Le temps, ralenti, et les décisions à prendre

L

Positives sûrement, parfois négatives, vos réactions à mon billet m’ont touché. Comme je l’ai dit avant hier, je j’écrivais pas pour etre lu à ce point là. J’ai publié tous les commentaires à l’exception d’un seul. Son auteur, non content de me traiter d’adolescent attardé qui pleurniche sur son sort alors que lui, courageusement, brave la situation à Tokyo, me rajoute que s’il aime critiquer les fonctionnaires, il trouve ma critique de l’ambassade puérile et inconsistante. Enfin, c’est à mon style d’écriture qu’il s’en est pris. Hormi le fait qu’en effet je n’ai ni le talent littéraire d’un Delerme, ni la fougue et le brio intellectuel de Bernard Henry Lévy, ni même le talent polémique de Jean Pierre Foucault, je rappelle à ceux qui découvre ce blog que j’écris depuis près de 7 ans, qu’il est une continuation de mon journal intime, sur cahier, écrit depuis 1992, et avec des bouts sauvés d’une inondation remontant à 1982. J’y livre ma pensée, en liberté, sans jamais me relire ni me corriger. Quelqu’un a écrit que c’est un journal extime. C’est possible, je ne connais pas trop les termes à employer. Bref, on peut tout critiquer, et au milieu des commentaires il y a maintes critiques, que j’entends et auxquelles je réfléchis, et pour lesquelles je respecte leurs auteurs car meme si certains paraissaient en colère, il y avait une explication, un motif, et j’aime cet effort. En revanche, je n’admettrais jamais que l’on critique mon style car ma facon d’ecrire ne garde que moi. À 46 ans, je n’ai à ce sujet aucune leçon à recevoir de qui que ce soit, et je conseille à l’auteur qui peut etre se reconnaitra, de bien vouloir faire l’effort de pousser “l’extimité” aussi loin qu’il m’est arrivé de le faire. J’ai donc supprimé ce message, le considérant hors sujet. Je m’en fait l’échos, renvoyant son auteur à son anonymat, lui évitant la honte. Pour les autres, je les publie comme ils sont venus. Sachez que tous, vous m’avez touché car meme dans vos critique j’ai lu l’amour que vous portez à ce pays, votre considération, vos inquiétude et surtout votre incroyable désarroi. J’ai aussi lu ceux qui comme moi vivent à leur facon, le meme déchirement. Certains en restant à Tôkyô coute que coute. D’autres en s’étant repliés en province quelques jours, comme moi. Des ilôtiers me confiant leur désarrois. J’ai appris qu’un ami d’un ami travaille à l’ambassade, et qu’ils sont en effectifs réduits, ce qui confirme cette espèce de mal-communication, cette impossibilité à les joindre que plusieurs d’entre vous ont rapporté. Qu’ils sachent que nous sommes avec eux, admiratifs du travail qu’ils font malgré le fait que l’ambassade aie été désertée.
Et puis comment passer sous silence la réactivation de l’ambassade qui est peut etre en passe de réussir désormais bien mieux que d’autres ambassades. Visiblement, mon cri de colère, mais d’autres, comme ceux qui sur Flickr ou Picasa ont publié des photos de la devanture de l’ambassade “fermée pour cause de tremblement de terre”, les plaintes des parents, le désarrois des plus jeunes, tout cela a ouvert les yeux du gouvernement Francais qui commence à voir la situation telle qu’elle est. En fait, je pense que jusque lundi, les responsables du quai d’Orsay regardaient l’expatriation au Japon comme dans les annees 50 et communiquaient avec les moyens techniques des annees 80. Il est impératif que cette catastrophe en cours changent cette facon de parler de l’expatriation. Ici, nous sommes des couples mixtes, mariés ou non, hétérosexuels et homosexuel(le)s, étudiants, salariés, détachés ou en statut local. Nous ne sommes plus cette poignée d’hommes d’affaires et d’esthètes des années 50 à qui on pouvait dire de rentrer en France comme quelque chose de normal. Nous sommes un grand nombres à nous inscrire dans la durée, ici. C’est en quoi le mail de l’ambassade et sa communication ont inspiré un véritable vent de panique chez beaucoup d’expatriés. Il faudra réfléchir à ce changement profond qui va dans le sens de l’accroissement de la mobilité à travers le monde. Nous sommes des immigrès francais en terre japonaise, et non un groupe de francais représentant la France quand tout va bien et pratiquant le sauf qui peut quand ça va mal. Le monde a changé. Il faudra aussi que l’ambassade travaille à “activer” des réseaux via les médias sociaux afin d’être réactive. twitter ne demande pas un tres gros investissement en temps puisque chacun nourrit une feed que les autres peuvent consulter et nourrir à leur tour. Un site internet de type interactif peut alors relayer une information triée, cela s’appelle le 2.0. En cas de crise majeur, la France aurait alors une plateforme collaborative extrêmement souple qui ferait le lien avec tous. Des messages d’appel au calme, des rendez vous, des cellules de soutien pourraient se mettre en place et l’information etre communiquée en temps réelle. Cela au passage soulagerait l’angoisse de ceux qui, en ambassade, gèrent avec des moyens archaïques une communication d’urgence les épuisant, et s’ajoutant au stress de la situation qu’ils ont à gérer, et les visant eux meme. Quel désarrois aussi… À trois pour une cellule de crise de cette envergure, je vous salue et nous sommes des milliers à vous remercier de faire, malgré tout la permanence. Enfin depuis deux jours, des distributions d’iode sont faites à l’ambassade, des ilotiers restés sur place appellent les gens. Cela ne compense pas ceux qui sont partis en France à la va vite ou à Osaka en coupant leur téléphone, mais c’est un bon début. Des avions, enfin, commencent à etre réorientés sur le Japon afin d’évacuer les plus fragiles, les enfants en particulier. Je tenais à faire cette mise au point introductive par honnêteté car mon coup de colère n’a de valeur que si je sais reconnaitre une évolution positive. Peut etre mon article y a t’il contribué.
Je rappelle enfin qu’un blog, plus encore qu’un article de presse, s’inscrit dans l’instant de son écriture. Et que par ailleurs, à la différence d’un article de presse, il exprime une subjectivité que dans mon cas je tempère par ma seule honnêteté. Ainsi lundi, au stress de l’événement, s’ajoutait le silence d’un ilotier et des appels d’amis m’informant des portes closes à l’ambassade. La situation est aujourd’hui semble t’il redressée.

