Posts published on "mars 2011"

Ma vie à l’ère radioactive

Je me censure, excusez-moi… J’avais commencé à écrire un truc, et puis non, ce n’est pas…
Et puis tant pis, je vous le mets en annexe car je n’aime pas me brimer, garder sur le cœur. Et comme ce blog est avant tout mon journal, il faut bien que… Enfin oui, quoi, non! Je ne peux pas me censurer. Combien de billets ai-je écrit, et que je n’ai pas publié, simplement pacte qu’au dernier moment j’ai pensé que ce n’était pas super, et que je ne voulais pas rabâcher, et me répéter, et patati et patata… Mince alors! Ce n’est pas facile d’écrire en transparence, en direct, ne pas avoir honte d’être mal compris, d’être jugé. De paraitre pédant parce que je donne un point de vue sur le monde malgré le très faible poids que je pèse dans ledit monde. Est-ce de ma faute s’il me faut écrire ce qui me passe par la tête, et si je me sens obligé de le partager, non pas parce que je suis le centre du monde, mais simplement parce que c’est le contrat que j’ai passé avec moi même, et passé avec vous. J’aimerais parfois tellement avoir un blog Japon, parler des derniers jeux vidéos, des maids et de la nouvelle variété de thé en bouteille que tout le monde va s’arracher à ce qui se dit à la télévision. Est-ce ma faute si j’en suis simplement incapable?
Rentrer en France. La pensée en a effleuré plus d’un. Rentrer où, me dis-je. Pour quoi faire. Et si demain une des centrales située à proximité de Paris connaissait des problèmes, où donc fuirais-je. Non, rentrer n’est pas une solution. Ici, j’ai mon chez moi, avec mon lit acheté en décembre, et mes espoirs cachés mais bien présents de déménager prochainement dans le quartier de Yanaka ou de Iriya.
Faire du Japonais. J’ai ressorti des livres. Incroyable comme mon japonais s’est appauvri. C’est normal, je ne lis pas. De sérieux efforts à faire. Ça tombe bien, sur D-Addict, il y a tout plein de feuilletons des années 80. Anthropologie bulliaire et immersion totale en perspective, assortie à une replongée dans le Kanji et Kana et dans un de mes livres de grammaire. Terrible nécessité.
« Vous n’êtes pas parti? ». La question de la semaine, égrenée du décompte des français restant et de l’histoire du mail de l’ambassade de France qui a fait le tout du web japonais. Assortie d’une piqure de rappel sur Nicolas Sarkosy et l’histoire du sumo il y a 5 ans, « il faut être stupide pour aimer le sumo« . Les Japonais ont une sacrée mémoire. « Pourquoi les Français n’aiment pas le Japon« . La question qui fait mal.
« Le Japon est un pays fort ». La publicité en boucle à la télévision, avec les SMAP, ou bien des joueurs de football. Je ne la supporte plus. Encore ont ils eu la délicate attention de supprimer le jingle à la fin. Ça donnait envie de balancer la télévision par la fenêtre, et les plaintes ont été très nombreuse. Nippon! Nippon! Le pays blessé panse sa plaie à sa façon.
Le plutonium. C’est le truc du jour. Malgré tout ce qu’ils ont entendu jusqu’ici, les Japonais absorbent la communication gouvernementalo-industrialo-médiatique. C’en est incroyable. Les parents de Jun étaient inquiet… Qu’il soit viré car il s’était absenté du travail 4 jours. Les radiations? Non! Mais le plutonium, visiblement, ça parle plus que césium. En tout cas, ça fait la une des journaux.
Le black out. La tendance du moment, avec moi en fond qui croise les doigts pour qu’on passe enfin à l’heure d’été. Cela ferait baisser la consommation d’électricité de 5%. Or, avec l’arrivée de la chaleur et, pire, de la saison des pluies, avec son air humide et moite, on craint une véritable pénurie d’électricité à cause de la climatisation. Mais les paysans constituent un sacré lobby. Et le gouvernement actuel est de la plus pure fabrique post bulle : une bande d’incapables sans volonté politique. En attendant, les vitrines sont éteintes, le métro est sombre, Ginza est éteinte le soir.
Hoshano, les radiations. Le mot clef. Samedi, en faisant les courses, j’ai vu une magnifique pile de poivrons, 10 yen le poivron. Autant dire que c’est donné, c’est généralement au moins 100 yens les 5 (pour information, les poivrons sont, ici, minuscules). Origine? Ibaraki. Tout s’explique… 10 yens la bonne rassade de césium, c’est vrai que ce n’est pas très cher. En tout vas, ni moi ni personne n’en a voulu, hier, ils y étaient encore. Un peu défraichis.
L’eau. Incroyable comme un truc aussi banal que l’eau peut devenir en un coup de hoshano une denrée rare, bien plus que l’or et les diamants qui continuent de d’exhiber dans les vitrines de Ginza. À priori, c’étaient bien les pluies d’il y a deux semaines qui ont pollué l’eau de Tôkyô, mais tout est semble t’il redevenu normal. En attendant, il est impossible de trouver une seule boutique dans les magasins. Du thé, du jus d’orange, mais pas d’eau.
Le masque. Ne vous moquez pas de moi, ne vous moquez pas de nous. On est nombreux à le porter. On ne sait pas trop si c’est contre les pollens ou contre les hoshaseibushitsu (particules radioactives), peut être un peu les deux…
La télévision. Grande nostalgie des conseils anti-radiation vus sur la NHK il y a deux semaines. Mettre des gants, un anorak et des bottes, une capuche, porter un parapluie et mouiller une serviette puis s’en recouvrir le visage : très efficace contre l’ingestion et l’inspiration des particules. On se demande pourquoi les employées de TEPCO ressemblent à des cosmonautes quand une simple tenue d’alpiniste peut faire l’affaire… Ça passait en boucle. À vous donner envie d’une interdiction universelle de la télévision…
TEPCO. Vous ignoriez quel était le nom de la société à laquelle je payais mon électricité chaque mois. Vous avez donc fait connaissance avec Tôkyô Denryoku KK, 東京電力株式会社, appelé en Anglais Tokyo Electric Power. Le pouvoir électrique de Tôkyô… Encore une société qui se serait passé de faire parler d’elle. Et malgré toutes les fraudes, irrégularités, incompétences, dissimulations, une majorité de Japonais continueront de vous dire qu’au Japon, on travaille bien.
Mon travail. Ras le bol mais, incroyablement, plein de nouveaux élèves. C’est qu’il y a nettement moins de français, et beaucoup d’Américain ou d’Anglais sont partis. Combien d’écoles vont fermer? Pas la nôtre, en tout cas.
Le Kansai. Nouvel eldorado qui va tout faire pour ne pas laisser passer sa chance. Pas tous les jours que Tôkyô est à ce point fragilisé.
La normale. Le truc auquel on pense tous, tout en sachant que ce ne sera jamais plus comme avant. Les coupures de courant et ce côté sombre partout nous le rappelle. Dimanche, à Ginza, plein de gens, peu d’étrangers, mais des magasins pleins. Oublier, faire du shopping? Je ne sais pas. Envie de printemps, peut être…
Les cerisiers ? C’est pour cette semaine.
Ma vie à l’ère radioactive est exactement la même qu’avant. Plus au nord, pourtant…
De Tôkyô,
Madjid

La vie au temps du nucléaire (billet que je ne voulais pas publier)
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=LkohFjWHF-Y]
Grand soleil sur la ville, enfin. Partout, les bourgeons de cerisiers sont énormes, comme prêts à exploser des milliers de fleurs en retard cette année d’une bonne dizaine de jours. Grand soleil et puissant soleil, enfin. Enfin, enfin, enfin. Le temps si beau depuis le début de l’année est devenu si triste depuis le séisme. Nous accueillons ce temps qui réchauffe les coeurs, encore un peu lourds. Plus au nord, la catastrophe continue, les ravitaillements sont encore rares, difficile, les manques importants malgré la très généreuse aide internationale que la bureaucratie bloque des quatre fers. Du riz a été refusé, des médicaments retournés dans leur pays, des couvertures dédaignées. Les prétendues élites préfèrent une population affamée, éventuellement secourue par des yakuzas, à une aide internationale, trop comme-ci et pas assez comme-ça. Mon étudiante Marie me confiait hier son mépris pour ces élites qui sacrifient les gens et enferme le pays sur lui-même, voyant dans tout ce qui vient de l’étranger comme mal venu, suspect. Lamentable.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=boS0ciB7Mc4]
À la télévision, ici, on continue de compter les morts, moins de 10.000 et les disparus, plus de 15.000, alors que tout le monde sait désormais que le bilan définitif avoisinera bel et bien la somme des deux. À la télévision, de toute façon, tout est désormais redevenu normal. Le feuilleton nucléaire et des reportages sur les lieux sinistrés dominent l’actualité, en alternance avec les conseils pour limiter la consommation d’énergie. Mais encore cette couverture des deux catastrophes, la civile et la nucléaire, est elle partielle, incomplète et frise parfois le ridicule. Ainsi, certains journalistes ont encouragé la consommation d’algues pour éviter la contamination à l’iode 131. D’autres ont rappelé avec sérieux que les légumes n’étaient pas trop dangereux, mais que leur interdiction avait été guidée par l’esprit de précaution. Tonalité toutefois différente sur la NHK, plus grave et plus sérieuse : la chaîne publique ne vit pas de la publicité, celle, notamment, de TEPCO. Et puis surtout, depuis le début de la catastrophe, le NEW YORK TIMES diffuse des informations qui sortent au Japon avec un retard étonnant. Il y a bien le black out de l’électricité, mais il y a également le black-out de l’information. Car les intérêts croisés sont nombreux. Le gouvernement couvre TEPCO pour protéger le puissant syndicat de l’électricité. 
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=Y77pEQLV9c4]
C’est seulement par hasard qu’on découvre, ainsi, que certains des travailleurs, sur le site, ne sont pas des salariés de TEPCO, mais de sous-traitants. Alors je me pose la question : et si cela se passait en France, cela serait-il différent? Et ma réponse est venue très naturellement : non. Avec une différence de poids, toutefois. En France, nous avons des organisation non gouvernementales, des associations, voire des mouvements politiques plus vivants, insérés dans des organisations internationales qui contrebalanceraient des informations officielles. Au Japon, l’information indépendante a du mal à percer et elle est souvent présentée comme « étrangère », ce qui est, au Japon, l’argument massue, entretenu par le lavage de cerveau opéré très tôt à l’école et ventant l’exception japonaise. J’ai adoré, dans le Yomiuri, un argument d’un officiel au sujet du refus d’accepter du riz thaïlandais, « bien souvent, quand ils ont le choix, les réfugiés préfèrent les produits japonais ». Ouais, même quand on meurt de faim, n’est-ce-pas…
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=nnltXhWpCsw]
Je pensais que le Parti Démocrate mettrait fin à cette idéologie chauvine, je m’aperçois qu’ils sont pareils que le Parti Libéral-Démocrate. Leur idée du Japon passe avant les Japonais.
Imaginez, TEPCO a perdu une semaine car ils voulaient protéger les réacteurs pour pouvoir les utiliser de nouveau par la suite.
Imaginez, le Premier ministre a été quasiment invisible pendant 10 jours, ce qui lui a valu une sérieuse attaque ce matin à l’assemblée nationale.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=5HaOZze93qs]
Imaginez, l’armée et les pompiers de différentes régions interviennent sur place, mais agissent sous les ordres de TEPCO, une entreprise privée, dont nous constatons depuis deux semaines l’incompétence après avoir eu les révélations des dissimulations et fraudes à la sécurité sur le site de Fukushima.
Imaginez, TEPCO au bord de la faillite, qui reçoit des crédits garantis par l’état, pour plusieurs milliards, à des taux bonifiés, alors que la société, dont les multiples fraudes sont avérées, reste privée, ses principaux actionnaires intouchables.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=MGmK_Gu8ARQ]
Cela fait froid dans le dos… Et donc, désormais, nous vivons avec le nucléaire. Je veux dire par là, avec les radiations. Mon vocabulaire s’est incroyablement enrichi. 放射能 , radiation, 放射性, radioactif, 放射性物質, particule radioactive, 爆弾, explosion, 原発, centrale atomique, ヨウ, iode, セジウム, césium…
Tôkyô 2011, une aventure moderne.
Note : j’alterne avec les publicites AC qui rythment les programmes de television, en boucle, depuis 2 semaines et demi)

