Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

  • Mais pourquoi faut il donner un titre ?

    Je suis dans le train. Aujourd’hui, c’est une des rares journées de beau temps. Je viens de quitter mon travail. Je suis fatigué. Hier soir, je me suis endormi vers deux heures, ce matin, je me suis réveillé à six heures.
    Je suis moins fatigué que je l’ai été le mois dernier, et je parviens de nouveau à me consacrer sur ce que je fais. L’affaire DSK ayant débouché sur un déballage de la fosse septique de la cinquième république, j’ai décidé de ne plus lire les informations, ou en tout cas celles-là. Si vraiment on veut faire le ménage, il n’y a qu’à donner son indépendance à la justice. On pourrait par exemple soumettre l’élection d’un haut conseil de la magistrature au suffrage universel proportionnel, vingt et un juges, par exemple. Ceux-ci garantiraient l’indépendance des tribunaux, l’impartialité des enquêtes. Ceux qui pensent que la France n’est pas l’Amérique n’ont qu’à étudier l’histoire : Voltaire a signé la Déclaration d’Indépendance. Pour le reste, participer au grand déballage n’est que bavardage. Ce qui compte n’est pas soulever la question, c’est y apporter une solution. Un conseil identique, un haut conseil aux médias, élus lui aussi au suffrage universel proportionnel, pourrait d’ailleurs garantir l’indépendance des médias, la liberté des journalistes. Je crois, comme Montesquieu, que la modération de chaque pouvoir vient de leur indépendance. Je suis convaincu qu’ils peuvent s’équilibrer. Tout le reste est bavardage.
    Il y a dix jours, mon disque dur de 2 tétras s’est mis à faire un bruit étrange, et puis il s’est déconnecté. Depuis, il est inaccessible, bref, il est en panne. J’ai perdu environ deux mois d’originaux de photos, ma sauvegarde sur un autre disque étant complète jusque mi mars… J’ai récupéré des trucs ici et là, mais assez peu. En films, c’est environ 400 Go qui ont disparu. Je vais l’envoyer à réparer, en espérant pouvoir récupérer des données après, mais je doute…
    Je continue d’aller à la gymnastique, mais cette semaine, je n’y suis allé qu’une fois. Mercredi. J’ai hélas trop travaillé, un peu forcé, et j’ai donc eu le corps très fatigué le jeudi. Hier, je voulais y aller, mais…
    Après ma leçon avec Hiroko, j’ai pris le train pour aller au travail. Dans Setagaya, le train s’est arrêté. Un type venait de se jeter sous un train. Sous mon train. Ça devait m’arriver un jour, les suicides sont récemment devenus si fréquents, si banals… J’ai donc marché pendant une heure et demie, jusqu’à une gare d’où les trains circulaient. Coïncidence, j’ai refait une partie du chemin du 11 mars, à l’envers…
    Je suis presque arrivé…
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Dénouement et renouement