Alors maintenant, nous sommes jeudi. Depuis deux jours je suis à Kyôto. Un immense soulagement m’a traversé après notre longue promenade à Fushimi. Fushimi est un lieu particulier, un lieu où je me suis fait la promesse un jour de venir habiter dans ce pays, un lieu où en priant je l’ai demandé tres profondément à je ne sais quelle divinité. Une escalade longue tres longue, fatigante, sentiment qu’elle ne s’arrêtera jamais et qui, comme toutes les rudes collines que l’on arpente, vous donne la force de continuer à vivre. Je me souviens ma première fois, perdu car je m’étais trompé de route, et puis finalement, l’arrivée. Et en 2004, triste car je partais le lendemain et parce que mes résultats d’analyses sanguines, avant mon départ, m’inquiétaient : à l’arrivée, je m’étais senti protégé, la montagne m’avait donné sa force. Et enfin, en 2005, et après chaque année. Seule la promenade de l’hiver dernier, le 28, m’avait inquiété. Je n’étais parvenu à en faire qu’un quart. Épuisé. J’ai compris le message, et j’ai depuis repris un traitement, celui que j’avais interrompu il y a deux ans et demi pour raison économique. Au Japon, la trithérapie n’est pas à 100%… Avant hier, je me suis surpris à presque courir malgré la rude pente. De cette force, j’ai tiré le courage de prier pour les gens du Kantô, la famille de Jun, pourqu’ils s’en sortent. J’ai demandé cela au renard, je ne sais qui a écouté ma prière, cela n’a aucune importance. Je dis courage, car en fait je ne crois pas à tout cela, mais je me dis que cela aussi doit etre fait. Et si mon père a naguère prié pour moi, j’ai demandé qu’une part de ses prières aillent pour ces gens dans le nord, morts, ou pire en ce moment, survivants, piégés par le froid, l’impréparation, le risque nucléaire et, cela semble incroyable pour le Japon, par la faim. Car les vivre parviennent, mais l’isolement des petits groupes de survivant, les routes ébranlées rendent difficile leur acheminement. Les images à la télévision sont un véritable crève cœur. Fushimi est mon Solutré, un lieu ou je communique avec moi-même, où je prends les forces nécessaires pour prendre de grandes décisions.
Avant Fushimi, nous sommes retournés au Tôhukuji. Et là, surprise, le temple était ouvert pour nous permettre d’admirer une grande tenture du bouddha mort pleuré par ses disciples et tous les animaux. Plus que la toile immense, c’est le message qui est beau et tombait à point nommé en ces circonstances. Le bouddha atteint en effet la vrai vie. Nous, nous ne sommes que des survivant, loin de la délivrance, et nous pleurons ceux qui nous manquent. La grande Sanmon aussi était ouverte, nous y sommes montés.
Pendant tout ce temps, je consultais vos messages, je consultais les informations. Nous ne sommes allés à Kyôto que pour voir venir, sortir de la torpeur. Mon école est fermée, je tournais en rond. Et puis peut etre aussi avais-je besoin de ressentir l’envie de rester. Non pas d’une facon bornée, “je reste parce que je reste”, mais aussi parce que ça vaut le coup. N’aimant guère Tôkyô et lui préférant Tôkyô, ce voyage est un peu comme un retour aux sources, à un pays natal que je n’ai pas en ce pays si ce n’est, justement, ici (il vous faudra beaucoup chercher pourquoi dans ce blog, je l’ai déja raconté, je ne me répèterais donc pas, mais Kyôto et moi, c’est depuis 1970…). Kyôto est mon autre ville, avec Paris, à égalité. Et avant Londres qui occupe une place tres spéciale.
On est rentré. Bien sûr, le midi nous avons mangé dans le meme petit restaurant où nous allons vers le Tôhukuji. Nishin soba… J’adore le hareng (nishin)…
Je suis ici en suspension. Je reçois des messages privés sur Facebook, certains sont désespères. Couples mixtes dont le conjoint Japonais a peur pour son travail. Comme Jun. Déchirements intimes dus à cette culture caporalisée depuis Meiji et qui trouve toute son expression ridicule dans le 頑張る (ganbaru, s’accrocher). La mentalité provinciale ignore le ganbaru, elle tourne plutôt à une sorte de résignation qui elle me convient bien car je suis un peu pareil. Durant les violentes secousses, comme je vous l’ai dit, je n’ai pas eu peur, j’ai fait ce que j’avais à faire et, entre autre, cela consistait à faire rire une petite fille de 4 ans, mon élève, et ainsi décontracter sa maman qui avait, il y a 16 ans, vécu le drame de Kôbe. Aucune peur. Seulement après en réalisant l’ampleur du drame. Bref, la résignation est pour moi ce qui accompagne mon choix, mes choix. Je suis existentialistes. Comme Beauvoir et Sartre. Je choisis ma vie, en tout cas ses grandes options, et après, eh bien, j’assume. Venir au Japon, c’est assumer un big one. C’est s’y préparer et je m’aperçois à mon comportement où mes gestes ont ete guidés par une sorte d’automatisme que je m’y étais bien préparé. La résignation à un événement, oui. En revanche, l’obstination désespérée est quelque chose qui m’est étranger, meme si j’avoue que c’est tentant. Le piège obscond, comme on dit en philosophie, la négation de la réalité. Et c’est là que ce départ à Kyôto est important. Mon école est fermée, c’est une chance. Jun m’a suivi, c’est courageux. J’ai retrouvé Yann (en tout cas au téléphone), Martin (en fait cet après-midi) et Christophe, par hasard lors de notre promenade à Nijô-jo pour admirer les fleurs de prunier. Au passage, vraiment magnifiques. De discussions en discussion, c’est intéressant de voir que Kyôto a été pour nous quatre le moyen de prendre du recul et décider. Martin va rentrer avec sa femme. Sa femme, enceinte, ne peut pas prendre de risque et l’ambassade évacue les enfants et les femmes enceintes à partir d’Ôsaka demain. Christophe ne sait pas encore. Sa femme, Japonaise, n’a pas pris son passeport et est inquiète car elle manque le travail. Encaporalement des gens, lavage de cerveaux qui commence vers l’âge de 12/13 ans avec des activités extra-scolaires de groupe qui coupent les enfants de leur famille et les conditionnent à n’agit qu’en conformité avec groupe. Et qu’on ne me dise pas que c’est traditionnel, le travail des champs s’effectuait autrefois en famille et la cellule familiale était autrefois un bloc solide, aujourd’hui dissout et remplacé par l’obéissance à l’entreprise et à des obligations sociales (qui depuis 10 ans volent en éclat avec l’enfoncement du pays dans sa crise économique). Jun aussi, en tiraillé. Il a peur de ce qui se passe, de ce qui peut se passer, et en meme temps, il pense à son travail…
