(suite…)« Les pédés dans la rue, pas dans les bars ».
Ce 1er décembre, ACT UP, ce n’était pas une institution, c’était un cri de survie. BOUGE TOI!
Étiquette : VIH

D’un 1er décembre à l’autre…

120 battements, un commentaire

1er décembre 1991 Matoo, le président des pédés himself, a laissé un commentaire au sujet de mon billet sur 120 battements par minutes.
J’ai visité son blog où il avait publié un billet au sujet du film en 2017, et j’y ai laissé un commentaire.
Dans la plus grande tradition de mon blog, je mets en ligne cet échange car de son côté, lors de la sortie, il avait apprécié le film malgré ses faiblesses.
Voici le commentaire qu’il a laissé:Tu sais bien que c’est impossible d’apprécier un film qui parle d’un truc qu’on connaît trop bien. On trouvera toujours pas ça à la hauteur de sa propre perception. Donc je ne suis pas étonné de ton opinion très étayée là-dessus.
Le truc, selon moi, c’est que le film n’est pas du tout un documentaire, et pas non plus un film totalement fictionnel, et pas non plus une allégorie complètement abstraite, et c’est là où le bât blesse, à mon sens, il a le cul entre plusieurs chaises. Et même si je lui trouve plein de qualités formelles, et au moins le mérite d’évoquer ces sujets importants, bah j’ai aussi été un brin déçu (alors que je ne connais en rien ACT-UP de mon côté).
J’aurais aussi adoré un vrai rappel de la vibe LGBT de l’époque (fringues, danses, musiques, bars), mais encore une fois le film est à la croisée des chemins dans sa forme, et c’est son défaut. Mais c’est aussi peut-être ce qui en fait un *bon* film, pas ouf, mais correct pour instiller des éléments pertinents et une bonne histoire, sans verser dans la peinture hyper précise, le documentaire ou la biographie d’une asso.
Et voici ce que j’ai répondu:
Bonjour Matoo Watoo,
Tous ces commentaires, cet article, datent de 2017, et il est fort possible que je me serais laissé happer par le film si je l’avais vu à cette époque, mais il m’a été totalement impossible de le voir. Je pouvais pas.
Au fond de moi, il y a eu une résistance, une envie d’oublier ces années où il faisait gris tous les jours, même quand il faisait beau. Ces années glauques qui me laissent la sensation d’avoir sombré avec le Titanic. L’insouciance et la légèreté, l’innocence des années 80, tous ces bars, ces boîtes et ces lieux, et il y en avait plein, nos amitiés, tous ces garçons amants d’un soir, d’un jour ou d’une vie, jeunes, tout sourire, avec nos looks et nos musiques, et puis tout se retrouve emporté avant même qu’on s’en aperçoive, exactement comme le Titanic, certains parmi nous tentant encore de s’amuser comme ils le peuvent avant que le bateau ne sombre et qu’il ne reste que… ACT UP pour hurler, et nos larmes pour pleurer.Et puis un jour, les trithérapies arrivent, voilà, la lame est passée, et on a pris dix ans. Même à trente ans, au fond de nous, on en a quarante et même soixante.
Personne ne veut revivre un tel naufrage.En 2017, je n’étais pas prêt à affronter ces souvenirs.
Vu pour la première fois il y a un mois, donc, je n’ai pas aimé du tout, le film est mal construit – ou peut-être porte-t-il la marque d’un certain “cinéma d’auteur” dans sa pire acception. Les personnages n’ont aucune profondeur, il n’y a aucune temporalité, et il ne fait aucun doute que les jeunes qui ont adhéré à ACT UP après avoir vu le film ont dû être terriblement déçu parce que pour obtenir les résultats d’ACT UP, il a fallu des années et un boulot monumental, ce que le film ne narre pas puisque le temps y est totalement inexistant, narrant l’histoire d’une association imaginaire faisant un zap après l’autre… Comme si…
Je n’ai pas aimé It’s a sin, mais la série m’a beaucoup plus touché car pour le coup, Davies a essayé de retranscrire l’époque. Le résultat est très maladroit car, comme je l’écris plus haut, il est très difficile de vraiment investir nos propres souvenirs sans raviver une douleur profonde, mais les personnages “racontent” quelque chose qui les dépasse, quelque chose que nous avons toustes vécu.
Bises
Voilà qui complètera le billet de jeudi dernier.