    Dénouement et renouement

    Je retourne au sport depuis quinze jours. C’est peu, mais pour moi, c’est beaucoup… Quand j’écris que j’y retourne, je devrais en fait écrire que j’y vais. Car j’y vais 4 fois par semaine. Le lundi, le mercredi et le vendredi, je fais 45 minutes de cardio, puis un peu de machines et le jeudi, je nage. Pour le moment, bien entendu, cela est très modeste. Hier soir ainsi, j’ai nagé environ 1500 mètres. C’est très en deçà de ce que je faisais à Paris, où il m’arrivait de nager plus de 2000 mètres deux fois par semaine, d’aller travailler et de tout faire à vélo. Depuis mon installation au Japon, je me suis installé dans une vie sédentaire, peu de déplacement, et dans le quotidien du salarié japonais aux horaires absurdes qui achète des Bentô. J’ai pris 12 kilos. Comme je l’ai déjà écrit, je n’en fais pas une fixation, il y a juste que je dépasse mon poids de forme de 15 kilos, et à mon âge, et dans ma condition, ce n’est pas une bonne chose. Je suis en bonne santé et comme je tiens à le rester, il est urgent pour moi de me réveiller. Le sport est un incroyable stimulant.
    Et puis c’est un moyen de rencontrer des gens. Le simple fait de voir d’autres gens le soir, de ne pas avoir à leur parler, de les voir vivre, est extrêmement sain. Certains mecs ont des corps magnifiques mais ils sont parfaitement normaux avec ceux qui, comme moi, ont décidé de s’y mettre. Il faudrait le dire aux jeunes qui, comme moi autrefois, font plein de complexes avec leur corps. Arrêtez les régimes, arrêtez les piercing, arrêtez les tatouages, arrêtez ces coupes de cheveux à la manque, arrêtez de fumer des joints. Et sortez de chez vous, et voyez des gens. Vivez. Soignez votre corps, aimez-le, c’est en lui que vous vivez. Protégez-le, et n’hésitez pas à le remuer, à le bouger, à le valoriser. Forcez-vous s’il le faut, mais n’attendez pas, comme moi, d’avoir dépassé la quarantaine pour vous apercevoir que, tout compte fait, vous vous faisiez des idées. Le bonheur est dehors, le bonheur est au soleil, et le bonheur est dans les autres.
    Quand j’ai commencé mon analyse, un des premiers résultat fut que je me remis à sortir de chez moi. Et je me souviens, ce devait être la troisième ou la quatrième séance, j’étais à Nation, et l’air m’a semblé plus net, plus lumineux, les formes des objets autours de moi étaient plus précises, plus présentes. L’espace d’une seconde, je ne pensais pas, j’avais le monde autours de moi. Dans les jours, dans les semaines qui suivirent, je me remis à me promener, à regarder, mes sens étaient de nouveau mes alliés. Je courais les musées, je dévorais des livres. Je m’enfermais parfois, mais c’était pour regarder de films que j’empruntais aux bibliothèques de la ville de Paris, des films japonais, des vieux films, des choses plus modernes, des courts métrages. Je n’avais pas un centime mais J’utilisais tous les trucs pour me cultiver, pour absorber le monde. Les invitations Paris Boom Boom, les invitations de Radio Classique, tout était bon. Je m’incrustais dans des premières. Je revivais. Et c’est comme ça qu’en septembre 1993 je retournais à l’université, imprégné du rythme nécessaire, prêt à rencontrer le monde et à y trouver une place. Entre temps, j’avais trouvé ce travail pour un theatre, enfin, un cirque “moderne”, la patronne me stimulait. Je gérais un fichier d’artistes de cirques d’Europe entière. Je me souviens, un clown italien, une sorte de Harold Lloyd triste qui parvenait, sur scène, à créer une vraie atmosphère noire et blanc, d’où jaillissaient des touches de couleur, le tout baignant dans du tango argentin. Ah, et puis la premiere du film El Sur, tient, justement, sur une musique de piazzola, avec Marie Laforest et Philippe Léotard qui, juste après la projection, à la Cigale, vint en compagnie de Roberto Goyeneche, chanter des chansons magnifiques et tristes. Il était bouffé par l’alcool, mais aussi terriblement séduisant.
    En 1997, j’étais déjà bien remis, comparé à la période qui avait précédé mon analyse. J’étais un trentenaire atypique, allant à l’université, en collocation dans le 20e arrondissement. J’étais fauché, mais j’achetais des bouquins à un franc chez Joseph Gibert, ces espèces de grandes caisses où on trouvait les invendus. J’avais les Camus ou les Sartre avec les vieilles couvertures, des livres de poésie. Il m’arrivait aussi d’acheter des trucs plus chers. Je travaillais dans un lycée, en CES, j’étais baby-sitter. J’empruntais pas mal en bibliothèque, mais c’est l’époque où je me mis à acheter beaucoup de livres, occasions essentiellement, car j’adorais les annoter. J’écrivais mon journal généralement le matin, vers 8 heures, en même temps que je prenais mon café. Avec mon colocataire, Julien, on faisait des fêtes.
    C’est alors que mon ami Stéphane, qui avait des poids mais ne s’en servait pas, me proposa de les prendre, puisque je lui disais que je les utiliserais bien. Pour voir. Et ainsi, je me mis à faire des poids, chez moi. De janvier à début avril. Je faisais très attention, veillais à soigner les échauffements. Je ne faisais pas de régime, je me contentais de manger bien. Boulghour, avocat, salade, fromages… Un jour, je rendais visite chez mon amie Maria qui venait de retourner vivre chez ses parents, je vis dans les yeux de sa mère une lueur, et elle me dit “qu’est-ce que tu as fais, tu es tout beau”, et Maria que dit que mon torse était ouvert, que je me tenais plus droit. J’avais longtemps résumé un beau physique à une question de poids, Maria m’expliquait que la forme est plus importante. Elle est danseuse.
    À cette époque, il m’arrivait de faire des rencontres enchantées, les rencontres du pédé de plein air que j’étais. J’habitais à Télégraphe, et le parc des Buttes Chaumont était un havre délicieux en cela qu’une drague infructueuse pouvait toujours être une promenade agréable. Il y avait ceux chez qui j’allais, ceux que je ramenais chez moi. Et ceux que je consommais sur place, avec qui je bavardais ensuite. Et qu’il m’arrivait de reconsommer une autre fois. Je me souviendrai toujours de l’un d’eux, vers 1995, le téton droit piercé, que je recroisai un an plus tard après être allé au bal des Tournelles. Les canards.
    C’est incroyable quand j’y pense, à cette époque, il me semblait n’avoir le temps de rien, et pourtant je lisais deux à trois livres par semaine, j’écrivais mon journal pendant une heure par jour, je voyais mes amis, j’allais à la Sorbonne, j’animais la section socialiste de la Sorbonne dont j’étais premier secrétaire, j’allais aux réunions fédérales. Et j’étais en analyse… Et je draguais pas mal. Et donc je m’étais mis au sport.
    Le point le plus haut de cette époque, ce fut un bel allemand que je rencontrai aux Buttes Chaumont. On était début avril, il faisait bon. On se croisa et ce fut très rapide, on s’accosta immédiatement. Il était vraiment très beau. On alla chez lui. Ça alla très vite, on ne bavarda pas très longtemps. Puis on se mît à bavarder. Il mît un disque, c’était le nouveau Madonna. C’était Ray of Light. Ceux avec qui j’ai longtemps argumenté sur ce disque connaissent l’origine de mon intérêt pour lui. Il est éternellement lié à cet Allemand qui vivait vers Laumière. On parla de Jospin, de Schröder qui venait d’être élu. Son frère était social-démocrate. Il venait de Cologne, enfin, de Köln. Et puis on retomba dans les bras l’un de l’autre et on remit ça. Il était incroyablement doux, gentil. Il parlait très bien Français. On se quitta. Il m’avait dit qu’il allait bientôt quitter la France. Alors, je n’osai pas lui demander son téléphone. La porte se referma. Je descendit l’escalier. Et dans la rue, je me dis que j’étais nul, que j’aurais du lui demander son numéro.
    C’est quelques jours plus tard qu’alors que je m’échauffais, pris d’une sorte d’euphorie qui vous saisi quand vous faites du sport, je me mis à mêler des mouvements de genoux plié à mon échauffement. Je fis une réception sur le talon gauche, bien à plat. J’entendis un claquement sec très net, très précis. Et je tombais, je n’avais plus d’énergie dans la jambe gauche. Je me relevais, la jambe était faible mais je n’avais aucune douleur. Je sentais bien que quelque chose était bizarre. Et puis le genoux commença à enfler.
    Trente minutes plus tard, je me décidai à aller à l’hôpital. Ce n’était pas loin, et le bus en bas de chez moi pouvait m’accompagner jusqu’à Thonon en cinq minutes. Cela me parut une éternité. La douleur était intense, elle prenait toute la jambe au moindre mouvement et mon genoux était maintenant vraiment enflé.
    Le ménisque.
    Je fus extrêmement mal pris en charge. On me donna rendez vous pour une radio une semaine plus tard, des calmants, des béquilles, “ce n’est peut être pas le ménisque”, me dit le médecin, un Algérien à l’accent algérois en qui je n’eu qu’une très relative confiance, ayant déjà eu à faire à ses confrères en Algérie. La semaine suivante, je passai la radio, il confirma que rien n’était cassé, et me fit prendre rendez vous pour une jenesaisplusquoiscopie. On fait deux trous, on insère une caméra, on regarde, on referme, et on décide si on opère, me dit il. Je pris rendez-vous. Pas de place avant un mois et demi.
    Je m’installai dans une sorte de dépression nerveuse latente. En analyse, je ne parlais que de ce genou, je n’avançais plus. Ma vie sociale se réduisit au néant. J’avais mes amis au téléphone, on me disait de faire un effort et de “passer”, alors que le Di-Antalvic m’assommait. Ou bien on me parlait de soirées, de diners où je pouvais passer si je voulais. La vie chez les autres continuais, moi, elle avait été stoppée nette. Dehors, je me trainais. Quand on se casse le ménisque, ce n’est pas que la douleur. C’est l’incapacité totale de plier la jambe. On est bancal. Je finis par avoir des douleurs de dos, je voyais ma jambe se démuscler. Et puis un jour, mon voisin Guillaume me dit qu’il m’avait vu le matin, je lui avais fait penser à un petit vieux. Je ne dis rien, mais je soir je me mis à pleurer. Chez ma psy, je rapportai le propos. C’est alors que je compris que le handicap, la maladie, c’est quelque chose que l’on intériorise. Je m’étais installé moi-même dans cette position de victime coupée du monde, des autres. En faisant la part des choses, bien entendu, il y a une responsabilité réelle de l’hôpital Thonon, d’un médecin incompétent, d’investissements à la traine, d’une gestion hospitalière idiote qui décrète des horaires stupides, de procédures couteuses (ouvrir et refermer un genoux pour regarder, hein, c’est pas de l’argent mis en l’air?). Et par dessus donc, le sentiment que ça ne se terminerait jamais. On finit par accepter, se résigner, et l’on devient une victime, ce rôle nous va si bien… Entre quatre murs, je me faisais le sentiment d’être dans une prison.
    Le lendemain de ma séance chez ma psy, je fonçai (enfin, façon de parler) chez mon médecin, à Belleville, je lui demandai de regarder car attendre encore un mois, je ne pouvais plus. Il me fit m’allonger, tenta de plier la jambe, je hurlai. “C’est le ménisque!”. Il m’envoya chez un ami à lui, dans une clinique. Je fus opéré deux jours plus tard. Dans cette clinique, ils ouvraient, ils regardaient et ils opéraient en même temps si c’était nécessaire. Moi, je trouvai ça très raisonnable…
    Je me revois, en béquilles, au Tea Dance Amal, une association de Maghrébins homosexuels dont je m’étais retrouvé secrétaire sans avoir rien demandé. Le président, Badreddine deviendrait plus tard mon médecin. Un garçon très bien. Il ne comprenait pas très bien mon histoire de ménisque : lui aussi devait penser que quand un ménisque est cassé, on opère…
    Il me fallut par la suite trouver un bon kinésithérapeute. La première que je trouvai m’engueula presque parce que je ne faisais pas de progrès car normalement, après l’opération, je devais remarcher tout de suite, ce dont je fus incapable. J’en trouvai une seconde qui décela tout de suite un problème que la première n’avait pas été fichu de repérer. Je ne bloquais plus ma rotule. Un mois s’était écoulé entre mon accident et l’opération, j’avais démusclé certes, mais j’avais aussi oublier le réflexe de la marche. Elle fit un très bon travail et je pu en trois jours laisser enfin la béquille.
    J’ai gardé une étrange sensation du genoux qui va se briser pendant au moins six mois. À cette époque, je m’occupais de solidarité avec les algériens, je me suis retrouvé avec mes amis de la section Montesquieu, à Canal Plus, en béquille. Et Gildas qui n’arrêtait pas de me dire “vous vous tenez tranquille, monsieur Madjid, hein”. Il avait qu’à me le dire franchement, s’il voulait que je fasse un souk dans son émission. C’était la deuxième fois qu’il me faisait le coup. Monsieur Madjid…
    Chez ma psy, c’était amusant, parler d’isolement, de mon incapacité à exprimer ce que j’avais sur le coeur, en parlant de mon genoux. Le jour où je lui rapportai la réflexion de mon voisin, elle répéta treeeeeeeeees lentement. Ge nou. Moi, j’entendis Je noue. Je nous. Comprenez ce qui vous chante, amis lecteurs…
    Moi, c’est là dessus que je repris ce travail, et que je pu faire de très nets progrès, me comprendre un peu plus, et peut être aussi un peu mieux comprendre les autres, ma relation à eux, leur relation à moi. Mon ami Maria me proposa en Juillet de quitter Pelleport et d’aller vivre dans son appartement à Asnières, un appartement qu’elle ne parvenait pas à vendre, qu’elle ne se résolvait pas à vendre. Philippe… Ce déménagement fut salutaire, il me permit de passer à autre chose. Je m’aperçu que j’avais désormais des tonnes de livres : le déménagement fut interminable. Mais je trouvai là l’espace dans lequel j’allais préparer mon départ pour Londres un an plus tard, un an pendant lequel j’allais travailler pour Paribas, et m’acheter encore plus de livres, et apprendre que ma pièce de théâtre allait être publiée… Mais c’est une autre histoire.
    Genou. Je nous. Je noue.
    Comme je l’ai raconté, quand j’ai appris par la suite que j’étais séropositif, ça s’est très mal passé. La docteur à qui j’avais demandé de me prescrire un test avec la batterie d’examens qu’elle me demanda de faire suite à une série d’angines à répétitions, me laissa en plan sans me donner de réponse à mes questions. Elle m’assomma d’un bavardage interminable, qu’il fallait que je digère la nouvelle, qu’elle avait des patients qui étaient parvenus à avoir des enfants. Je lui avais pourtant dit que j’étais homosexuel. Mais non… C’est pour cela que plus tard, je suis allé voir Badreddine. Mais cette fois, donc, après un moment de révolte face à cette idiote qui me lisait le script de sa formation “annoncer une mauvaise nouvelle à un patient, quand je lui demandai, en insistant, “et maintenant, qu’est ce que je dois faire, je vais où”, etc, plutôt que suivre son conseil, attendre, et finalement me morfondre, comme elle ne m’avait même pas donné la feuille de résultats des examens sanguins, je suis allé me faire retester immédiatement trois jours après. Et j’ai téléphoné à tout le monde pour annoncer la “bonne nouvelle”. Sauf un ami qui, justement, quand quelques mois plus tard il m’a engueulé pour pas lui avoir dit, j’étais à l’aéroport, je partais pour le Japon en vacances, a définitivement pris son statut d’ami. Peut être étais-ce même l’ami qui me manquait, celui qui engueule un peu, juste ce qu’il faut. Stéphane. Tiens, oui, Stéphane, les poids…
    C’est à lui que j’ai téléphoné en premier quand la terre a tremblé.
    Je vais donc à la gym. Même si je ne veux pas y aller, comme c’était le cas jeudi soir où je me suis contenté de ne nager que 1500 mètres. Madonna, Ray of Light et le beau Gregor sont loin maintenant, mes escapades aux Buttes-Chaumont un lointain souvenir, et les canards n’en parlons pas… Il y a eu Londres, et puis le Japon.
    Avec le sport, j’ai longtemps cherché depuis à “retrouver” l’époque perdue qui a précédé l’accident. Je me suis inscrit trois fois au Konami vers chez moi, chaque fois je n’y allais pas. Quand je m’y suis réinscrit il y a 6 mois, j’étais bien décidé à y aller, mu par une envie de me sentir mieux, assez difficilement explicable. Et puis il y a eu mon infection, cette interminable sinusite. Puis le séisme.
    Et voilà qu’aller au gymnase retrouve tout son sens. C’est tellement bien, sortir de chez soi, voir des visages, admirer certains types parfois, mais surtout suer, suer beaucoup.
    Cette fois-ci, je veillerai à ne pas en faire trop…
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Le Youpin, la Negresse et la Gourdasse

    Attention billet politique : si ce n’est pas votre tasse, d’autres billets vous attendent!