Hier, c’était giboulées entre neige et éclaircies. Il faisait tres tres froid. Nous avons pris un vélo et avons sillons la ville, Kitano Tenmangu, Nijô-jo, ainsi que le Hôkyôji où il y a une tres belle exposition de poupées japonaises. Le soir, notre habituel restaurant de tonkatsu à Teramachi, et une tarte portugaise que nous avons mangé à l’hôtel. Des coups de fils à mes amis, et ces nouvelles en provenance de Fukushima, pires de jour en jour. Un mail de l’ambassade tres clair sur l’évolution des événements mais offrant cette fois des moyens importants : des vols vers la France, des pastilles d’iode, etc j’ai vu que Francois Fillon s’était exprimé. Les écologistes, eux, dénoncent le nucléaire. Je me permet juste de dire que, farouche opposant au nucléaire moi-meme, j’aimerais toutefois un peu de pondération dans la polémique à ce sujet, car il s’agit d’un drame en cours. Oui, il faudra un referendum de sortie, oui, il faudra reconvertir nos économies, mais en ce moment, l’urgence devrait etre d’organiser des réseaux de solidarité et, éventuellement, réclamer l’assouplissement des règles concernant les visas pour permettre l’hebergement temporaire de Japonais. Non pas aujourd’hui, juste au cas où d’une catastrophe tragique, nous entrions dans le domaine inconnue de la tragédie absolue. On aura tout le temps, après, de “sortir du nucléaire”, et vous me trouverez de la bataille, mais en ce moment, l’urgence est aider, aider, informer.
Car ce n’est pas un débat que nous avons, ici. C’est la réalité d’une centrale atomique composée de deux groupes ayant au total 6 réacteurs, construits par General Electric, dans une technologie des annees 60 interdite aux USA depuis 1972 car présentant des risques de rupture des circuits de refroidissement, et par ailleurs ne répondant à aucun des critères minimum requis pour résister à des tremblements de terre. Rien que pour savoir ça, il faut glaner sur le net car au Japon, ce type d’information est tres filtrée. Il faut savoir également que le combustible employé est vendu par une société française, Areva, dont toutes les équipes de Tôkyô ont ete déplacées à Ôsaka (à côté de Kyôto). Il faut aussi savoir que les premiers signes de faiblesse d’un réacteur sont apparus samedi et que la technique employée a été celle de la dernière chance. Et que ça a marché. Que le problème s’est reproduit une deuxième fois, avec un début de fusion (Tchernobyl) et que la meme technique a marché. Dans les deux cas, la noyade du noyeau dans l’eau de mer a refroidi le réacteur et évité une catastrophe, avec pour contrepartie une explosion du mur extérieur et une spectaculaire fumée blanche finalement faiblement radio-active. J’avoue que ce scénario me suffisait… Il semblerait que pour le 3eme rêacteur, ils aient forcé ce scénario. À la télévision, ce qui était une opération de la dernière chance samedi a étê présenté comme un truc tres banal mardi matin. Il y avait meme de la publicité pendant le journal. On s’habitue à l’horreur, je vous dis, et puis peut etre fallait il rassurer les marchés boursiers, restés ouverts… Et c’est là que ça a raté. Non seulement le mur a explosé comme prévu, mais l’explosion a decouvet le réacteur lui-meme et a touché le 4eme réacteur qui lui était normalement désactivé car en contrôle technique. Un incendie a tres rapidement commencé à se déclaré sous l’effet de la montée de la température du 4eme réacteur. Mercredi matin, le technicien de Tepco, la société d’électricité privée de Tôkyô répondait, quand on lui demandait d’où venait la fumée, qu’il ne savait pas. Nous avons donc, à présent, une unité alternant accalmie et incendie, dont le cœur est entré en fusion, officiellement reconnu, un autre endommagé et rejetant des fumées, deux coeurs refroidis partiellement. Et enfin, deux autres, ceux d’une autre unité, dont la température monte sensiblement. La télévision noie le public dans une débauche de graphiques et d’explication. Le plus incroyable, c’est dire au gens qui habitent entre 20 et 30 kilomètres de ne sortir qu’avec un lasque en coton mouillé et des vêtements en nylon et de tout laisser à l’entrée de chez soi. Pourquoi ne pas les évacuer, et si un masque en coton est si sûr, pourquoi voit on ces hommes en tenue hermétique… L’armée américaine, elle a décidé de ne plus intervenir à moins de 80 kilomètre et distribue de l’iode aux hommes situés entre 80 et 112 kilomètres. Il y a donc désinformation quelque part, et l’inquiétude est donc justifiée. Heureusement toutefois, les vents soufflent sur l’océan et non sur les terres : les autorités reconnaissent qu’il y a eu des pics de radioactivité mortelle. Enfin, malgré tout cela, sachez que Tôkyô, malgré quelques pics, reste à une distance raisonnable, et cela meme si la situation se détériorait encore. Seul un scénario catastrophique total, l’explosion en chaine des sic réacteurs, entrainerait la formation d’un nuage menaçant Tôkyô dans les heures qui suivraient. Je pense que le silence relatif du gouvernement tient au fait que celui ci est en train de préparer en silence une évacuation à grande échelle, laissant à Tepco le soin de tenter quelques opérations à tout hasard. Largage d’eau pour gagner du temps, réparation des circuits de refroidissement. Si cela marchait, on pourrait envisager un bétonnage du site. Si cela ne marchait pas, seul l’état d’urgence serait alors une option. Je compile ici des informations divers lues dans le New York Times, sur le Yomiuri, etc et je tache de garder un regard nuancé. Ce n’est pas encore l’apocalypse et si vous avez des amis à Tôkyô, pour l’instant, ça va. Ils manquent de pain, de riz et de PQ, mais à part cela, ça va. Par ailleurs, les répliques sismiques s’espacent, réduisant le risque d’un deuxième tremblement de terre. Si tout évolue dans le bon sens, avec une stabilisation réelle à Fukushima, confirmée par l’AIEA, je pense etre en mesure de rentrer à Tôkyô lundi, avec Jun.
Ici, il fait tres froid, il neige. Je pense retrouver Martin cet après-midi.
Le nucléaire est une saloperie, surtout quand il n’y a pas de réelle sécurité et quand il n’y a pas de transparence. À cet égard, le Japon s’obstine, comme toujours, à tout faire tout seul à sa facon, à l’image du discours, pathétique, de l’empereur (réfugié à Kyôto), hier. L’inquiétude est pourtant réelle, grandissante chez les Japonais. Ce matin,à l’hôtel, un petit vieux m’a demandé où ça en était. Il a fuit Tôkyô. Les autres obéissent mais n’en pensent pas moins. Je souhaite de tout cœur que les opérations en cours réussissent car dans le cas contraire, la panique serait inévitable.
Si vous avez des amis à Tôkyô, s’il vous plait, modérez vos messages, ne les pressez pas de rentrer, essayez de comprendre que cet événement fait, aussi, parti de la vie.
Pour le nucléaire, on lui réglera son sort le moment venu. En France, bien sûr, mais au Japon aussi.
De Kyôto,
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • J'ai découvert votre blog par rezo.net. J'ai quitté Tokyo pour un petit village dans le sud-ouest de Kyoto dans la famille de mon mari quand notre arrondissement a été contaminé par du césium et de l'iode radioactif apportés par le vent depuis Fukushima. Je suis partagée entre le soulagement de m'être un peu éloignée de Fukushima et une violente angoisse pour toutes celles et ceux qui risquent de subir un accident nucléaire après les tremblements de terre et les tsunamis. Nous devrons nous aussi rentrer à Tokyo dans quelques jours à moins que le gouvernement décide d'évacuer la capitale. Je souhaiterais être croyante pour pouvoir prier au lieu de rester transfixée devant la télévision dans l'attente du pire.