La peur des cerisiers…

Le dimanche qui suivit le tremblement de terre fut une belle journée. Il faisait grand soleil, alors Jun et moi allâmes nous promener dans Kôto-ku avec un peu d’appréhension, car la terre n’arrêtait pas de bouger, et qu’en plus un premier réacteur à Fukushima venait d’exploser. Mais pour cet après-midi, nous voulûmes nous sortir la tête des images de la télévision, oublier les secousses, les possibles répliques, plus ou moins violentes, ainsi qu’une possible catastrophe. Cela faisait deux jours que je ne parvenais quasiment pas à dormir, angoisses, secousses, incertitudes et traitement mêlés. Il faisait beau sur Kôtô-ku, un grand soleil, et cette lumière d’un avril de France ajoutait à ce semi-printemps que coloraient les fleurs de pruniers.
Deux semaines aujourd’hui ont passé depuis le tremblement de terre. Et ce matin, pour la première fois, j’ai enfin fait un peu de ménage, je veux dire, du vrai. J’ai rangé les livres que j’avais entassé à la va-vite quand j’étais rentré vers minuit et demi après, comme tout le monde ici, avoir fait 30 kilomètres dont la moitié à pied, épuisé, avec mes amis, connectés à Facebook, qui m’encourageaient, me permettant de ne pas abandonner cette terrible et longue traversée, accomplie un temps à contre sens, donc avec personne à mes côtés, incroyablement seul. Rentré épuisé, j’ai découvert mon étagère à côté de mon bureau, avec ses livres et la grosse imprimante, déplacée de 50 centimètres au moins. Mon appareil photo était par terre mais, par miracle, l’ordinateur, quoi qu’à une place différente, n’était pas tombée. Tout était comme déplacé, peu, mais suffisamment pour donner l’impression qu’un visiteur était passé là, en recherchant quelque chose qu’il n’était finalement pas parvenu à trouver. Dans ma cuisine, mon micro-onde avait bien bougé de 20 centimètres, il en avait fallu de peu pour qu’il tombe. Ma carafe Brita s’en était sortie, je ne comprends toujours pas comment. Le gaz était coupé, il me fallu le ré-enclencher, dehors. C’est seulement à ce moment là que je découvris le désastre dans le Tôhoku. Les secousses continuaient. Je passai sous la douche, me brossai les dents et me couchai vers deux heures, mais ne parvinssent pas à trouver le sommeil. Mes jambes étaient lourdes de cette marche, de ma station debout dans le bus que je parvins à trouver enfin, et qui n’avançait pas, et puis cette foule qui marchait et que je finis par rejoindre car rester dans ce bus où il faisait si chaud m’épuisait. Mon traitement, enfin, ajouta à la sensation de malaise, amplifia les secousses qui ne cessèrent pas. Le samedi matin, je partis travailler, épuisé, mais il fallait bien. Le métro était complètement désorganisé, j’arrivai avec 15 minutes de retard. J’enchainai 5 leçons, quittai à 16 heures. Je ne parvins pas mieux à trouver le sommeil la nuit suivante, mes rêves étaient étranges. C’est le médicament qui fait cela, je le sais, mais ils laissaient une emprunte très forte au réveil, un peu comme s’ils recelaient quelque message secret. Cette promenade dans Kôtô-ku fut un délice. L’après-midi du tremblement de terre, le temps qui était au soleil le matin vira au gris, nous eûmes même de la neige fondue, du vent glacial. Et si le dimanche après fut ensoleillé, dès le lundi, nous entrâmes dans un temps gris, froid voire glacé, qui ne nous a vraiment quitté que ce matin. À Kyôto, nous avons eu de la neige. Ce temps ajoute à la désolation à Tôkyô, et renforce la détresse des gens du nord.
En sortant de chez moi, tout à l’heure, j’ai regardé le soleil, le ciel bleu. Monté sur mon vélo, j’ai vu les fleurs violettes devant la maison d’une voisine briller à la lumière, leur couleur était éclatante et donnait à cette maison des allures de printemps. J’ai alors vu le Sky Tree qui vient enfin d’atteindre ses 634 mètres. Et soudain, je n’ai pas pu m’empêcher de penser, « et après? ». Comme si ce printemps était quelque chose qui nous était refusé cette année, et que tout ce qui s’était passé ici depuis deux semaines était le signe annonciateur d’une autre catastrophe, encore plus grande. À Tôkyô, nous apprenons à gérer la crainte. Les rues sont vides le soir. L’eau, dans les magasins, est dévalisée dès le matin. En discutant avec mes élèves, il y a une sorte d’inquiétude qui est là, diffuse. Pas spécialement la centrale. Quelque chose de plus complexe et que je résumerait ainsi : est-ce que c’est fini, ou pas?
Concernant la centrale atomique et ses dégagements toxiques, on s’y habitue. Pour le moment, le risque est assez limité, le MOX relâche ses particules lourdes dans les quelques kilomètres qui entourent la centrale, les gens ne pourront pas rentrer chez eux. À Tôkyô, les produits venant des alentours sont boudés, on leur préfère les produits de Kanagawa, de Shizuoka. Le drame des agriculteurs du nord, même dans les coins où les radiations restent très infimes, ne fait que commencer. La solidarité des Japonais aura une limite exprimée en becquerels. La pollution de l’eau, assez inquiétant il y a trois jours, semble avoir été causée par le temps pourri et les pluies du weekend. On est revenu à des doses plus correcte. Personne n’est en danger, même si l’exposition reste 4 fois supérieure à ce qu’elle était en temps normal avant l’accident, à Tôkyô. Plus au nord, il faut vraiment souhaiter que tout cela s’arrête vite car je doute que de tels niveau, pendant un an, soient très bons pour la santé (voir liens à gauche). La mer, également, est désormais belle et bien polluée. Et comme toujours, le réacteur numéro 3 est toujours aussi difficile à maitriser.
Un étudiant, hier, qui m’a parlé pendant 40 minutes du séisme, m’a dit en me quittant que cette année, personne ne parle des fleurs de cerisiers. Oui, peut être est-on superstitieux, on ne veut pas en parler, de peur qu’une autre catastrophe ne vienne ruiner notre tentative de reconstruire notre bonheur après cette catastrophe.
Je suis d’un naturel souriant, et optimiste. J’ai lu deux articles vraiment revigorant que vous pourrez consulter en visitant mes twits d’hier et mon activité sur Tumblr. L’un, dans The Economist, voit dans cette catastrophe la possibilité d’un renouveau du Japon, d’une chance de clore définitivement le cycle amorcé en 1990 avec la chute de la bulle. Je suis parfaitement d’accord avec lui, et je rajouterais que le Japon va enfin se libérer de l’angoisse d’un grand tremblement de terre à Tôkyô, attendu depuis plus de 15 ans. Ça y est, peut être peut on nous considérer débarrassés pour 50 ans. Cet état d’esprit va certainement prévaloir dans les mois qui viennent. Il y aura un avant, et il y aura un après. Il ne manque plus qu’une chose, mais la pudeur m’empêche de dire quel événement marquera définitivement l’entrée dans un cycle nouveau. Si vous connaissez le Japon, vous savez de qui et de quoi je veux parler.
Le deuxième est un article de Ryu Murakami, paru dans le New York Times et traduit par Courrier International. C’est la première fois que cet écrivain emploi le terme d’espoir, et c’est à noter. Et moi aussi, je veux espérer. Pas seulement « m’accrocher », comme nous y invitent ces insupportables publicités AC à la télévision, dégoulinantes de solidarité et de gentillesses médiatiques et suintant le nationalisme misérabiliste, « on s’en sortira », tournant en boucle et renforçant le sentiment de pays à l’arrêt. Mais vraiment espérer, comme le dit l’écrivain. Qu’enfin ce pays tourne la page d’un passé mort depuis longtemps et se donne les moyens de regarder devant, et de profiter de la reconstruction du nord, dévasté, pour se réinventer, comme il a su déjà, dans son histoire, le faire si bien.
Les cerisiers auront, cette année, la couleur de cette attente, la saveur de cet espoir.
De Tôkyô,
Madjid

De Pays, d’hommes et de femmes

Namazu, le gros poisson chat qui dort sous le Japon et se réveille parfois très brutalement.

J’avais commencé à écrire, sur le Japon. Vous savez, ce truc à la mode que tout le monde aura oublié dans 15 jours, au profit de la guerre en Libye, d’un remaniement ministériel ou d’un nouveau film en 3D. Je ne le reproche à personne, c’est la vie qui est comme ça, et à Kyôto, si partout on pouvait croiser des moines ou des volontaires demandant un peu d’argent en solidarité avec les victimes du tsunami, la vie autours avait quelque chose de presque indécent. Les magasins regorgeaient de gâteaux à la crème comme les japonais en raffolent, je veux dire, avec plein de crème fraiche et des fraises. Les supermarchés, les vitrines frôlaient l’indigestion de trop de tout, de réclames et de clients difficiles, regardants et parfois méprisants, c’est trop comme-ci et pas assez comme ça. Les jeunes filles revêtaient les kimonos que l’on porte pour les cérémonies de diplômes dont la saison battait son plein, on en voyait partout, et le soir on les retrouvait dans les restaurants où ils riaient à gorge déployée.
J’ai pensé que ce doit être un peu chacun son tour. En 1995, Kôbe pleurait ses morts, on devait continuer à vivre dans le Kantô. Je crois que les Japonais acceptent la vie comme elle est, la nature a façonné un esprit d’acceptation. Après tout, qu’est-ce qu’on peut faire d’autre… Je lis ici et là qu’ils sont courageux, non, ils vivent ici, et il n’y a pas d’autre solution. Quand le gros poisson qui est sous le Kantô bouge, eh bien, il n’y a rien à faire. Murakami Haruki s’est une fois, dans un rêve, battu avec le gros poisson, lui a réglé son compte, mais ça n’a pas suffit. Le gros poisson s’est réveillé et a du se taper la tête sur la grande plaque qui longe, au nord, et il a sursauté. Il a du avoir peur, car après il n’a pas arrêté de se débattre. Il a livré les hommes à sa détresse.
Seul, face à ces gigantesques statues venues d’un autre âge et représentant la Kannon, j’ai prié pour ces gens. Je sais, ça ne sert à rien. Mais quand on les regarde, à la télévision, raconter leurs doutes, leurs pertes, le froid, avec la résignation dans la voix, et par moment une larme qui pointe, ô oui que c’est injuste. Voilà une région rurale, ils avaient tout fait comme il faut pour se concilier les Dieux.


Beautés d’Akita, 秋田小町
Ils étaient allés au sanctuaire pour le nouvel an, après avoir bien fait le grand ménage à la fin de l’année. Ils avaient chassé le démon de chez eux et accueilli la chance au début de février, 鬼は外、福は中. Ils avaient porté haut et fort le mikoshi de leur sanctuaire, やっしゃいやっしゃい, chanté les anciennes chansons du Tôhoku, min’yô, et bu du saké tous ensemble en honneur à la communauté.
Les Divinités du Japon aiment boire et chanter.

