Étiquette : Kyoto

  • Après Nara

    Après Nara

    C’est le soir, et j’avais envie de repasser sur mon blog, la journée a été belle. Je viens de prendre une douche, me voilà rafraichi après une journée à cuire ou à étuver, je ne sais plus trop. J’ai bien dû perdre deux à trois litres d’eau, mais ça en valait la peine. J’aime me promener à Nara.
    Nara, bien que ce fut la première « vraie » capitale du Japon, la première partie pour être la capitale permanente, c’est une petite ville de province au milieu de nulle part. Quand on passe en train, on y voit des rizières, des champs de thé, c’est vert, tout vert. Il y a des forêts, des étendues de verdure encore et encore, et des toutes petites villes que la modernité n’a fait qu’effleurer.
    C’est joli, Nara, et c’est plein de temples. C’est là que le bouddhisme s’est épanoui au Japon, que les influences de la Chine et de la Corée ont marqué la culture antique avant le grand déménagement à Heian, de nos jours on dit Kyôto.
    On dit que les gens de Nara sont gentils, je n’ai pas de mal à le croire, c’est le Japon rural avec certainement quelque part encore un peu de cette haute civilisation antique, de belles manières et beaucoup de modestie, le travail laborieux et la nonchalance quand vient l’été.
    La ville était désertée, véritablement. Chaque année, après la traversée de la galerie marchande près de la gare, quand on arrive à la petite rue commerçante en contrebas, j’aime acheter un Yomogi-Daifuku dans cette boutique où la fabrication du mochi tient de l’attraction touristique. Pas un touriste, pas de fabrication de mochi, les Daifuku doivent être du matin…
    Quelle tristesse…

  • Back to basics

    Back to basics

    Il fait très chaud tous les jours, on dépasse les 35 degrés allègrement et sous le soleil on doit bien atteindre les 40 degrés ou plus. C’est éprouvant et agréable à la fois. Ça me fait le plus grand bien en tout cas, Tôkyô, le travail, le virus, les bruits du monde, tout est loin, je n’ouvre même pas Facebook ni même Instagram, je crois que c’est la première fois que ça m’arrive, être à ce point déconnecté et ça aussi, ça me fait le plus grand bien. Hier, j’ai écrit un court billet et je ne l’ai même pas partagé sur Facebook ni ailleurs comme j’ai l’habitude de le faire. Tant pis, je dois aussi ne plus du tout penser à « être lu ». Me lis qui le veut, hein…

    Hier, c’était vraiment comme un retour aux sources, Daitoku-ji mais surtout le Kinkaku-ji, le « Pavillon d’or », absolument déserté. La dernière fois, ce devait être fin 2010, le 31 décembre, après une longue journée sous la neige, il y avait un monde… Et encore cette année-là le Japon n’avait accueilli que 7 ou 8 millions de touristes, l’an dernier on a dépassé les 30 millions… Ils ont installé des espèces de portiques pour contrôler les flux, il y a du personnel partout, et tout ça est désormais totalement inutile: il n’y a personne et on est revenu à quand j’ai visité le Japon la première fois, même bien moins. Personne. Quelques jeunes tout au plus.

    Dimanche midi, un gardien qui était à l’entrée d’un parking et contrôlait la circulation devant la gare de Kyoto me fait des grands gestes comme si j’étais un crétin qui ne savait pas qu’une voiture allait passer, et puis une fois la voiture passée, je reprends la marche et il me fait un signe en me disant, en anglais, « thank you for your cooperation », j’ai cru que j’allais lui balancer un point dans le figure, à ce crétin, en lui hurlant dessus, « espèce de connard, y’a plus de touriste, dans ton pays de merde, et en plus y’a 100000 étrangers qui peuvent même pas revenir, espèce d’idiot, et puis pourquoi tu me parles en anglais, connard, ça te plairait qu’on te parle en chinois quand tu visites un pays étranger? », et puis je suis passé calmement, mon humeur emballée dans mon Tatemae habituel, un vague hochement de tête avec un vague sourire dedans en passant à côté de lui, c’est comme ça qu’on fait, ici. Connard.

    En me promenant dans le jardin du Kinkaku-ji, j’ai retrouvé la sensation de première fois au Japon, et ma fin de journée en a été totalement changée, innocente, presque. Cette absence de touristes est agréable, même si ici ou là on voit des commerces fermés qui vraisemblablement ne rouvriront pas. Moi que cela faisait presque rire il y a encore quelques jours, des fois, humeur moqueuse à cause de cette obsession pour les JO, là, ça m’a rendu presque triste car les japonais sont perfectionnistes et on peut voir qu’ils avaient mis le paquet pour accueillir du monde, et patatras. Ce n’est pas drôle, en réalité.