    Ce qu’il y a de terrible avec les histoires de viol, c’est qu’on ne veut pas y croire. On ne veut pas savoir. On se place du côté de la victime quand on s’en sent proche, du coupable quand on le connait. On essaie de comprendre. Comment une femme peut elle se laisser piéger, peut être a t’elle laissé entrevoir que c’était bon, qu’il pouvait y aller… Comment un homme peut il user de la force, brutaliser une femme (et même parfois un autre homme), user de son ascendant, de son pouvoir ou de son argent, et PÉNÉTRER ainsi l’intimité de l’autre sans y avoir été invité… Comment un homme peut il se laisser piéger par une tentatrice qui une fois le mal accompli fondra en larme et accusera sa proie, le sperme attestant de la véracité de ses propos… Comment un homme peut il oser séduire une femme pour arriver à ses fins, lui tourner la tête en des promesses fumeuses qui parfois toucheront un coeur fragilisé par un divorce, la solitude ou plus simplement le terrible désir d’être aimée un peu… Ces questions qui sont celles qui tournent autours de l’affaire DSK, ce sont les vraies questions, celles que nous portons en nous à chaque fois que nous entendons parler de violence sexuelle, de viol en réunion, de viol conjugal, de harcèlement au travail, de prostitution d’enfants… On ne veut pas croire, on ne peut pas croire que c’est vrai. Et dans le cas de DSK, c’est la même chose. Notre cœur est partagé entre l’envie profonde qu’il ne s’agirait que d’un complot, et le terrible sentiment d’injustice pour une victime dont nous savons qu’elle n’aura pas été la première proie de Dominique Strauss Kahn. C’est une balance impossible.
    La lecture de la presse invite, elle, à un très grand scepticisme. Car s’il y a eu emballement, il y a eu également surenchère. Le New York Post, qui s’était distingué par une caricature représentant Barack Obama en singe, abattu par deux policiers, quel humour!, journal appartenant au groupe Murdoch, a depuis plusieurs jours émis toutes les hypothèses qui ont fait le tour du net, sans jamais trouver confirmation de la part de la police de New York, extrêmement discrète sur cette affaire, et ayant par la suite été démenties par les parties en présence. La victime serait séropositive, telle était ainsi le scoop du mercredi 17, en Une bien sûr, repris ensuite sur le net avant d’être démenti par l’avocat de la victime, maitre Shapiro. Ou bien la fameuse fuite dont nous finissions par apprendre qu’elle était au minimum à relativiser. Ou bien ses effets personnels oubliés derrière lui, autre “information” démentie par la suite.
    Faisons la lecture de ces soi-disant informations, ayant été reprises comme avérées avant d’être démenties, comme toujours, beaucoup plus discrètement. Ce serait tellement croustillant, une femme de ménage africaine séropositive et un directeur d’une institution supranationale, juif et violeur… Il y a eu également le témoignage du frère, qui aurait vécu en France, mais dont le nom n’a ni été publié, ni sa photo, ni aucun détail révélés. Il nous apprend que la jeune femme serait musulmane, “non voilée”, précisait bien la presse. Là encore, une jolie fable, celle d’une jeune musulmane laborieuse et musulmane modérée, et un vieux vicelard sioniste et cosmopolite (un Français pris dans une histoire de sexe à New York) . Si cette histoire suscite tant de passion, c’est qu’elle nous fait voyager au cœur même de notre imaginaire occidental, et la presse ultra-conservatrice américaine, généralement islamophobe et allergique aux droits et à l’expression des minorités, a trouvé dans cette femme de ménage son héroïne moderne. Une Africaine immigrée et un Français, juif et patron d’une organisation supranationale. La caricature du Juif apatride, en quelque sorte. Et de l’autre, la France trouve en ce DSK un héros frappé en plein vol, son Icare sacrifié pour quelque obscure raison, impliquant les services secrets, la CIA, Nicolas Sarkosy. Non, un homme de la stature de Dominique Strauss Kahn, un homme dont la femme est si élégante, ce n’est pas possible : il ne peut pas être ce criminel dont la presse américaine fait ses couvertures.
    Et soudain dans la défense ressurgit un imaginaire machiste et bourgeois. Les domestiques sont faits pour être troussés (Jean François Kahn), et derrière, n’y a t’il pas un complot comme naguère contre le Colonel Dreyfus (Bernard Henry Lévy). Chacun se positionne en fonction de ses attaches et de ses sentiments. C’est incroyable.
    Seule la droite se frotte les mains quand elle apporte son soutien et sa consternation. L’extreme droite, bien sûr. Et pendant ce temps, la machine emballée continue de livrer des confidences de sources anonymes, contradictoires.
    Ce serait tellement plus simple de se taire sur cette affaire : la justice américaine va lui donner l’opportunité de plaider, de prouver son innocence tout en protégeant la jeune femme dont il faut rappeler qu’une fois enlevés tous les fantasmes, elle reste plaignante dans une tentative de viol aggravée de violence et de séquestration. La couleur de sa peau, sa profession n’ont, en tout cas pour le moment, rien à faire avec le regard que l’on porte sur cette affaire, pas plus que la personnalité de l’homme. Dans un deuxième temps, ces éléments trouveront leur place, ils éclaireront les conclusions de l’enquête.
    En attendant, cette histoire qui trouve parfaitement sa place dans ce climat de pays en fin de course révèle également à la gauche qu’il n’y a pas, pour elle, en France, de victoire automatique, et encore moins d’homme providentiel, particulièrement quand cet homme est un jouisseur : la Porsche touchait cette fibre particulière, c’était un joli coup monté, mais qui devrait inquiéter ses auteurs à de la méditation. Je les inviterais volontiers à lire Tocqueville, ou à le relire. La haine des élites, de leur train de vie, est proportionnelle à la frustration ressentie au quotidien, et elle soude la Nation dans un sentiment d’égalité de condition qui contraste avec le train de vie et les baisses d’impôts des plus riches. Marine Le Pen, Claude Guéant ou Nicolas Sarkosy ont beau agiter le spectre de l’islam, de l’immigration incontrôlée, des femmes voilées, le sentiment général est que les fins de mois sont, années après années, toujours plus difficiles et cela indépendamment des origines.

