Omote sanpo

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Ces touristes americains auront « fait » le Japon, et auront certainement ete inviter a « percer l’ame japonaise »

A l’hotel ou je suis, il y a ce groupe de touristes americains menes par une japonaise a l’accent fait de sejour aux USA et d’une longue etude a l’aide de katakanas.
Hier, elle leur expliquait le programme de la semaine. Beaucoup de lieux touristiques, et je ne comprends jamais tres bien pourquoi on doit suivre un guide « humain » quand tous les guides « papiers » vous expliquent ces lieux en long en large et en travers.
Elle leur parlait des jardins en utilisant le « nous » habituel que les japonais utilisent toujours quand un etranger leur pose une question personnelle. Vous aimez ce jardin? Nous, les japonais, nous aimons ce jardin. Oui, mais vous, personnellement, vous l’aimez? Silence…
Dans le musee de Edo-Tokyo, pres du parc Kyosumi, on peut visiter des maisons de Edo, l’ancienne Tokyo, ces maisons a piece unique, d’une surface de 9 metres carres, au sol fait de plaches et recouvertes d’une natte en tiges de riz tissee, avec une simple ouverture pour la fenetre. Cette « esthetique » dont parlait cette guide est bien lointaine de ces maisons frustres ou logeaient une grande partie de la population. Un peu comme en Europe ou le pauvre bougre ignorait tout des decorations et abstractions conceptuelles de Versailles.
Le tourisme transforme le citoyen moyen de classe moyenne en un individu coupe de son histoire et de ses origines pour le recomposer en un individu abstrait qui ne concoit son propre passe que comme un passe de classe moyenne ayant acces aux codes de la culture passee. Il n’est pas rare d’entendre dire ainsi qu’ « autrefois les dames portaient des robes a panier », que « les hommes se poudraient le visage » tout comme les japonais devisent en long et en large sur l’importance du zen alors qu’il s’agit dans tous les cas d’une culture d’elite. Au Japon, le peuple etait avant tout incroyablement animiste, superstitieux et ignorant des fondements du bouddhisme sur lequel repose l’art des jardins, la ceremonie du the et l’arrangement floral etaient avant tout le privilege des classes superieures. Mais le tourisme fait rever les petites filles et les petits garcons qui, en grandissant, utiliseront un « on » bien pratique dans lequel ils entendront inconsciemment un « nous » ignorant la triste realite de leurs ancetres qui grataient la terre pour en arracher trois racines vaguement comestibles.
Ces touristes americains auront « fait » le Japon, et auront certainement ete inviter a « percer l’ame japonaise » en ces jardin et cette esthetique que ne comprennent pourtant pas 90% des japonais. On devrait organiser des tours passant par des restaurants de viande grillee, de nouilles chinoises puant le gras de porc, par des bains publics dans des quartiers delabres, et dans ces banlieues interminables faites de maisons prefabriquees, de parkings aleatoires devant des temples en beton et de vieux baraquements rouilles qui voisinent des centres commerciaux tentaculaires perches sur une gare Tokyu ou Tobu hantee de salaries en costumes noirs identiques un peu fripes achetes 100 euros: les touristes y perceraient certainement un peu plus de l’ame japonaise…

Vanité

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Nous sommes incapables de voir ce qui nous attache a ces refugies car nous avons oublie d’ou nous venons

