelle année. Moi, c’est au coeur de l’été que mes désirs nouveaux et mes intuitions prennent corps. Je suis un enfant de septembre, et j’adorais l’école. Je garde la nostalgie des nouveaux cahiers et de la promesse de rencontrer de nouveaux copains, de retrouver les anciens, d’apprendre et de faire des choses nouvelles. Ces dernières années, ces sentiments s’étaient émoussés, trop de soucis. Mais incroyablement, cette année, j’ai dès le mois de juillet pensé à septembre, avec une sorte d’agenda dans la tête de toutes les choses à faire.

    Mon blog, vous l’avez certainement compris depuis un certain temps si vous me suivez, ne me donne pas satisfaction. La grammaire est ici importante, je n’ai pas écrit le « de ». J’éprouve un vrai plaisir à y écrire, c’est un rendez -vous intime et secret dont je décide de l’heure, des contours et des termes, un sacré privilège. Mais ce blog, je veux dire par là l’objet, ne me satisfait pas. Je n’ai pas une seule facette, je suis quelqu’un d’assez complexe, en fait, un peu touche à tout. Un blog est un espace trop petit, j’y étouffe.
    D’où ces deux autres blogs en lien, le Blog de garçon, projet d’avant le séisme et qui était sensé satisfaire mes passions de fille. Et ces mélanges, un regroupement d’écrits que j’aimerais isoler pour en faciliter l’accès, pour publier.
    D’où aussi les deux noms de domaine, l’un suppaiku, l’autre à mon vrai nom. Ces deux domaines marquent d’ailleurs ma propre évolution, ma mise en lumière. Suppaiku, quel nom étrange, quand on y pense, pourquoi donc continuer ce pseudo qui date d’il y a si longtemps, de l’époque d’« internet ». Je signe désormais de mon prénom, mon nom n’est plus un secret.

    J’ai commencé à tourner autours du pot il y a un an et demi, rappelez-vous le blog WordPress. Ce n’était pas une mauvaise idée. Ce qui ne l’était pas, c’était d’avoir hésiter à franchir le pas pour un vrai blog WordPress, c’est à dire, pour un vrai site qui me donne la place qui m’est nécessaire.
    De la place pour mettre en valeur mes photographies, par exemple. De la place qui me permette de passer du temps à en développer quelques unes avec soin, et écrire à leur sujet. Pour vous, une grande facilité d’accès, pour moi la promotion de mon travail photographique et la possibilité de le regarder, vraiment, comme une activité professionnelle. De la place pour publier mes nouvelles, aussi. De la place qui me permette de publier ici un texte politique destiné à rester « hors du temps », donc hors blog, et là une nouvelle destinée, elle aussi, à être accessible à tout moment donc, là encore, pour vous un accès aisé à une plus grande variété de textes pour vous, et pour moi la promotion de mon travail d’auteur, puisqu’il faut bien appeler les choses par leur nom.

    C’est que s’il est temps de dire au revoir (je n’ai pas écrit « adieu ») à Suppaiku, il est temps aussi d’essayer de vivre de mon travail, et au moins en tirer une certaine reconnaissance. Or, pour grandir, je me sens un peu comme mes plantes vertes : le pot est trop petit, mes racines ne peuvent plus me nourrir convenablement. J’ai besoin d’un pot à ma taille, et après avoir essayé, réessayé, réfléchi, repensé en long, en large, en travers bref, tourné autours du pot, j’ai compris qu’il me fallait le changer, et opter pour un pot beaucoup plus grand. Ce n’est pas d’un blog, dont j’ai besoin, c’est de mon propres site, avec mon blog dedans. Pour vous donner une simple idée, je possède 65.000 photographies du Japon, elles m’encombrent presque, sur leur disque dur, elles prennent la poussière. J’aimerais qu’elles aussi, ou pour le moins un certain nombre d’entre elles, paraissent en pleine lumière.

    Bien sûr, faire un site web n’est pas une chose facile, mais je suis bricoleur. Enfant, je lisais Pif Gadget. Quand autrefois modifier un templates sur Blogger était un vrai supplice, je réinstalle une lightbox, je supprime la barre Blogger ou je renvoie les liens vers une nouvelle fenêtre en moins de 5 minutes.
    La difficulté, quand on crée un site n’est pas son design, c’est son ergonomie. C’est le pot.
    Bien entendu, on peut faire à minima, mais présenter des photos est assez difficile. J’ai trouvé un très beau template, pas très cher, écrit en html5, c’est à dire consultable sur un iPhone ou un iPad. Très beau, complexe mais très simple. Je pense avoir trouvé l’hébergeur, une partie assez délicate dont justement Blogger nous épargne. Je pense avoir compris l’installation. Si vous avez quelque conseil, c’est le moment!
    Ce qui en fait retient maintenant mon attention, c’est l’ergonomie, comment, où je vais mettre tout ce que j’ai à y mettre, comment je vais l’y organiser. Sitôt cet aspect clarifié, il me faudra me reposer la pertinence de ce template et éventuellement en choisir un autre.