Ils avaient accueilli les âmes des morts en juillet, et leur avaient demandé de bien vouloir rentrer peu après. Ils étaient allés rendre visite dans les temples vers chez eux. Ils avaient planté le riz, cueilli les kakis, les pommes et les nashi. Ils attendaient le printemps en regardant les fleurs de prunier comme je le fais moi-même. Ils avaient la gentillesse même des gens de pays (je vous l’ai déja dit, je hais la province et les provinciaux, ce réservoir à classes moyenne, j’aime les pays), beaucoup de simplicité, une petite maison, des pêchers et la rizière. Ils votaient à droite pas parce que c’est mieux, mais parce qu’ils ne veulent pas que le temps aille trop vite et bouscule tout. Ils allaient parfois au patchinko, et les hommes, parfois, fréquentaient les filles devant la gare, ou le petit snack vers chez eux. Ils y côtoyaient la Mama-san, une vieille femme à la voix éraillée par l’alcool et une jeunesse de patachon, ou une okama, une vieille travestie qui donnait à manger aux chatx du quartier dans la journée. Ils avaient un quotidien au ralenti, fait de proximité, avec le fils et la fille partis au loin, à Tôkyô, étudier ou travailler. Ici, c’était la campagne.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=Y5mLtyoUbWo]

Célèbre chanson de pêcheur du Tohoku, du département de Miyagi, très durement frappée vendredi 11 mars

Quand le gros poisson a commencé à bouger, ils ont éteint le gaz, ouvert la porte, se sont réfugiés sous la table, sous le bureau. Le sol les a secoué, les a fait tomber, ils ont prié les Dieux, ils ont eu peur, ils ont distrait leur esprit comme ils ont pu pour ne pas penser à la mort. Et puis ça s’est calmé. Beaucoup étaient sortis. Les maisons avaient tenu, ils étaient en vie. Il y a eu une nouvelle secousse très forte, et cette fois la peur a du les saisir. Mais ils ont tenu bon, le poisson finit toujours par se rendormir, on lui offrira du mochi au sanctuaire à côté, ça le calmera. Tenir. Les alertes au tsunamis ont commencé à sortir dans les villes, en bord de mer, mais les ont ils entendu, dans les terres, plus loin. Qui pouvait imaginer. 10 mètres. 20 mètres. 30 mètres. Sur 1, 2, 3 et jusqu’à 5 kilomètres. Les photos du mariage de Shige, le scooter de Tarô, les chats et Mama-san, le snack et les fleurs devant, la station service des Yamada et la voiture neuve de Yuriko, la maison de madame Sawada et les photos de ses enfants et ses petits enfants, l’imprimante couleur et l’appareil Nikon achetés la semaine dernière sur Roppingu par le vieux Kenta, tout, tout a été emporté, noyé, effacé, avec les rizières, les kakis et les arbres à nashi, les bateaux de pêche. Tout. Et des milliers d’êtres avec, effacés, pas encore retrouvés. Tout. Tout a disparu. Balayé.
À la télévision, on voit ces images de familles errantes au milieu de débris au formes absurdes, voiture écrasée au troisième étage d’un immeuble à moitié entrée par une fenêtre, ou perchée sur un arbre, toiture renversée au dessus d’une montagne de bouts de n’importe quoi, bateau rivé à une voie de chemins de fer aux rails étrangement tordus… Le spectacle du week end dernier était encore plus étrange, recouvert de neige qui tombait à gros flocon et faisant ressembler cet apocalypse en une immense prairie blanche avec des trucs bizarres qui dépassaient, et des êtres errants au milieu, en survêtement, une couverture sur les épaules et les cheveux hirsutes.
Dans ce monde arrêté, des gens entassés dans des écoles, des militaires et des sauveteurs dépassés par l’ampleur de la dévastation, des routes impraticables gênant l’arrivée de la nourriture, de l’eau, de secours. Au début une ration de biscuit par jour, et depuis deux trois jours, trois repas à faire rêver les candidats au régime Mayo, mais avec, quel progrès, enfin un peu de repas chaud, des nouilles déshydratées. Le riz ne poussera pas cette année, et le sanctuaire a disparu. Le froid gerce les mains et fait craquer les lèvres. Une vieille femme interrogée ne peut rien dire d’autre. J’ai froid, et c’est long. Silence. Une autre a le regard perdu. Une troisième raconte son bonheur de pouvoir enfin boire du thé chaud, et de ne pas être seule. Sur une autre chaine, une femme lave sa maison, ouvre les fenêtres. Il ne reste plus rien, les murs sont dégueulasses, mais elle ne cache pas son émotion. Je n’ai pas tout perdu. En zappant, on voit poindre la peur d’une épidémie de grippe. Beaucoup de gens sont âgés.
À tout cela s’ajoute les déplacement de ceux qui vivaient dans le périmètre autours de la centrale où la catastrophe nucléaire est en cours. Celles et ceux qui avaient survécu se voient désormais menacés par un mal invisible qui les empêchera, plus tard, de revoir leur chez eux, reconstruire le sanctuaire, visiter les morts et laver leur tombe. Un avenir fait de déracinement et de mobilome se profile, et encore cet avenir appartient-il à un futur que l’on devine encore assez lointain.
Mais si Tôkyô est touchée par une sorte de black-out doux fait de magasins à demi éteints, d’escaliers roulants arrêtés, donnant à la ville un aspect endormi très étrange qui met mal à l’aise car parallèlement la vie y continue, dans des rues et des restaurant déserts, rappelant que quelque chose de grave s’est passé, la vie à Kyôto est insouciante, légère, souriante. Les gens n’en pensent pas moins, mais ils le gardent pour eux. Le Japon continue. J’ai éprouvé une sorte de mal être pendant ces 5 jours, me demandant ce que je faisais la, et Jun aussi, et toutes celles et tous ceux qui se sont éloignés aussi. J’ai rapidement eu envie d’être chez moi. Yann m’a vite confié le même sentiment.
Malgre ce fort malaise pendant une semaine, cette visite a Kyoto a été un ravissement. Kyoto est ma seconde ville natale. Pierre, un lecteur de mon blog, m’écrivait une fois qu’il était re-né dans l’arrondissement de Sumida, vers Mukojima. Moi, c’est dans un petit sanctuaire. On était en aout 2003 et depuis ma contamination, je n’avait pas eu le temps de me poser, j’avais été animé par le seul désir d’avancer. Je m’étais alors épanché sur le renard, déplorant au fond de moi le froid de cette statue qui ne pouvait m’écouter, et je m’étais mis à pleurer. Ce sanctuaire était si calme, il y avait des mousses, j’entendais les insectes de l’été chanter. La même émotion très forte m’avait ressaisi plusieurs fois dans la ville, un sentiment de trop de beauté, de trop de choses à voir, à découvrir.  Pour toujours, le fils de travailleurs immigre Algérien, le fils du pauvre, la misère, les humiliations vécues par mon père, la cuirasse de ma mère pour assumer cette incroyable dégringolade sociale, tout cela en moi se dissipa. Mon père était si fier quand j’eu mon bac. Je me mis à pleurer en pensant à lui, à ma mère. Leur fils était au Japon. Il avait réussi cela. J’étais libéré, et ce sentiment depuis ne m’a pas quitté. Kyoto est ma seconde ville natale, j’y ai peut être séjourné en tout un total de 6 mois, c’est peu, mais j’y circule comme chez moi. Et j’y ai des habitudes. Cette semaine m’a donc ressourcé. A la fin de l’année dernière, ma sinusite me donnait de terrible maux de tête, d’accès de fièvre. Je n’avais pu finir la promenade à Fushimi. Là, ça a été un vrai bonheur…
Bientôt, les cerisiers vont refleurir. J’ai hier enseigné malgré un sentiment très étrange. Mais je me sentais incroyablement proche de mes élèves. L’une d’elle est allée à Ôsaka, avec son mari, dans sa famille. Cette histoire de centrale finira bien par s’arrêter. J’aurai alors en moi mes énergies de Kyôto. Et encore plus envie de gouter à cette incroyable culture des terres du nord dont je ne connais, hélas, que la musique.

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=kTrGw5NRdyM]

Musique du departement de Fukushima, où se trouve la centrale atomique polluant les départements alentours.

De Tokyo,
Madjid

Avant. Et après.