    Les médias comme l’appareil socialiste n’ont pas encore compris ce que ces primaires peuvent être dans le contexte actuel. Ils nous fabriquent désormais un Francois Hollande, un “homme simple”, concept inventé par son équipe de communicants il y a environ deux mois pour lui donner sa marque face à “la grande pointure médiatique” DSK, et de plus en plus repris en choeur par les médias et sur la toile. Or, ce type de définition de ce que sera un candidat du PS dans un an est, à mon avis, une erreur fondamentale. De la même façon que les partisans de Dominique Strauss Kahn misaient tout sur sa personnalité et sa carrure internationale se sont finalement écrasés en rase campagne dans cette sordide affaire, les partisans de François Hollande font, eux, la campagne de 2007 : un programme et un candidat à l’image calibrée pour être un exacte opposé de ses rivaux DSK et Nicolas Sarkosy. Privé de son rival socialiste, nous allons le voir monter et caracoler dans les sondages. Et c’est vrai que quand cette histoire de viol se tassera, il apparaitra comme un redoutable rival face à un Nicolas Sarkosy qui pourra toujours attaquer les socialistes sur leur moralité, attaques qui laisseront François Hollande de marbre. Celui ci s’est d’ailleurs bien gardé d’apparaitre ces derniers jours afin de ne froisser personne. C’est aussi une marque de sa personnalité. Certains apprécient cette sobriété dans l’expression, j’y reconnais pour ma part la façon dont il a dirigé le PS, avec les résultats que l’on sait.
    Peu de socialistes ont compris ce qu’est une primaire ouverte. Ils imaginent des meetings et des réunions où les sympathisants viendront écouter les candidats et leurs supporters. La campagne de 2007, en version bis. Or, la primaire va nécessiter de se retrousser les manches, de résister à des attaques qui pourront être violentes car les Français en ont assez, et ceux qui se déplaceront dans les milliers de réunion Tupperware, meetings, rassemblements qui en découleront ne seront pas les plus gentils, les plus conciliants. Certains voudront en découdre. Ce sera difficile. Très difficile. La tentation sera grande de limiter l’expression populaire afin s’orienter le choix vers le candidat que l’appareil se sera choisi. Or, ce sera exactement ce que Ségolène Royal avait en tête quand elle avait lancé ses consultations participatives fin 2006, l’une de ses meilleurs idées, et qu’elle avait fini par écourter puis bâcler sous la pression d’un parti toujours plus exigeant, et n’hésitant pas à alimenter les rumeurs, les fuites pour mieux la déséquilibrer.
    Cette fois-ci, c’est tout le processus de désignation qui va amorcer un processus dont on ne connait pas l’issue, mais qui nécessitera une réelle capacité d’écoute, de dialogue, une réelle capacité à encaisser les coups et à comprendre que les critiques seront d’autant plus violentes que c’est le pays réel et son désespoir qui s’inviteront dans la campagne. Après tout, la révolution française avait commencé comme cela.
    La promesse faite par la coalition qui a pris la tête du PS au congrès de Reims, menée par Martine Aubry, d’ouvrir le parti socialiste, ressemble à l’arrivée à s’y méprendre à d’autres “modernisations” de façade.
    Au bilan de Guy Mollet en 1969 : un changement de logo (des trois flèches au poing et la rose), adoption d’une nouvelle déclaration de principe puis d’un programme, passation de pouvoir à un homme intègre et sobre, Alain Savary, et tout ça entre militants et élus.
    Bien propre, bien plié. Le PS est, contrairement à la légende, né en 1969. 1971, c’est la prise du pouvoir par François Mitterrand et ses amis de la Convention des Institutions Républicaines, lors d’un putsch remarquable du Parti Socialiste dont il n’était pas même membre deux jours avant. Alors seulement commença l’épopée d’un parti qui s’ouvrit à la société, à la jeunesse, défrichant toutes les idées du temps, incitant ses militants à se syndiquer, à créer des groupes socialistes d’entreprise qui défrichèrent les voies de l’Union de la gauche à la base. En 1974, avec les assises, ce fut toute la deuxième gauche, la CFDT et le PSU, les associations régionalistes, qui rentrèrent au PS ou s’en rapprochèrent.
    Ou bien la “modernisation” du Labour au Royaume Uni, en 1992. Là encore un nouveau logo, et un Neil Kinnock relooké, leader dynamique, pour vendre le même programme qu’en 1987. John Major n’en fit qu’une bouchée, malgré des sondages qui donnèrent la gauche gagnante jusqu’au bout ! Il faut voir l’actrice Glenda Jackson accueillant “The next Prime Minister”, entendre la salve d’applaudissements, et regarder Neil Kinnock arriver en vainqueur sur une scène trop grande pour lui. C’est Tony Blair qui, après avoir putsché le parti, lui insuffla les énergies nouvelles qui lui permirent de vaincre. Et si Blair recentra le parti en matière économique, pour le reste, ce fut un véritable appel d’air dans la société Britannique où les associations, les jeunes universitaires, depuis 10 ans, se heurtaient à un Labour qui savait tout mieux qu’eux (comme le PS en France aujourd’hui), purent enfin trouver dans la nouvelle équipe des gens décidés à rompre avec le thatchérisme. Bien sûr, Blair avait sa vision de ce que ce changement serait, mais prendre un parti, c’est aussi composer, et il dut beaucoup composer.
    Bref, la primaire va être un moment qui va dépasser les militants socialistes. Qu’ils accroissent leur contrôle, et les électeurs iront voir chez les écologistes ou même au centre. Qu’ils tentent de vendre leur projet, et ils seront boudés. Qu’ils aient le courage de confronter leur personne, leur (lamentable) projet, leurs certitudes à la réalité vécue par les jeunes des cités, les chômeurs, les cadres fatigués, les fonctionnaires blasés et démotivés, les travailleurs sociaux dépassés, les immigrés maltraités, les séropositifs, les Alzheimer, les retraités, les gens qui en ont marre tout simplement, bref, la France comme elle est, et ils pourront créer un moment important, un de ces grands rendez-vous dont notre histoire est jalonnée. Ça ne remplacera pas une grève, ça ne remplacera pas le militantisme. Car ce n’est pas le but d’une élection. Mais si nous trouvons en la parole libérée la confiance en nous, notre envie de continuer ensemble ce contrat civique qui s’appelle la France, alors rien, ni la droite, ni l’argent, ni Marine Le Pen ne nous priveront de victoire.
    Et c’est là qu’à mon avis, Ségolène Royal s’imposera. Car elle est la seule à avoir compris ce qu’est une primaire. Les autres sont encore sur le schéma des campagnes antérieures. De la communication et un programme. Ségolène Royal a, elle sillonné le pays, organisé des dizaines d’”universités populaires” sur des thèmes très variés qui ont nourri les réflexions des groupes Désirs d’Avenir, alimentant une pensée commune, une sensibilité. Ces universités, dont le contenu est toujours en ligne, ont réuni des chercheurs, des syndicalistes, elles ont défriché des idées parfois originales que Ségolène Royal n’a pas toujours épousées, montrant une capacité d’écoute et une variété de point de vues qui sont la marque des personnalités politiques d’envergure. À mon avis, si la primaire montre un Francois Hollande brillant et cultivé, elle révélera également un socialiste de facture classique, qui a son idée sur tout, une idée moyenne, qu’il a élaboré avec ses proches. Si vous visualisez l’université populaire sur la fiscalité, vous serez surpris par le discours de Ségolène Royal car il y perce ses convictions, ses interrogations, ainsi que la méthode pour éviter le piège dans lequel Obama est tombé. Car elle, quand elle parle de taxer le travail comme le capital, comme le fait le parti socialiste, elle ajoute qu’il va s’agir d’un rapport de force, d’où l’importance de bien expliquer le sens de cette réforme et d’y associer les Français, pour que cette reforme s’inscrive dans les grands moments de l’histoire (elle cite 1789 et 1945). J’ai été très étonné car sans être maximaliste, sans faire dans la démagogie, elle est démontre une réelle fermeté dans les principes qui doivent guider une réforme “juste socialement, efficace économiquement”. C’est intéressant de la voir prendre les questions dans l’auditoire, dialoguer avec les universitaires, exprimer des réserves parfois., recadrer. Bref, elle est prête pour la primaire.
    Billet politique, sur Le Blog de Suppaiku.
    De Tôkyô,
    Madjid

  • La chute de DSK, la fin des années 1990. Enfin…

    (Nicolas Sarkosy. Une image, rien qu’une image, usée. Jusqu’à la corde. Jusqu’au trognon. Jusqu’à peut plus, dans un pays en fin de course et une époque à bout de souffle.)

    J’avais écrit ce message le 10 mai, et puis je ne l’avais pas posté.
    Je le poste aujourd’hui car il me semble rester d’actualité. Il y a juste que je ne pensais pas que le mirage DSK s’évanouirait aussi vite et de façon si troublante dans un scandale glauque dont on ne sait exactement que penser, mais qui a fait ressurgir d’autres affaires extrêmement choquantes, comme l’agression sexuelle d’une jeune écrivain, Tristane Banon, en 2002.
    Depuis trois jours, d’autres femmes parlent et la personnalité de DSK se révèle au grand jour.
    Je ne l’ai jamais aimé comme candidat, et j’aurais préféré une confrontation idéologique à l’étalage de ses 2 testicules et du truc qui pend entre les deux, mais après tout, c’est lui qui a choisi sa vie. En revanche, son entourage, en veillant à ne pas ébruiter, en blaguant peut être même de ses “prouesses”, ne l’a pas aidé. Et que cette fois-ci, il soit victime de la vindicte populaire et d’une fausse accusation ou non n’y changera rien. L’interview de Tristane Banon, agressée par lui il y a 10 ans en fait en soi un personnage impropre à l’exercice de la fonction présidentielle. Le viol est un crime. Et il n’y a pas de viol soft.
    C’est donc le moment le plus glauque de cette campagne, mais nous pouvons toutefois être heureux qu’il intervienne maintenant, car il est certain que Nicolas Sarkosy se serait servi du témoignage de Tristane Banon dans l’émission de Thierry Ardisson en 2006 pour dégommer le candidat de la gauche. Cela n’arrivera pas.
    Retour sur mon texte du 10 mai… Avant l’affaire. Je ne m’étais pas trompé : DSK était le candidat idéal pour Nicolas Sarkosy. De ce côté là, quel bonheur, l’affaire est sortie trop tôt.

    Mardi 10 mai, c’était l’Anniversaire.
    Ce trentième anniversaire du 10 mai 1981 agit pour moi comme une sorte de remise du compteur politique à zéro : on peut enfin parler de Francois Mitterrand, le tabou est tombé.
    Les énergies montantes sont, pour le moment, au moins médiatiquement à défaut de l’être vraiment, du côté du Front National. La gauche est encore prisonnière du mirage DSK, cet ersatz de Rocard sans la culture ni le parcours, le cynisme en plus. La droite est, elle, bien décidée à tout faire pour ne pas être éliminée par le FN, c’est à dire qu’elle a définitivement décidé d’en être prisonnière puisque cette fois elle ne pourra pas échapper à négocier un désistement.
    30 ans après le 10 mai 1981, Nicolas Sarkosy apparait comme un Giscard d’Estaing usé et impopulaire, mais avec le profil opportuniste chiraquien, et Marine Le Pen comme Jacques Chirac face à Giscard d’Estaing, bien décidée à gagner dans cette confrontation l’hégémonie sur le reste de la droite. La stratégie droitière du camp Sarkosy a quand à elle explosé la droite dont un “centre” se dégage, lui même de droite mais pas lepénisée.
    Le PS est, de son côté le grand absent de ce qui apparait pour le moment comme un ersatz de 1981. Car en fait, et c’est une vraie chance, il n’y a pas de Mitterrand, cette fois-ci. Bref, de véritables surprises sont possibles et surtout, pour la première fois depuis longtemps, les marges de manoeuvre dans la société civiles vont exister. Les associations vont pouvoir questionner, interroger. La primaire socialiste pourra donc être le pire, mais également le meilleur, tout dépendra de beaucoup de facteurs.
    Il faut bien avoir à l’esprit que les marges de manoeuvre à l’international, les marges de manoeuvre financières, seront très limitées, il ne faudra pas attendre beaucoup de ce gouvernement : il faudra savoir quelles sont les priorités et le juger sur ces priorités…
    La société française est cassée, pulvérisée, divisée comme jamais depuis longtemps. C’est une sorte de guerre civile interne sans espoir. Et pourtant, mon affection profonde pour la France me conduit à espérer que du fond de son peuple rejaillira le courage nécessaire à sa réinvention.