    De Tokyo,

    Madjid

  • Pot pourri pour la Saint Louis

    Pot pourri pour la Saint Louis

    Le 25 août est la Saint Louis. Je le sais, car le second prénom de ma mère est Louisette. Petite Louise.
    Louis était le prénom de mon grand-père, et ma mère aurait aimé que je me prénomme Louis, ce dont il fut hors de question pour mon père. Lui aurait aimé que je me prénomme Muhammed, mais la perspective d’avoir un fils prénommé Mohamed (c’est la transcription française de ce prénom, vous noterez la très sensible différence) avait véritablement effrayé ma mère. Ils se mirent donc d’accord sur Madjid (le magnanime, une des 99 qualités de Dieu), et ma mère demanda à mon père d’inscrire Louis en deuxième prénom. Mon père, évidemment, ne s’exécuta pas.
    Il suivit en cela la tradition familiale. Il se prénommait Mohand Ouidir (Mohand est Muhammed en Kabyle et signe ici l’origine religieuse et maraboutique de ma famille, et Ouidir est un prénom typiquement Kabyle, vous connaissez tous le chanteur Idir, il s’agit du même prénom, écrit en pur berbère et donc ne comportant pas la prononciation à la Kabyle que l’on retrouve, si savoureuse à mes oreilles, dans Ouidir). Mais ma grand-mère, elle, avait choisi un autre prénom. Akli. Et ainsi, toute sa vie, mon père fut ainsi appelé Akli, démonstration s’il en était besoin de la profonde survivance des structures matriarcales méditerranéennes dans les mentalités, en Kabylie, et cela bien que son prénom officiel fut Mohand Ouidir. Ma mère, française, n’eut pas cette chance car la France est depuis longtemps profondément imprégnée de valeurs patriarcales. Et donc jamais on ne m’appela pas Louis.
    J’aime mon prénom, et je remercie mon père d’en avoir choisi un si joli à la signification si forte, si exigeante.

    Premier billet donc pour un nouveau cycle. Je me revois, il y a 7 ans, devant mon eMac, écrivant mon premier billet. Hésitant.
    L’idée de départ était assez simple, en fait. Je préparais mon départ pour Kyôto, et j’avais entendu parler des blogs, j’en avais vu quelques uns, cela me semblait l’outil idéal pour raconter mon voyage. Et puis, je voulais aussi raconter un peu plus, il fallait que ça sorte, comme on dit. Non pas que je voulais me libérer de quoi que ce soit, mais plutôt parce qu’il me semblait évident que raconter le plus à mon sujet m’aiderait à mieux raconter ce qui m’entourait, et que mes lecteurs ne s’offusqueraient de rien. J’avais donc dés le départ défini un cadre, celui d’une subjectivité honnête, et je crois m’y être astreint avec succès. Je n’ai jamais menti, jamais dissimulé, juste parfois arrêté à une borne qui me semblait pertinente.
    Les journalistes devraient réfléchir à ce type de limite : raconter qu’il y a eu un accident de train ayant fait une centaine de victimes et qu’une autre centaine semble encore piégée dans les taules des wagons est amplement suffisant. À quoi servent les images ? Elles ont beau être « vraies », elles mentent, elles manipulent, elles effraient, elles produisent un mal supplémentaire, inutile. L’exemple est extrême, mais voilà pourquoi je pense que le vérité est avant tout une question d’honnêteté avant d’être une question d’objectivité, de « transparence ».

    Aujourd’hui, l’air est humide, moite, lourd. Jun, ce matin, s’est réveillé en sursaut à cause de la foudre. Le temps a été visiblement plus calme par chez moi, mais il n’est est pas moins orageux. L’été se termine de façon presque normale, quand il avait commencé de façon soudaine, écourtant la saison des pluies.
    Si l’automne, au Japon, commence bien fin septembre, il y a un avant-automne, fait de typhons, d’orages, de soudaines montées et descentes des températures, qui s’étale de la seconde moitié du mois d’août à la fin du mois de septembre. Ensuite, tout devient beaucoup plus stable et ne va pas sans évoquer le printemps ouest européen : les températures se font chaque soir un peu plus fraiches, mais douces, le ciel est presque invariablement bleu, même si sa couleur, insensiblement, se fait chaque jour un peu plus pâle.
    Et puis, on se surprend à guetter la couleur des feuilles.
    Quand les érables rougissent, nous sommes aux portes de l’hiver et la mélancolie qui sommeillait en nous depuis la fin du mois d’août redouble. On est un peu triste, car il va bientôt faire froid, et l’année va se terminer. Chaque année, j’éprouve un peu plus ces sentiments qui font le fond de l’âme japonaise et avec lesquels je communie.
    Cette année, on aura en plus, au fond du coeur, le désir secret de passer à l’année prochaine.