Tres vite pour commencer, et avec beaucoup d’impatience, le commentaire que j’avais censure et qui est reapparu ailleurs. Vous voyez, la censure ne sert a rien. Alors comme cet internaute qui lache sa colere contre moi, mon blog, mon ecriture s’est donne le mal de reposter son commentaire ailleurs, allons-y, en voici le lien sur Orserie.fr, il se pseudonomme Blaguy et a poste son message le 18 mars a 9 heures 10. Voila, c’est honnete pour lui et pour vous. Me concernant, comme disait Barbara, « Moi, j’m’en balance… »
Aussi quelques commentaires prenant parti contre moi et pour l’ambassade. Qu’on ne s’y meprenne pas, je n’ai jamais critique les personnes, j’ai juste exprime ma colere apres avoir recu mail exprimant un sauve qui peut, suivi d’une fermeture de ladite ambassade pendant deux jours. Enfin, certains m’avisent que concernant la radioactivite, je regarde trop la television francaise. Mon probleme est que je ne la regarde pas. J’ai donc mis les sources me permettant de me faire une idee. Il y a eu un tres bon billet ce blog. Excellent car il a reveille l’historien en moi, ou le « fouille merde » que l’on est quand on travaille en Back Office sur produits derives, et que l’on travaille bien. « investigation », qu’on appelle ca. Le billet est tres interessant car son auteur, Alex, y relate la reunion d’information organisee a l’ambassade de France en milieu de semaine derniere.
L’ambassadeur, un representant d’Areva et un membre de l’IRSN. On y apprend pas mal de choses. Le principe de precaution qui aurait dicte le mail dont je rapportais la teneur et qui a fait fuir des milliers de Francais sur les 9000 qui residaient au Japon. Que certains services sont relocalises a Osaka « par mesure de precaution ». Et que l’ambassadeur fait confiance aux autorites japonaises. La tonalite de la reunion etait a l’appaisement, a la relativisation de la menace. En gros, ce n’est pas un nouveau Tchernobyl, et la responsabilite incombe aux journalistes qui ont dramatise la situation a outrance, obligeant le gouvernement francais et l’ambassade a ajuster une strategie pour ne pas etre accuses de ne rien faire. Inciter les gens a partir. Distribuer des pilules d’iode. Mais en fait, meme en cas de deterioration de la situation, nous ne courerions aucun risque a Tokyo.
Ce billet, principalement inspire par le contenu de la reunion, a au moins l’aventage de concourir a calmer les esprits. Jun et moi sommes partis a Kyoto mardi 15 en comptant rentrer lundi 21, histoire d’avoir le recul, a savoir si ca empirait ou pas. Car si ca empirait, en fait, il y aurait certainement eu l’etat d’urgence. Moi, cela m’a laisse le temps de me documenter. Et d’arriver a une conclusion sensiblement differente de nos amis de l’ambassade, et qu’un « fait divers » en cours me confirme.
La structure meme de la centrale interdit en effet un scenario de type Tchernobyl. Ni les materiaux, ni la structure meme ne le permet. Plutot un scenario a la Three Miles Island. Voila qui est rassurant, et qui va dans le sens du discours de l’ambassade. La ou il y a un hic, c’est qu’il y a une difference entre Three Miles Island et Fukushima. Hormi le fait que cette centrale soit vetuste, que les USA ont demande a plusieurs reprises depuis 2001 son demantelement a cause de fissures maquilles et de rapports falcifies (ayant entraine des demissions importantes a TEPCO entre 2003 et 2005), cette centrale utilise depuis fevrier 2011 un combustible particulier, compose d’uranium recycle (retraite) et de plutonium, hautement instable (d’ou de tres hautes performances), le MOX. Un combustible produit par une societe Francaise, AREVA, qui en produit 95% de la quantite mondiale dans son usine MELOX. Ce combustible a la particularite de monter tres vite en temperature et de mettre beaucoup plus de temps a refroidir. Il est aussi hautement radioactif du fait de sa tres haute instabilite. A l’ambassade , il y avait un responsable AREVA dans la salle, a t’il parle de l’utilisation de MOX a Fukushima? D’ailleurs, on pourrait se poser la question : que vient faire un responsable d’AREVA dans une communication de crise ? Et savez vous que le principal souci dans cette centrale est le reacteur numero 3, le reacteur contenant 30% de MOX, que TEPCO ne parvient toujours pas a maitriser ? En parcourant le net, je me suis appercu que quand il s’est agit de poser la question a l’assemblee nationale, ce ne sont pas des experts, qui ont fait une declaration sur l’accident, mais la presidente d’AREVA elle-meme. Curieux melange ou le suspect se trouve egalement juge et partie, et expert.
Le nouveau discours dominant consiste a pointer l’incompetence des journalistes. Soit, ils ont exagerer, mais peut on leur reprocher d’avoir eu a l’esprit les deux grands accidents de l’histoire, a savoir Three Miles Island et Tchernobyl ? Depuis quand la diplomatie se calque t’elle sur l’opinion publique : si l’evacuation des ressortissants francais obeissait a une pure logique de « marketing politique » comme cela est suggere dans ce blog, c’est une honte ! Venant d’un gouvernement soit disant gaulliste, nous nous retrouvons dans la liquidations des restes politiques du president, a savoir une certaine idee de la France et de sa grandeur, en offrant aux Japonais une vision pas tres heroique de ses ressortissants. A moins que…
Je vous parlais d’un fait divers : en ce moment, le bras de fer entre la France et le Japon continue au sujet des sauveteurs. Le Japon les veut a 80 kilometres, a Sendai. La France les veut a 350 kilometres.
Et la, ca me pose un probleme. Soit ce n’est pas « plus dangereux qu’un vol Paris New York », et dans ce cas, la France fait des simagres. Soit la France a de veritables raisons de vouloir envoyer ses sauveteurs a 350 kilometres, et tout le discours rassurant tenu lors de cette reunion sort fragilise. Pour information, Tokyo est a 220 kilometres.
Mon sentiment reste le meme et n’a pas change depuis la semaine derniere. Je reste d’abord pour rester avec mon ami. La France ne reconnait pas le mariage, il ne pourrait beneficier d’un rapatriement. Partir a Kyoto etait aussi un moyen d’etre ensemble au cas ou la situation avait empire. Ensuite, je reste a Tokyo (revenu depuis lundi) non pas parce que c’est « moins radioactif que l’Italie », mais parce que je ne peux pas partir d’un pays ni d’une ville qui m’a accueilli a la premiere difficulte. C’est malpoli. Je suis parfaitement conscient, pourtant, que TEPCO ne parvient toujours pas a stabiliser le reacteur 3, gave d’un produit que mon pays, la France, a vendu le mois dernier a TEPCO, avant de vider le pays de ses ressortissants a la premiere fuite. Je me sens solidaire, et je me sens aussi un peu responsable. Et parfaitement conscient que le vrai risque n’est pas Tchernobyl -ce que je sais depuis presque le debut. Non. Mais autre chose. Une grosse salete. Des degagements radioactifs pendant des semaines. A chaque fois, les communiques de presse diront que c’est tres peu, et AREVA vous le martelera, comme elle le fait deja sur son site remodele en site solidaire (le site de BP avait pris le meme type de couleurs au moments ou ils ont salope le Golfe du Mexique l’an dernier). Rachel Maddow avait montre comment les entreprises adoptent des strategies de communications d’absorption en cas de pepin, destinees a guider le vocabulaire utilise : ainsi, vous apprendrez, avec AREVA, a parler de « crise nucleaire », et non de « catastrophe ». Et tous les gens « contamines » par cette communication utiliseront ces termes, et mettront en exergue la catastrophe humanitaire engendree par le tsunami. En ne faisant pas le lien, bien entendu, entre ces gens qui ont deja souffert d’avoir eu leur vie balayee en deux secondes par la nature et qui plus tard ne pourront pas retourner vivre dans des terres radioactives polluees par la main des hommes. Le Tohoku sera ainsi victime de deux catastrophes humanitaires. Oui, une grosse salete qui va contaminer les cultures, grosses consommatrices d’eau, comme le riz a Akita ou a Ibaraki ou l’on a deja note de fortes contaminations. On vous dira que c’est peu, mais faites donc le compte. Manger un Paris New York arrose d’une sauce rayon X trois fois par jours, sur 10 ans, ca fera beaucoup, et c’est precisemment ce risque que les vrais experts, eux redoutent.
Alors bien sur, nous n’en sommes pas la. Peut etre tout le MOX ne s’evaporera pas et TEPCO parviendra a le refroidir avant de le refroidir plus fortement, voir de pieger dans un sarcophage. Je reste assez optimiste, c’est ma nature. Mais realiste.
La communication concernant ne doit pas passer entre les mains d’un groupe industriel. Les Japonais se mefient, en toute discression, de la communication du gouvernement, de la presse, et de TEPCO. Je n’accorde pas plus de confiance a la communication de la France ou les interets industriels se melent a une politique qui, comme ailleurs, est d’abord faite de gesticulation.
Ceux qui me connaissent seront surpris par ce que je vais ecrire, mais en cette histoire, je n’ai confiance qu’en Dieu. Et au passage, dans divers rapports americains qui pointaient le danger de cette centrale a qui AREVA n’a pas hesite, tout en ayant connaissance de ces rapports, a vendre un combustible hautement instable qui inquiete le Quai d’Orsay au point d’avoir conduit a une evacuation de la quasi totalite des Francais du Japon et a une crise diplomatique au sujet des sauveteurs.
Je vous livrerai de magnifiques photos de Kyoto un peu plus tard.
De Tokyo, sous la grisaille et des pluies (tres faiblement, dixit NHK) radioactives,
Madjid

Le temps, ralenti, et les décisions à prendre

Positives sûrement, parfois négatives, vos réactions à mon billet m’ont touché. Comme je l’ai dit avant hier, je j’écrivais pas pour etre lu à ce point là. J’ai publié tous les commentaires à l’exception d’un seul. Son auteur, non content de me traiter d’adolescent attardé qui pleurniche sur son sort alors que lui, courageusement, brave la situation à Tokyo, me rajoute que s’il aime critiquer les fonctionnaires, il trouve ma critique de l’ambassade puérile et inconsistante. Enfin, c’est à mon style d’écriture qu’il s’en est pris. Hormi le fait qu’en effet je n’ai ni le talent littéraire d’un Delerme, ni la fougue et le brio intellectuel de Bernard Henry Lévy, ni même le talent polémique de Jean Pierre Foucault, je rappelle à ceux qui découvre ce blog que j’écris depuis près de 7 ans, qu’il est une continuation de mon journal intime, sur cahier, écrit depuis 1992, et avec des bouts sauvés d’une inondation remontant à 1982. J’y livre ma pensée, en liberté, sans jamais me relire ni me corriger. Quelqu’un a écrit que c’est un journal extime. C’est possible, je ne connais pas trop les termes à employer. Bref, on peut tout critiquer, et au milieu des commentaires il y a maintes critiques, que j’entends et auxquelles je réfléchis, et pour lesquelles je respecte leurs auteurs car meme si certains paraissaient en colère, il y avait une explication, un motif, et j’aime cet effort. En revanche, je n’admettrais jamais que l’on critique mon style car ma facon d’ecrire ne garde que moi. À 46 ans, je n’ai à ce sujet aucune leçon à recevoir de qui que ce soit, et je conseille à l’auteur qui peut etre se reconnaitra, de bien vouloir faire l’effort de pousser « l’extimité » aussi loin qu’il m’est arrivé de le faire. J’ai donc supprimé ce message, le considérant hors sujet. Je m’en fait l’échos, renvoyant son auteur à son anonymat, lui évitant la honte. Pour les autres, je les publie comme ils sont venus. Sachez que tous, vous m’avez touché car meme dans vos critique j’ai lu l’amour que vous portez à ce pays, votre considération, vos inquiétude et surtout votre incroyable désarroi. J’ai aussi lu ceux qui comme moi vivent à leur facon, le meme déchirement. Certains en restant à Tôkyô coute que coute. D’autres en s’étant repliés en province quelques jours, comme moi. Des ilôtiers me confiant leur désarrois. J’ai appris qu’un ami d’un ami travaille à l’ambassade, et qu’ils sont en effectifs réduits, ce qui confirme cette espèce de mal-communication, cette impossibilité à les joindre que plusieurs d’entre vous ont rapporté. Qu’ils sachent que nous sommes avec eux, admiratifs du travail qu’ils font malgré le fait que l’ambassade aie été désertée.
Et puis comment passer sous silence la réactivation de l’ambassade qui est peut etre en passe de réussir désormais bien mieux que d’autres ambassades. Visiblement, mon cri de colère, mais d’autres, comme ceux qui sur Flickr ou Picasa ont publié des photos de la devanture de l’ambassade « fermée pour cause de tremblement de terre », les plaintes des parents, le désarrois des plus jeunes, tout cela a ouvert les yeux du gouvernement Francais qui commence à voir la situation telle qu’elle est. En fait, je pense que jusque lundi, les responsables du quai d’Orsay regardaient l’expatriation au Japon comme dans les annees 50 et communiquaient avec les moyens techniques des annees 80. Il est impératif que cette catastrophe en cours changent cette facon de parler de l’expatriation. Ici, nous sommes des couples mixtes, mariés ou non, hétérosexuels et homosexuel(le)s, étudiants, salariés, détachés ou en statut local. Nous ne sommes plus cette poignée d’hommes d’affaires et d’esthètes des années 50 à qui on pouvait dire de rentrer en France comme quelque chose de normal. Nous sommes un grand nombres à nous inscrire dans la durée, ici. C’est en quoi le mail de l’ambassade et sa communication ont inspiré un véritable vent de panique chez beaucoup d’expatriés. Il faudra réfléchir à ce changement profond qui va dans le sens de l’accroissement de la mobilité à travers le monde. Nous sommes des immigrès francais en terre japonaise, et non un groupe de francais représentant la France quand tout va bien et pratiquant le sauf qui peut quand ça va mal. Le monde a changé. Il faudra aussi que l’ambassade travaille à « activer » des réseaux via les médias sociaux afin d’être réactive. twitter ne demande pas un tres gros investissement en temps puisque chacun nourrit une feed que les autres peuvent consulter et nourrir à leur tour. Un site internet de type interactif peut alors relayer une information triée, cela s’appelle le 2.0. En cas de crise majeur, la France aurait alors une plateforme collaborative extrêmement souple qui ferait le lien avec tous. Des messages d’appel au calme, des rendez vous, des cellules de soutien pourraient se mettre en place et l’information etre communiquée en temps réelle. Cela au passage soulagerait l’angoisse de ceux qui, en ambassade, gèrent avec des moyens archaïques une communication d’urgence les épuisant, et s’ajoutant au stress de la situation qu’ils ont à gérer, et les visant eux meme. Quel désarrois aussi… À trois pour une cellule de crise de cette envergure, je vous salue et nous sommes des milliers à vous remercier de faire, malgré tout la permanence. Enfin depuis deux jours, des distributions d’iode sont faites à l’ambassade, des ilotiers restés sur place appellent les gens. Cela ne compense pas ceux qui sont partis en France à la va vite ou à Osaka en coupant leur téléphone, mais c’est un bon début. Des avions, enfin, commencent à etre réorientés sur le Japon afin d’évacuer les plus fragiles, les enfants en particulier. Je tenais à faire cette mise au point introductive par honnêteté car mon coup de colère n’a de valeur que si je sais reconnaitre une évolution positive. Peut etre mon article y a t’il contribué.
Je rappelle enfin qu’un blog, plus encore qu’un article de presse, s’inscrit dans l’instant de son écriture. Et que par ailleurs, à la différence d’un article de presse, il exprime une subjectivité que dans mon cas je tempère par ma seule honnêteté. Ainsi lundi, au stress de l’événement, s’ajoutait le silence d’un ilotier et des appels d’amis m’informant des portes closes à l’ambassade. La situation est aujourd’hui semble t’il redressée.