  • Je crois qu'il y a une erreur dans votre texte, vous avez écrit –– N'aimant guère Tôkyô et lui préférant Tôkyô –– ne vouliez-vous pas dire –– N'aimant guère Tôkyô et lui préférant Kyôto ?

    Bigre, s'il faut avoir la plume des meilleurs (pour le style) pour avoir le droit d'écrire sur un blog, les grands auteurs sont légion ces temps-ci !

  • je découvre votre blog depuis très peu de jour… Et j'avoue que chaque jours maintenant je passe pour vous lire… Cela me touche de vous lire, car nous ici en France, face à tout ces événements… on se sens littéralement impuissant…
    Quoi dire de plus, je vous connais que via le net et en vous lisant, j'ai juste envie de vous dire, courage !
    Ici, qui que vous soyez au Japon, on pense tous a vous… Même si sincérement je pense qu'on est à des milliers de kilomètres d'imaginer ce que sait de vivre ce que vous vivez chaque jour…

  • Tes récits m'ont toujours fait beaucoup de bien. Tu sais si bien expliquer l'attachement que l'on peut avoir vis à vis d'un pays/ville dont a priori on est étranger. Attachement que ces temps si difficiles ne font que mettre en lumière de façon plus visible.

  • vous allez être content,
    l'ambassade utilise maintenant
    les serveurs de formulaires
    mis a disposition gratuitement par Google…..

    c'est sur les serveurs de Google Docs
    qui tiennent les formulaires d'inscription

    A la suite d'une panne informatique, les Français intéressés sont invités à
    de nouveau se signaler dans les meilleurs délais à l'adresse suivante
    https://spreadsheets.google.com/viewform?formkey=dEV3RDg2Z0tsOV9CNmstdkFyZUJSQUE6MQ

    http://www.ambafrance-jp.org/

    La panne informatique etant une excuse bidon, bien sûr

  • Au delà du debat sur le nucléaire qui parait bien illusoire vu les besoins et le peak-oil (l'AIE a récemment avoué que le niveau de production de pétrole de 2006 ne serait jamais dépassé, datant de fait l'affaire!), sans parler d'energies renouvellables non rentables (photovoltaique trop couteux à produire: des m2 de fonderie silicium!) et/ou fonctionnant mal en réseau (éolien), je constate de l'extérieur ceci:

    Chez nous, EDF unique opérateur… même si l'Europe aimerait bien ouvrir ce marché à la concurrence, qu'il faudrait amha revoir à la lumière de ce qui se passe au Japon.

    Je m'explique:

    Au Japon: TEPCO (Tokyo), KEPCO (Kobe), Tohuku (Onagawa), Chubu (Nagoya)… Pour les plus gros, tous opérant du nucléaire.

    => 1 fournisseur par région industrielle, se tirant tous la bourre sur les couts pour attirer l'industrie près de ses centrales, tout en devant gaver l'actionnaire.

    Le drame vécu par le Japon c'est peut-être aussi d'avoir ce secteur, qui n'admet pas trop l'erreur et les économies, morcelé et concédé au privé.

    J'aimerais mieux, en France, voir les écolos poser ce problème plutôt que de crier au loup sur une énergie incontournable.

  • Bonjour Madjid.
    J'ai découvert votre blog il y a un certain temps déjà grâce à Minorités. J'ai toujours beaucoup de plaisir et d'intérêt à vous lire et à regarder vos photos. Pas de commentaire particulier à faire, juste un sentiment d'impuissance et de tristesse face à ce qui arrive à ce pays que j'aime tant. À ce propos, ici en France, on commence à entendre et à lire pas mal de bêtises sur la culture japonaise comme d' habitude.
    Je pense à vous, à Jun, à tous vos amis et à l'ensemble de la population japonaise. Prenez soin de vous. Le renard veille sur vous (dans la mesure de ses moyens bien sûr).

  • Bonjour,
    Je ne suis pas experte ni juge mais moi j'aime vous lire .Bon ceci dit ,il y a toujours des “méchants” ou plutôt des jaloux.
    En quelques jours le monde vous connait et lui est restera anonyme.
    Hier soir nous avons regardé une émission ou les experts nous ont expliqué ce qui se passait à la centrale mais très vite le débat est devenu ombrillisme ( je ne sais pas si cela se dit mais je l'écris )et nous et nous…
    Un seul a réagit et dit que pour l'instant il fallait penser au peuple japonais.Parfois j'ai honte d'être française.Enfin!!!
    Je vous adresse toutes mes bonnes pensées et vous souhaite une belle journée.
    Martine

  • Cher Madjid,

    je ne sais pas si vous l'aviez imaginé mais ça fait un bien fou de lire votre blog. Enfin une voix humaine, après avoir erré sur le net d'informations anxiogènes en explications techniques incompréhensibles… et de toutes façons comprendre ne change rien à ce terrible sentiment d'impuissance. Alors vous lire permet de prendre du recul, de se décoller de cette fascination horrifiée devant les informations et de retrouver de l'humanité. Merci pour ce que vous faites, du fond du coeur. Je pense à vous et à tous les habitants du Japon.