    Comme quoi une belle promenade loin des réseaux sociaux, loin de la ville et dans des lieux maintes fois visités, aimés, rien de tel pour nous laver du cynisme dans lequel on peut parfois se laisser enfermer pour se protéger. Il faut être blindé, des fois, au Japon, entre les sièges vides à côté de nous dans les transports, les regards en biais et les crétins « can you use chopsticks? », et puis finalement, une fois tout cela remis à sa place dans un coin de sa tête, il ne reste plus que le pays tel qu’il est, avec de bien beaux endroits et pas mal de gens finalement très agréables, tout cela dans une nature luxuriante en été.

    Le pays autrefois tant aimé est toujours là, intacte, délivré des photos Instagram, des touristes en kimono, des boutiques de souvenirs envahissantes et des guides qui vous harcèlent en vous parlant anglais.

    Je suis aux anges.

  • Kyoto désertée

    Kyoto désertée

    Il fait vraiment très très chaud, hier on a dépassé les 35 degrés, et c’est comme cela depuis plus d’une semaine dans tout le pays. C’est bien, j’adore ça, mais il faut avouer qu’avec le soleil en plus, ça brûle. J’ai donc acheté de la crème solaire, un truc dont je ne suis pas friand, mais qui va être nécessaire pour éviter de brûler.

    Kyôto offre cette année un spectacle inattendu: la ville est déserte. Plus de touristes dans cette ville qui avait fait du tourisme le coeur même de sa renaissance, et la voilà devenue allégorie de notre époque, de notre avenir, parce qu’il ne fait pas se faire d’illusion, l’âge du tourisme de masse est derrière nous, et cela même si un (hypothétique) vaccin vient à nous « libérer » du SARS-COV2.

    La ville est déserte, il y a des magasins fermés et, en passant à vélo vers le Jardin du Palais Impérial, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller regarder où en était l’hôtel dans lequel j’ai passé mes étés, mes hivers et même ce très long automne 2004, quand je suis resté 40 jours. Un poster à l’entrée annonce la terrible nouvelle: il est fermé définitivement. Je ne sais pas si je suis triste, c’est juste une sorte de coup quelque part du côté de ma mémoire, un petit morceau de ma vie qui s’évanouit.

    On a trouvé un système de location de vélos vraiment très pratique, un peu comme Vélib’© à Paris, mais privé (c’est le Japon, et puis en réalité, à Paris ce n’est pas si public que cela puisque c’est une concession). Ce n’est pas cher et on dispose de vélos 24 heures sur 24. On a pris un forfait de 5 jours. Si vous venez à Kyôto un jour (on ne sait jamais), je vous conseille vraiment la ville à vélo.

    Je suis beaucoup plus reposé que l’hiver dernier, beaucoup plus serein, mes idées ne se télescopent pas comme elles l’ont fait ce printemps, embrumées par l’incertitude. Et puis, vous écrire quelques mots comme cela, le matin, après le petit déjeuner, j’aime bien.

    Je ne vais pas me presser aujourd’hui, je connais cette ville. Hier, dans le parc du sanctuaire Heian, alors que les cigales n’arrêtaient pas de chanter, que le soleil tapait et qu’il faisait bon être à l’ombre d’un abris de bois sous les feuillages, j’ai regardé les nuages passer dans le ciel bleu, savouré une brise très douce, posé mon regard sur toute cette foisonnante verdure et j’ai pensé qu’Allah avait bien fait les choses, que la nature était absolument magnifique et que nous avions une chance incroyable de pouvoir la contempler et de mettre des mots dessus pour la raconter. Les jardins japonais comme celui-ci, avec leurs arbres et leurs plantes que rythment un petit cours d’eau, quelques rochers, c’est un plaisir tellement simple, toujours renouvelé au fil des jours, des mois et des saisons.

    C’est aussi ce qui m’est venu à l’esprit alors que je traversais le jardin du Nanzen-In, tous ces parterres de mousses et tous ces érables, si verts en été, si rouges quand l’automne touche à sa fin, et dont ils ne restent que des branchages aux formes dramatiques en hiver, c’est juste magnifique…

    Une nouvelle journée s’annonce. Il est temps d’y aller. Je vous ferai des albums de photographies quand j’en aurai le temps. Bonne journée.