Alors maintenant, nous sommes jeudi. Depuis deux jours je suis à Kyôto. Un immense soulagement m’a traversé après notre longue promenade à Fushimi. Fushimi est un lieu particulier, un lieu où je me suis fait la promesse un jour de venir habiter dans ce pays, un lieu où en priant je l’ai demandé tres profondément à je ne sais quelle divinité. Une escalade longue tres longue, fatigante, sentiment qu’elle ne s’arrêtera jamais et qui, comme toutes les rudes collines que l’on arpente, vous donne la force de continuer à vivre. Je me souviens ma première fois, perdu car je m’étais trompé de route, et puis finalement, l’arrivée. Et en 2004, triste car je partais le lendemain et parce que mes résultats d’analyses sanguines, avant mon départ, m’inquiétaient : à l’arrivée, je m’étais senti protégé, la montagne m’avait donné sa force. Et enfin, en 2005, et après chaque année. Seule la promenade de l’hiver dernier, le 28, m’avait inquiété. Je n’étais parvenu à en faire qu’un quart. Épuisé. J’ai compris le message, et j’ai depuis repris un traitement, celui que j’avais interrompu il y a deux ans et demi pour raison économique. Au Japon, la trithérapie n’est pas à 100%… Avant hier, je me suis surpris à presque courir malgré la rude pente. De cette force, j’ai tiré le courage de prier pour les gens du Kantô, la famille de Jun, pourqu’ils s’en sortent. J’ai demandé cela au renard, je ne sais qui a écouté ma prière, cela n’a aucune importance. Je dis courage, car en fait je ne crois pas à tout cela, mais je me dis que cela aussi doit etre fait. Et si mon père a naguère prié pour moi, j’ai demandé qu’une part de ses prières aillent pour ces gens dans le nord, morts, ou pire en ce moment, survivants, piégés par le froid, l’impréparation, le risque nucléaire et, cela semble incroyable pour le Japon, par la faim. Car les vivre parviennent, mais l’isolement des petits groupes de survivant, les routes ébranlées rendent difficile leur acheminement. Les images à la télévision sont un véritable crève cœur. Fushimi est mon Solutré, un lieu ou je communique avec moi-même, où je prends les forces nécessaires pour prendre de grandes décisions.
Avant Fushimi, nous sommes retournés au Tôhukuji. Et là, surprise, le temple était ouvert pour nous permettre d’admirer une grande tenture du bouddha mort pleuré par ses disciples et tous les animaux. Plus que la toile immense, c’est le message qui est beau et tombait à point nommé en ces circonstances. Le bouddha atteint en effet la vrai vie. Nous, nous ne sommes que des survivant, loin de la délivrance, et nous pleurons ceux qui nous manquent. La grande Sanmon aussi était ouverte, nous y sommes montés.
Pendant tout ce temps, je consultais vos messages, je consultais les informations. Nous ne sommes allés à Kyôto que pour voir venir, sortir de la torpeur. Mon école est fermée, je tournais en rond. Et puis peut etre aussi avais-je besoin de ressentir l’envie de rester. Non pas d’une facon bornée, « je reste parce que je reste », mais aussi parce que ça vaut le coup. N’aimant guère Tôkyô et lui préférant Tôkyô, ce voyage est un peu comme un retour aux sources, à un pays natal que je n’ai pas en ce pays si ce n’est, justement, ici (il vous faudra beaucoup chercher pourquoi dans ce blog, je l’ai déja raconté, je ne me répèterais donc pas, mais Kyôto et moi, c’est depuis 1970…). Kyôto est mon autre ville, avec Paris, à égalité. Et avant Londres qui occupe une place tres spéciale.
On est rentré. Bien sûr, le midi nous avons mangé dans le meme petit restaurant où nous allons vers le Tôhukuji. Nishin soba… J’adore le hareng (nishin)…
Je suis ici en suspension. Je reçois des messages privés sur Facebook, certains sont désespères. Couples mixtes dont le conjoint Japonais a peur pour son travail. Comme Jun. Déchirements intimes dus à cette culture caporalisée depuis Meiji et qui trouve toute son expression ridicule dans le 頑張る (ganbaru, s’accrocher). La mentalité provinciale ignore le ganbaru, elle tourne plutôt à une sorte de résignation qui elle me convient bien car je suis un peu pareil. Durant les violentes secousses, comme je vous l’ai dit, je n’ai pas eu peur, j’ai fait ce que j’avais à faire et, entre autre, cela consistait à faire rire une petite fille de 4 ans, mon élève, et ainsi décontracter sa maman qui avait, il y a 16 ans, vécu le drame de Kôbe. Aucune peur. Seulement après en réalisant l’ampleur du drame. Bref, la résignation est pour moi ce qui accompagne mon choix, mes choix. Je suis existentialistes. Comme Beauvoir et Sartre. Je choisis ma vie, en tout cas ses grandes options, et après, eh bien, j’assume. Venir au Japon, c’est assumer un big one. C’est s’y préparer et je m’aperçois à mon comportement où mes gestes ont ete guidés par une sorte d’automatisme que je m’y étais bien préparé. La résignation à un événement, oui. En revanche, l’obstination désespérée est quelque chose qui m’est étranger, meme si j’avoue que c’est tentant. Le piège obscond, comme on dit en philosophie, la négation de la réalité. Et c’est là que ce départ à Kyôto est important. Mon école est fermée, c’est une chance. Jun m’a suivi, c’est courageux. J’ai retrouvé Yann (en tout cas au téléphone), Martin (en fait cet après-midi) et Christophe, par hasard lors de notre promenade à Nijô-jo pour admirer les fleurs de prunier. Au passage, vraiment magnifiques. De discussions en discussion, c’est intéressant de voir que Kyôto a été pour nous quatre le moyen de prendre du recul et décider. Martin va rentrer avec sa femme. Sa femme, enceinte, ne peut pas prendre de risque et l’ambassade évacue les enfants et les femmes enceintes à partir d’Ôsaka demain. Christophe ne sait pas encore. Sa femme, Japonaise, n’a pas pris son passeport et est inquiète car elle manque le travail. Encaporalement des gens, lavage de cerveaux qui commence vers l’âge de 12/13 ans avec des activités extra-scolaires de groupe qui coupent les enfants de leur famille et les conditionnent à n’agit qu’en conformité avec groupe. Et qu’on ne me dise pas que c’est traditionnel, le travail des champs s’effectuait autrefois en famille et la cellule familiale était autrefois un bloc solide, aujourd’hui dissout et remplacé par l’obéissance à l’entreprise et à des obligations sociales (qui depuis 10 ans volent en éclat avec l’enfoncement du pays dans sa crise économique). Jun aussi, en tiraillé. Il a peur de ce qui se passe, de ce qui peut se passer, et en meme temps, il pense à son travail…
Hier, c’était giboulées entre neige et éclaircies. Il faisait tres tres froid. Nous avons pris un vélo et avons sillons la ville, Kitano Tenmangu, Nijô-jo, ainsi que le Hôkyôji où il y a une tres belle exposition de poupées japonaises. Le soir, notre habituel restaurant de tonkatsu à Teramachi, et une tarte portugaise que nous avons mangé à l’hôtel. Des coups de fils à mes amis, et ces nouvelles en provenance de Fukushima, pires de jour en jour. Un mail de l’ambassade tres clair sur l’évolution des événements mais offrant cette fois des moyens importants : des vols vers la France, des pastilles d’iode, etc j’ai vu que Francois Fillon s’était exprimé. Les écologistes, eux, dénoncent le nucléaire. Je me permet juste de dire que, farouche opposant au nucléaire moi-meme, j’aimerais toutefois un peu de pondération dans la polémique à ce sujet, car il s’agit d’un drame en cours. Oui, il faudra un referendum de sortie, oui, il faudra reconvertir nos économies, mais en ce moment, l’urgence devrait etre d’organiser des réseaux de solidarité et, éventuellement, réclamer l’assouplissement des règles concernant les visas pour permettre l’hebergement temporaire de Japonais. Non pas aujourd’hui, juste au cas où d’une catastrophe tragique, nous entrions dans le domaine inconnue de la tragédie absolue. On aura tout le temps, après, de « sortir du nucléaire », et vous me trouverez de la bataille, mais en ce moment, l’urgence est aider, aider, informer.
Car ce n’est pas un débat que nous avons, ici. C’est la réalité d’une centrale atomique composée de deux groupes ayant au total 6 réacteurs, construits par General Electric, dans une technologie des annees 60 interdite aux USA depuis 1972 car présentant des risques de rupture des circuits de refroidissement, et par ailleurs ne répondant à aucun des critères minimum requis pour résister à des tremblements de terre. Rien que pour savoir ça, il faut glaner sur le net car au Japon, ce type d’information est tres filtrée. Il faut savoir également que le combustible employé est vendu par une société française, Areva, dont toutes les équipes de Tôkyô ont ete déplacées à Ôsaka (à côté de Kyôto). Il faut aussi savoir que les premiers signes de faiblesse d’un réacteur sont apparus samedi et que la technique employée a été celle de la dernière chance. Et que ça a marché. Que le problème s’est reproduit une deuxième fois, avec un début de fusion (Tchernobyl) et que la meme technique a marché. Dans les deux cas, la noyade du noyeau dans l’eau de mer a refroidi le réacteur et évité une catastrophe, avec pour contrepartie une explosion du mur extérieur et une spectaculaire fumée blanche finalement faiblement radio-active. J’avoue que ce scénario me suffisait… Il semblerait que pour le 3eme rêacteur, ils aient forcé ce scénario. À la télévision, ce qui était une opération de la dernière chance samedi a étê présenté comme un truc tres banal mardi matin. Il y avait meme de la publicité pendant le journal. On s’habitue à l’horreur, je vous dis, et puis peut etre fallait il rassurer les marchés boursiers, restés ouverts… Et c’est là que ça a raté. Non seulement le mur a explosé comme prévu, mais l’explosion a decouvet le réacteur lui-meme et a touché le 4eme réacteur qui lui était normalement désactivé car en contrôle technique. Un incendie a tres rapidement commencé à se déclaré sous l’effet de la montée de la température du 4eme réacteur. Mercredi matin, le technicien de Tepco, la société d’électricité privée de Tôkyô répondait, quand on lui demandait d’où venait la fumée, qu’il ne savait pas. Nous avons donc, à présent, une unité alternant accalmie et incendie, dont le cœur est entré en fusion, officiellement reconnu, un autre endommagé et rejetant des fumées, deux coeurs refroidis partiellement. Et enfin, deux autres, ceux d’une autre unité, dont la température monte sensiblement. La télévision noie le public dans une débauche de graphiques et d’explication. Le plus incroyable, c’est dire au gens qui habitent entre 20 et 30 kilomètres de ne sortir qu’avec un lasque en coton mouillé et des vêtements en nylon et de tout laisser à l’entrée de chez soi. Pourquoi ne pas les évacuer, et si un masque en coton est si sûr, pourquoi voit on ces hommes en tenue hermétique… L’armée américaine, elle a décidé de ne plus intervenir à moins de 80 kilomètre et distribue de l’iode aux hommes situés entre 80 et 112 kilomètres. Il y a donc désinformation quelque part, et l’inquiétude est donc justifiée. Heureusement toutefois, les vents soufflent sur l’océan et non sur les terres : les autorités reconnaissent qu’il y a eu des pics de radioactivité mortelle. Enfin, malgré tout cela, sachez que Tôkyô, malgré quelques pics, reste à une distance raisonnable, et cela meme si la situation se détériorait encore. Seul un scénario catastrophique total, l’explosion en chaine des sic réacteurs, entrainerait la formation d’un nuage menaçant Tôkyô dans les heures qui suivraient. Je pense que le silence relatif du gouvernement tient au fait que celui ci est en train de préparer en silence une évacuation à grande échelle, laissant à Tepco le soin de tenter quelques opérations à tout hasard. Largage d’eau pour gagner du temps, réparation des circuits de refroidissement. Si cela marchait, on pourrait envisager un bétonnage du site. Si cela ne marchait pas, seul l’état d’urgence serait alors une option. Je compile ici des informations divers lues dans le New York Times, sur le Yomiuri, etc et je tache de garder un regard nuancé. Ce n’est pas encore l’apocalypse et si vous avez des amis à Tôkyô, pour l’instant, ça va. Ils manquent de pain, de riz et de PQ, mais à part cela, ça va. Par ailleurs, les répliques sismiques s’espacent, réduisant le risque d’un deuxième tremblement de terre. Si tout évolue dans le bon sens, avec une stabilisation réelle à Fukushima, confirmée par l’AIEA, je pense etre en mesure de rentrer à Tôkyô lundi, avec Jun.
Ici, il fait tres froid, il neige. Je pense retrouver Martin cet après-midi.
Le nucléaire est une saloperie, surtout quand il n’y a pas de réelle sécurité et quand il n’y a pas de transparence. À cet égard, le Japon s’obstine, comme toujours, à tout faire tout seul à sa facon, à l’image du discours, pathétique, de l’empereur (réfugié à Kyôto), hier. L’inquiétude est pourtant réelle, grandissante chez les Japonais. Ce matin,à l’hôtel, un petit vieux m’a demandé où ça en était. Il a fuit Tôkyô. Les autres obéissent mais n’en pensent pas moins. Je souhaite de tout cœur que les opérations en cours réussissent car dans le cas contraire, la panique serait inévitable.
Si vous avez des amis à Tôkyô, s’il vous plait, modérez vos messages, ne les pressez pas de rentrer, essayez de comprendre que cet événement fait, aussi, parti de la vie.
Pour le nucléaire, on lui réglera son sort le moment venu. En France, bien sûr, mais au Japon aussi.
De Kyôto,
Madjid

Entre tristesse et colère, moins seul. Et à Kyôto pour quelques jours.