  • Témoignage très émouvant, merci de nous le faire partager. Nous pensons bien à vous depuis la France, c'est un déchirement de voir ce pays aimé dans une telle crise.

  • Bonjour, ne fais pas attention aux commentaires agressifs, qqun qui réagit de la sorte, à d'office un problème avec lui même…

    Merci pour tous tes txts, toujours très plaisant à lire, c'est une petite lueur, dans les circonstances actuelles…

  • Je vous lis et ne trouve pas de mots… mais le sentiment qu'une energie positive, forte, pleine d'amour et de soutien se degage et vous atteint pour vous aider a surmonter, tt du moins moralement, vous et ceux que vous aimez, et tous ceux qui traversent cet enfer… Pas de mots mais un sentiment qui, j'en suis convaincue est partagé par des milliers de personnes et jespere vraiment que vous en percevez les possibles “bienfaits”…

  • Bonjour, j'ai découvert votre blog récemment grâce à twitter.

    Je ne suis pas très douée pour exprimer mes sentiments correctement, mais je suis, comme beaucoup je pense, une française dans le trouble de ce qu'il se passe actuellement au Japon.

    Je vous pris de m’excuser de la confusion qui risque de se dégager de ce message, de mes maladresses d’écriture ^^(si j’arrive à me faire comprendre, j’aurais gagné ;p)

    Le Japon est le pays où j'aimerais vivre, mais où je n'ai jamais pu aller, malgré mon âge, pour cause de soucis divers que je ne vais pas étaler. Voir ce qu'il se passe aux travers du prisme de différents médias, dont internet (merci mon dieu, on peut accéder à de multiples sources), m'attriste à un point inimaginable. Cette catastrophe s’ajoute à celle d’Haïti, mais aussi à la difficulté qu’ont les Libyens pour sortir du joug de leur dictateur, et je me rappelle aussi un tsunami en Thaïlande. Pour ma part, je me sens si impuissante, alors que j'aimerais tant venir en aide ! Bien sur, il y a la croix rouge, mais est-ce suffisant ? Je ne pense pas.

    Je ne supporte plus les medias français ; le tsunami, le tremblement de terre ont été rapidement mis à la trappe pour ne parler que du nucléaire ; surtout de l’aspect catastrophique, mais pas uniquement envers les japonais ! Les faits ont été retourné vers notre nombril, en ce sens que de la faute des japonais et de leur central, nous allons en souffrir. Soit, mais les premiers exposés, ce sont les japonais. En France, Ils y a même des gens qui dévalisent les pharmacies pour se procurer des pastilles d’iodes ; on parle déjà d’une catastrophe pire que Tchernobyl. Les journalistes s’évertuent à montrer que les médias japonais minimisent, que les japonais sont en fait terrorisés (à force d’interviews), que encore une fois, les occidentaux ont raison. Dès la catastrophe, on a tout de suite parlé de la chute du yen.
    Bien sur, les japonais ont peur, mais ils ne le crient pas aussi fort que les occidentaux, grands traumatisés devant l’éternel. Les immigrés comme vous ont peur ; c’est normal, je le conçois !! N’importe qui aurait peur ; peut importe la façon dont on la montre et dont on la gère.

    Mais je m’attriste de la tournure que proposent nos médias occidentaux pour encore tirer le chapeau à eux. Je ne dis pas que les médias japonais sont mieux, vous le dites vous-même : ils sont en retard.

    Finalement qui croire ?

    C’est pour cela que je suis votre blog, ainsi que d’autres de français vivant là-bas. Une vision subjective, certes, mais qui aide à rassembler les pièces d‘un grand puzzle dans lequel nous nous sommes que des spectateurs impuissants, nous de l’autre côté du monde.

    Lorsque vous écrivez à propos de la personne qui vous a attaquée sur votre style, je trouve que cela est mal venu en ces temps et que c’est tout simplement gratuit (sachant que je ne connais du contenu de son message que le résumé que vous en faite).
    Vous n’avez pas à justifier le pourquoi de votre journal, vous n’avez pas à justifier de votre vie auprès de gens qui ne vous connaissent pas. Je trouve déjà généreux de partager votre journal avec nous, vos pensées, que l’on soit d’accords ou non.

    Tout ce que je peux vous souhaitez, c’est que des jours meilleurs viennent rapidement et que le peuple japonais, dont vous faites parti e, ressort plus fort. Garder le courage, nous vous soutenons, nous les inconnus du web, des assemblages de 1 et de 0 comme on dit.

    Bien à vous

  • Bonjour,
    Je viens d'entendre l'ambassadeur sur France Info. Euh ! Nous sommes toujours dans les années cinquante. On rapatrie le maximum. Rassurez-vous, sur la Corée, pas plus loin… après qu'ils se démerdent.
    En Iran, peu après l'arrestation de Clotilde Reiss et devant mon refus de quitter le pays, l'ambassade m'avait fait signer une décharge (sur papier libre, les lâches) dans laquelle je reconnaissais prendre l'entière responsabilité de ce qui pourrait m'arriver en cas de problème. Et puis, comme cela ne suffisait pas : le quai d'Orsay a appelé mon employeur pour me faire dégager. Je ne vous parlerai pas de l'ambassade de France à Manille (Philippines), en février 2006. Belle manif à deux pas de l'ambassade… Tous nos diplomates se barricadent à l'intérieur et de m'appeler : “qu'est-ce qui s'passe ?” Aux Philippines, comme en Iran, comme au Japon… Nos diplomates tremblent de la tête aux pieds.
    Profitez bien de Kyoto, superbe ville où, à chacun de mes séjours, je me suis toujours senti un peu chez moi.
    Restez comme vous êtes et tenez le coup. Les cerisiers bientôt fleuriront.

    Message perso à supprimé du commentaire : J'ai donné votre contact au petit éditeur qui me publie… Il a dû prendre contact avec vous.

  • En voyant ce qu'il se passe et en te lisant deux proverbes me viennent à l'esprit

    断腸の思い
    danchô no omoi
    (se sentir les entrailles déchirées)

    柳に雪折れなし
    yanagi ni yuki-ore nashi
    (le poids de la neige ne brise jamais les branches du saule)

    le Japon est un saule qui se remettra sûrement.
    Mais je ne saurais dire combien je me sent déchiré.
    Merci à toi.