    Couleurs d’automne

    C’est étonnant, le Japon. Autrefois, je trouvais cela un peu étrange, cette précipitation à penser à la saison prochaine. Et me voilà qui, chaque année un peu plus, ressens la même émotion.
    Mon coeur est définitivement du côté de l’automne, et cette particularité japonaise satisfait ma nostalgie de l’enfance, quand la rentrée était au début du mois de septembre, annonçant l’automne, mon anniversaire et l’odeur des feuilles de platanes tombant dans la cours de récréation.
    Le Japon me ramène, souvent, du côté des sensations de mon enfance, et c’est une sensation agréable.

    J’ai donc, vous le découvrez maintenant si vous ne l’aviez pas vu un peu plus tôt hier en soirée, changé l’apparence de mon blog. Et je l’aime comme ça.
    C’est moi. C’est le niveau zéro, le départ, la base. Aucune fioritures.
    J’ai juste mis une petite horloge sur le côté, trouvée sur le site De tout pour faire un monde, un gadget du distributeur Uniqlo, pas parce que j’aime Uniqlo, mais parce que j’ai trouvé l’idée bien, simple elle aussi, et puis c’est filmé un peu partout dans le monde, et ça ressemble à mon voeux pour ce pays, s’ouvrir de nouveau au monde, partir à l’aventure. Et puis c’est aussi très simple, très « Muji », très scandinave. On en oublie que c’est Uniqlo pour ne voir que des danseurs dans une vidéo contemporaine, pas au sens « avant gardiste », concept totalement dépassé, mais juste « de notre temps ». Ma façon de dire, moi-aussi, 頑張れ日本!

    Le gouvernement, la semaine prochaine, devrait changer. Maehara Seiji devrait devenir le prochain premier ministre. Il est de droite, comme les autres, mais il a quelque chose que j’aime bien. Je ne sais pas trop quoi… Essayons de comprendre.
    Peut être, d’abord le fait que, malgré ses 49 ans, âge incroyablement jeune dans la politique japonaise, et française aussi, il n’est pas marié. Yoshinobu, qui vient d’Osaka, m’avait dit que « tout le monde », dans le Kansai, savait qu’il était homosexuel. Je ne sais pas si c’est vrai, mais il en a toutes les apparences : il est soigné, dégage une élégance sobre et puis, avouons-le, c’est le plus beau des hommes politiques japonais actuels, les autres sont tellement vilains.
    Ensuite, et cela est certainement la vraie source de ma sympathie pour lui, il est le député de la seconde circonscription de Kyôto. En se promenant dans la ville, partout, on voit son visage. En 2005, je l’ai même filmé, devant le temple Chion-in, vers Gion.
    Les élections arrivaient, ce fut un ras de marée pour le parti conservateur LDP, et le leader du Parti Démocrate DPJ, Okada, donna sa démission. Quand je quittai le Japon, alors que Hamasaki Ayumi dominait les charts, que son poster en kimono de 30 mètres de haut dominaient la grande artère centrale d’Osaka pour les appareils photo Lumix, effaçant sa longue traversée du désert entamée en 2002, alors que le premier ministre ultra-conservateur et ultra-nationaliste Jun’ichiro Koizumi semblait inamovible et renforcé par la victoire électorale de son parti, Maehara Seiji, élu de Kyôto, fut désigné nouveau président du Parti Démocrate DPJ.
    En France, les mois suivants, je pus suivre ses efforts pour déstabiliser Koizumi en tapant là où le bilan faisait mal. L’appauvrissement des classes moyennes, le socle électoral urbain du parti conservateur LDP. Son équipe, aussi, contrastait par sa très nette féminisation, assez inhabituelle, ainsi que par une moyenne d’âge nettement plus jeune. J’en garde comme une note d’espoir, et la façon dont il fut amené à démissionner à la suite d’une obscure machination me conforta dans ma sympathie. Je lui dédiais un billet, en avril 2006.
    L’histoire. En février 2006, un de ses proches révéla à la presse posséder un email prouvant l’implication du premier ministre dans une histoire de corruption. Il le tenait d’un informateur anonyme. Maehara soutint ce proche. Le mail, très rapidement, s’avéra être un faux, la presse se déchaina contre Maehara, il y eu une fronde dans le Parti Démocrate, menée par Naoto Kan, l’actuel premier ministre, et Ozawa Jun’ichiro, le politicien le plus véreux de toute l’histoire japonaise des 20 dernières années.
    Maehara démissionna, Ozawa lui succéda.
    Je reste persuadé que ce mail était une machination fomentée par Ozawa.
    Ozawa, lui, dut démissionner trois mois avant les élections de 2009 qui virent le Parti Démocrate gagner, accusé dans une histoire de faux en écritures et de dons d’argent, des montants astronomiques. Il fut remplacé par un de ses proches, Hatoyama Yukio, fils d’une riche ancien premier ministres, à la tête du parti. Les élections remportées, Hatoyama devint premier ministre, permettant à Ozawa de revenir à la tête du Parti Démocrate.
    Hatoyama se révéla un premier ministre faible, à la tête d’une coalition vaste aux ambitions réformatrices ambitieuses, mais aux orientations souvent contradictoires. Il ne sut pas s’imposer, et très rapidement, la presse souligna ses liens avec un Ozawa qui tirait les ficelles.
    Maehara Seiji figurait dans ce gouvernement et manifesta un réel courage en coupant des budgets clientélistes, principalement dans les travaux publics. L’idée était de couper dans le béton, pour distribuer dans l’humain (un des slogans du PDJ). Toutefois, le premier ministre s’enlisa dans l’histoire des bases américaines d’Okinawa, où son caractère indécis permit à l’administration américaine de gagner du temps sans bouger d’un pouce. Naoto Kan le remplaça, et l’un des alliés de la coalition, le petit parti social-démocrate, faisant du départ des troupes américaines un préalable à toute poursuite, se retira : Kan était décidé à s’aligner sur la position américaine. Maehara Seiji devint, lui, un assez pitoyable ministre des affaires étrangères.
    Un scandale le rattrapa. Pour sa campagne de 2009, il reçut 200.000 yens d’un commerçant Coréen chez qui il avait l’habitude d’aller. Pas que le don, en soit, fut illégal, puisqu’il était déclaré, mais les dons d’étrangers étant interdits, Maehara déclara qu’il ignorait la nationalité du commerçant, s’excusa, et démissionna, une semaine avant le séisme.
    Sa popularité n’a depuis cessé de monter.
    Lentement, mais progressivement. Il est modeste, sobre, parait honnête. Il plait aux femmes d’un certain âge: un samedi matin, aux informations, un panel de femmes âgées était invité à dire qui elles voudraient comme prochain premier ministres, Naoto Kan, en raison de sa gestion calamiteuse du tremblement de terre et de ses liens trop étroits avec le lobby du nucléaire étant descendu dans des abîmes sans fond d’impopularité. Le bof dominait pour tous les prétendants, mais quand vint le nom de Maehara, ce fut un très étonnant かっこいい, littéralement “qu’il est mignon” qui leur vint à la bouche! C’est à des petits détails comme cela qu’on nous reconnait. On plait aux femmes…
    Sa nomination comme premier ministre, pas encore acquise, serait pour moi synonyme de bonheur.
    Ce n’est pas que j’ai un quelconque espoir, mais vivre dans un pays avec un premier ministre qui n’a pas une tête de malfrat (Aso), de crétin (Kan), de vieille baderne (Ozawa), de chiasse (Abe), de vieillard marathonien (Fukuda), mais un profil plus classique, un peu comme Hatoyama qui, malgré son coté fifils à sa maman, avait une épouse présentable et non un cageot permanenté en kimono beige pastel, ou Koizumi qui, malgré le profond désaccord politique qui m’y oppose, reste à ce jour le seul premier ministre normal que j’ai pu voir dans ce pays.

