Pulp, something changed. Bientôt… et il n’y a pas (si) longtemps…

P

Vendredi 17 septembre 2010
Alors là, vous pourrez le dire, l’écrire, le crier sur tous les toits : oui, ça fait longtemps que je n’avais pas écrit sur ce blog… Un peu de paresse après les vacances, le travail, et puis ce sentiment que j’ai parfois de ne rien avoir à raconter… Je me suis donc contenté de poster quelques albums photos témoignant de la fin de l’époque des matsuri.
Cette semaine, les températures qui avait si longtemps dépassé les 30°C ont chuté spectaculairement, les nuages sont apparus plus nombreux et il a plus abondamment. C’est l’automne.
Dans quelques jours maintenant, cela fera quinze ans que j’aurai eu 30 ans.

J’etais passe voir comment ca se passait a Tolbiac, fin octobre 1995, alors qu’une greve etudiante demarrait. On connait la suite…

Cela fait un peu bizarre de l’écrire comme ça. Hier, je suis tombé sur une vidéo de Pulp sur Youtube, Something changed. Je me souviens bien de la première fois où j’ai entendu ce titre. J’avais bien écouté l’album plusieurs fois, mais je n’avais pas noté cette chanson. Et puis il y eu les grèves de décembre 1995, cet instant divin, où sur Paris le temps s’est arrêté et où les gens ont commencé à se parler. J’ai fait de belles promenades en stop, et puis j’ai aussi beaucoup marché. Je défie quiconque de trouver de mauvais souvenirs. Même les gens de droite que je connais, tout hostiles qu’ils étaient, en ont de bons souvenirs. Nous avons pris notre mal en patience pour les transports, et finalement, tout a été assez dépaysant… Ca a été pour moi comme l’ultime bilan du socialisme mitterrandien. Un fort esprit de solidarité dans une France apaisée bien que fortement conflictuelle. Tocqueville disait que les Francais ont l’esprit d’égalité, et jamais ce ne fut plus vrai. Nous avons partagé.
Il faisait assez froid. J’habitais alors avec Julien à la Porte de Pantin. Cette grève m’a rapproché du centre dont je venais de m’éloigner. Je faisais de belles promenades qui très souvent se détournaient par le jardin des Buttes Chaumont. Un jour, alors qu’il faisait froid, donc, sous un gros manteau, et alors que ce dimanche il n’y avait pas de métro, j’ai traversé le parc. Il n’y avait personne, que quelques gays marchant ici ou là du coté de l’ancienne petite ceinture.
J’aimais, et j’aime toujours la drague en plein air. Où la conversation a sa chance et où l’on goutte ces possibles coups de foudre d’une journée, d’un après-midi, d’un soir ou d’une nuit, avec les gestes et les mots d’une vie entières. Et les au revoir sourire, on ne se reverra certainement pas, mais on s’aime bien quand même… J’ai eu deux amants réguliers quand j’habitais par là bas. On se croisait, on bavardait et il nous arrivait de finir la journée ou la nuit ensembles.
À cette époque, je veux dire entre mes 30 et mes 34 ans, j’ai émergé de ma longue dépression. Ce ne fut pas facile du tout, mon esprit abritait des contraires inconciliables et la vie que je m’étais faite au sortir de l’adolescence s’était progressivement refermée sur moi comme un piège redoutable. Mon analyse m’avait ranimé, mais j’avais encore beaucoup à reconstruire, et finalement aussi, beaucoup à construire, tout simplement. J’avais repris mes études en 1993, et en 1995, j’étais enfin à la Sorbonne… Je m’étais fait des amis, Lisa, Joel, Julien, Aurélie. Et Nicolas. Les Spont’Ex. Et autours pas mal de monde. La politique était revenue dans ma vie d’une façon incroyablement créative. Depuis l’été 93, j’avais appris à aimer le soleil que j’avais fui pendant tant d’années. J’avais passé mon été 95 à me promener à Tata Beach et à faire des siestes au bord de la Seine, juste pour le bruit de l’eau. Début 96, pour les obsèques de Mitterrand, j’avais recroisé Pascal Abel, et ça m’avait fait terriblement plaisir. Par la suite, nous nous étions revus et l’été qui suivrait, c’est en sa compagnie que j’irais, après une soirée chez lui et Bertrand, au bal du quai des Tournelles, que j’enchainerais par une promenade au jardin Sully, face à l’IMA, contemplant le levé de soleil au bord de l’eau, regardant les canards se réveiller, sortir leur tête les un apres les autres de sous leur plumage, et m’allongeant à même les pavés, m’assoupissant les oreilles toutes remplies du bruit des vagues de la Seine, la casquette sous le crâne, et puis, une main délicate dans mes cheveux, un sourire. Les canards…
J’ai des souvenirs terriblement doux, cohérents, ensoleillés de mes 30 ans. Cet hiver la, le chocolat chaud le dimanche avec Freddie et son fils Lassina.