Une de mes etudiantes a recemment visite l’italie. C’est une femme tres bien, pacifiste, « de gauche », tres cultivee, tres interessante, voyageant beaucoup et parlant tres tres bien le francais.
A Milan, traversant la gare, elle a vu des manifestants mobilises pour defendre les refugies qui affluent depuis quelques temps. Dans la ville, elle a en a croise.
Elle m’a dit qu’elle avait ete inquiete, qu’elle avait craint quelque probleme, vol, bagarre a cause de ces refugies. En d’autres termes, que ces refugies ne viennent gacher ses vacances.
Loin de la juger elle, j’ai pense a ce que nous sommes devenus, nous, les gens vivant confortablement dans des pays developpes, transformes en petits bourgeois pretentieux, jugeant ici et la la qualite du service sur les sites de tourisme comme Expedia ou Booking, mangeant de la grande cuisine dans des decors representant notre aisance et singeant le confort molletene de ceux qui goutent cette cuisine loin des regards, chez eux, les grands bourgeois. A l’hotel ou je suis, et bien que celui ci soit de qualite « budget », je nous fois faire la fine gueule sur la salade et tourner autours des croissants, evaluant, pesant ce que nous considerant comme un du par la grace du rapport marchant. Et je nous trouve minables, miserables. Incapables de mesurer notre incroyable fragilite.
Ces refugies qui viennent gacher notre festin ont bien souvent pu venir jusque nos cotes parce qu’ils appartenaient aux classes moyennes avant les conflits en cours dans leurs pays (Libye, Syrie, Iraq), ils avaient ainsi des economies. Leur situation d’extreme precarite nous empeche de voir l’incroyable similitude de condition qui nous attache a eux. Et de comprendre que ce que nous considerons comme acquis, notre soi-disant aisance, notre confort de pacotille, sont en realite des illusions, un moment tres court et que nous sommes a la merci d’une chute des marches boursiers, de decisions eronnees de nous dirigeants politiques nous engageant dans une guerre aux consequences mal mesurees comme ce fut le cas en 1914, et que toutes ces mines pretentieuses de petits bourgeois devant la qualite de tel ou tel service ou de tel produit s’evanouiront dans les gouffres de l’histoire.
Nous sommes incapables de voir ce qui nous attache a ces refugies car nous avons oublie d’ou nous venons. Mon etudiante a ainsi oublie que ses parents avaient traine leurs savattes dans les ruines de Tokyo devastee par les bombardements au napalm de l’hiver 1945, la faim qui les tiraillait, les nuits froides et la chaleur etouffante de l’ete, la crasse et la mendicite partout. Je ne la critique pas, moi-meme, nous tous, sommes encroutes dans ce present que nous regardons dans toute l’eternite de l’instant, aveugles par une aisance que nous ne devons qu’a la dominations de continents entiers qui nous fournissent notre chocolat, notre cafe et nos gadgets electroniques, une domination dont la marque est, parfois, notre ingerance militaire dans les affaires interieures des etats dont la repercution visible dans notre quotidien sont, justement, ces refugies fuyant les guerres que nous alimentons pour que nous puissions faire le plein a bon marche et manger du chocolat pour les fetes de fin d’annee.

Avec la #Grèce, with #Greece

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« Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice »
« There is nothing as crual as the tyranny we enforce in the shadow of the laws with the colours of justice »

Je suis totalement avec le gouvernement grec. Pourquoi? Je vous ai donné des raisons économiques il y a deux jours. Voici donc ici des raisons morale.
I completely support the Greek governement. the reason why? I gave you economic reasons two days ago. Here are some moral reasons.

M. Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne, a été mis en examen dans l’affaire LuxLeak, suspecté d’avoir encouragé la fraude fiscale de plus de 300 entreprises européennes.
Mr Jean-Claude Juncker, head of the European Commission, is under investigations in the LuxLeak scandal, as he might have helped more than 300 european companies avoiding to pay their taxes in their country.

M. Mario Draghi, actuel président de la Banque Centrale Européenne, a dirigé Goldman Sachs Europe après que la banque ait aidé la falsification des comptes grecs au moins entre 2000 et 2002.
Mr. Mario Draghi, the actual president of the European Central Bank, presided Goldman Sachs Europe after the bank helped to falsify Greece budget accounting at least between 2000 ans 2002.

Mme Christine Lagarde, actuelle présidente du Fond Monétaire International, a couvert la Société Générale lors de l’affaire Kerviel, refinancé les banques en 2008 et a été mise en examen pour « négligences » dans l’affaire Bernard Tapie.
Ms Christine Lagarde, the current Head of the International Monetary Fund, backed the French bank Société Générale during the Jérome Kerviel scandal investigation, bailed out the banks in 2008 and is being charged of « negligeance » in the Bernard Tapie scandal (a fiscal amnesty).