    Seiji Maehara, que les forces de Fushimi soient avec toi! 🙂

    Parmi les petites histoires dont je voulais vous parler, il y en a une qui me permettra de faire la transition, et de conclure cette parenthèse sur la vie politique japonaise. Car je vous ai parlé d’une de ces histoires de corruption qui vont et viennent en permanence, sorties par les médias jusqu’à plus soif.
    Samedi dernier, j’étais au défilé bon odoori à Ootsuka, un 盆お通り. À côté de nous, en bordure de la grande avenue où devaient passer les groupes, de grandes bâches bleues étaient disposées pour permettre à leurs propriétaires de s’assoir. Rien de spécial, ici, c’est une pratique courante. Les Japonais ont un rapport très particulier avec le sol.
    Ils ne s’accroupissent pas comme on le fait en France, mais exactement comme je l’ai vu faire en Kabylie, où on vit également traditionnellement au niveau du sol : les Japonais s’accroupissent talon au sol. Ou bien, bien entendu, ils se mettent sur les genoux. Le tailleur est assez peu fréquent. Mais surtout, une fois au sol, sur une grande bâche, ils ont une incroyable facilité à « meubler », à occuper cet espace, et très souvent, j’ai vu ces femmes qui en deux temps trois mouvement transformaient une simple aire de picnic en une pièce habitable, en plein air certes, mais où chaque chose trouvait sa place, avec les chaussures ici (on est pieds nus sur la bâche, bien entendu), une table pliante, un coin pour les boissons, les vestes par là, bien rangées, etc…
    Nos voisins avaient donc bien agencé leur espace, ils y avaient disposé des coussins, ce qui est, en revanche, très inhabituel. En jetant un coup d’oeil aux dits voisins, beaucoup d’hommes, quelques femmes encore jeunes mais au visage un peu défraichi. Par l’alcool ou la fatigue. Et puis pas mal de place encore libre.
    Et soudain, un mouvement de foule, des types qui se mettent à genoux. Et trois autres, âgés, en pantalon et veste beiges, bagues aux doigts.
    Des yakuzas.
    Il y avait le chef, entouré de deux espèces de valets en uniformes kakis, à genoux la plupart du temps et faisant des « Hha’ » pour dire d’accord en se prosternant, passant leur temps à courir sur leurs genoux pour servir des glaçons, du thé, de la bière, donner des serviettes chaudes, ou froides, éponger le front du chef. Incroyable. Et le chef, lui, léger, dédaigneux, indifférent à tant de sollicitude. Un vieux, aussi, donnant des instructions. Je regardai sa main : le premier os du mineur était absent, preuve ultime de qui j’avais à faire.