120 battements par minute: un navet ?

(suite…)Il y en aura d’autres, de films, de récits et d’évocations, ce moment resurgira de l’ombre dans laquelle les trithérapies et l’envie de tout oublier l’ont enseveli. 120 battements par minutes sera alors le premier jalon d’une mémoire qu’il faudra reconstruire, un film fondateur malgré son incroyable imperfection.

Pédés et arabes in the 80’s/90’s?

(Photo by FRANCOIS GUILLOT/AFP)
(suite…)Arabes et pédés in the 80’s/90’s en France.
J’ai reçu une demande via Facebook. Comme j’ai fourni une (longue) réponse, je vous la livre ici comme j’ai régulièrement fait, sans editing et avec de nombreux raccourcis de langage pris dans la réponse, et ils sont nombreux.
Le tigre, le serpent, le covid et le VIH

(suite…)il va nous falloir « sortir », et qu’advienne que pourra, car aucune société ne peut vivre terrée dans la peur

Parting Glances (1986), un FILM PÉDÉ
(suite…)Un film pédé, un film SIDA et peut-être le premier dans son genre. Et le tout sans larmoiement, non, ça aurait été trop facile…

Fabrique de ma solitude
Je me suis retiré sans vraiment le faire des réseaux sociaux, j’y ai réduit ma présence. Je suis amusé par l’indifférence générale quand on n’y est plus, ça aide à bien comprendre l’illusion dans laquelle ils nous enveloppent, celle de compter, d’exister, d’être importants quand en réalité on n’y est qu’une « information », un « data » parmi d’autres piégés dans d’autres bulles. Disparaissez, vous ne manquerez à personne. Personne ne vous enverra un message « on ne te voit plus, ça va? », ni même un « quoi de neuf ». Je n’attendais rien heureusement, mais ça m’amuse de constater cela.
Le résultat de cette semi-retraite est une vie désorganisée. Tout le temps que je perdais, je me suis mis à tourner en rond, passant désormais du temps sur un YouTube qui de fait a progressivement remplacé et Facebook, et l’addiction ancienne, remontant à l’enfance, à la télévision. Celle-là, je m’en étais guéri mais comme toute addiction, elle n’attendait qu’une occasion pour ressurgir.
C’est comme un sevrage. Il faut réapprendre le silence, l’ennui, le vide.
Pourtant, progressivement, ma « consommation » de YouTube a évolué, passant d’une roue de secours dans un temps qu’on ne veut pas voir passer, à l’exploration d’une véritable mine d’or. Je suis bilingue anglais et j’avoue, YouTube, c’est extraordinaire. Ainsi cette semaine, j’ai regardé le dernier documentaire de Adam Curtis. Incroyable comment depuis trente ans il réalise le même documentaire en l’affinant, en allant plus loin dans sa recherche d’un récit global, avec toujours ce moment clé, ce tournant, l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher dont chaque fois il affine l’analyse. Et tout cela avec l’élégance d’une oeuvre contemporaine, image et son.J’ai regardé pas mal de vidéos en tout genres et découvert des pépites que je vais progressivement utiliser pour écrire. Au milieu, beaucoup de vidéos ayant trait à l’histoire de l’homosexualité, des horreurs, des trucs qui font sourire, des trucs qui font pleurer aussi, des trucs qui racontent une histoire qui est la mienne, qui forment une identité complexe et dont j’ai recommencé à me nourrir pour finir ce travail dont je vous ai maintes fois parlé. Ce matin, ça a été le Chris Donahue show de 1989.