Quelle est donc cette Troïka qui parle de trahison, d’honnêteté, de « respect des règles »… ?
What is this Troïka which talks about treason, honesty, « rule of law »…?

« Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice »
« There is nothing as crual as a tyranny enforced in the shadow of the laws with the colours of justice »
Montesquieu – Considérations sur les causes de la grandeur des Romains

Grèce: la démocratie, pas la dictature

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L’Europe, c’est un peu Thatcher meets Merkel. L’affaire grecque me fait penser en cela à la grève des mineurs, quand Thatcher accusait les syndicats d’intransigeance quand en réalité, en coulisse, elle préparait bel et bien la liquidation de tout le bassin minier. L’Europe ment, comme Thatcher .

 

Je finis juin comme je ne l’ai pas commencé, en tâchant décrire quotidiennement sur ce blog. Ce n’est pas très facile de s’y remettre après une si longue absence, et je ne peux pas, non plus, partager mes souvenirs au jour le jour, à moins de me transformer en vieillard pour qui la vie, le présent, le futur, n’auraient plus beaucoup d’importance.

Hier, je ne travaillais pas l’après-midi, j’ai donc regardé Bloomberg. La situation grecque. Je ne peux m’empêcher de penser depuis plusieurs semaines que les puissances européennes, les mêmes, au demeurant, à savoir la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Russie, mais dans une configuration différente qui verrait le Royaume-Uni et la Russie ensemble quand la France cette fois-ci serait coalisée avec l’Allemagne, sont en train de reproduire exactement les mêmes erreurs, et pour exactement les mêmes raisons, que dans les années 1910.

De nos jours, la guerre physique, avec des canons, est un système dépassé, une sorte de dernier recours quand tous les autres moyens sont devenus inopérants. Trop coûteuse, la guerre, entre puissances. La guerre physique n’est utilisable que contre des puissances périphériques, et encore. Et essentiellement contre de plus petits états, moins forts. Et surtout moins bien intégrés au commerce international et aux échanges capitalistes. Les puissances peuvent ainsi faire la guerre en Libye ou au Nigéria, peu intégrées et certainement avec le but de mieux les intégrer, mais il est globalement impossible qu’elles se fassent la guerre entre elles. Le niveau d’intégration de leurs économies est telle qu’une guerre se solderait par la ruine financière de tout le monde avant, ensuite, de se traduire par une ruine physique aux contours assez difficilement évaluables.

Non, les puissances ont désormais d’autres armes pour obtenir le même résultat qu’une guerre, et ces armes, ce sont les armes de l’économie. On parle de « guerre monétaire », d’ « attaque » contre la monnaie ou contre la dette d’un état, on parle de « mesures de rétorsions », de « barrières douanières », le tout destiné à « faire plier » le dit état à « la discipline » nécessaire. Je ne fais que citer quelques exemples, mais je ne doute pas que d’autres mots vous viendront à l’esprit, des mots qui n’ont rien à envier au vocabulaire de la guerre.

Dans le cas de la Grèce, nous avons un très bel exemple du même aveuglement qui a prévalu en 1914. Le vocabulaire employé est, une fois encore, le même, et le résultat sera, à n’en pas douter, le même.

L’Europe est morte ce week-end.

La guerre, en 1914, était avant tout destinée à plumer l’Allemagne, une puissance dont l’économie jeune et moderne, hautement compétitive, faisait de l’ombre aux économies vieillissantes du Royaume-Uni et de la France, avec une nuance toutefois: le Royaume-Uni n’avait pas tant que cela envie de la faire, alors que la France, elle, dominée par des élites vieilles encore trempées dans le souvenir de 1870, en rêvait.

Ainsi, quand la Russie a volé au secours de la Serbie, il n’y a eu aucune tentative de médiation, de temporisation, et le jeu des alliances s’est mis en place. Cette guerre devait durer trois semaines, nous assurait-on avec assurance. Le peuple a gobé. Et dix millions de morts plus tard, en 1918, l’Europe a pu constater l’étendue de son propre suicide.