J’aurais aimé avoir un message rassurant, j’aurais aimé vous dire que j’allais bien, que je partais me décompresser à Kyôto, oublier ces magasins vides, ces gens stressés partout, et surtout profiter d’être avec Jun en ces moments difficiles. Nous n’habitons pas ensembles, il y a en générale 15 kilomètres entre nous la nuit, et environ 40 le jour. Ce stress là est tombé hier soir quand il est arrivé à la maison. Je lui ai suggéré de partir quelques jours à Kyôto, le temps que ça se tasse. Et comme le week-end prochain est un week end prolongé, j’ai proposé jusque lundi. Mon article a fait le tour de la blogosphère, ce qui est très intimidant, cela ne m’étais jamais arrivé. J’écris généralement et n’ai que quelques dizaines de lecteurs. Mon coup de colère n’était pas destiné à être planétaire. Mais peut-être avait-je appuyé là où ça fait mal. Nous, les amoureux du Japon, on ne parle jamais de nous. Je crois que mon billet a « parlé » à beaucoup pour cette raison. Je vous salue toutes et tous. Ce matin, j’ai téléphoné à mon ancienne collègue Irene, et elle ne pouvais contenir ses larmes. Partagée entre la peur, l’envie de partir, le quotidien ruiné, le mari, Japonais, qui ne sait plus quoi faire, et l’amour profond de ce pays un peu devenu le siens. Je ne savais quoi répondre. Dans tous les messages que j’ai reçu, je retiens l’énorme gentillesse qui se dégagent, même chez ceux qui me suggéraient de faire sans l’ambassade, de ne rien en attendre, trouvant mon coup de gueule très « Français ». À une époque où certains doutent de la francité des français d’origine Algérienne, cela me va droit au cœur et je le prends comme un compliment. Oui, je me plains comme un Français se plaint. Car je suis Français. Mais à la lecture des nombreux messages confirmant mes sentiments à l’égard des services consulaires et de l’ambassade, à l’égard d’une couverture médiatique qui nous ignore superbement, nous les Français du Japon du quotidien, j’ose espérer que je me suis plaint dans le style qui fait l’honneur de la France. Pas pour critiquer, mais pour révéler, et avec l’espoir au fond de moi que les choses s’améliorent. La très grande sécheresse du communiqué de l’ambassade ou du quai d’Orsay, je ne sais, me laisse toutefois douter. Dire que les services sont ouverts, qu’on peut les appeler à un certains numéro est d’une froideur incroyable. Je sais bien que le moment est difficile et que, comme le révélait un appel récent paru dans le monde, les restrictions budgétaires subies par les affaires étrangères n’aident pas. Je salue au passage les personnels restés sur place, certainement débordés par un événement qui n’en finit pas. On ne m’a jamais proposé d’être ilotier. L’avoir été m’aurait peut être aidé à ne pas me sentir à ce point là inutile, sentiment qui m’a conduit à écrire mon article, car l’écriture a été alors la seule chose qui me restait. Et je pense, pour tout dire, avoir pour cela un certain don… Pourquoi me gêner, me suis-je dit. J’aurais aimé que mes ilotiers m’appellent, tiens, par exemple. Je salue au passage une ilotier e qui a laissé un commentaire généreux et fort, où j’ai cru lire une forme de désarroi devant les problèmes posés. Je salue cet ilotier de Chiyoda, dont on m’a parlé dans un commentaire et qui visiblement travaille à faire le lien entre nous.
Qu’on ne s’y trompe pas, je n’exigeais rien de l’ambassade, juste faire le lien. Ouvrir une page forum est aujourd’hui très simple. Un compte twitter spécial, une page Facebook, créer des numéros de téléphones Skype à 600 yen illimités et proposer aux membres de la communauté de devenir relais. Je ne sais pas, j’écris quelques idées, je suis sûr que d’autres en auraient… Mais que des services consulaires et diplomatiques soient à ce point ignorant de l’usage des nouveaux médias en temps de crise et des règles élémentaires du vocabulaire en communication de crise me laisse songeur. On m’a refusé mon CV tellement de fois que j’en reste dubitatif, devant une telle incompétence. Car de ce coté là, la réduction des moyens n’est pas en cause : les nouveaux médias sont gratuits. La preuve, mon modeste papier a été lu par des milliers de personnes. Et je ne suis qu’un modeste citoyen.
Alors voilà, la colère reste, mais la tristesse maintenant me submerge. Jun sèche son travail quelques jours. Nous sommes dans le Shinkansen, nous allons à Kyôto. Les nouvelles de ce matin me suggèrent que nous avons fait le bon choix. J’ai eu en fermant la porte un sentiment étrange. Je fermais la porte de mon chez moi. Avec un terrible désir d’y revenir. Et le sentiment de l’inconnu. Je suis incapable de penser un quelconque retour en France. Mon projet était de quitter Tôkyô quelques jours, me reposer le temps que ça se tasse, et comme lundi prochain est férié, que c’est la saison des cerisiers, cela faisait un bon break, salutaire, pour affronter la suite. L’explosion du réacteur 2 ce matin a ravivé l’inquiétude, mais sans plus. On sera à Kyôto. Ça va. Mais l’incendie maintenant dans le réacteur 4 pose une autre question. Je reverrai Tôkyô, mais quand ? Et comment ça se passera. Les larmes d’Irene, ce matin, c’était cela. C’est aussi un peu notre pays.
J’arrive à Kyôto. Je reviendrai sur ce blog, plus tard. Je vous embrasse tous.
Du Japon,
Madjid

Je suis un Français du Japon en colère.

La presse va vous offrir dans les heures et les jours qui viennent des mines de Français en larme arrivant à Roissy, arborant cette tête des grands malheurs et du jaitouperdu. Et ce sera vrai que pour certains, la tragédie que nous traversons laissera des marques. D’autres encore, que vous avez certainement déjà vu, laisseront derrière eux un travail de trader ou de manager d’une grande banque, d’une grande compagnie d’assurance ou d’une marque de prêt-à-porter. Leur malheur tournera en boucle, ils vous raconteront tous les terribles secousses et puis ce risque radioactif maintenant que l’on sait que des fuites, bien que minimes semble t’il, se sont produites. Le lamento des expatriés à haut salaire dont la plupart ne parlent pas un mot de japonais viendra nourrir ces images déjà vues et revues des jesavaipa en provenance de Cote d’Ivoire, d’Egypte ou d’ailleurs.
Je ne suis pas membre de ce groupe, comme vous le savez, et ce que je vis est un drame beaucoup plus intime, personnel. Et nous sommes quelques milliers, comme moi, dont vous n’entendrez pas parler car nous sommes le flot anonyme de ceux qui ont fait leur vie au Japon, par choix, par amour du pays, qui ont parfois comme je l’ai fait tout quitté (BNP Paribas, pour moi…) par amour de ce petit bout de pays ou les gens sont chauvins comme des roquets, et parfois gentils comme vous ne pouvez pas en avoir idee sans l’avoir vu. Un petit bout de pays avec l’histoire d’un continent… Un tout petit archipel avec une langue qui peut se faire d’une tendre douceur ou d’une infinie violence, ou la politesse prend la forme de la gentillesse et de l’attention. Ici, on vous laisse parler même si vous dites une abomination, simplement parce que c’est malpoli de dire que l’on est choqué.
J’en ai appris comme je l’ai pu des rudiments de la langue, de l’écriture, et cela fait longtemps que je prends du plaisir à parler avec ces vieux qui ont parfois tant à raconter. J’ai pris mes petites habitudes, mes promenades du dimanche ou des jours de congés. J’aime le Japon, malgré tout ce nationalisme dans lequel on baigne les gens mais dont on voit qu’il est, face à l’ampleur d’une catastrophe comme celle que nous traversons, bien peu efficace. Quand tout se sera tassé, il faudra sortir l’argent et pour la première fois depuis longtemps, le Japon devra faire face à la crise économique qu’il élude tant bien que mal depuis 20 ans, à ses 220% de dettes qui en font potentiellement un pays pauvre. Pour quelques années au moins.
Un petit bout d’ile du Pacifique où j’ai rencontré mon ami, un petit bonhomme au caractère japonais, introverti et discret, très poli. Combien sommes nous à être plus ou moins dans cette situation. Ici, avec quelqu’un que nous aimons, mariés ou non. Avec un quotidien, des habitudes inscrites dans des quartiers banals, que ni les touristes ni les expatriés que vous verrez à la télévision ne fréquentent. Qui viendrait à Kasai, si ce n’est un amoureux comme moi des quartiers populaires de l’est ? Celles et ceux qui habitent loin dans l’ouest vers Hachioji, ceux qui habitent Chiba. Celles et ceux qui ont des métiers qu’on veut bien nous donner. J’ai toujours satisfait mes supérieurs à BNP Paribas ou à Lehman, mais quand je cherche, non, pas assez comme ci ou pas assez comme ça. Il faut croire que celles et ceux qui quittent le Japon après y avoir flambé dans les quartiers à étrangers et qui ne connaitrons du Japon qu’une sorte de mélange Cergy-Pontoise / quartier des Halles / Opéra / Champs-Elysees sont plus compétents que moi; ou que mon ami Yann qui, bien que diplômé et avec de l’expérience en marketing et événementiel, et bien que lisant et parlant le japonais, bien qu’ayant fait des traductions de livres sur le Bouddhisme et des interviews de moines, ne parvient pas à satisfaire les exigences des recruteurs qui lui préfèrent les diplômés standards et couteux envoyés par Paris à Tokyo. Ces expatriés qui vous diront à quel point tout est hors de prix, justifiant d’incroyables notes de frais à leur société alors que le Japon est un pays où on mange très bien pour pas cher et où une livre de fraise ne coûte pas forcement 1000 yens (dans mon quartier, en ce moment, c’est entre 250 et 300 yens…). Ces expatriés qui vous parleront de leur appartement à 600.000 yens, payé par leur entreprise, quand en fait on trouve des surfaces identiques et de même qualité pour trois fois moins cher… Ces gens qui ne fréquentent que des étrangers qui, comme eux ne parlent pas ou très peu japonais, et des Japonais qui ne fréquentent que des étrangers, principalement des femmes avides d’un mariage avec un de ces portefeuille ambulant.
La majorité des Français du Japon sont différents. Il y a les mordus, en vacance-travail, venus ici apprendre ou perfectionner la langue. Il y a les maries, qui supportent, comme je le fais, un travail peu valorisant pour rester ici avec l’être cher. Il y a les passionnés de culture, comme moi, qui aiment être ici, y vivre, y découvrir des lieux différents, les jardins, les temples, et l’incroyable végétation luxuriante, sorte de force vitale sans cesse renaissante, avec ce vert puissant (une secousse un peu forte, à l’instant) pour lequel j’ai tout sacrifie après l’avoir découvert. J’ai proposé à Jun de passer quelques jours à Kyôto, le temps que ça se tasse. Pour moi, le Japon, c’est Fushimi Inari. Je me souviens un collègue à Lehman, un expatrié original, de type « baroudeur », au CV impressionnant, brillant, et aujourd’hui manager dans une grande banque à Singapour, tombant amoureux de Shikoku. Qui ne tomberait pas amoureux de Shikoku…
Nous, les Français ordinaires, n’intéresseront pas les médias, sauf si nous mourons, car alors nous alimenterons le moulin à désolation sur la « tragédie japonaise ». A cet égard, 21 sont toujours portes disparus du cote de Sendai et vous imaginez qu’il y a peu de chance de les retrouver vivants car la ville a été dévastée.
Pourtant, et c’est là que je suis en colère, l’ambassade de France est fermée. Il y a une ligne téléphonique, injoignable. Nous vivons à l’heure du web, et la France, sa représentation, est injoignable. Des touristes, certains certainement pris de panique, trouvent grille fermée quand ils viennent chercher un peu d’écoute, de réconfort. Nous, les expatries pas trop fortunes, incapables d’acheter ces billets d’avion à tarif prohibitifs, ou bien incapables de quitter notre famille, l’être cher, ne trouvons dans notre ambassade, aucune permanence, rien. Au contraire, l’ambassade a livré sa dernière respiration avant de s’évaporer, sous cette forme :
Debut de citation :« Dimanche 13 mars à 18.00 heures