Concernant ce travail, qui bien entendu est un serpent de mer, « mon premier roman », je suis enfin arrivé à ce que je recherchais à tâtons. C’est amusant, en écrivant ces mots, en remplaçant les formules tarabiscotées pour « l’évoquer » à défaut d’en parler (« ce qui m’occupe en ce moment », « mon travail du moment », « ce projet dont je vous ai parlé », etc), je m’aperçois que le tabou est enfin tombé et qu’il n’y a aucune honte à porter durant des années un travail avec toutes les difficultés que cela suppose. Oui, ce roman, le premier d’une série de trois, devrais-je dire. Là, je vous vois venir, « il a même pas écrit le premier qu’il nous dit qu’il veut en écrire trois ». Ben ouais, mais c’est le projet de départ, et cela depuis le premier jet il y a environ dix ans. Un équivalent de 150 pages peut-être, du premier tome dont je garde le titre secret. Le titre, c’est étrange, c’est comme si je l’avais toujours eu en moi…
J’y travaille de nouveau, j’écris de nouveau, et je place la barre encore plus haut. C’est tout ce que j’ai en moi ou ce ne sera rien du tout. Je veux écrire un roman, un vrai roman, de ceux qui restent après avoir lu la dernière ligne.
Alors, après avoir fait des élagages, des révisions, des changements dans ce qui est déjà écrit en suivant quelques retours dont je vais un peu vous parler ici, je me suis aperçu que. Non.Désolé les gars, désolé les filles, désolé les autres, mais il faudra vous farcir des passés simples, des futurs antérieurs, des subjonctifs passés, des conditionnels passés, des doubles pronoms, de longues phrases avec de la ponctuation et des parenthèses (de celles dont il m’est arrivé de vous abreuver sur ce blog…).
Après une très longue révision de ce que j’avais écrit, laissé en plan, je suis arrivé à une conclusion. La richesse de la grammaire de la langue française permet de faire respirer un texte, un récit d’une façon incroyable, d’élargir le champs en des sensations d’une très grande richesse que rien, dans une réduction à une grammaire simple, ne peut égaler. La langue française est le reflet de la gastronomie française, c’est une langue magnifique que j’ai appris à aimer jusque dans ses retranchements en l’enseignant. Ce serait dommage de ne pas le faire comme je sens, de ce côté là.
Et pour tout dire, c’est toute cette articulation complexe qui me ressemble car elle offre la possibilité incroyable, en créant des contrastes, de faire surgir le passé ou le présent dans toute leur violence et leur beauté avec la précision du photographe qui retouche une photo pour en faire ressortir un détail.Bousculer l’ordre, même et surtout avec l’écriture, c’est s’amuser avec. Ferré a écrit que le désordre, c’était l’ordre, moins le pouvoir. Et je suis totalement en accord avec cela. Mon écriture doit me ressembler, elle doit se faire mon joujou et non chercher à se mouler ni dans des conventions, ni dans des hésitations et encore moins dans les conformismes de notre époque.
Je veux m’amuser avec les registres de la langue, et tout le réclame, tout. Alors il y aura des passés simples à foison quand cela me fera plaisir malgré les réserves qu’un de mes lecteurs a formulé à ce sujet, une remarque qui a mis du doute dans mon élan quand au même moments mes amis ne me faisaient aucun retour – peut être avaient ils cru que je racontais ma vie.
C’est que je voulais aussi jouer avec les sujets, écrire « je », un je polyphonique car c’est ce je qui est le cœur même du récit, à défaut d’en être le personnage principal qui, lui, est invisible, tapi, caché.
C’est difficile, écrire un roman avec un, deux, trois, quatre, cinq personnages différents tout en donnant leur place à d’autres encore même si on ne les croisera qu’une fois et en même temps expérimenter des formes d’écriture qu’on ne maîtrise pas, du moins dans les premiers jets.J’avais adoré Manhattan Transfer, j’avais adoré le deuxième tome des Chemins de la liberté (Sartre a lu Dos Passos en anglais dans les années 30 et il est évident que le deuxième tome des Chemins est un hommage à Dos Passos qu’il a lu précisément à l’époque où se situe le récit).