Le même scénario se reproduit. Alors que le budget primaire de la Grèce (c’est à dire hors dette) est excédentaire, ce qui veut dire que la Grèce n’accumule plus de dette (le budget primaire de la France, donneuse de leçon, est toujours déficitaire), et que donc, comme le recommandent un grand nombre d’économistes il suffirait d’en effacer une partie (tout le monde s’accorde à dire au passage que la dette Grecque est vraiment minuscule rapportée à la richesse européenne) et de rééchelonner le solde tout en prêtant un peu pour aider Athènes à relancer son économie, la Troïka (qui depuis quelques semaines utilise toutes ces ressources pour ne pas utiliser ce mot connoté négativement) a décidé de camper sur ses positions, les saupoudrant de quelques concessions cosmétiques destinées à livrer aux opinions européennes une lecture favorable de la rupture programmée, voulue, avec Athènes.

C’était intéressant, hier, sur Bloomberg, d’entendre des dirigeants de Hedge Funds ou de banques dire qu’ils avaient réduit leur exposition depuis un certain temps pour se prémunir d’une sortie de la Grèce.

Autant il est évident que le gouvernement grec a fait preuve d’un incroyable amateurisme, autant il est indéniable que les dirigeants européens n’ont en réalité fait aucun geste pour aider la Grèce.

La raison en est très simple. L’Europe est dominée par une oligarchie bureaucratique, cooptée, non élue et dont le pouvoir ne repose sur aucune constitution, dont la politique économique n’est tempérée par aucun contre-pouvoir, et totalement acquise au libéralisme de marché ainsi qu’au monétarisme.

L’Europe, c’est un peu Thatcher meets Merkel. L’affaire grecque me fait penser en cela à la grève des mineurs, quand Thatcher accusait les syndicats d’intransigeance quand en réalité, en coulisse, elle préparait bel et bien la liquidation de tout le bassin minier. L’Europe ment, comme Thatcher .

L’Europe ne peut pas céder à la Grèce car céder à la Grèce, c’est reconnaître que l’Europe a besoin d’une politique keynésienne, or, pour tous ces oligarques, socialistes compris, Keynes, c’est non. Pourtant, avec plus de 30 millions de chômeurs (chiffres en dessous de la réalité), l’Europe en aurait besoin, d’un grand programme d’infrastructures, de reconquête des paysages laissés en friche par la désindustrialisation, d’isolation thermique, d’énergies alternatives, de baisse du temps de travail et de partage du travail, d’enseignement des langues, de reconversion agricole…

Une telle Europe, ce serait une Europe qui romprait avec le dogme du libéralisme de marché, qui ne pourrait pas signer le traité trans-Atlantique puisque ce traité va permettre de faire entrer en Europe la viande américaine et les OGM ainsi que faire passer le droit de commercer au dessus du droit des états, les différents pouvant être jugés selon le droit commercial reposant sur le principe du libre-échange…

Il est donc impossible de céder à la Grèce car le gouvernement Grec est le dernier gouvernement européen à tenter de réhabiliter le politique, contrôlé démocratiquement. Tous les autres gouvernements se sont résignés à accepter à ce que le marché, et donc les propriétaires des capitaux, soit aux commandes.

Ce qui est intéressant, pourtant, c’est de voir que la situation Grecque reproduit les alliances de 1914. La Russie, bien entendu, voit dans cette situation une nouvelle occasion de montrer sa singularité, sa disponibilité. Mais c’est surtout du côté anglais et américain que l’on sent une plus grande nuance dans l’application des principes du libéralisme de marché.

Les britanniques sont des pragmatiques, les américains aussi. Hier, j’ai entendu plusieurs journalistes se poser la question d’une possible aide financière américaine. Bloomberg, chaine du capital s’il en est, offrait une lecture très nuancée de la rupture des négociations, tout en reconnaissant que les marges de manoeuvres pour un pays qui avait perdu plus de 25% de son PIB (« a great depression like situation for more than 5 years »  sic) et avec un taux de chômage supérieur à 26% étaient limitées et auraient du conduire les créanciers à plus de compréhension en mettant directement sur la table la question de l’effacement d’une partie de la dette. C’est pas l’Humanité qui disait cela, c’est Bloomberg.