1. Pertes humaines
Nouveau bilan provisoire : au moins 10.000 morts (source : police de Miyagi)


2. Points ressortissants :
Sur les 137 ressortissants français présents dans la région Nord-Est, la
plus touchée par le séisme, 116 ont pu être contactés et sont indemnes. La
cellule de crise de l’Ambassade met tout en œuvre pour rentrer en contact
avec les 21 dont on reste aujourd’hui sans nouvelle.
Miyagi : 77 personnes sur 93 recensées
Iwate : 5 personnes sur 10 recensées
Fukushima : 19/19
Aomori : 15 personnes sur 15 recensées
La France envoie en ce moment une équipe de plus d’une centaine de personnes
de la Sécurité civile au Japon, afin de prêter main forte aux autorités
japonaises et de les aider dans leur travail de secours.


3. Point nucléaire :
Deux scénarios sont actuellement possibles :
– Une mise sous contrôle des centrales défectueuses : dans ce cas le
risque reste celui d’une contamination résiduelle liée au relâchement
contrôlé de gaz radioactifs, avec un risque négligeable pour
l’agglomération de Tokyo. Ce scénario est actuellement privilégié par les
autorités japonaises et par un grand nombre de scientifiques.
– Ou au contraire l’explosion d’un réacteur avec dégagement d’un
panache radioactif. Ce panache peut être sur Tokyo dans un délai de quelques
heures, en fonction du sens et de la vitesse du vent. Le risque est celui
d’une contamination.
La période critique sera les trois à quatre jours à venir.
En raison de la mise à l’arrêt d’une partie du parc nucléaire, des
coupures d’électricité sont annoncées, notamment dès cette fin de
journée.
L’Agence Météorologique japonaise vient de faire état de la probabilité
d’un nouveau séisme de force 7 localisé dans le nord Kantô. Cette
probabilité est de 70% dans un délai de trois jours et de 50% dans les jours
suivants.


4. Recommandations :
Compte tenu de ce qui précède (le risque d’un fort tremblement de terre et
l’incertitude sur la question nucléaire), il paraît raisonnable de
conseiller à ceux qui n’ont pas une raison particulière de rester sur la
région de Tokyo de s’éloigner de la région du Kantô pour quelques jours.
Nous déconseillons fortement à nos ressortissants de se rendre au Japon et
nous recommandons fortement de reporter tout voyage prévu.
Le lycée sera fermé pour trois jours jusqu’à mercredi inclus, pour
permettre une inspection des locaux suite au tremblement de terre.
L’Ambassade continue de suivre de très près l’évolution de la situation,
en contact à la fois avec Paris et avec les autorités japonaises.
Nous recommandons à nos ressortissants de suivre en toutes circonstances les
consignes des autorités japonaises. Il est notamment conseillé à nos
ressortissants vivant dans les zones à proximité des centrales de se
calfeutrer dans leur domicile (il faut couper les systèmes d’aération), et
de faire quand ils le peuvent des provisions de bouteilles d’eau potable et
de nourriture pour plusieurs heures. En cas de sortie indispensable, il est
nécessaire de porter un masque respiratoire.
Nous rappelons que l’absorption de capsules d’iode n’est pas un acte
anodin. Un usage répété à l’excès peut être dangereux pour la santé.
Il est donc très important de choisir le bon moment pour en absorber lorsque
cela devient nécessaire. Là encore, il conviendra de suivre les conseils des
autorités japonaises et nos propres consignes que nous vous communiquerons
L’Ambassade ne manquera pas d’informer ses compatriotes si de nouvelles
consignes devenaient nécessaires. » Fin de citation.
L’incompétence, c’est cela. C’est quand quelqu’un recopie une dépêche, ne l’analyse pas, et la livre, brute.  Et s’en va, laissant les gens à leur solitude, à des choix difficiles, impossibles. Que font mes anciens collègues, petits salaires, mariés, après un tel mail ? On le sait que le Japon est un pays à fort risque, on y vit. Pourquoi ne pas avoir écrit simplement des conseils de vigilance, avoir un peu décortiqué la dépêche de l’agence Kyodo News. Pourquoi avoir fermé l’ambassade ? Et que sont devenus ces « ilotiers » qui étaient sensés nous contacter en cas de crise ? Pas un mail, pas un contact. Rien. Le silence. La solitude. J’etais avec Jun, hier, nous avions fait une belle promenade, il faisait beau, regardez…

http://www.flickr.com/apps/slideshow/show.swf?v=71649

Le mail brutal de l’ambassade, sans aucune pédagogie m’a tué, retourné, torturé. On fait quoi, quand on reçoit ça. Longue conversation avec Jun. Yann, de son coté, traversait la même situation avec son ami Sho. Et je crois sans me tromper pouvoir affirmer que les personnels qui pondent ce genre de dépêche n’ont pas leur place au Japon. Car la réponse de Jun a été extrêmement logique : tu ne savais pas qu’il peut y avoir un tremblement de terre, à Tokyo ? Les Japonais vivent avec le risque. Pendant 5 ans, j’ai moi-même vécu avec, et l’ambassade m’a renvoyé à mon état de Français qui « découvre ». Ce matin, j’avais retrouvé un certain calme. Ben oui, au Japon, particulièrement à Tokyo, ça peut arriver. Si j’avais eu la responsabilité d’un tel message, j’aurais pondéré sans dissimuler la gravité. Plutôt que reprendre bruts ces pourcentages, j’aurais rappelé que la situation particulière de Tokyo ainsi que la force du tremblement de terre de Miyagi rendaient le risque d’une forte réplique quasiment inévitable (et là, j’aurais donné les pourcentages). Ca peut vous paraitre du chipotage, mais pour nous, les Français du Japon, nous naviguons entre deux psychologie et généralement, avec le temps, pour les séismes, c’est la psychologie Japonaise qui l’emporte. Ce n’est pas une question d’enrobage, c’est nous rappeler ce que nous savons. Et j’aurais rappelé les principales précautions à observer en cas de séisme, tout en invitant ceux qui le pouvaient à reporter leur voyage où à visiter leur famille en province. On aurait compris ce que l’on savait déjà, car depuis vendredi ça n’arrête pas de secouer, mais cela aurait été dit comme une piqure de rappel. Pas comme un avis officiel invitant à fuir. Et ainsi, concernant le risque nucléaire, j’aurais juste délayé en une phrase, expliquant que le risque est, compte tenu de la force du tremblement de terre, inconnu, mais est situé (autre secousse à l’instant) entre minime et critique. J’aurais rappelé les précautions à prendre, la proximité de la centrale et la nécessité de suivre les informations. Là encore, c’est peut être du chipotage, mais nous sommes des adultes et nous pouvons comprendre, nuancer et nous organiser. Et non paniquer.
Et j’en reviens à l’ambassade fermée, aux ilotiers absents. Pourquoi lesdits ilotiers n’auraient pas pu prévoir des regroupements de Français, pour rompre notre solitude, casser ce cycle de rumeurs, ces mails affolés venant de nos proches en France. On aurait pu s’organiser pour se retrouver les uns chez les autres, tranquillement, dès samedi. Pour libérer du stress. Les couples mixtes auraient pu recevoir, donnant ainsi un sentiment de Fraternités. Aujourd’hui, ces ilotiers, l’ambassade auraient pu créer un groupe Google Group, animer un forum. Non. Ils ont fui. Ils nous ont laissé avec un quotidien, nos attaches. Et l’ambassade fermée, c’est la France absente. Les commandants autrefois gardaient le navire. Nous sommes aujourd’hui livres au sauve qui peu thatcherien, chacun pour sa gueule. Vous êtes blessés ? On vous avait prévenu, on a envoyé le mail, vous n’aviez qu’a fuir, nous, on a applique le principe de précaution. Je me demande qui ils joindront, les survivants de Sendai, s’il en est. Ils ne trouveront personne, qu’une ligne téléphonique occupée.
Quand la presse vous parlera de l’impréparation du gouvernement japonais, pensez donc a notre ambassade fermée et à ce message en forme de sauve qui peu indigne de la France, à ces « îlotiers » sensés  nous aider, nous contacter, et qui sont introuvables. Et pensez bien que ces mines défraîchies à Roissy ne représentent en rien le déchirement, la tragédie silencieuse de la communauté française du Japon, amoureuse de ce pays et abandonnée à son sort.