    J’ai toujours entendu dire qu’une telle exhibition était interdite.
    Mes voisins debout regardaient, comme moi, de temps en temps, feignant de ne rien voir. Jun me dit que c’était la première fois. La police n’a demandé à personne de bouger, de se faire plus discret. Trop peur, les policiers, que ces braves types aux mines si joviales ici ne se présentent un soir, au détour d’un chemin, avec des têtes bien moins avenantes. Et puis l’un des comédiens de Gokusen, un type qui passe très souvent à la télévision, est arrivé, s’est prosterné, a été pris en photo ici, là, avec tout le monde, et a reçu du cash pour cela, aux sus de tout le monde. Il m’a vu le prendre en photo mais, privilège de l’étranger, il ne m’a rien dit.
    Je suis sûr que cela aurait été plus difficile si j’avais été Japonais.

    Ici, beaucoup de stars de la chanson, de la télévision ont des liens avec le milieu. Et quand ils n’en ont pas, c’est la même chose : l’image de Hamasaki Ayumi est utilisée depuis peu, sans son autorisation, par des salles de jeux d’argent. Elle a protesté, mais sa maison de disque, Avex, a négocié de l’argent. Impossible de refuser, si elle l’avait fait, elle aurait, comme d’autres avant elle, été virée de sa maison de disque, elle aurait été boycottée par la télévision, voire même lynchée pour une raison bidon comme cela arrive parfois. Qu’un feuilleton comme Gokusen, présentant les yakuza comme des gens très respectable soit un feuilleton phare de la télévision en dit très long…
    Je ne dis pas, Gokusen m’a fait rire, mais Jun, qui est Japonais, lui, ne trouve pas cela très drôle. Et c’est lui qui a raison. En comparaison, les syndicalistes, les communistes, les socialistes du Parti Social-Démocrate ne passent jamais à la télévision, et pas un seul feuilleton, pas un seul film ne présente d’étranger, de couple mixte. Ah, si, un, Mon chéri est un étranger, une tarte à la crème sur la problématiques des différences culturelles. Les homosexuels sont inexistants, ceux qui ont été outés ont été boycotté par le système médiatique. Hirai Ken, chanteur pourtant très célèbre, ne l’a jamais dit, alors que tout le monde sait. Les médias préfèrent les « okama », travestis, certains parmi eux étant de véritables transexuelles non opérées comme Miwa, ancien amant de Mishima Yukio. Mais d’hommes, à l’allure masculine, aucun, ce serait trop « indécent ».
    Pas d’étrangers (ou si, des étrangers cantonnés à un rôle d’étrangers, et jamais dans les feuilletons), pas de pédés, pas de contestataires, pas d’opposants au nucléaire ni de victimes d’irradiations élevés des départements d’Ibaraki, Miyagi ou Fukushima.
    Mais des yakuzas, oui.
    Des acteurs corrompus, se mariant en grande pompe, divorçant éventuellement un an après en faisant des excuses interminables, et dont on apprend par la suite les moeurs corrompues, comme ce fut le cas du comédien de kabuki Ebisô, courant les bordels, alcoolique, jouant, ayant des fréquentations dans le milieu, mais qui se maria devant tout le gratin, oui. Ebisô, ainsi, fit des excuses après une sordide histoire de bagarre. Et est depuis de retour. Les médias, en revanche, ne se privèrent pas d’accuser un de ceux avec qui il se battit, un métis japonais-brésilien, forcement mauvais. Mais Ebisô, rien.
    On pourrait continuer la liste, l’étendre jusqu’à ces animateurs télé ventant la totale sécurité des produits venant du département de Fukushima ou Ibaraki…

    Alors, les 200.000 yens, légaux, de Maehara, nous rappelant au passage l’importance en nombre de la communauté coréenne et son intégration, de fait a défaut d’être “légale”, dans la société japonaise…

    De Tôkyô,
    Madjid

  • Ce blog a 7 ans…déjà! Remettons à plat…

    Ce blog a 7 ans…déjà! Remettons à plat…

    Temps pourri, ce week end. Mais agreable matsuri a Ootsuka. Je vous ai épargné, ici, des personnages, euh, comment dire, euh, directement issus de l’univers de Kitano… Parmi eux, l’un des acteurs de Gokusen, Minoru! Il est finalement très a sa place dans cet environnement…