Car même si chez eux Keynes est aussi passé de mode, les anglo-saxons savent qu’il est impossible d’améliorer la situation financière d’un état quand celui-ci est plongé dans une dépression, entretenue et même amplifiée ici par le fait que la Grèce ne possède pas sa propre politique monétaire.

Je ne compte pas le nombre de commentateurs soulignant que le fait de ne pas posséder sa propre monnaie a rendu l’ajustement en Grèce beaucoup plus douloureux.

Nous avons donc des anglo-saxons qui auraient été prêts à une certaine compréhension, une Russie disponible bref, la coalition de 1914 ou 1940. Et le blog de l’intransigeance dogmatique monétariste mené par l’Allemagne avec la France pour l’épauler.

Tous nous disent en choeur désormais qu’ « il n’y aura pas de contagion », que l’ « Europe et l’Euro sortiront renforcé ». Tous font le pari de la chute du gouvernement en Grèce et de la venue d’un gouvernement plus conforme au dogme du libéralisme de marché et au monétarisme. Qui, sait, un gouvernement mené par un ancien dirigeant de Goldman Sachs… un peu comme en 14, ça durera trois semaines

Je dis ça, mais quand même, quelle ironie, de voir nos dirigeants européens hurler à la trahison quand d’une part, le président de la commission, Jean-Claude Juncker, est à l’heure actuelle en procès pour avoir favorisé la fraude fiscale d’entreprises européennes  quand il était premier ministre, et d’autre part, le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi , était vice-président de Goldman Sachs Europe à l’époque où Goldman Sachs falsifiait les comptes de la Grèce. Quelle indécence…

Alors, 1914, pourquoi? Nos dirigeants sont des comptables. Ils n’ont pas compris que l’économie est désormais plus proche de la thermo-dynamique que de l’arithmétique. L’économie financiarisée a ses propres dynamiques, c’est de l’énergie pure, une énergie mue par les hommes, par leur soif de gain, de profits. C’est une énergie dont le temps est le temps de l’énergie, la micro-seconde. Une micro-seconde, c’est le temps qu’il faut pour exécuter un ordre d’achat ou de vente sur un marché de trading à haute fréquence. C’est une énergie car pour réaliser ces opérations, on a mis en place des algorithmes avec des niveaux prédéfinis reposant sur des critères prédéfinis, bref, c’est automatique. C’est une énergie qui se transvase d’un canal à un autre à travers des produits multiples chacun reposant sur ses propres critères prédéfinis. C’est une énergie qui comme toute énergie dans notre civilisation a eu le temps de circuler, de se répandre, et d’alimenter tous les aspects de notre vie quotidienne. C’est une énergie, enfin, d’un genre très particulier, qui se créée à partir de rien du tout, si ce n’est notre rêve de pouvoir continuer à vivre confortablement en s’enrichissant du travail que nous accomplirons demain, après-demain ou dans trente ans. C’est une énergie qui est d’autant plus forte qu’elle s’est déjà vendue elle-même dix fois, vingt fois, avec un an, deux ans, vingt ans d’avance. On dit souvent que nous imprimons de la monnaie, c’est faux. On ne l’imprime même plus. On l’écrit informatiquement puis on échange cette écriture tout en l’utilisant pour garantir d’autres écritures, et on borde le tout d’autres jeux d’écritures du même type que nous appelons assurance, des écritures qui lient très fortement une des parties, et permet de faire encore plus d’écritures.

Avec la crise de 2006/2008, les banques centrales sont devenues les artisans de ce jeu à travers ce qui s’appelle Quantitative easing. Banques et banques centrales s’échangent leurs écritures pour pouvoir faire encore plus d’écritures. L’avantage, tout cet argent créé permet de faire remonter les bourses et l’immobilier en entretenant une demande totalement factice.