    Discussion sur Facebook au sujet de la primaire socialiste. Mon ami Alain suggère qu’en fait, ce ne sera pas DSK, mais Hollande. (je rappelle que ce long billet a été écrit avant…)
    (avec corrections et compléments par rapport à Facebook).
    “… Voila qui s’annonce croustillant. Assez d’accord avec Alain, Francois Hollande face à DSK a plus de chances qu’on ne le croit. Il ne faut pas oublier que ce dernier n’est pas aimé, car tout le monde le juge “à droite”. D’ailleurs, peut-être l’opinion se rendra compte que si l’Elysée dit tout haut tout fort depuis 4 ans qu’il en a peur, c’est peut-être parce qu’ils n’en ont pas peur du tout…
    Restent Francois Hollande et Ségolène Royal. Le choix de l’appareil est évident, et Hollande a donc toutes ses chances. Personnellement, je ne le déteste pas : il est cultivé, fin, a quelques idées sur des sujets importants. Mais je hais ce qu’il représente, c’est à dire l’appareil socialiste. Maintenant, contrairement à une idée reçue, lors des primaires, le moment le plus intéressant sera le débat Hollande-Royal, car ce sont tous les deux d’anciens “trans-courants” (une contribution du congres de Toulouse en 1985), tous les deux animés par le constat de Francois Mitterrand et Jacques Attali à l’époque, à savoir accepter la société comme elle est si on veut la changer, mais également l’obligation de changer en profondeur les choses qui peuvent l’être. Pour Ségolène Royal, très tôt, ce fut l’écologie et la démocratie participative. Pour François Hollande, la réforme fiscale et le droit des immigrés. L’idéal serait que DSK y aille, qu’il fasse un score moyen aux primaires, et que soit Hollande soit Royal se désiste pour l’autre, car alors on aurait un des meilleurs programmes du PS depuis 81, car il y a complémentarité.
    Maintenant, il reste l’autre camp. Le pari de Marine Le Pen n’est pas de devenir présidente, en tout cas pas tout de suite si tel est son ambition, c’est de rentrer dans un gouvernement conservateur. Cela suppose une réunification des deux droites. Claude Guéant s’occupe de radicaliser les électeurs de Nicolas Sarkosy, Marine de modérer son image, bref, c’est en cours. Je pense que Sarkosy sera, au final, devant elle (ce pourquoi je pense qu’il a des chances de gagner, car elle se désistera pour lui en exigeant des concessions importantes. L’élection éventuelle d’un socialiste entrainerait, à priori (car finalement, il ne faut plus penser que ce sera automatique, et ainsi une victoire de Nicolas Sarkosy n’entrainerait pas non plus, de facto, une victoire conservatrice puisque désormais cette élection suit automatiquement la précédente), une victoire socialiste à l’assemblée. Toutefois, s’il y a réellement (cela reste à démontrer) une dynamique FN et un échec UMP à la présidentielle, les élections pourraient traduire une inversion du rapport de forces au sein des droites au profit du FN. Ce sera un test du report des voix dans ce nouveau contexte. L’inconnue est le poids qui restera pour les “centristes”, c’est a dire la droite non FNisée.
    L’opposition, dans ce contexte, sera, au moins pendant deux ans, à l’avantage de la droite dure, exactement comme aux USA en ce moment. La droite gagnera les élections régionales, car le mode de scrutin donne 50% des sièges au premier en tête. Il faudra donc s’attendre a ce qu’un gouvernement socialiste se retrouve exactement comme celui de François Mitterrand en 83-85. Car de son côté, ce gouvernement aura hérité de finances pourries, d’une dette qui aura explosé, d’un chômage réel à 20%, et d’une instabilité à la hausse de toutes les matières premières et denrées alimentaires du fait de leur financiarisation. La croissance sera le seul élément qui, éventuellement, sera a peu près correct, car on est et on restera en plein boom économique et en pleine croissance des échanges commerciaux (je persiste à penser que le problème de l’Europe est un déclin, et non une crise, car il y a 3 milliards d’individus sur terre qui vivent dans des espaces où la croissance est supérieure à 6%, record historique, et que l’Allemagne caracole en Europe à plus de 3%). Il faudra donc que l’équipe en place aie le courage de proposer des choix extrêmement tranchés, sur l’Europe, la réforme fiscale, les étrangers, la reconversion du nucléaire et l’engagement dans un cycle fort de reconversion écologique. Des choix qui contrasteront avec ceux de la droite radicalisée. François Hollande a peut être ce profil, mais le parti le tirera vers la droite, car ils voudront tous être réélus, et plus la défaite se profilera, plus ils tireront. Exactement comme les démocrates aux USA qui ont planté toutes les reformes. Le gouvernement aura toutefois pour lui une durée de trois ans que Barack Obama n’a pas eu (s’il entendait vraiment amorcer des réformes)
    Voila pourquoi je suis très pessimistes sur cette élection. L’image du PS est extrêmement mauvaise à gauche chez ceux qui ne votent pas pour lui (Verts, exPCF, Jean-Luc Mélanchon, NPA, ce qui fait tout de même plus de 20%), et contraste avec le PS de 1981, ce qui permit de gagner du temps, et permit même de perdre avec tout de même 32% en 1986, ce qui reste le 3e meilleurs score historique du PS.
    Un élément clef si François Hollande ou Ségolène Royal gagne : il faudra changer immédiatement le mode de scrutin législatif pour revenir au mode de scrutin proportionnel départemental avec répartition des restes à la plus forte moyenne adopté en 1985 et appliqué en 86. La droite acceptera (pour se concilier le FN). La gauche pourra saluer le caractère visionnaire de Mitterrand en 1985 et la démagogie de la droite qui avait critiqué. Par ailleurs, en supprimant les désistements, il pourra permettre à la droite, le jour où elle voudra prendre ses distances avec le FN, de s’en autonomiser. La gauche, elle, se donnera des marges de manoeuvre pour isoler, au centre bien sûr, mais aussi dans “l’autre gauche”, si nécessaire, l’espace nécessaire pour rester au pouvoir en 2017 sur un programme d’alliance, c’est à dire, renouvelé. Une défaite de la droite en 2017 signera la fin du FN et de l’UMP, leur éclatement en deux formations politiques distinctes.
    Bref, 2012 est une équation extrêmement difficile. Et je tape sur cette difficulté car je lis trop de commentaires sur une victoire automatique…
    François Hollande, je ne suis pas contre. Mais alors, et désolé de les rabibocher, avec Ségolène Royal !”
    Fin du commentaire sur Facebook.

    Voilà. Depuis, il y a eu la Porsche, jolie campagne de dénigrement mais signalait un point faible.
    Et puis donc cette triste histoire qui, glauque, avérée ou non, marque la fin du cycle amorcé en 1995 avec l’accession de Lionel Jospin à la candidature, DSK étant son héritier, son Fabius, l’homme de l’ombre de la campagne de 2002 et qui se rêvait premier ministre, et hélas un bien piètre soutien quand il ne fut pas le savonneur de planche de la campagne de 2007, homme imbu de son statut d’homme qui ne put jamais vraiment pardonner à Ségolène Royal de l’avoir aplati lors des primaires de 2006 à moins de 20% du haut de ses 60% et qui fut ainsi promu par Nicolas Sarkosy sitôt la campagne passé, sorte d’Éric Besson de l’ombre. Un homme dont les fidèles n’eurent que mépris pour les adhérents à 20 euros de 2006, considérés comme de faux adhérents et des usurpateurs. Peut être une trace de machisme de la part de cette homme qui, de Pierre Bérégovoy au FMI fit sa carrière comme la fit Gordon Brown, dans l’ombre, et à la différence de Gordon Brown, sans se battre mais en attendant que le pouvoir lui tombe tout cru dans la bouche, sûr que ses réseaux lui apporteraient le pouvoir tant désiré.
    Cette histoire va nous priver d’explications politiques, il va nous falloir repartir à zéro. Et c’est tout à fait ce dont nous avions besoin pour être combatifs et “changer d’époque”.
    Il ne faut pas que l’affaire nous prive du droit de parler de politique, et encore moins du droit d’attaquer DSK : je veux avoir le droit de “balayer DSK” politiquement, parce que même s’il finissait en prison, ce que je ne lui souhaite pas mais bien conscient que s’il est coupable il devra passer par là, un certain nombre de ses idées resteraient en circulation, et comme l’expliquait un très bon article dans le Huffington Post hier, ce sont ces idées qui ont guidé la dérégulation financière, privatisé et installé une gauche nouveaux riches. Je rajouterais une gauche qui n’aime le peuple qu’au moment des élections, quand elle exerce son chantage sur lui en la menaçant de maux encore bien pires si la droite venait à passer, pour faire ensuite une politique aussi arrogante que celle de la droite. Quand en France le deficit budgetaire est de 150 milliards d’euros, qui se souvient des “baisses d’impots” a hauteur de 50 milliards par Chirac et 50 milliards par Jospin ? Une gauche qui n’a de gauche que le fait qu’elle en occupe l’espace politique, et dont le bilan se traduit, depuis 10 ans, partout en Europe, par cette poussée irréversible des droites extrêmes et populistes, nationalistes, et d’une domination quasi-exclusive du pouvoir politique par des partis conservateurs, le tout dans des politiques de régression sociale inimaginables il y a encore moins de dix ans.
    Bref, non, cette gauche là, je n’en veux pas, car elle n’est que la salle d’attente de régressions sociales et politiques fortes qui lui succéderont. Je ne marche plus. Et je pense qu’une candidature de DSK se serait soldée à l’arrivée par une défaite en rase campagne, comme en 2002, car plus personne en France ne la veux, cette gauche là.
    Je ne veux plus voter par dépit, je veux voter pour des orientation claires, éventuellement modestes mais qui marquent des ruptures, des fractures, de l’expérimentation et des audaces, pour que même si la droite reprend le pouvoir après, elle ne puisse pas tout faire ni tout se permettre comme c’est désormais le cas partout en Europe. L’augmentation des frais universitaires en Grande Bretagne entreprise par le gouvernement conservateur de coalition n’a été rendue possible que parce que Tony Blair avait dors et déjà autonomisé les université et augmenté les frais par plus de 10. Je ne veux plus, nous ne voulons plus de cette gauche là. Et c’est pour cela que l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn me prive, nous prive des vrais débats, sur les vrais enjeux. Et ce sont des débats qu’il nous faudra avoir quand même. Voulons nous oui ou non garantir le droit à la retraite à 60 ans. Lui, était contre. Sommes nous prêts à proposer de faciliter la reprise d’entreprises en difficulté par leurs travailleurs eux-même, avec l’aide des régions et de l’état dans le cadre, par exemple, de coopératives. Cela n’a jamais été dans ses priorités dans les nombreux interview accordées à la presse économique que j’ai l’habitude de lire. Entend-on mettre la réforme de la fiscalité au coeur du projet économique en n’hésitant pas à augmenter les impôts et les seuils d’imposition tout en préservant l’ISF. Lui a toujours été évasif à ce sujet. Je sais bien entendu faire la distinction entre un responsable politique et les personnes qui sont derrières lui. Il y a “derrière” DSK des gens qui ont souvent montré des idées fortes. Mais sa personnalité s’apparente plus à celle de Gordon Brown. Il aime être aimé. Voilà sa seule ligne de force. C’est faible et, politiquement, désastreux. Sa disqualification, maintenant assurée puisqu’indépendamment de l’affaire qui lui vaut la une des journaux sortent d’autres affaires dont celle désastreuse et avérée de Tristane Banon (en attendant le résultat de l’enquête aux USA) et qui va aboutir au dépôt d’une plainte dans la semaine, va permettre au Parti Socialiste de peut être reformuler son insipide projet en quelque chose de plus varié, et mêlant la richesse de ses personnalités.