  • Reset personnel, à Kyôto

    Reset personnel, à Kyôto

    Je vous reviendrai plus tard, ce soir ou demain, je ne sais pas trop encore. Je vais essayer de poster un billet par jour, comme en décembre je l’ai fait, avant le coronavirus, à l’époque où j’ai commencé à prendre l’habitude de me lever vers 6 heures, quand j’ai acheté ma flûte, quand je n’avais pas peur du lendemain comme j’ai pu l’avoir à partir de mars, peur de perdre mon travail, de rentrer en France en catastrophe, ce fichu privilège de tout penser plus vite, cette fichue habitude de dévorer de l’information et de synthétiser au quart de tour en se fichant des commentateurs et des journalistes qui finalement ne font que régurgiter l’air du temps.
    J’ai compris dès ma lecture de cette information Bloomberg alors que j’étais à Kyôto – ce devait être le 30 décembre- qu’une armoire normande nous tombait sur la tête. Je me souviens avoir pensé que beaucoup de chinois venaient au Japon. Je n’ai pas pensé à une pandémie, juste une sorte de sensation, « mince, j’espère qu’il n’y aura pas beaucoup de chinois qui viendront », et puis en même temps, cette information « un nouveau type de pneumonie », je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la première fois où j’ai entendu parler du SIDA, fin 1981, « une nouvelle maladie qui frappe les homosexuels aux USA ».
    Alors, en janvier, j’ai suivi cette actualité, et je suis masqué depuis mi-janvier. D’ailleurs, au sujet du masque, j’ai écrit ce post, sur Facebook
    « Le Gloubiboulga analphabète qui sait tout de tout et qui forme la conspirosphère alimente des crétineries toutes plus idiotes les unes que les autres au sujet du masque et dont le but est extrêmement simple: plus il y aura de morts, plus il y aura de colère, plus il y aura de colère, moins il y aura de confiance en la société, moins il y aura de confiance, plus les aberrations diverses et variées de la conspirosphère imprégneront les esprits.
Ils ont réclamé de la Chloroquine hier, ils critiquent les masques aujourd’hui, ils accuseront les états de génocide demain, ils s’opposeront au vaccin après demain, ils verront la main de groupes occultes partout et rependront leurs vérités délirantes « au nom du bien », « de Jésus » et surtout in fine « de la race blanche » car ça atterrit toujours par là.
C’est étonnant tous ces faux prophètes, tenants de vérités délirantes en ces temps troubles, ils sont le visage du mal au sens spirituel du terme, ils se nourrissent de la souffrance, de la mort, et la vie les a depuis longtemps abandonnés, la lumière a depuis longtemps déserté leurs cœurs, et les tristes foules qui les suivent s’enfouissent l’âme dans leur néant morbide…
Les mascophobes sont le juste produit de notre civilisation qui a fait de l’égoïsme le moteur même de son développement. Chfêskeujveucomjeuveu.
    Il faut beaucoup d’amour pour son prochain pour porter un masque malgré la chaleur de l’été. Il faut beaucoup d’amour pour éviter que les anciens ne meurent après avoir souffert le martyr dans un hôpital après avoir été coupés des leurs. »
    Je suis masqué, je le suis sans même qu’on me le demande car c’est comme cela qu’on fait pour se protéger et protéger l’autre de la grippe, chaque année. Ici, la grippe est une maladie presque honteuse, l’attraper, cela veut dire qu’on n’a pas fait attention, c’est un peu comme ne pas se laver les mains avant de manger ou après être allé au toilettes, c’est un peu comme garder ses chaussures à la maison ou ne pas prendre un bain avant de dormir et garder sa transpiration de la journée sur soi toute la nuit…
    Mai a été redoutable, vraiment, une boule au ventre car je n’étais plus sûr de la solidité de mon école. Je ne le suis toujours pas beaucoup, mais c’est désormais totalement digéré.
    Et me voilà à Kyôto, le coeur et l’esprit absolument tranquilles, d’ores et déjà reposés. Je vais juste remettre tout à zéro, tenter de perdre ces 9 kilos que j’ai pris depuis mars, retrouver l’énergie que j’ai laisser au fond de mon ventre, entassée quelque part où elle s’est nouée pour n’être plus qu’un poids lourd, mort, quel dommage. J’essaierai de revenir à Tôkyô prêt à me lever de nouveau à 6 heures, quoi qu’il arrive, et j’écris bien quoi qu’il arrive car j’ai compris que beaucoup risque désormais de nous arriver. Ce n’est pas grave, c’est la vie. Et raison de plus de faire ce que j’ai à faire.
    Alors, cette semaine, je vais essayer de vous partager mes promenades en photographies et peut-être même en vidéos. Vous le méritez bien. Promettez-moi juste en échange de vous masquer pour protéger les autres, de faire attention à vous. Car il n’y aura finalement que nous pour prendre soin de nous.

  • Le trois déjà

    Le trois déjà

    Moi, ce sont les arbres réparés qui souvent forcent mon regard.

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  • 2020 moins un, finale

    2020 moins un, finale

    Surtout pas cette usine à touristes, le Tenryû-ji, ça se bouscule de partout et ce n’est même pas « ouah »

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  • 2020 moins trois

    2020 moins trois

    Tôshokudai-ji le matin, ShinYakushi-ji cet après-midi, beaucoup de marche et de lieux calmes, la forêt derrière Kasuga Taisha, des biches, et encore des biches.

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  • 2020 moins quatre

    2020 moins quatre

    J’ai passé la semaine chez moi, sortant peu, achetant peu et grignotant un peu.

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