L’immobilier est désormais contrôlé par de grands groupes financier ultra-endettés comme Blackstone, qui achètent aux quatre coins du monde en gageant leurs nouvelles dettes sur le prix des biens acquis. Comme ils achètent quasiment tout ce qui est vacant dans un même endroit, la valeur monte automatiquement et permet au groupe de réaliser sur le papier une plus value qui est immédiatement utilisée pour acheter ailleurs selon la même technique. Voilà pourquoi le prix de l’immobilier remonte même si, comme c’est le cas au UK, le nombre de propriétaires, lui, diminue.

Nos dirigeants ont beau dire, comme pour s’en convaincre eux même, qu’il n’y aura pas de contagion, c’est très mal connaitre la réalité des marchés financiers ainsi que la puissance quasi-atomique de l’énergie qu’ils peuvent libérer. Surtout après 6 ans de quantitative easing, c’est à dire, dans un marché ultra-liquide, inondé d’argent, enfin, d’écritures…

Ils raisonnent en comptables, arguant que la Grèce est un petit pays, que sa dette ne représente rien (étonnant raisonnement, les entendre dire cela alors que quand ils négocient avec la Grèce, on a d’un coup l’impression qu’il s’agit de montants incroyables…). Ils n’ont pas en tête les effets de ces critères définissant chaque contrat de crédit dérivé, et il y en a des centaines de milliers, qui s’activent dès qu’une limite est franchie, même l’espace d’un millième de seconde, et qui de contrats en contrats, finissent pas définir un mouvement de fond, un peu comme une vague un peu plus forte finit par produire un ras de marée.

Désormais, les « marchés » vont reprendre la main sur le politique et entrainer l’euro là où les critères définis pour chaque contrat de dérivé voudra bien l’emmener, amenant les traders à décider de nouveaux critères sur les nouveaux dérivés, directement calqués sur la perception de l’avenir de la zone euro.

Le risque de voir l’euro se dégonfler comme un soufflé est donc très grand. Le risque aussi de voir le Portugal attaqué aussi, puis l’Espagne et l’Italie, non pas par méchanceté des travers ou même préméditation (comme l’a écrit Marx dans le Manifeste, une critique du capitalisme ne peut pas être morale car le capitalisme ignore la morale et bien souvent ses agents ne contrôlent même pas leurs propres décisions), mais juste parce que les critères d’évaluation du risque sont définis d’une façon quasiment automatique. Si cela arrivait, alors l’Europe entrerait dans sa troisième récession, auto-infligée. Pire, la chute de la valeur de la monnaie cette fois-ci serait incontrôlable et créerait un sérieux dilemme: augmenter les taux d’intérêt pour l’enrayer en courant le risque de provoquer une déflation. Les tensions politiques s’exacerberaient, l’Allemagne refusant une monnaie sous-évaluée et les pays méditerranéens trouvant dans une monnaie faible une bouffée d’oxygène pour les exportations. L’Union Européenne survivrait elle?

Voici ce que les dirigeants européens ont enclenché ce week-end. Et accuser les gouvernement grec n’empêchera pas de voir que c’est avant tout un aveuglement dogmatique, contraire aux recommandations de vrais économistes (lire ici un des billets écrits par Paul Krugman  ou encore cet article de Joseph Stieglitz), qui a ouvert la boîte de Pandore.

L’Europe, encore une fois, n’a strictement rien compris à son histoire. En se livrant à ses élites, en se livrant à une oligarchie, elle vient d’écrire les premières lignes de sa propre défaite. Le XXIème siècle ne sera pas Européen. L’Europe est morte dimanche 28 juin 2015.

Ne me parlez plus jamais de l’Union Européenne.

A lire sur ce sujet,

Un excellent éditorial de Zoe Williams dans le non moins excellent quotidien THE GUARDIAN

Joseph Stieglitz appelle dans THE GUARDIAN, avec toutes les réserves liées à ce choix absurde, à voter pour le moindre mal, c’est à dire à voter NON.

Paul Krugman, sur son blog The conscience of a liberal

Le président de la Banque Centrale Européenne, Mario Draghi, aujourd’hui donneur de leçon de moralité, est l’ancien directeur de Goldman Sach Europe. Voici un article de Der Spiegel sur le rôle de son ancien employeur dans la crise Grecque.

Frédéric Lordon, sur son blog du Monde Diplomatique

Attac étudié certains arguments au sujet de la crise grecque pour les démonter et révéler ainsi le poids de la propagande.

1989, mon été Mozart…

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C’est par hasard qu’un jour de fin 1988 je suis tombé sur un enregistrement des Quartets pour flûte de Mozart, interprétés par des musiciens habitués au répertoire baroque: les frères Kuijken.

 

J’ai posté il y a quelques jours, le 21 juin pour être exact, la vidéo des Négresses Vertes, « voilà l’été ». Je crois me souvenir avoir fait la même chose l’an dernier. Cette fois-ci, une très ancienne amie que je n’ai pas vue depuis 1987 (la dernière fois il y avait eu un lapin suivi d’un silence radio de sa part) et retrouvée sur Facebook, a posté un commentaire qui m’a laissé perplexe… « Comme un souvenir d une soiree mairie d issy …et d un retour en metro a l aube …perfecto, vinyle et panier en plastique fluo achete a cote de chez toi ecoutes perez le prince noir et la chaise« …

Moi, les Négresses Vertes, ça me rappelle des choses totalement différentes. Et certainement pas un panier fluo ou un perfecto. Peut-être Catherine a-t-elle pensé à des souvenirs antérieurs, disons, vers 1983 ou 1984, et encore, bien souvent elle se dérobait à nos sorties…

Comme je l’ai déjà écrit, je me suis progressivement élogné de la pop et du rock, sans jamais vraiment arrêté d’en écouter. Mais disons qu’à partir de 1986, je me suis de plus en plus investi dans la musique baroque, c’était l’époque de l’éclosion d’une multitude d’orchestres passés depuis à la postérité, et pour tout dire, le début des plus grands musiciens français. William Christie ou Jean-Claude Malgoire faisaient déjà figures de doyens, arrivaient Rousset, Minkovski, Hantai… et avec eux la redécouverte de la musique française des XVIIème et XVIIIème siècle.

Vers 1988, on a commencé à voir des musiciens baroques explorer le classicisme, avec la même tentation d’enlever la couche de romantisme que cette musique trainait.

C’est par hasard qu’un jour de fin 1988 je suis tombé sur un enregistrement des Quartets pour flûte de Mozart, interprétés par des musiciens habitués au répertoire baroque: les frères Kuijken. Je les connaissais un peu, et je les avais toujours trouvés assez pompeux, polis, « jolis ». Trop décoratifs. Ce que cette interprétation n’est pas.

Il faut avoir en tête que si le baroque était bavard et relevait d’une esthétique fortement codifiée (étonnez vous, après, que j’aime la culture japonaise…), il n’en va pas de même du classique: le classique libère les sentiments. C’est la musique de l’époque rousseauïste, c’est la musique de l’époque du peintre Greuze. Dans cette libération des sentiments longtemps contraints par le corset baroque des « passions », c’est le romantisme qui s’annonce, et il y a cela aussi dans ces quartet. Certains mouvements découvrent une âme mélancolique, ou rêveuse, une humeur sombre aussi.

La première écoute de cet enregistrement a été une révélation. Le classique pouvait être autre chose que du joli violent et une flûte trop sage. Plus qu’une musique proprette pour publique endimanché, je pouvais sentir ces hommes et ces femmes perruqués et poudrés cherchant maladroitement dans leur cadre social trop rigide les voies de « la nature ».
Et puis, 1988/89, c’était l’époque du bicentenaire, le design français se faisait lui-même tout en courbes et tout en harmonie avec la musique de cette époque.

Ils me rappellent un amant rencontré sur les bords de Seine sous le grand soleil de l’été, et qui habitaient tout un étage dans un hôtel particulier. Ils me rappellent la révélation des façades nettoyées du Grand Louvre où j’allais draguer. Il me rappellent à la lecture de mes premiers livrets d’opéras. J’avais 24 ans, et Jean-Paul Goude donnait des couleurs à Paris pour célébrer la Marseillaise.

Je les adore… Bonne écoute.

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