    Rien n’est plus difficile que revenir sur son blog après une longue absence. Ici et là, sur mon iPad, des morceaux de billets épars, sortes de cadavres gisant au milieu de nulle part, au fond de leur sanctuaire, Ô surtout ne pas les effacer. Alors, commençons par rapporter ce morceau de la semaine dernière, écrit juste après avoir retrouvé Irène, Martin et Yann, à Kagurazaka. Vous verrez que le blog n’est pas très loin…

    Début de citation : « Quel plaisir, de vous retrouver. Si si… Je m’en suis aperçu hier, alors qu’avec Irène, Martin et Yann, alors que nous étions en terrasse d’un café, après être allés dans un très bon petit restaurant français de Kagurazaka, nous bavardions du pourquoi du blog. Yann y voyant essentiellement une forme de narcissisme, Irène me confiant que la lecture du miens avait un peu changé son regard sur l’objet.
    J’adore écrire dans mon blog. En fait, je crois que j’entretiens avec moi-même ou avec les autres exactement la même relation. Je dis ce qui me passe par la tête, je ne calcule pas. Il y a peut être chez moi, dans l’exercice d’écriture du blog, une petite part de narcissisme, mais je crois plus profondément qu’il s’agit de l’inconséquence qui me caractérise depuis toujours. Je parle sans calculer, sans mesurer le poids de ce que je dis, ni à qui je le dis. Au travail, je n’ai jamais ressenti le besoin de me retenir pour parler à un supérieur. Je ne reconnais pas la menace dans l’autorité, je ne reconnais que l’évidence de son autorité. On m’a ainsi souvent suspecté d’être prétentieux, arrogant, suffisant. Il ne s’agit en fait que d’un fond profondément libre, indépendant, anarchiste. Je ne me moque pas de l’autorité, je la regarde pour ce qu’elle est. Sans plus. Que je dise à un chef qu’il se trompe ne change rien à son pouvoir. Et c’est ainsi, sur ce seul critère que je décerne mon respect, parfois mon admiration. (…). Je ne respecte, au travail comme ailleurs, que les gens qui m’écoutent quand j’émets une opinion, fut elle au premier abord farfelue. Parce que j’ai beau beaucoup causer, je pense aussi beaucoup. Et je n’ai jamais jugé une personne sur telle ou telle opinion m’ayant surpris au premier abord. Discrètement, sans rien en dire, je la mets dans un coin de ma tête, et elle viendra nourrir ma propre réflexion, jusqu’à y faire mourir, parfois, mes propres certitudes.
    » Fin de citation.