A la relecture toutefois j’ai finalement compris que ça ne collait pas, que le procédé était maladroit.Pour m’y remettre, je me suis replongé dans l’esquisse du dernier chapitre, la fin, quoi, et même si l’écriture m’a semblé forcée, une sorte de grande prise de note, j’ai été surpris d’y avoir laissé tout ce qu’il fallait, en faisant une esquisse assez réussie. Une sorte de testament adressé à moi-même et que je viens seulement de déceler. Et je l’aime, cette fin.
Je regrette d’écrire sur ordinateur car cela aurait mérité d’être jeté sur le papier. Elle ne doit pas faire plus de 15000 signes, ce qui est très peu, mais j’y ai retrouvé l’essentiel et, pour tout dire, comme c’est par cette esquisse que je me suis replongé dans ce roman laissé en plan il y a dix ans, elle a réveillé tout le récit, toutes les intentions encore non écrites tout comme les personnages encore piégés dans ma tête et qui ne demandent qu’à sortir.La platine disque, et puis ce retrait des réseaux sociaux, et puis ces tchats que je fais plus souvent depuis un ou deux mois, cette reprise de contacts avec celles et ceux qui comptent pour moi, c’est la solitude nécessaire qui m’a tant manqué. C’est la solitude devant la feuille blanche et le plaisir qui va avec aussi, c’est le bras qui se pose sur un vinyle sans que je ne me retrouve le nez collé sur mon ordinateur.
C’est important, la solitude, pas la solitude forcée, tragique. Non, la solitude de fait, ces moments de silence que j’apprécie.
Je me souviens, durant mon analyse, j’avais parlé à la psy de ce que j’avais ressenti en regardant Mes voisins les Yamada, quand, toute la famille sortie, la mère se retrouvait seule à la maison, mettait la machine à laver en route dans le silence de la maison. J’avais effleuré des souvenirs d’enfance, ce même silence à la maison, et maman qui travaillait ces matins où, malade, je restais au lit dans un demi-sommeil.
Cette même qualité de silence. Maman était seule, alors, et à bien y penser, ce n’est pas cette solitude qui lui pesait, je crois qu’elle faisait partie de ces femmes qui prenaient un réel plaisir à s’occuper de la maison, à faire la cuisine. Une autre époque, une autre génération. Effleurer cette qualité de silence, c’est presque retrouver le bonheur qui s’y cache. Sans musique ni vidéo et encore moins de réseau social pour meubler.
Je peux, alors, rentrer dans le jeu de l’écriture et voir, entendre, il ne me reste plus qu’à décrire et raconter. Ce matin, j’ai « torturé » un des chapitres pour le rendre plus direct comme deux personnes me l’avaient conseillé, et à la relecture j’ai pensé que non, ça ne me plaisait pas, que ce n’était pas moi.
Et alors cette histoire de passé simple a été réglée. J’aime le passé simple, simplement parce que ça permet, entre autre, de s’en passer. Et de fait garder ce style que certains jugent ampoulé m’oblige à écrire avec plus de rigueur, à nourrir mes phrases plutôt qu’à en changer le style, car je sais pourquoi j’écris ainsi. Moi.Les quelques retours qui me sont revenus il y a dix ans ont brisé l’élan certes, ils sont surtout révélé la très grande fragilité de mes propres convictions concernant ma propre écriture. En fait, je n’avais jamais réfléchi à pourquoi j’écrivais d’une certaine façon, ni pourquoi j’écrivais d’une autre façon sur mon blog, ni encore pourquoi ça sortait différemment pour ce roman.
Et en réalité, c’était tellement évident…
Après toutes ces années le fantasme d’écriture est mort, il ne me reste qu’un travail, avec beaucoup de travail, une histoire compliquée à écrire mais très claire, et puis aussi un plaisir avec lequel je renoue très timidement.
J’ai 55 ans. Mon travail à l’école me gave comme ce n’est pas permis. Je ne retrouverai jamais un autre travail. La seule reconversion qu’il me reste est d’être écrivain.
Ça fait 20 ans que je repousse cette échéance…