Je n’oublie pas la Section Montesquieu. J’avais repris contact avec la Federation de Paris du Parti Socialiste. Et j’avais proposer de créer une section socialiste à la Sorbonne. Avec Nicolas, nous avions composé un tract en mode majeur, entièrement positif. Une invitation à faire de la politique, un monde meilleurs, cosmopolite, démocratique. Bâtir une société douce et moderne. Ça m’avait valu pas mal de railleries de la part de camarades. Il n’y avait qu’une militante d’extrême gauche, du SCALP qui avait regardé et avait dit “pourquoi pas”, en souriant. Je faisais ainsi connaissance de Luc et d’Éric, qui allèrent aussi devenir des amis. Céline, et puis Manuel. Montesquieu, c’est la plus incroyable section socialiste qui aie jamais existé, je pense. Une bande d’intellos, normalement, ça ne fait pas de politique, ou en tout cas, pas dans un parti. Et quand ça en fait, ça ne crée pas de section socialiste. Et ca ne diffuse pas de tracts. Nous? Si! Montesquieu occupe une grande place dans l’année de mes 30 ans. J’étais un rmiste illégal : je veux dire par là que j’étais rmiste, je faisais un CES (d’abord une compagnie théâtrale, puis un lycée d’art appliqué, rue Ganneron), et je faisais des études, ce qui est interdit. Le RMI n’est pas fait pour s’en sortir. Mais pour y rester. J’ai donc enfreint la loi pour m’en sortir… J’en suis très satisfait.
Quand j’ai eu mes trente ans, donc, ça a été comme une nouvelle période de ma vie. Je passais beaucoup de temps en bibliothèque, je dévorais Balzac…
Les grèves de décembre y sont inscrites en creux, avec mes promenades dans Paris, celles qui allaient se multiplier et me suggérer d’acheter un vrai vélo pour me promener. Avec les Buttes Chaumont et les promenades au Parc de La Villette, les matinées et les après midi France Culture. Et les fêtes avec Julien dont c’est l’anniversaire aujourd’hui et avec qui je groupais le miens. Pour mes 30 ans et ses 20 ans, on a fait connaissance avec LA voisine. Elle n’appréciait pas qu’on danse au dessus de chez elle. La pauvre…
Je crois aussi que c’est à cette époque que j’ai commencé à ne plus penser à Jacques dont le fantôme m’a longtemps hanté.
Oui, donc, il y a 15 ans et quelques jours, j’avais 30 ans. J’habitais à Paris. L’été qui suivrait, en vacance chez ma mère, je tomberais sur un programme de France Culture sur Tanizaki, alors que le Monde publierait un article sur Sartre au Japon. Le même jour, à la radio, un concert avec Emma Kirkby chantant Haendel. Je me souvient très bien. Tout cela, le même jour, à même pas une heure d’intervalle, c’était trop, pour moi. J’ai explosé, je ne pouvais plus arrêter mes larmes.
Je crois que ça a été la première fois de ma vie que j’ai vraiment pensé que je pourrais être heureux.
Je me revois, marchant dans le parc des Buttes-Chaumonts, les écouteurs sur les oreilles, et soudain, moi, dans le froid, au milieu des arbres, dans un Paris en grève, écoutant une chanson que j’avais jusqu’alors seulement entendu.
I wrote this song
2 hours before we met
I did not know your name

Les canards…
De Tokyo
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaire

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  • Cette chanson t'a remonté de beaux souvenirs qui eux mêmes me transportent bien loin en cette matinée… mais c'est bon. Merci et bises.

Madjid Ben Chikh Par Madjid Ben Chikh

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