    Je crois que c’est pour cela que j’écris ce blog. Pour apprendre à aller jusqu’au bout de la liberté. J’ai, en ce sens, une définition toute différente des personnes à la mode, quand il s’agit de liberté. Je suis avec Beauvoir, pas Lady Gaga. Cette dernière exhibe une liberté de pacotille, celle du Saltimbanque de l’âge médiatique, quand on a désappris à reconnaitre les vrais Saltimbanques, les vrais aventuriers, pour leur préférer leur copie médiatique, formatée, «easy».
    C’est Lady Gaga avec les fesses à l’air comme il faut, c’est Yann Arthus Bertrand, avec son contrat d’assurance en poche et deux ou trois sponsors pour nous montrer le monde sauvage. Comme il est difficile d’être libre de nos jours.
    La liberté, c’est Nina Hagen sur un plateau de télévision, pantalon en cuir, à peine revenue de son Allemagne de l’Est natale, expliquant avec sérieux sur un plateau de la télévision autrichienne comment les petites filles se masturbent, en y joignant les gestes. Ce n’est pas calculé, ce n’est pas pour vendre des disques, les mots et les gestes lui viennent comme «ça», au pays de la libido encorsetée. Elle est libre.
    La liberté, c’est Simone de Beauvoir, seule, un soir, à sa fenêtre, après le suicide de son amie Zaza, qu’elle admirait tant, on sent poindre le sentiment amoureux, un suicide mystique, un drame intime dans une de ces familles vieille France où domine la religion et la morale, entremêlés du souci des apparences et des convenances, l’antisémitisme et l’anticommunisme bon teint, presque raffiné, c’est Simone, seule, contemplant la nuit noire comme le chagrin et qui, pour la première fois de sa vie, n’implore aucun Dieu, aucune miséricorde, mais se jure au contraire que jamais personne, ni un homme, ni un Dieu, ni aucune morale ne décidera pour elle en quoi que ce soit. C’est Beauvoir, peu de temps après, fréquentant les bars de la rive gauche. C’est le Castor, admirative devant l’intelligence de Sartre, qui décide que ce sera celui avec qui elle passera sa vie. Et c’est Simone, encore, amoureuse d’Algren, prête à tout abandonner, et qui se ressaisit, non, jamais rien, ni personne, ni son instinct ne viendront ruiner ce qu’elle a construit. C’est Madame de Beauvoir qui, enfin, seule devant son miroir, un jour, 53 ans, son amant Lanzmann n’en ayant pas 30, constate les ravages de l’âge, du temps qui est passé et décide de rompre, décrétant d’autorité contre sa propre volonté que le temps de sa vieillesse est venue, et qui écrit le seul essai sur le sujet à cette époque découvrant la jeunesse et le Baby Boom. La vieillesse. Un essai dont elle disait qu’il serait à la vieillesse ce que Le Deuxième sexe avait été à la cause des femmes et qui reste, à ce jour, l’ouvrage le moins lu, le plus dédaigné. Mais qu’importe. Simone, qui a vécu dans un hôtel jusqu’à l’âge de 47 ans, nous lègue un héritage exemplaire. La liberté faite femme. Une liberté qu’elle a écrit, raconté dans son journal, un journal qui reste, à mes yeux, l’une des plus importante oeuvre littéraire du 20e siècle. Lui aussi dédaigné de nos jours, pas assez intello.
    La liberté, ce sont les crises d’asthme interminables de Vivaldi, devenu prêtre contre ses voeux. Et son incroyable énergie pour écrire et diriger de la musique pendant des heures.
    La liberté, c’est Nicolas Bouvier, aventurier de l’orient après la seconde guerre, et qui échoua un jour dans le port de Yokohama comme d’autres se suicident, sans un sous, sans projet, à bout de chemin, avec pour seul bagage ses yeux et son appareil-photo. Et qui nous a légué un incroyable testament; ses journaux, ses notes, ses photos, ses croquis. Et son regard sur les hommes et les choses.
    Alors Lady Gaga ou Yann Arthus Bertrand…
    J’écris sans calculer. Et je le publie sans m’en soucier. Je ne suis pas une star du net. Je suis juste lucide sur ma situation. En fait, raconter tout ce qui me passe par la tête, même si c’est intime est une fantastique leçon d’humilité. Quand on lit Proust, on ne lit rien d’autre, en fait, que les pensées qui nous passent par la tête, sans pudeur aucune. C’est incroyable comment je me suis senti bien quand je l’ai (enfin) découvert. J’ai pensé que je n’étais pas le seul à avoir des idées tordues qui s’entortillaient, je me suis senti incroyablement optimiste, libéré. Certains textes de Léo Ferré sont de cette nature, les mots fusent et explosent, les limites que l’on se forgent perdent toute justification. Alors, pourquoi devrais-je m’empêcher de dire que je souffre, que je rêve, que j’ai les secrets du monde, que j’ai envie de baiser, ou pas, que je doute. C’est quoi, ces limites, après tout? Je réussis tout quand je suis moi-même, et cela depuis l’enfance, être celui que l’on attend de moi ne m’a jamais rien apporté de bon. Un nom arabe, un parcours professionnel inhabituel, des origines plus que modestes m’ont appris à ne compter que sur moi, et à savoir que les bâtons qui me viendraient dans les pattes seraient plus nombreux que les fleurs qu’on me tisserait. Je n’ai pas, je n’ai jamais eu ces relations qui vous donnent un travail, vous ouvrent les portes de l’édition, et quand à tout hasard éventuellement j’avais une de ces ouvertures, alors, je n’avais pas cette confiance en soi qui fait fleurir les enfants de la bourgeoisie intellectuelle. J’ai appris à faire sans, à mon rythme, à ma façon.
    Pour la première fois depuis des années, depuis toujours peut être, j’ai une idée de la direction dans laquelle je suis engagé. Venir au Japon revêt finalement un sens bien plus profond qu’un simple déplacement géographique.
    Écrire ce blog est, pour moi, et même s’il y rentre une petite pointe de narcissisme, d’abord et avant tout un exercice de dépassement de mes propres limites, la création d’une tribune par laquelle je parviens à m’exprimer, le tissage d’un lien avec des lecteurs qui ont appris à m’apprécier et dont j’apprécie en retour la curiosité, l’indulgence et l’incroyable modestie de se tenir tapis dans l’ombre ainsi que la générosité qu’ils manifestent parfois en m’envoyant un message. Ce blog a maintenant 7 ans. Jour pour jour. Avec ses 757 messages. 7 ans, c’est le temps nécessaire pour s’estimer parfaitement rôdé, au point. Et c’est exactement le point où je me sens depuis quelques mois.
    Je n’ai pas beaucoup posté, j’ai en revanche beaucoup photographié, beaucoup écrit. Et cette année, j’ai finalement publié des textes, très modestement, dans minorités. Pour certains, cela sera vraiment du rien du tout. Pour moi, qui n’ai jamais osé montrer ce que j’écrivais (et le blog a bel et bien servi à lever cette pudeur), cette opportunité a été extrêmement importante. J’ai également senti monter quelque chose de nouveau, que j’appellerai un “désir de suite”, totalement nouveau en matière d’écriture. Enfin, pas tout à fait, mais disons que pour la première fois, ce sentiment se poursuit et travaille en fond, comme on dit en informatique. Et cela pendant des mois. La nouvelle publiée cet été en fait parti. Je suis étonné par l’extreme simplicité avec laquelle elle m’est venue. De même pour la suite qui sera publiée prochainement. Par l’extreme facilité de correction, de retouche. Et aussi par mon humour, car en fait, j’ai ri plusieurs fois en l’écrivant. Et cela, c’est nouveau. Quand la suite sera publiée, je créerai un ebook que j’appellerai Mes mélanges. Un assemblage de plusieurs textes publiés ici ou là, ma pièce de theatre, quelques nouvelles. Un ebook gratuit bien entendu. Une page tournée.
    Bon, puisqu’il est question de tourner la page, et que je m’en sens d’humeur, je vais écrire un billet, tout nouveau tout beau.
    A demain pour 7 nouvelles années.
    De Tokyo,
    Madjid