    Nous t'accompagnons
    A+
    Sekaijin

  • Merci pour ce blog, que j'ai découvert tout à fait par hasard en lisant Minorités.c'est toujours agréable de vous lire. je vous embrasse et courage. Marie ( dont la fille de 12 ans est passionnée par les Mangas et le Japon, d'où l'intérêt de la mère…).

  • Moi je le trouve formidable le style. Au contraire. Je trouve beaucoup de fluidité dans l'expression des pensées et le coeur et l'humanisme toujours à fleur des mots. Je rajoute une grande honneteté intellectuelle, en témoigne l'intro de ce post. D'ici nous sommes atterés de ce que nous voyons et nous ne pouvons que témoigner d'une grande compassion. La situation est tellement complexe qu'il serait indécent de juger tel ou tel. Les médias français effectivement ont axé l'essentiel de l'information sur le nucléaire, oubliant beaucoup la détresse des victimes du tremblement de terre et du tsunami. Il me semble que depuis hier mercredi des mouvements de soutiens et de solidarité commencent à apparaitre. Je veux Madjid t'envoyer tous mes voeux de courage et de soutien. J'espère que dans les heures qui viennent vous trouverez avec Jun des moments de respiration auprès de ces magnifiques péchers en fleurs et ces nouilles que l'on te jalouse. Bien à toi ! Denis

  • Ma belle famille est à Kesennuma, dans les ruines, sans chauffage, sans rien à bouffer. On a reçu un seul coup de téléphone depuis vendredi. Lisez le dernier article pour vous faire une idée. Votre blog est bien écrit, mais détourne une fois de plus l'attention sur Tokyo, voire sur Kyoto pour ce qui vous concerne. Désolé de le dire, mais l'urgence, et la souffrance, ne sont pas là.
    Quant au fait que votre blog aurait ouvert les yeux de l'ambassade, du Quai d'Orsay, de l'Elysée et pourquoi pas des Nations Unies tant qu'on y est, un peu de modestie ne ferait pas de mal.

  • Sur le forum de Grand Corps Malade, mon Ami Sékaijin m'a suggéré que ce petit texte que j'ai écrit pourrait apporter soutient ou modeste réconfort…

    Mars 2011, la terre s'est mise à trembler, l'océan soudain s'est révolté et le feu du nucléaire s'est mis à bruler …
    Japon

    L'homme souriait dans l'effort,
    Dans les rizières ou dans les ports,
    L'homme souriait au labeur,
    En ouvrier ou ingénieur,
    Les anciens lui avaient appris
    La joie d'une vie d'harmonie,
    Les anciens qui avaient naguère
    Subit les effets d'une guerre.

    Ile nue, face à l'océan,
    Ile nue au soleil levant,
    Tes cerisiers portent en ce jour
    Manteau de fleurs manteau d' amour
    Tandis que tu ploies sous les larmes
    Quand les épreuves te désarment,
    Quand l'océan ami pourtant
    Soudain a jeté le tourment.

    L'océan jette sur les plages
    Son lot de cadavres et de cages,
    Et l'ami reconnaît le père,
    Et l'ami reconnaît le frère,
    Corps enchevêtrés dans la boue,
    Coincés sous l'acier d'une proue,
    Poids lourds et murs en suspension,
    Spectacle de désolation.

    Pourras tu Homme avoir envie
    Un jour de reprendre ta vie,
    Sur l'ile face à l'océan
    Sur l'ile du Soleil levant,
    Tant que rayonnements tueront
    Tous ceux qui s'en approcheront,
    Tant que survivants pleureront
    Tous les disparus du Japon ?

    Ile nue, face à l'océan,
    Ile nue au soleil levant,
    Tes cerisiers portent en ce jour
    Manteau de fleurs manteau d' amour
    Tandis que tu ploies sous les larmes
    Quand les épreuves te désarment,
    Quand l'océan ami pourtant
    Soudain a jeté le tourment.

    Vincent Vandekerkove

  • Bonjour Madjid,
    Je suis l'îlotière qui a répondu à votre premier billet. Depuis, j'ai lu vos autres billets et les commentaires. Vos billets m'arrachent systématiquement des larmes des yeux, impossibles à contenir, tant je me reconnais dans ce que vous écrivez.

    J'ai fait exactement comme vous, j'ai quitté mon quartier pour aller encore plus vers l'ouest après avoir assisté à une réunion à l'ambassade sur la situation. Il y a deux discours: celui des officiels (nous ne pouvons pas les blâmer parce que ce sont justement des officiels) et celui des îlotiers et des Français du Japon (tiraillement, écartèlement entre France et Japon) qui sont sur le terrain et pour qui le vécu n'a rien à voir et ne peut exister quant à l'officiel. Deux mondes en présence qui vivent parallèlement. Hors situation exceptionnelle, ça se passe bien puisque peu voire pas de contact.

    J'ai vu la cellule de crise. Des personnes, anonymes, font un boulot dingue mais malheureusement, qui se souciera d'elles une fois les événements passés? En revanche, tous les médiatiques qui passent en boucle, ceux-là seront félicités pour leur clairvoyance, leurs analyses, leur travail, etc … Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut entendre. Dans cet océan, quelques personnes semblent entendre notre message. Ont-elles le pouvoir de relayer notre vécu, notre parole?

    Suite à cette réunion où étaient distribuées les pastilles d'iode, j'ai donné celles que j'avais prises pour les ressortissants de mon quartier que je savais être là, je suis rentrée chez moi, la vie a continué jusqu'à ce moment où mon conjoint m'a dit: “On part.” On ne s'est pas demandé où, on a pris le train puis le Shinkansen.

    Nous sommes à l'Ouest. Un couple d'amis expatriés nous a rejoints. Tous n'ont pas quitté le navire et certains mêmes ne veulent pas quitter leur personnel japonais faisant union avec eux. Oui, il existe encore des personnes de cœur, elles sont rares mais elles existent. Quant aux autres, ne nous préoccupons pas de leur sort. C'est ici et maintenant. Nous vivons et nous aimons.

    Madjid, si la chance est avec nous (je veux le croire), mon souhait serait de vous rencontrer dans ce grand Tokyo que j'aime tant, vous serrer dans mes bras pour être sûre que nous sommes encore vivants et que d'autres autour de nous fassent de même.

    Je vous souhaite ainsi qu'à Jun un séjour des plus agréables dans l'ancienne capitale, ville magnifique et de prendre bien soin de vous.