Mon premier vrai tremblement de terre

C’est samedi matin. À Tôkyô, le calvaire est terminé. Plus au nord du Japon, ça continue. Je suis dans le métro, je suis fatigué par l’interminable randonnée d’hier soir, et je crois que je n’ai pas encore eu le temps de réaliser. Je crois que c’est comme ça après chaque grand choc.
Comme tous les vendredis, je me suis levé plus tard que d’habitude car je pars très tôt le samedi. Une sorte de grasse matinée préventive. J’ai défait mon lit, mis les draps dans la machine, passé l’aspirateur et fait les poussières, dehors le ciel était bleu. J’ai préparé mon petit déjeuner, du thé et du pain, du beurre et de la confiture. Bonne maman, bien entendu. On en trouve pour pas très cher dans le Tokyu de Tama Plaza où je travaille. fraise, framboise, abricot et cassis. La mûre est introuvable. C’est ma confiture préférée… J’ai consulté mes mails, j’ai un peu trainé, suis passé sous la douche et voilà, c’était déjà l’heure de partir. J’ai mis mes draps à sécher dans la machine. J’ai constaté que mon vélo était recouvert de cette fine poussière brune de la saison des pollens de cyprès. J’ai mis mon masque, ça en élimine pas mal et le nez coule moins. Je suis allé jusqu’à la gare, j’ai garé mon vélo. Je vous raconte tout cela car ce sont des gestes du quotidien, et une catastrophe s’inscrit dans le quotidien : je suis sûr qu’à Sendai, une grande ville au nord fortement touchée, il y a au moins une personne qui a accompli les mêmes gestes même s’il aura mangé de la confiture Meiji-ya. Le trajet est long, jusqu’à Tama Plaza. J’habite dans l’est de Tôkyô, et j’ai beau me dire que mon coin est une véritable banlieue, ce n’en est pas une, c’est vraiment Tôkyô. On y voit le Fuji, la tour de Tôkyô, Sky Tree, et surtout on y voit la mer. La lumière y est très belle en hiver, le ciel vaste. J’ai regardé Fuji hier, et comme je pouvais le voir, j’ai pensé que j’avais de la chance car en cette saison, l’humidité comme les pollens le rendent généralement invisible. Vers chez moi, il y a deux cent ans, on péchait et on acheminait le poisson par les nombreuses rivières jusqu’à Nihonbashi. Kasai. J’ai lu le livre que je lis en ce moment, Zombie economics, un de ces livres qui me rendent optimistes sur l’avenir de l’humanité ou, pour le moins, l’avenir des USA. Si la gauche y est en effet complètement ratatinée idéologiquement, la nouvelle trace son sillon avec patience, sans gauchisme mais de facon brillante : elle déconstruit les mythes, se réapproprie des concepts et forge son vocabulaire. Ainsi, pour décrire le système idéologique de notre temps a t’elle forgée le très simple « libéralisme de marché ». J’aime l’expression que j’emploie maintenant sur dans mes commentaires sur FB, car c’est aussi avec le vocabulaire que l’on fait la guerre. Zombie economics, ou comment des idéologies littéralement tuées par les faits, reviennent comme des zombies car tout le monde, à commencer par les médias, continuent de les véhiculer. Ainsi, cette obsession de réduire l’état, baisser les impôts, mettre les taux à zéro, qui revient de plus belle et nous entraine vers une nouvelle catastrophe où comme toujours, ce seront les plus pauvres qui passeront à la caisse… Oui, jusqu’à Tama Plaza, j’étais dans ce livre. En anglais, bien sûr. Qui en France va traduire un des ces très nombreux livres américains qui montrent la vitalité intellectuelle de ce pays, en profondeur ? Vous, vous avez vos trucs sur l’islam… Bande de ringards ! Je suis allé à la boulangerie Kobe-ya, j’ai acheté une baguette pour mon petit déjeuner du samedi (on était vendredi), un sandwich. Et une tarte au pomme que je prévoyais de manger avec Jun samedi. J’ai dit bonjour aux vendeuses qui me connaissent bien, aux vendeurs. Il y en a un, il a dans les 40 ans, il est très séduisant, ce qui est rare chez les Japonais de cet âge qui souvent, à cause de leur travail et de leur vie de couple, affichent des mines dévastées par le stress. Et puis je suis allé à l’école. Là, j’ai fait la connaissance de la nouvelle secrétaire. Jeunes, jolie, pimpante. Et puis j’ai préparé ma leçon pour Manaka, une petite fille de 4 ans qui a vécu un an en Belgique et parle un peu le français. La leçon à peine commencée, il devait être 2 heures 40, on a senti un très léger flottement. J’ai vu la place verte bouger un peu. On s’y habitue vite, je ne me suis pas inquiété, mais le mouvement a continué en s’intensifiant. J’ai demandé à la secrétaire d’ouvrir la porte, plus pour rassurer la maman qui commençait à s’inquiéter que pour autre chose. Mais le flottement s’est fait de plus en plus brutal, et puis l’électricité a été coupée. J’ai dit « on doit sortir, c’est plus prudent ». L’immeuble est un petit immeuble assez moderne. J’ai dit à Manaka d’aller voir sa maman, tout en souriant et en essayant de la faire rire, ce en quoi je pense avoir bien réussi. J’ai attrapé mes affaires, mon sac, ma baguette, n’ai pas pris mon blouson car il était rangé dans une autre pièce. On a dévalé l’escalier à toute vitesse. Je crois que c’est pour cela que je n’ai pas trop ressenti la violence des secousses, mais je sentais bien en posant mes pieds que ça tanguait et, à plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment de flotter : le sol était plus bas que mon cerveau avait calculé qu’il serait. Dehors, c’était un bruit effroyable, indescriptible, comme des gigantesques grincements, très forts. J’ai vu les pilonnes électriques qui faisaient des oscillations de, je ne sais pas, en haut ça devait faire un mètre, mais c’était surtout à la base que c’était le plus étonnant, car c’était le sol qui bougeait, comme du schewing-gum. On est vite arrivé en bas, dans la rue, il y avait beaucoup de gens. Le Patchinko à coté s’était vidé et on pouvait voir sa structure se secouer dans tous les sens comme de l’élastique, avec une amplitude d’au moins 1 à deux mètres, c’était fou. La route elle même tanguait très fort, et je me suis dit « c’est pour ça que ça se déchire, des fois ». Une idée idiote, le truc appris à l’école qui remonte. La rue donnait en effet se tordait de façon aléatoire et non homogène, ce qui me donnait cette impression de malaxage des poteaux électriques. La petite Manaka était avec sa maman, de plus en plus inquiète tandis que sa fille continuait de rire. À un moment, on s’est assis, j’ai pris mon iPad et on a regardé des vidéos sur YouTube, Manaka et moi, pendant que la secrétaire et la maman essayaient, en vain, de téléphoner : les lignes étaient coupées. Mais pas le réseau. Manaka a chanté La sourie verte, et Le Pont d’Avignon. Il y a une une deuxième découse que j’ai vite senti car j’étais assis. Ça s’est remis à grincer, j’ai vu de nouveau les poteaux onduler et la salle de Patchinko se secouer dans tous les sens. Mes yeux ne quittaient pas les poteaux : que l’un d’eux tombe… Ou bien les panneaux des bâtiments : que l’un d’eux tombe. Des gens s’asseyaient par terre, et c’est vrai qu’on avait du mal à tenir debout, impression de vertige. Et nous voilà après-midi. Grand soleil du printemps qui arrive, à la lumière si différente de la lumière de l’hiver. 5 classes, dont l’une d’un autre professeur. Avec ma nuit dernière, je suis fatigué. Nous avons ainsi essuyé trois vagues, dont la troisième fut comparable à la première. Ce bruit, ce bruit… Manaka et sa maman sont parties, j’ai bavardé avec mon ami Yann. Lui, dans Tôkyô, avait été fortement secoué. Il commença à me raconter la réalité de la situation à 400 kilomètres au nord, au delà de Sendai. On ne peut pas dire que j’ai eu peur. C’est un sentiment différent de la peur. C’est plutôt du doute : on ne sait pas ce qui va se passer après. Et puis la nouvelle de ce tsunami terrible, avec sa vague de 10 mètres. Comment survit-on à un déchainement pareil, après avoir tenté de survivre aux secousses ? Nous avons décidé de fermer l’école. Parce qu’il n’y avait plus d’électricité, et que je voulais rentrer chez moi. Parler à ma mère que je ne parvenais pas à joindre. J’ai parlé avec Stéphane, avec Nicolas. Et je découvrais l’ampleur de la catastrophe avec le regard extérieur de mes amis, en France, retenus par cette actualité qui touchait de près un de leurs amis, qui me touchait. Véronique, l’épouse de Stephane, qui me dit que ce fut la première chose qui soit sortie du radio-réveil. J’ai quitté la secrétaire et j’ai un peu tourné en rond à Tama-Plaza, espérant que quelque train n’en parte. 30 kilomètres, ça fait loin. Notre monde abolit les distance, elles n’en paraissent que plus immenses quand la technicité disparait. J’ai repensé à Braudel, expliquant ce qu’est réellement la Méditerranée : un territoire vaste, violent, dangereux. Bien entendu, rien de cela pour nous, mais pour nos ancêtres autrefois, que de courage il fallait pour circuler dans ce que les avions ont transformé en une sorte de gigantesque flaque d’eau… Je me suis résigné à mon sort, j’ai sorti mon iPhone, ouvert l’application Plan, compas hybride de l’homme moderne, et j’ai marché. Il faisait froid. Le soleil avait cédé la place à une sorte de brume neigeuse frigorifiante. J’ai marché, et il m’a fallu plusieurs fois monter car cette partie de Kanagawa est vallonnée, et il m’a fallu supporter ce paysage de banlieue proprête qui alterne avec le traditionnel paysage de routes nationales bordées de boutiques de fringues et autre vend-bouffe. Saginuma. Mizonoguchi. Par moment, je me suis senti perdu, la 3G passait mal et le GPS était perdu, comme cela arriva vers Futago-Tamagawa. Il faisait nuit désormais, et il était près de 19 heures. J’arrivais à Futago après avoir traversé un pont immense et aperçu ce qui m’a semblé etre un gigantesque incendie, mais je ne sais pas. Futago est un de ces centres urbains qui ont poussé au milieu du néant, moches et anonymes tout en étant aussi courus que les Champs Elysées. Il y a meme une boutique Chanel. Y en a t’il une à Cergy-Pontoise ? Je pensais y trouver un bus, mais nous étions bien 2 à 3000 à avoir eu la même idée. J’ai croisé une collègue, une américaine, en compagnie d’une amie à elle, japonaise. On a bavardé, tenté d’attendre dans la queue mais aucun bus n’arrivait : j’ai découvert plus tard qu’ils etaient coincés dans les embouteillages monstres. C’est alors que, après avoir pourtant traversé des quartiers sans lumière ni feu de circulation, j’ai compris que toute la ville était désorganisée. J’ai vu tous ces gens qui marchaient partout. J’ai essayé la gare. Mais c’était un spectacle désolant de gens assis par terre et de longues queues aux cabines téléphonique : les lignes de téléphones portables étaient toujours coupées. J’ai rebroussé chemin, aperçu ma collègue et l’ai zappé. Shibuya était à 8 kilomètres. J’avais donc marché de 4 heures 30 à 7 heures et fait seulement 11 kilomètres. Je marchais. Mon pied gauche commençait à me faire mal. J’ai mangé alors un morceau de ma baguette. Et continué. Plus loin, peut être une heure après, vers 8 heures et demi, un bus est passé, et je l’ai pris. Il avançait lentement, mais j’ai pu m’y reposer de cette longue marche, debout. Je suis arrivé à Shibuya vers 10 heures. Je suis descendu avant le terminus, car les embouteillages étaient monstrueux. J’ai encore marché 15 minutes sur la Dongenzaka jusqu’à Hachicko. Par chance, la ligne Tôzai reprenait. Enfin, il y avait un train qui allait partir. À 10 heures 15, nous quittions la gare. Nous avons fait une pause de 5 minutes à la stations suivante. On était serrés comme en semaine aux heures de pointes. À la station suivante, le chauffeur a annoncé que la ligne Ôedo fonctionnait. J’ai pensé que je pourrais aller jusque Monzen Nakachô et de la prendre un taxi. Il a fallu attendre jusque 11 heures 10 pour que le métro arrive. J’étais à Monzen à 11 heures 30. Miracle, j’ai pu enfin m’assoir. Le trains était plus que bondé. Arrivé a Monzen, autre miracle, un train de la ligne Tôzai arrivait, presque vide. Je suis arrivé à Kasai vers minuit. En sueur. Mon vélo était bien entendu au sol. J’ai roulé jusque chez moi en m’arrêtant pour m’acheter un bentô. Chez moi, tout semblait en ordre et pourtant il y avait quelque chose d’étrange. En regardant, j’ai vu que mon four à micro-onde avait bougé de 20 centimètres, mes étagères de 30 centimètres (malgré le poids des livres), mon appareil photo était sur la moquette. Une lampe était allumée : en se renversant, elle avait ouvert l’interrupteur. Mon bureau était en place mais les choses dessus semblaient pas à leur place. Mon iMac était tourné vers la gauche, mais n’était pas tombé. Dans mon « loft », pas mal de livres étaient tombés. Mes draps étaient quasiment secs. J’ai mis la télé et constaté les dégâts dans le nord. J’ai pris une douche, remis de l’ordre. Puis j’ai mangé mon bentô. J’ai appelé mon frère, puis ma mère. Toute la journée, j’ai reçu des messages sur Facebook. Je vous remercie tous. La nuit, il y a eu des répliques qui ont perturbé mon sommeil. Et je suis fatigué.

Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers: