Étiquette : pédé

  • Rolf, son héros

    Rolf, son héros

    Je vous confiais l’autre jour qu’un soir, peu avant de me coucher, un ami m’avait confié qu’il venait d’apprendre la mort de quelqu’un qui avait compté pour lui, et qu’il avait aimé.
    La mort, c’est quelque chose de très intime, et dans ce billet je n’avais pas voulu dire de qui il s’agissait.
    Aujourd’hui, finalement, je peux les nommer car cet ami a posté sur Facebook un post d’une incroyable beauté, de ces posts qui ne sont pas des posts, mais sont des paroles qui ne peuvent pas, qui ne doivent pas s’évanouir dans le néant des algorithmes de Méta.
    Cet ami, c’était Tim, et cet homme, c’était Rolf.
    J’ai demandé à Tim si je pouvais mettre ce billet en ligne sur mon site, et il a accepté.
    Tim tient une place très particulière dans ma vie, et le savoir triste me rend terriblement triste.
    Je m’efface maintenant, et je vous invite à lire ces quelques lignes qui vous toucheront certainement autant qu’elles m’ont touché.

    Madjid

    Rolf Held, mon héros (1952-2025)

    L’autre jour, le 1er décembre, je me rendais à ma consultation psy et comme d’hab avant de monter les étages, je prenais un café au bar du coin. A une table du bar d’en face (quand il y a un bar, il a nécessairement un bar d’en face) j’aperçus un mec, genre mon âge dont la tête m’était familière, au point de me dire « tiens, ça fait longtemps que je l’ai vu, comment il s’appelle déjà… ».

    Immédiatement je me rendis compte que cela ne pouvait être lui, il était mort depuis longtemps, du sida évidemment, jeune évidemment. Je l’avais identifié comme s’il avait vieilli. C’est fréquent, en prenant de l’âge, de croiser un caractère physique qui nous semble connu, parce qu’il nous rappelle  quelqu’un/e que nous avons fréquenté/e.

    Parfois je croise un jeune gars et je suis au bord de l’interpeller « Hey Alex ! » avant de me souvenir que mon Alex est mort depuis longtemps, jeune évidemment, du sida évidemment. Notre mémoire nous joue des tours, c’est son moyen de résister. J’en suis à comprendre que les faux souvenirs, les erronés, les improbables, les déformés mais qui restent précis et ancrés dans notre esprit sont les plus justes et les plus importants. 

    Ce 1er décembre, donc, un fantôme oublié s’est manifesté à travers la présence distante d’un inconnu, dans la rue où, jeune homme, j’avais découvert mon premier bar gay avec sa terrible backroom, le BH – je n’ai jamais su si cela signifiait Bar des Halles, vestige du passé du quartier démantelé en 1970, ou Bar Homosexuel, une façon discrète de s’insinuer dans une ville encore hostile en 1980, c’est comme si la mémoire collective se construisait en superposant différentes histoires sur des mêmes lieux en des temps successifs, et chacun de nous en est une charnière, il  a de jolis textes là-dessus. 

    C’est avec Rolf que j’étais allé pour la première fois au BH, genre en 1983/84.
    Rolf, Je l’avais rencontré une nuit d’errance aux Tuileries quelques semaines avant, j’avais 19 ans, il en avait 32, je suis tombé amoureux, lui pas forcément mais il m’a accepté dans son monde, un monde qui existait au même endroit exactement que celui dont j’étais issu, mais complètement différent, les villes permettent ça, deux mondes l’un sur l’autre qui se croisent par des passages comme ces hypothétiques trous de ver  dans l’univers.

    Rolf m’a montré un monde gay à deux pas de mon adolescence malheureuse, ce monde gay des Halles et du Marais naissant sur la disparition du ventre de Paris, à la destruction duquel j’avais assisté, enfant, fasciné. Rolf m’a montré, au même endroit mais quelques années plus tard, un monde où j’ai pu me trouver bien et heureux, avec des sensations nouvelles, une autre façon de le voir, ce monde, un monde plein de mondes jusqu’à’alors inconnus de moi. 

    Je suis devenu adulte avec Rolf, et ses amis, Trevor, Charoline, Stéphane, Christine, Dominique… C’est devenue ma famille gay des années 80’, puis mon socle des années 90’, au temps du sida, et ça aurait pu continuer comme ça des décennies, mais …

    Trevor est mort en 2003, des suites du sida, les autres se sont éparpillé/es ailleurs qu’à Paris au fil des années, Paris trop cher, Paris trop compliqué, et mon Rolf aussi, réfugié en ermite dans le Lubéron, avec ses souvenirs, tous ses souvenirs, seulement ses souvenirs, coupant petit à petit le contact avec nous, avec moi, no internet, no téléphone fixe, no smart phone… au point que depuis deux ans, presque plus de nouvelles, sinon lointaines, partielles et malheureuses. 

    J’ai appris le 12 novembre qu’il était mort à son tour, mon Rolf qui a été mon premier amour, qui m’a appris à être amoureux sans être jaloux, à prendre le sexe au sérieux mais pas trop, que j’ai quitté parce qu’il faut toujours quitter son premier amour, parce qu’on change, parce qu’à 25 ans on n’est plus le même qu’à 18 ans, précisément parce qu’on a rencontré un Rolf qui nous a transformé, et qu’on aimera toujours mais plus de la même façon. Toujours et pas de la même façon.

  • D’un 1er décembre à l’autre…

    D’un 1er décembre à l’autre…

    « Les pédés dans la rue, pas dans les bars ».
    Ce 1er décembre, ACT UP, ce n’était pas une institution, c’était un cri de survie. BOUGE TOI!

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  • Vivre et mourir

    Vivre et mourir

    Je comprends maintenant. C’est donc ça, le secret de la vie, cette sagesse qu’on prêtait autrefois aux anciens. Il n’y a rien à faire contre le temps qui passe et cet horizon tout au bout. La mort.

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  • Oublier?

    Oublier?

    Et c’est à 60 ans que je m’en aperçois parce que je comprends que je n’oublierai jamais, parce que je ne le peux pas. J’ai une douleur au dedans de moi, une douleur que j’ai trimballée jusqu’ici et qui finalement s’évanouira avec moi.

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  • Les guillemets de « Guillaume Dustan »

    Les guillemets de « Guillaume Dustan »

    Bien que célébré voire même traduit, « Guillaume Dustan » n’aura finalement rien laissé si ce n’est un héritage vide et problématique en terme politique à l’image de notre époque toute en simili.

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  • 120 battements, un commentaire

    120 battements, un commentaire

    Matoo, le président des pédés himself, a laissé un commentaire au sujet de mon billet sur 120 battements par minutes.
    J’ai visité son blog où il avait publié un billet au sujet du film en 2017, et j’y ai laissé un commentaire.
    Dans la plus grande tradition de mon blog, je mets en ligne cet échange car de son côté, lors de la sortie, il avait apprécié le film malgré ses faiblesses.

    Voici le commentaire qu’il a laissé:

    Tu sais bien que c’est impossible d’apprécier un film qui parle d’un truc qu’on connaît trop bien. On trouvera toujours pas ça à la hauteur de sa propre perception. Donc je ne suis pas étonné de ton opinion très étayée là-dessus.

    Le truc, selon moi, c’est que le film n’est pas du tout un documentaire, et pas non plus un film totalement fictionnel, et pas non plus une allégorie complètement abstraite, et c’est là où le bât blesse, à mon sens, il a le cul entre plusieurs chaises. Et même si je lui trouve plein de qualités formelles, et au moins le mérite d’évoquer ces sujets importants, bah j’ai aussi été un brin déçu (alors que je ne connais en rien ACT-UP de mon côté).

    J’aurais aussi adoré un vrai rappel de la vibe LGBT de l’époque (fringues, danses, musiques, bars), mais encore une fois le film est à la croisée des chemins dans sa forme, et c’est son défaut. Mais c’est aussi peut-être ce qui en fait un *bon* film, pas ouf, mais correct pour instiller des éléments pertinents et une bonne histoire, sans verser dans la peinture hyper précise, le documentaire ou la biographie d’une asso.

    J’avais écrit à ce propos également. ^^

    Et voici ce que j’ai répondu:

    Bonjour Matoo Watoo,

    Tous ces commentaires, cet article, datent de 2017, et il est fort possible que je me serais laissé happer par le film si je l’avais vu à cette époque, mais il m’a été totalement impossible de le voir. Je pouvais pas.
    Au fond de moi, il y a eu une résistance, une envie d’oublier ces années où il faisait gris tous les jours, même quand il faisait beau. Ces années glauques qui me laissent la sensation d’avoir sombré avec le Titanic. L’insouciance et la légèreté, l’innocence des années 80, tous ces bars, ces boîtes et ces lieux, et il y en avait plein, nos amitiés, tous ces garçons amants d’un soir, d’un jour ou d’une vie, jeunes, tout sourire, avec nos looks et nos musiques, et puis tout se retrouve emporté avant même qu’on s’en aperçoive, exactement comme le Titanic, certains parmi nous tentant encore de s’amuser comme ils le peuvent avant que le bateau ne sombre et qu’il ne reste que… ACT UP pour hurler, et nos larmes pour pleurer.

    Et puis un jour, les trithérapies arrivent, voilà, la lame est passée, et on a pris dix ans. Même à trente ans, au fond de nous, on en a quarante et même soixante.
    Personne ne veut revivre un tel naufrage.

    En 2017, je n’étais pas prêt à affronter ces souvenirs.

    Vu pour la première fois il y a un mois, donc, je n’ai pas aimé du tout, le film est mal construit – ou peut-être porte-t-il la marque d’un certain “cinéma d’auteur” dans sa pire acception. Les personnages n’ont aucune profondeur, il n’y a aucune temporalité, et il ne fait aucun doute que les jeunes qui ont adhéré à ACT UP après avoir vu le film ont dû être terriblement déçu parce que pour obtenir les résultats d’ACT UP, il a fallu des années et un boulot monumental, ce que le film ne narre pas puisque le temps y est totalement inexistant, narrant l’histoire d’une association imaginaire faisant un zap après l’autre… Comme si…

    Je n’ai pas aimé It’s a sin, mais la série m’a beaucoup plus touché car pour le coup, Davies a essayé de retranscrire l’époque. Le résultat est très maladroit car, comme je l’écris plus haut, il est très difficile de vraiment investir nos propres souvenirs sans raviver une douleur profonde, mais les personnages “racontent” quelque chose qui les dépasse, quelque chose que nous avons toustes vécu.

    Bises

    Voilà qui complètera le billet de jeudi dernier.

  • 120 battements par minute: un navet ?

    120 battements par minute: un navet ?

    Il y en aura d’autres, de films, de récits et d’évocations, ce moment resurgira de l’ombre dans laquelle les trithérapies et l’envie de tout oublier l’ont enseveli. 120 battements par minutes sera alors le premier jalon d’une mémoire qu’il faudra reconstruire, un film fondateur malgré son incroyable imperfection.

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  • Donna Summer, le disco,  MacArthur Park: une pastille de bonheur

    Donna Summer, le disco, MacArthur Park: une pastille de bonheur

    Et puis il y a eu Donna Summer, MacArthur Park, cette reprise-medley qui résume si bien ce qu’était le disco…

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  • Ce blog a vingt ans…

    Ce blog a vingt ans…

    J’y crois pas, ce blog a 20 ans…

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