    On y reviendra. Et je me permettrai de mêler DSK au débat, quoi qu’il lui arrive, et en espérant, et pour la jeune femme violée, et pour lui, et pour ses proches, et pour notre pays, que toute cette histoire repose sur des malentendus que l’enquête permettra s’éclairer. Le viol est un crime. Je respecte la plaignante. La justice est importante : je ne condamne donc pas encore DSK et accorde le bénéfice du doute et, qui sait, d’une machination.
    Je mêlerai DSK car il est, en France, le représentant de cette tendance qui, sous couvert de modération politique, est responsable de la défaite globale de la social-démocratie et du socialisme en Europe, des dérégulations des 15 dernières années, des manipulations statistiques qui font croire aux gens qu’il y a 9% de chômeurs quand il y en a plus du double. Et qui surtout, en abandonnant des pans entiers de la sociétés aux ravages de l’économie de marché, livre désormais l’avenir de l’Europe aux droites extrêmes. Une gauche dont l’agenda privé de toute ambition de transformation sociale, est indirectement responsable de l’islamophobie, des régressions syndicales et de l’absence total de tout projet politique alternatif.

    L’affaire DSK ne doit pas occulter le débat. Pendant ce temps, le chômage, la précarité continuent. 20 a 30000 étrangers malades sont menaces d’expulsion vers leur pays d’origine, certains sont malades du SIDA. 34% de Français ne vont plus chez le docteur. De plus en plus de personnes âgées ne mangent plus qu’un repas par jour et ne se chauffent pas. Dans les classes moyennes, au sentiment de payer plein pot pour les baisses d’impôt des riches et pour la solidarité, s’ajoutent le sentiment de déclassement devant le chômages de leurs enfants et l’appauvrissement de leur propre retraite si ce n’est l’appauvrissement de leurs propres enfants. Qui sait qu’un malade Alzheimer peut couter plus de 1000 euros par mois à ses proches et que depuis 15 ans la reforme de la dépendance est toujours reportée ?
    Pour les primaires, c’est à Ségolène Royal que va ma préférence. On y reviendra.
    De Tokyo,
    Madjid

  • Un billet en retard d’une semaine…

    Palais Imperial, ou on peut constater des degats ici et la.

    (écrit vers le 10 mai)

    Mais quel sale temps…
    C’est une impression étrange. Le sentiment que depuis le tremblement de terre, la météo s’est détraquée. Il a d’abord fait froid, très froid. Puis il a neigé. Pas la neige que nous avons habituellement en mars, quand les vents se détraquent, et que ceux venant du sud et du sud ouest repoussent toujours plus violemment les vents du nord. De la neige sans tempête et dans le froid, de la neige qui tient. Dans le shinkansen qui me ramenait de Kyôto vers Tôkyô, je découvris, étonné, cet espèce de mur noir, un bloc de nuages sombres qui formaient comme une barrière, une délimitation entre le Kantô et le Chûbu. Le temps est resté froid un bon moment à Tôkyô.
    Nous avons eu des épisodes de beau temps, tous avortés. La Golden Week, où il arrive que durant un jour un record de chaleur saisonnier soit enregistré, a été fraiche, grise, et même pluvieuse. Hier, nous avons eu un temps de juin, chaud et humide. Aujourd’hui, il ne reste que la pluie et nous dépassons très difficilement les 15 degrés. Quel sale temps…
    Tout est désormais parfaitement normal, ordinaire. Les trains roulent et on ne voit pas vraiment la différence avec le trafic normal même s’il en manque quelques uns. Le métro a repris un peu de lumière, seuls les immeubles, la nuit, continuent de rester éteints, mais même cela est très relatif. Nous nous sommes tellement habitués à ces quelques ajustements que nous ne voyons plus la différence. Et comme de toute façon Tôkyô est une ville où on gâche habituellement l’énergie, ce n’est pas plus mal. Les supermarchés sont parfaitement normaux depuis un mois. En fait, un touriste qui visiterait le Japon pour la première fois ne verrait rien d’anormal et penserait que peut être tel escalier mécanique est fermé pour maintenance, et telle lampe éteinte ou même absente traduit un certain laisser aller dans l’entretien, mais finirait par ne plus y prêter attention tant tout parait si normal. Les publicités dans les wagons du métro font progressivement leur réapparition. Suite au séisme, beaucoup de gens avaient annulé leurs réservations pour la Golden Week. Alors, la semaine dernière, Tôkyô était incroyablement plein, rempli de gens, les magasins débordant, les restaurants assiégés. C’est à ce demander si la récession attendue pour tout le pays ne va pas tourner, dans Tôkyô, en véritable boom économique… Qu’est-ce que ça consomme…
    La télévision continue, elle, à s’apitoyer sur le sort des victimes, fidèle à sa tradition d’usure jusqu’à la corde des sujets à la mode. Mais on sent bien que le cœur n’y est plus et la quasi-totalité des programmes sont de nouveau du divertissement. En fait, comme Tôkyô a été, finalement, épargnée, c’est le cœur du pays qui désormais revit. Les tremblement de terre appartiennent désormais aux souvenirs anecdotiques en générale, et source de ces apitoiements approbatifs manifestant l’appartenance à la communauté nationale. Mais c’est clair qu’ici, dors et déjà, tout le monde est passé à autre chose. C’est un truc de région.
    Ce qui marque toujours bien la différence, c’est l’absence des touristes Chinois. Là, clair, net, on est aux antipodes du boom touristique qui avait caractérisé l’an dernier. Mais même cela, je me demande si cela va durer. Le simple fait que la vie ici soit revenue à la normale va finir par dépasser les frontières et, qui sait, faire “son” voyage à Tôkyô, en gros susciter la curiosité des amis et collègues, “j’y suis allé”, va peut être finir par être un truc à la mode. À la recherche des traces du séisme dans Tôkyô, voilà un truc qui peut en amuser plus d’un. “Regarde, la tour est éteinte!”. En attendant, il est très clair que le tourisme est une victime collatérale du tremblement de terre.
    Il semblerait que beaucoup des Français qui travaillaient dans l’arrondissement de mon école ne soient pas rentrés. J’ai une véritable avalanche de nouveaux étudiants. Alors que l’anglais reste à son niveau, avec quelques nouveaux et quelques départs, non seulement je garde mes étudiants, mais en plus, j’ai au moins deux à trois leçons test par semaine. Déjà 5 ont signé en trois semaines, ce qui me fait maintenant un emploi du temps très rempli avec beaucoup moins de temps libre. J’ai deux autres leçons tests cet après-midi, et encore une samedi. Le bouche à oreille. Il faut dire, aussi, que mes étudiants aiment ma personnalité. J’ai été réclamé récemment deux fois en anglais aussi, et à chaque fois la même remarque. Il est dynamique et amusant. Du coup, mon directeur qui me faisait presque la gueule il y a deux mois, est tout miel avec moi.
    Je rêve vraiment de travailler ailleurs. Plus prêt. Cette heure de transport le midi, cette autre heure de transport, le soir, me bouffent littéralement. Rentrer chez moi à 11 heures, le soir, me fatigue. Et puis,… mais est-ce le lieu pour cela.
    J’expérimente un des vrais effets indésirable de mon traitement. La difficulté, parfois, à rester concentré. Je dois vraiment me remettre au sport. 20 kilos à perdre et une vitalité à reconquérir.

    Complément du soir, chemin du retour. Temps encore plus pourri, froid, pluvieux. Sur Yahoo, il semblerait que nous sortions de ce temps là dans deux jours, mais je n’y crois plus. La météo pourrie, quand on a la tête dedans, on n’en sort pas…
    Lundi soir, après avoir quitté mon étudiante Yuko, j’ai fait connaissance d’un des lecteurs de mon blogs, qui m’a souvent écrit de ces commentaires qui donnent envie de faire connaissance un jour. Nous sommes d’abord allés prendre un verre dans le café où Jun et moi allions prendre un verre quand je travaillais à Lehman Brothers, à Higashi-Ginza. Un café au style extrêmement français où je suis aussi allé avec Yann une fois. Après plusieurs verres, il était temps de grignoter un truc, alors ça a été un izakaya Za-Watami où avec des collègues de NOVA nous étions allés deux ou trois fois. On a pas mal bavardé. Le blog créé une certaine intimité. Chez moi, il lève mes inhibitions, je me sens très libre dès le départ. Je crois que pour Pierre, ça a été la même chose. C’est amusant, aussi, un type né 6 ans après moi qui a écouté les mêmes choses que moi. Marquis de Sade, Orchestre Rouge ont été les deux noms de groupes qui lui sont venus automatiquement à l’esprit. Et puis Jacno, et puis Daniel Darc. Bien qu’il habite en France maintenant, on sent sa très grande aisance dans cette ville, Tôkyô. On avait parlé de se rencontrer au temps où il habitait ici, j’ai pensé que de ne pas l’avoir fait alors, c’était un peu de temps perdu de ma part. Mais bon, entre la faillite de Nova, etc, je n’étais plus très clair…

    Voilà. Le billet s’arrêtait là. Depuis, comme si d’avoir écrit avait débloqué quelque chose, je retourne à la gym, et c’est un véritable plaisir…
    De Tôkyô,
    Madjid

  • Message en passant…

    Je vous ai poste les photos de la Golden Week, cette semaine de conges sensee etre tres ensoleillee et marquanr l’entree dans le “pre-ete” (je vous ai deja explique mon sentiment a l’egard des saisons au Japon qui a mon avis sont bien plus nombreuses qu’en Europe de l’ouest, malgre une obsession Japonaise a affirmer qu’il y a quatre saisons… Moi, j’en compte au moins 6 ou 7. Comme les anciens Japonais qui possedait un vocabulaire tres riche comptant au bas mot une dizaine de saisons…
    Bon, a part cela, j’ai ecrit un lomg billet cette semaine, mais je le posterai demain soir car j’ai quelques corrections a lui apporter.
    D’accord ? En attendant, regardez ces albums photos postes sur Flikr aux dates precedentes.
    De Tokyo,
    Madjid