  • Bonsoir Madjid,
    Moi aussi, j'ai découvert votre blog cette semaine … Amoureuse du Japon, je me promène souvent sur les blogs de Français qui ont la chance d'y vivre et je suis effarée de la naïveté et de la désinvolture que certains affichent … Sur l'air : tout va bien, les médias européens (français surtout) font de l'intox sur Fukushima, gambare Nippon… Merci, mille mercis de voir la vérité en face, d'analyser les faits avec discernement, et d'oser une vision juste de certains aspects de la mentalité japonaise.
    Votre blog est salvateur ! (et votre écriture merveilleuse).
    J'aimerais tant voir le Nijo-jo à cette saison …
    Bon courage et meilleures pensées.

  • J'ai découvert votre blog, de grande tenue, par hasard. Courage, tenez bon. Amitiés au Japonais que vous êtes dévenu 🙂

  • “Et puis comment passer sous silence la réactivation de l'ambassade qui est peut etre en passe de réussir désormais bien mieux que d'autres ambassades”. Et bien au moins vous avez le mérite de le reconnaître! C'était quand même un peu facile de taper sur des gens qui eux sont restés à Tokyo, et continuent de se dévouer à la communauté des franchouillards raleurs impénitents… A quand le blog “Je suis un français en colère, notre ambassade en a trop fait, les pastilles d'iode c'était du gaspillage et puis c'était inutile de nous conseiller de partir etc…” Vous verrez, je suis sûr que d'ici quelques jours on en verra apparaître. Enfin, salut amical quand même!

  • Petite question – mesquine je l'admets- d'un français “de France” (mais ayant passé 15 ans au Japon) à un français “de l'étranger”: actuellement, vous payez combien d'impôts à la république pour cette ambassade soit disant si nulle et qui devrait vous aider tout-de-suite-et-sans-interruption-et-avec-les-bonnes-infos-et-sur-les-médias-qui-vous-plaisent? Non, parce qu'à la limite on n'a qu'à la fermer complètement: pour vous visiblement ça ne changera rien, et pour nous ça fera des économies. Dans un contexte de fermetures d'écoles, tribunaux, postes etc… en métropole ce sera plutôt bienvenu. Merci.

  • à Marc Mangin: la France ne rapatrie pas seulement “jusqu'en Corée”. C'est faux. Et il y a en ce moment même des gens qui bossent à l'ambassade en cellule de crise, qui font ce qu'ils peuvent pour communiquer des infos et aider leurs compatriotes, et se font insulter par des braves gens comme Madjid bien au chaud à Kyoto, ou toi en France.

  • La communication des gens de l'ambassade juste apres le seisme etait elle froide et maladroite? Peut-etre. La communication de Madjid sur ces gens (car ce sont bien des gens, des etres humains aussi, pas juste une institution sans visage) et sur les ilotiers, (qui sont des volontaires et bénévoles) a t-elle-été impulsive, méprisante, pontifiante, immature, nombriliste? et qui plus est irresponsable vues les consequences qui ont suivi dans les medias? A vous de juger…

  • Nous pensons à vous.

    Nous parlons souvent des événements a mon cours d'anglais quotidien. On n'a pas de Japonais dans la classe.

    On se disait: et si c'était arrivé ici? Jusqu'où le tsunami aurait été dans la ville ( c'est là qu'on se rend compte )? Chaque heure qui passe est peut être la dernière, pourquoi pas?

    On a tous mal au ventre et du mal a dormir, ca se voit sur les visages.

    Ce week end, il y a le festival des cerisiers a Pasadena. On ne sait pas si on doit y aller, comment sera l'ambiance…

  • Au-delà du fond, qui est très intéressant et émouvant, qui donne à réfléchir, qui apporte une vision “de l'intérieur” difficile à aborder pour nous qui sommes en France, je voudrais te féliciter pour la forme. Tu écris avec talent, et les critiques à ce sujet sont juste ridicules 😉
    Merci

    C L , écrivain

  • Madjid , courage .
    Je vous comprends tant . Je suis 'haafu' , j'ai la moitié de ma vie à Tokyo mais je suis à Paris , impuissante , inquiète et en même temps fière de notre peuple .
    Je vous lis de mon bureau , vos mots m'émeuvent tant que j'en pleure .
    Gardons espoir .
    Gambatte kudasai .
    Maya

  • Une information entendue à la radio qui m'a consternée: un Français marié à une japonaise expliquait qu'il avait voulu prendre l'avion avec sa femme et sa belle mère japonaises. Mais la belle mère ayant été refusée, il était rentré en France avec sa fille, laissant au Japon sa femme qui ne voulait pas, on le comprend, abandonner sa mère.

    Comment le pays prétendument “des droits de l'homme” peut-il être aussi inhumain? Bien sûr, cela ne fait que redoubler ce qui se passe à chaque fois que “nous” devons évacuer “nos” ressortissants… ce n'est peut être pas une raison suffisante pour trouver ça normal.

  • Je découvre votre blog aujourd'hui même et je le trouve moi aussi très intéressant,merveilleusement bien écrit et surtout riche en humanité.
    Oui, il a un côté “salvateur”,quelque part, c'est vrai !
    Je reviendrai vous lire.
    Tenez bon surtout ! Je vous envoie à vous, à vos proches et à tous les Japonais et ceux qui résident actuellement dans ce beau pays , plein d'ondes de lumière.
    Courage !
    Yuna

  • Moi je trouve que votre écriture est empreinte de beaucoup de sensibilité,de délicatesse et de pudeur .Cela me fait un bien fou de vous lire . (je vous ai découvert par hasard sur Rezo.net).
    Gardez votre sensibilité Madjid et n'écoutez pas les critiques stériles car…la critique est aisée mais…l'art bien difficile.
    Toute mon amitié au peuple japonais qui force le respect et qui a su garder une telle dignité malgré cet effroyable drame

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  • Cher Madjid,

    C'est mon second message sur votre blog.

    Je ne vous connais pas de visu mais je me donne quand même la permission de vous “tutoyer” tout simplement parce que je veux marquer l'empathie qui se manifeste au plus profond de moi au moment même où j'écris ces lignes, vous apporter encore mon soutien alors que vous et votre conjoint traversez des épreuves dont on a du mal à imaginer l'importance tellement elles semblent inimaginables de part la brutalité et l'ampleur avec lesquelles elles se sont manifestées depuis ce 11 mars, avec les interrogations, la révolte, les doutes, l'angoisse, les peurs qu'elles continuent encore à vous faire subir actuellement. J'aimerais qu'en les citant leurs poids diminuent un peu comme la brume se dissipe toujours à la fin d'un matin qui s'éclaircit.