  • Putain, c’est dur, d’être un homme ! Shibamata lundi 8 aout 2011

    Putain, c’est dur, d’être un homme ! Shibamata lundi 8 aout 2011

    寅さん, Tora san (monsieur Tora) est LE personnage des quartiers populaires d’apres guerre, qui immortalisa au cinema dans la longue saga du meme nom, Tora san, et dont le premier épisode s’appelait 男は辛いよ, Otoko wa tsurai yo (je traduis par “putain, c’est dur d’être un homme”, en général, on n’inclus pas le “putain”, mais je ne vois pas comment, en français, on pourrait traduire le “yo” final qui, dans ce contexte, veut bien dire “la vache”, “déconne-pas”, arrête”, “fais-pas chier”, etc… 

    Quand le temps est incertain, il est assez difficile de prévoir quoi faire. Jun et moi étions ensembles ce mardi, alors après avoir hésité, nous sommes allés à Shibamata, la ville de Tora san, dans Tokyo, au nord est. Ce n’est pas très loin de chez moi en ligne droite, mais le réseau de transport ainsi que les noeuds fluviaux rendent le trajet finalement assez long. 4e fois dans ce quartier, et une première pour la voir en été. Le Jardin derrière le grand temple de Shibamata, le Taishakuten, est magnifique en été et contraste avec la tristesse en hiver. Je vous recommande cette promenade. Ca prend 2 a trois heures, et c’est profondément dépaysant. Par ailleurs, vous gouterez une de ces destination secrètes réservées à ceux qui savent, Japonais principalement, et ignorées des autres, même Japonais!
    Au retour, nous sommes descendus à Nippori et avons terminé notre promenade dans un autre quartier lui-aussi superbement ignoré, Yanaka. Je ne veux pas jouer au snob, mais vraiment, les lieux que les gens fréquentent en générale et ceux où Jun et moi nous promenons ne se comparent même pas. Alors, qu’attendez vous pour venir nous rejoindre dans l’est ?
    Bonne promenade.
    De Tokyo,
    Madjid

    [AFG_gallery id=’164′]

     

  • La fête de Tanabata a Asagaya, dimanche 7 aout 2011

    J’ai toujours eu un faible pour ces grandes rues commerçantes couvertes au Japon, les 商店街, shotengai. Je ne connaissais pas celle d’Asagaya, incroyablement longue et étroite, tortueuse et populeuse, décorée, ici, généreusement pour le Tanabata matsuri,
    cette fête venue de Chine il y a très longtemps, et qui célèbre les retrouvailles dans le ciel, une fois par an, de deux amants séparés par un mauvais sort… C’est devenu une fête des amoureux, qui accrochent des voeux sur de grandes tiges de bambou, mais également une fête estivale. Ce jour là , il faisait très chaud, très lourd. Nous avons abrégé notre promenade car un orage arrivait. De retour a Kasai, le calme régnait dans le ciel, mais dans l’ouest de Tokyo, l’orage a été en revanche très violent. Une ligne de train, ainsi, a du être interrompue. Beaucoup de couleurs… Pour Jun, ce week end ouvrait ses vacances. Dans beaucoup d’entreprises, la semaine de Obon épouse un étrange calendrier. Impossible pour nous, ainsi, de partir en vacances. Je ne m’en plains pas : je n’ai pas un sous, et ce serait même plutôt le contraire…
    De Tokyo,
    Madjid
  • Tokyo Nostalgy

    Cet immeuble ou resida l’ecrivain Hayashi Fumiko (3 romans adaptes par le realisateur Naruse a la fin des annees 40/ debut des années 50), sera dedruit sous peu. Une foule silencieuse vient rendre témoignage a l’auteur et a cet immeuble, ultime vestige de la vie simple dans le Tokyo de l’époque Taisho/Showa…
    Pour voir le diaporama Flikr, cliquez sur cette image