  • Rattrapages : a Bunkyo-ku

    C’etait dimanche 8 mai, et le temps, d’abord beau, avait insensiblement tourne au gris…

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  • Un rêve etc…

    Un rêve etc…

    C’est le matin, et je suis fatigué… (écrit dans le train vers 8 heures du matin, non terminé)
    Je commence ce matin à 9 heures et quart, ce qui veut dire que je dois prendre le train vers 7 heures 45 si je veux avoir la marge nécessaire pour ne pas arriver en retard, les transports ont parfois d’inexplicables ou de tragiques retards.
    La nuit dernière, hélas, je ne suis pas parvenu à bien dormir. Rêve étrange et fantasmagorique pour le premier, véritable hallucination. Je ne me souviens plus exactement de l’histoire, ce devait être un rêve très normal. Mais soudain, l’avion qui décollait (je dis “l’”avion car cela me semblait très naturel) et qui devait atterrir sur une très très très haute tour Eiffel, illuminé, au même moment où celle-ci déployait un immense drapeau noir dont il me semblait être à l’origine, drapeau qui se déployait au vent, de plus en plus grand, commença à me faire craindre un accident que ça en devenait étouffant, provoquant cette accélération du rythme cardiaque qui me réveilla brutalement au même moment où je constatai que l’avion était parvenu à atterrir sans problème au troisième étage de la tour en contournant très habilement l’immense drapeau, lâchant dans l’air une sorte de symphonie de jouets transparents et colorés à la fois, magnifiques et dans lesquels, dans le demi-sommeil dans lequel je me retrouvai désormais je prenais plaisir à nager, c’était un peu comme les bulles du Perrier sont sur dans la bouche, et je me réveillai enfin, le coeur à la chamade, un peu inquiet d’une telle excitation, et en même temps cherchant encore cette soudaine sensation de bonheur et de plénitude. Les joies du Sustiva… Jun m’a appris depuis qu’à la même heure il y a eu un tremblement de terre shindo 4 à Chiba)
    J’ai mis un peu de temps à retrouver le sommeil. C’était surtout le rythme cardiaque qui m’inquiétait. Et puis finalement je me suis rendormi. Quand mes yeux se sont rouverts, c’était encore au milieu d’un rêve. J’ai alors compris que ma nuit était fichue, et qu’il faudrait aller travailler quand même. C’est un peu ma faute, tout ça, j’ai grignoté avant de m’endormir, et ce n’est pas (du tout) conseillé.
    Je dormirai mieux ce soir, comme on dit.
    Et puis ce rêve, la tour Eiffel et l’avion, et le grand drapeau noir… J’aime interpréter les rêves. Il est temps de viser haut, très haut, et d’être ambitieux… De prendre des risques avec moi-même, et d’avoir du courage.
    JE DOIS CHANGER DE TRAVAIL.
    Je ne suis pas à ma place où je suis. Voilà ce que mon rêve disait. Je crains toujours de me tromper, c’est moi qui me mets moi-même des obstacles. Il faut dire que la vie de mes parents n’a pas été particulièrement rose. Mais justement, je ne suis pas eux… Je me suis endormi sur du provisoire, il est temps de m’envoler. Je ne vous dis pas que je vais réussir, je vous donne l’interprétation de ce rêve, ce qu’il me dit de moi-même, de mes pensées profondes, de mon inconscient. Et je comprends que l’Atripla, ou en tout cas le Sustiva qu’elle contient, soit déconseillée aux dépressifs. Cela doit être fichtrement inquiétant, communiquer avec le plus profond de soi-même. Car si je vous ai fait la lecture positive de ce rêve, c’est parce que j’ai appris à le faire, j’ai transformé une montée de dosage médicamenteux en ce bien être dans lequel j’ai pu me réveiller en (relative) douceur. Je vous éviterai les commentaires sur ce drapeau noir car il me faudrait faire alors le récit de mon analyse. Mais ce qui est intéressant, c’est que dans ce rêve, malgré une forte crainte que l’avion s’écrase à cause de quand il se déployait, il n’en a rien été et l’atterrissage a même été incroyablement discret, doux, logique. Et le drapeau était toujours là, il était juste (re)devenu un grand drapeau flottant au vent. En velours, je crois. C’est pour cela que je me suis réveillé heureux. Délivré.

    Je vous dois un correctif. Il ne change pas le fond de mon billet d’il y a deux jours, mais j’y ai fait une erreur importante.
    Le 29 avril était le jour de l’anniversaire de l’Empereur Shôwa jusqu’à sa mort en 1989. Par la suite, cette journée est devenue Jour du vert(みどりの日). En 2005, une loi a été votée qui fait du 29 avril un jour de commémoration (記念日) de l’empereur Shôwa. Le jour du vert a été repoussé au 4 mai. L’habitude s’est conservée de parler du 29 comme du jour du vert, mais c’est juste un usage. Je remercie Arnaud et Djamel pour leurs commentaire. Mon erreur ne change rien au petit cours d’histoire que je vous ai fait, mais en revanche, lui retire sa pertinence pour ce jour précis.
    Jun et moi sommes allés au sanctuaire Meiji regarder du gagaku (voir le diaporama sur Flickr en appuyant sur la photo). Pour Jun, c’était la première fois, pour moi, la deuxième. Nous avons croisé une cohorte de nationalistes (ce n’est pas le jour de Shôwa pour rien), mais c’était tout de même extrêmement beau. Le temps était ensoleillé quoi que nuageux par moments. Nous sommes ensuite allés à pied jusqu’à Shimokitazawa. Il y avait encore des cerisiers en fleurs dans le parc de l’université de Tôkyô (l’université y a un très grand campus, encore plus grand que celui de Bunkyô). Et puis nous sommes rentrés. À la maison, nous avons regardé un épisode du feuilleton Taiga de cette année, Gô, mais vraiment, rien à faire, c’est certainement le plus mauvais jamais réalisé. Les actrices affichent 30 ans au compteur quand elles sont sensées en avoir entre 8 et 15 ans.
    A suivre,
    Madjid

  • Enfin le grand beau temps

    Enfin le grand beau temps

    Ça y est. C’est fini. Terminé. L’hiver est enfin définitivement derrière nous.

    Ce matin, j’ai ouvert grandes toutes les fenêtres, j’ai sorti les couettes, je les ai mises au soleil. J’ai lavé du linge et l’ai mis à sécher au soleil, il y a du vent, il sera bien frais. Les chemises ont séché en trente minutes… Et puis pour la première fois cette année, j’ai enfin pu, toutes fenêtres ouvertes, entre-fermer les stores. Une lumière estivale a alors envahi la maison, cette pénombre lumineuse que j’adore… La météo s’annonce clémente pour les prochains jours, et demain, ainsi que la semaine prochaine sont fériés. La Golden week.
    Pointer du doigt l’hypocrisie sous-jacente du calendrier japonais.
    Si officiellement demain est みどりの日, jour du vert, que certains guides et japonais vous présenteront comme une date aléatoire permettant de fixer des jours fériés, il s’agit en réalité de l’anniversaire de la naissance de l’empereur 昭和 (Shôwa), plus connu en occident sous le nom de Hiro-Hito, l’empereur qui entraina le Japon dans l’aventure nationaliste, totalitaire, impérialiste et génocidaire des années 30/ 40 et qui mourut en 1989. Je n’ai rien contre le fait de fêter la naissance des empereurs, d’autres pays le font également. L’actuel empereur, 平成 (Heisei), est lui fêté le 23 décembre et cela ne (me) pose aucun problèmes. Mais si l’on doit fêter les empereurs morts, pourquoi ne pas également fêter 大正 (Taishô), qui régna avant Shôwa, ou 明治 (Meiji), qui régna avant, après avoir restauré l’autorité impériale et assuré la transition du Japon dans le monde contemporain. Cela serait plus judicieux que fêter, comme cela se fait en février, l’empereur 神武 (Jinmu), sensé avoir créé le Japon en -660, ce qui est historiquement faux, impossible, et n’est soutenu que par les politiciens d’extrême-droite.
    Je pense que vous voyez où je veux en venir.
    Oui, les élites qui ont présidé aux destinées du Japon après la seconde guerre mondiale sont les mêmes que celles qui l’y ont conduit. Et elles se sont efforcées, par touches successives, de distiller toujours un peu plus de leur idéologie nationaliste. On fête donc une mythique fondation du Japon et la naissance de l’empereur Showa. L’hymne japonais, officiellement désigné comme tel vers 1997, est le même que celui du Japon belliciste, et est un encensement des vertus de dévotions à l’empereur, ce qui est pourtant anti-constitutionnel. Il y a longtemps eu des Japonais qui refusaient de s’incliner devant le drapeau et de se lever quand résonnait l’hymne officiel, et la presse comme l’opinion allaient dans ce sens, mais récemment, des enseignants ont été suspendus pour cette raison sans que cela ne soulève l’opinion, au contraire. Le lessivage nationaliste par petites touches opère bien. Il est aisé, au Japon, de nos jours, de nier les crimes de guerre, mais il est quasiment impossible de les dénoncer, sous peine d’être menacé par les yakuzas et sans trouver de protection de la police. La NHK déprogramme ainsi régulièrement des émissions, et mes étudiants parfois me parlent de certains sujets à voix basse en regardant autours. Au pays du contrôle social, les murs ont des oreilles et, qui sait, elles parlent peut être même le français…
    Donc, demain, ce sera la “journée du vert”, comme l’appelle le calendrier menteur, et la semaine prochaine, nous enchaineront trois jours successifs de congé.
    Un peu partout flottent ces grands cerfs volants en forme de poissons colorés que l’on attache aux toits des maisons pour la “fête des enfants”, symboles bien plus gentils et pacifiques que ces armures médiévales exposées à la maison pour ce qui était autrefois la fête des garçons. C’est intéressant de voir comment, à l’époque Meiji, les vertus guerrières jusqu’alors, comme dans toutes les sociétés, réservées à un petit groupe, au Japon les samurais, ont été utilisées et inculquées dans toutes les couches de la société afin d’assurer l’efficacité du contrôle social et politique des masses. C’est cela que les américains ont laissé en place.