    Permettez-moi de dire à ceux qui se sentent le droit de juger / jauger ce qui est intrinsèquement propre à chacun d'entre nous, “le style”, que j'ai un message pour eux et que je tiens à l'affirmer plutôt fermement: le style de ce blog est excellent ! Quoi qu'en dise tous ces grincheux intoxiqués par ce fléau qui est malheureusement universel, la bêtise.

    Permettez-moi encore de vous dire que vous avez bien mieux que la fougue et le brio d'un BHL, vous êtes vous. BHL est une coquille cachant des affects partisans derrière les artifices d'une culture qu'il utilise pour des intérêts discutables, je le trouve peu défendable quand il cautionne les attaques de Tsahal sur Gaza, 50 chars contre 5 roquettes, je force sans doute le trait mais c'est une réalité. Pardon de venir avec ca ici et maintenant, je ne voudrais pas abîmer gratuitement une personnalité que vous semblez assez apprécier. Je voudrais seulement vous dire que de mon point de vue vous n'avez rien du tout à lui envier.

    Arrivé sur votre blog pour la première fois le lundi 14 mars 2011 via le site rezo.net, j'ai été interpellé par le titre de l'article “Je suis un Français au Japon en colère” parce que comme tout être humain qui se respecte j'étais curieux de connaître l'avis d'une personne sur place, car qui ne peut que mieux nous informer que quelqu'un sur place en nous éclairant sur des faits que les médias sont plutôt prompts à déformer et qui vont si tristement faire date dans l'histoire du Japon, de l'Humanité. J'ai été vraiment bouleversé et très choqué par le mail de votre ambassade criant “au sauve qui peut” car nous avons bien compris qu'il ne laissait qu'une part quasi inexistante à d'autres alternatives et qu'il ne prenait pas du tout en compte une attente d'informations adaptée à votre situation, rajoutant du chaos au chaos. Depuis lors des explications ont pu être apportées, j'en suis ravi. Il y aura, je l'espère, un avant et “un meilleur” après Fukushima.

    Je ne suis jamais allé au Japon sauf au travers la lecture de blogs ou … de blogs et, de ce que j'en ai lu, c'est un pays qui mériterait d'être vu au moins une fois.

    Je ne reviendrais pas sur le débat pour/contre le nucléaire, ce n'est absolument pas du tout le moment.

    Maintenant est le temps de la résistance, du courage et du sang froid que vous avez démontré.

    C'est le temps du quotidien à continuer ici ou là.

    C'est le temps de prendre le temps de vous adresser des messages de soutien.

    C'est le temps pour nous, les internautes, de vous transmettre modestement une force que je souhaiterais illimitée et inconditionnelle.

    C'est le temps de vous dire qu'il y a des gens ici qui sont là si vous en avez besoin.

    C'est le temps de vous remercier pour le partage des récits de ce blog et de l'information que vous nous apporter.

    C'est le temps de vivre, le printemps est là.

    C'est le temps, cher Madjid, de te saluer.

    John Moisant – Belgique

  • bonjour , … très intéressantes , vos informations . En pensée avec le Japon . J'y ai aimé , et j'ai aimé ses gens , sa culture… je reviendrai certainement sur votre blog … Jean-Marc

  • Bonjour,

    Visiteuse assidue du Japon depuis plusieures années, pas expatriée pour cause de responsabilité familliale en France, j'étais à TOKYO ce 11 mars. Je suis rentrée en France via Osaka le mardi 15 au lieu du jeudi 17 prévu et depuis j'ai l'impression qu'on m'a arraché une partie de moi, j'ai l'impression d'avoir fuit et je m'en veux terriblement. J'ai une pensée de toute les minutes pour tout ceux qui vivent ces instants Japonais, Français ou autres. J'ai une pensée pour mes amis et mes connaissances. Ces quelques mots lancés ici pour apporter mon soutien avant de pouvoir revenir le plus rapidement possible non pas pour visiter et profiter cette fois mais pour aider à reconstruire ce pays qui est bien plus cher à mon coeur que celui où je vis.

    je me tairais sur le problème de l'Ambassade, mes rapport et ceux de ma famille avec eux ont été houleux. Je dirais juste une fois de plus que j'ai souvent honte d'etre Française…

    Au plaisir de continuer a vous lire et peut être un jour pouvoir peut être se croiser à la “maison”

    Coralie

  • Je viens seulement de voir ce message. C'est dommage, en voyant la désinformation dans laquelle vous avez baigné je vous aurais posté les bons liens en temps réel. Nous ici à Tokyo nous ne sommes pas restés par “acharnement” ni “désespoir”. Et parce que justement nous sommes restés l'information a été cruciale pour nous. 24h/24 nous nous tenions au courant, écoeurés par la désinformation crasse dans les journaux étrangers, ne faisant pas pour autant une confiance aveugle au gouvernement japonais.
    Ce qui nous importe (car ce n'est pas fini) c'est la vérité. Il fallait rester RATIONNEL et essayer de s'en tenir aux faits. Quand vous reviendrez à Tokyo vous entendrez autour de vous. Vous entendrez la protestation contre les médias plus occupés à faire du scoop qu'à donner l'information. En vous lisant j'avais l'impression d'avoir un condensé de TF1 et de CNN. Lisez mon blog où j'ai repris jour après jour l'information pour justement éviter encore plus les fantasmes et pour dénoncer. Suivez de manière chronologique. Et vous verrez les vrais raisons du pourquoi certains sont restés.
    http://downtowntokyo.canalblog.com/

  • > les autorités reconnaissent qu'il y a eu des pics de radioactivité mortelle

    Ah oui ?
    Quand et ou ?
    Et c'est qui qui a fait cette declaration ?
    J'ai suivi avec attention les conferences de presses de Edano, et de la NSC, et je n'ai jamais entendu parler de pic de radiactivite mortelle. Meme dans la zone d'evacuation. A Tokyo, c'est ca: http://mextrad.blob.core.windows.net/page/13_Tokyo.html
    Meme pas 1.0 ms/h pour le pic principal.
    10 fois moins que la radioactivite naturelle en Bretagne (ou a Rome) _et oui, le granite en Bretagne, il est beau mais il est riche en Uranium_
    Pour expliquer ma decision de rester a Tokyo, j'ai fait un article rappelant le deroulement des evenements, et comparant le traitement des medias Francais et Japonais. Honnetement, la comparaison n'est pas favorable a la partie Francaise.

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