    Ils n’ont pas compris que les Japonais sont maitres de changer la forme sans toucher au fond. Or, ce fond était de création récente, inspiré de l’Allemagne Bismarquienne. Ils ne s’attaquèrent qu’à l’apparence, le culte officiel de l’empereur divinisé construit sous Meiji pour assoir une autorité impériale affaiblie et oubliée depuis près de 700 ans de pouvoir militaire de plus en plus centralisé et administratif (encore plus si on considère le pouvoir sans borne des premiers ministres Fujiwara à partir du Xe siècle), et délaissèrent ce qui constitue l’âme même de l’esprit japonais, l’importance accordé au Geste. Ils ne purent donc saisir quels pourraient être les gestes qui perpétueraient le culte d’un empereur totalitaire divinisé. D’années en années se sont glissés ainsi des “gestes” en apparence anodins, mais qui représentent tous pris dans leur ensemble l’armature du Japon nationaliste. Prenons la journée de la “date de Fondation du Japon”, attribuée à l’empereur Jinmu citée plus haut. Non seulement cet empereur n’existe pas, non seulement il remonte la fondation du pays à une date où il est strictement impossible qu’il ait été créé (permettant d’assoir un discours de prédominance sur d’autres civilisations), mais en plus cette date est de plus en plus considérée d’une grande importance. Quel contraste avec la très grande discrétion accordée à la journée de la Constitution, laquelle, dans l’ordre des choses, devrait revêtir l’allure de fête nationale.

    Mais voilà.
    La constitution démocratique approuvée par referendum en 1946, produit de laborieuses négociations entre l’entourage de l’empereur, les forces américaines d’occupation et la gauche japonaise (qui voulait aller plus loin et envisageait de juger l’empereur pour les crimes commis en Asie et contre le peuple japonais), a très vite été considérée par la droite japonaise comme un produit d’importation. Toute l’histoire politique du Japon depuis 1945 est l’histoire d’un lent grignotage des acquis sociaux, des acquis politiques et syndicaux. Parmi les procédés, faire du jour de promulgation de la constitution un simple jour férié, et d’une journée prise de façon aléatoire selon une méthode de calcul héritée de la Chine des Han une date fondamentale relève d’une manipulation politique majeure. Les jeunes Japonais, s’ils ignorent quand est le 憲法の日, n’ignorent en rien ni l’hymne japonais hérité du Japon Impérial, ni la journée “de la fondation du Japon par l’empereur Jinmu”.
    Nous fêterons donc demain l’anniversaire de l’empereur Showa, sous les auspices de la verdure…
    Certains, bien entendu, me reprocherons une obsession régulière sur cette question. Ce n’est pas une obsession, c’est une exigence. S’il n’avait que ses crimes pour lui, je haïrais ce pays, je haïrais ce peuple, je haïrais cette culture. Mais justement, comme l’Allemagne, les crimes commis par le Japon sont une exception durant sa longue histoire. Pour faire du mauvais Montesquieu, j’aurais presque envie de dire qu’il fait trop chaud au Japon pour faire la guerre. Bien sûr, il y a eu des guerres civiles sanglantes, mais rien de bien exceptionnel, le même type de guerre que chaque pays connait durant un processus d’unification politique. Et dans le cas du Japon, comme il s’agissait d’une île, le processus ne pouvait s’achever qu’une fois l’île totalement soumise à un pouvoir central, ce qui fut fait avec les Shôgun Tokugawa, au début du XVIIe siècle. Vous me direz, l’Angleterre. Mais dans le cas de l’Angleterre, l’installation des Saxes a été très sanglante, et par la suite, la domination d’un groupe “Français” a eu tôt fait d’unifier l’aristocratie. Mais il me semble bien que l’on pourrait compter la guerre de cent ans parmi les épisodes de guerre civile anglaise, malgré le fait qu’elle prit place hors d’Angleterre : nombre de seigneurs de France suivirent Edouard III, et d’autres épousèrent la cause des Plantagenets, comme l’Aquitaine. Seule une guerre pouvait départager les contradiction de ce qui aurait pu devenir un Royaume unique partagé par une mer, et qui n’était pas une guerre d’invasion, mais une contradiction majeure du droit féodal. Il fallut toute la ruse d’abord, puis les talents de légistes (les aristotéliciens de l’Université de Paris en particulier), pour bâtir une légitimité nouvelle qui prendrait, en France, l’apparence de l’Etat et de sa permanence à travers ses institutions et l’impôt : il est incroyable de voir que l’unification s’est refaite suite à l’”aventure Jeanne d’Arc”, aventure qui a permis le sacre de Roi devenue la clef de voûte d’un édifice constitutionnel désormais solide et sacré. Ce n’est pas la guerre, qui a défait les Anglais, c’est l’état.
    Pour le Japon, quand l’unification fut réalisée, les Tokugawa bâtirent un état. C’est seulement à cette époque que, pour assoir leur autorité, ils esquissèrent ce qui deviendraient le culte impérial. Cependant, au même moment, ils désarmèrent les militaires et firent des samurais de simples serviteurs armés. Le Japon n’est donc pas plus le pays des samurais que la France est le pays des chevaliers. Leurs valeurs, leur code d’honneur ne pénétrèrent pas la société.
    Le Japon est traditionnellement un pays de pêcheurs et d’agriculteurs, le développement des villes généra une classe de marchands et le besoin de luxe des puissants fit fleurir l’artisanat. Le kabuki raconte à merveille ces monde mais à aucun moment on n’y trouve une généralisation des valeurs guerrières. Seuls les samurais y sont des samurais. Les marchands s’y éprennent de courtisanes et ruinent leur famille avant de se suicider, seuls ou avec leur belle, ils y sont parfois bannis par leur famille pour la même raison. Les courtisanes y sont, elles, amoureuses ou calculatrices : elles meurent alors assassinées avant que leur amant ne se tue, déshonoré. On a écrit que Chikamatsu était le Shakespeare Japonais, et c’est vrai. Et justement, lire et voir Chikamatsu, c’est comprendre l’âme des villes de ce pays avant le grand lavage de cerveau opéré à la fin du XIXe siècle.
    Alors, seulement à ce moment là, avec l’aide de l’école et de la conscription, naquit ce nationalisme particulier, qui fait que “les fruits japonais sont les meilleurs”, “le riz japonais est différent”, “l’Empereur est un Dieu”, etc, qui a la vie dure et dont on dirait que rien, aucune réalité, aucune évidence ne vient le remettre en cause. On vous dira ici que les Chinois et les Coréens n’aiment pas les Japonais, “à cause de la guerre”, mais très peu auront connaissance de ce qui fut accompli par les nationalistes au temps de l’empereur Showa, épandage du bacille de la peste sur des populations civiles pour voir comment ça fait, expérimentations médicales sur des civils, greffes de têtes, de jambes, injections de produits divers, viols de 200 à 300 milles femmes coréennes déportées au Japon et offertes aux soldats comme “femmes de réconfort”. Les Japonais n’ont pas été en reste, en tant que victimes. Assassinats politiques inaugurés par l’assassinat du premier ministre en 1931, assassinats et enfermements de syndicalistes, socialistes et communistes, censure des écrivains et des cinéastes, guerre bien sûr, et on pourrait compter les morts de Nagasaki et Hiroshima parmi les victimes du nationalisme.
    Si tout cela cessa à la libération, qui fut accueillie en fait en triomphe par une population délivrée par une défaite, après que les médias et l’état se soient obstinés à parler de victoire quand Tôkyô brulait sous le napalm, les vieilles méthodes resurgirent dès les années 50. Les yakuzas purent aider à casser les grèves, nombreuses, et on (re)commença à accuser la gauche d’anti-national. L’esprit du temps était pourtant encore à la démocratie, la guerre était trop proche. Mais quand la forte croissance commença à produire ses effets, la jeune génération de Baby boomers se contenta de travailler et consommer. L’élite, elle, verrouilla progressivement les médias. Le Japon est aujourd’hui un pays amnésique de son histoire, de sa propre culture. C’est à travers quelques gestes simples que l’élite a réinstallé petit à petit sa propre vision. Obéir. Respecter les dieux du Japon et aller au sanctuaire. Ne pas parler de l’empereur. Le shintô officiel a gagné. La religion d’autrefois a presque disparu de partout.
    Demain, nous fêterons un mensonge. Journée du vert, qu’il s’appelle. Moi, j’irai me promener au soleil.
    De Tokyo,

    Madjid

    AJOUT
    On m’a envoye ce commentaire sur le みどりの日, qui a ete deplace en 2007 au 4 mai. Merci pour les deux commentateurs de ce billet. Aujourd’hui est bien, donc, officiellement, le jour de l’empereur Showa.
    “Juste une petite precision, depuis 2007 みどりの日et昭和の日 sont bien distincts. En 1989, a la mort de l’empereur, il devint impossible de feter le 天皇誕生日 car l’anniversaire du nouvel empereur etait le 23 decembre (tres logique me diras-tu), on decida donc d’appeler ce jour 昭和記念日 ou un truc dans le genre, mais l’opposition s’y opposa (encore logique) et on adopta le terme passe-partout みどりの日. Cependant, par la suite de nombreux textes de loi furent proposes pour separer ces deux jours feries (celui de 昭和 et de みどり) cela passa a l’assemblee en 2005 pour devenir effectif en 2007. On fete donc desormais みどりの日 le 4 mai. Ouais !!! Ca pourrait etre une occasion pour fumer de la “bonne verte” sur les pelouses de shinjuku-gyoen mais ce ne sera pas demain la veille.
    Voila, desole pour cette eclaircissement un peu tordu,
    Djamel”