Étiquette : Didier Lestrade

  • D’un 1er décembre à l’autre…

    D’un 1er décembre à l’autre…

    « Les pédés dans la rue, pas dans les bars ».
    Ce 1er décembre, ACT UP, ce n’était pas une institution, c’était un cri de survie. BOUGE TOI!

    (suite…)
  • Les guillemets de « Guillaume Dustan »

    Les guillemets de « Guillaume Dustan »

    Bien que célébré voire même traduit, « Guillaume Dustan » n’aura finalement rien laissé si ce n’est un héritage vide et problématique en terme politique à l’image de notre époque toute en simili.

    (suite…)
  • Les hommes d’un certain âge

    Les hommes d’un certain âge

    On s’est emballés pendant une bonne dizaine de minutes, à la vue de tous les autres et des Vedettes du Pont-Neuf.

    (suite…)
  • Parting Glances (1986), un FILM PÉDÉ

    Parting Glances (1986), un FILM PÉDÉ

    Un film pédé, un film SIDA et peut-être le premier dans son genre. Et le tout sans larmoiement, non, ça aurait été trop facile…

    (suite…)
  • Jeudi gris

    Jeudi gris

    Un matin, ciel gris sur Tôkyô, un fond sonore – chose rare -, Astor Piazzola. Je ne suis pas habitué à écrire avec de la musique, mais là, c’est juste parfait, le tango diffuse une humeur parfaite, mi-triste mi lumineuse par moment, même si cela reste quand même très mélancolique. Je vais peut-être couper la musique quand même. Voilà, c’est fait, j’ai attendu la fin du morceau, Adios Nonino, et puis me revoilà dans le quasi-silence de cette fin de matinée, dans la rue la voix de deux femmes qui se saluent, le souffle de mon climatiseur et le glouglou du diffuseur de parfum.
    Je dors incroyablement bien, en ce moment, je veux dire vraiment très bien, un sommeil profond, véritablement réparateur. Mes rêves laissent une certaine emprunte, comme celui de la nuit dernière, je vivais dans une maison toute flasque sensible aux moindres secousses, aux moindres mouvements, presque flottante. Au réveil, j’ai pensé à mon nouveau contrat, très précaire, et j’ai pensé « ça ira », parce que finalement, dans cette maison, rien de mal n’arrivait, il y a juste qu’elle était très flasque.
    Visiblement, ses fondations étaient très solides.
    Mardi, dans ma leçon de groupe dans une maison de quartier, il y avait une « visiteuse », une potentielle nouvelle étudiante. Elle n’est restée qu’une heure. Je n’ai rien fait de spécial pour lui plaire, j’étais juste très content que quelqu’un se joigne au groupe, c’est un peu la condition pour que ce type de leçon puisse continuer. Elle nous a dit qu’elle suivait les leçons d’un autre groupe d’anglais mais que le professeur était parti, et qu’ils en cherchaient un autre. En attendant, peut-être allait-elle se joindre au nôtre.
    Dans le métro, j’ai pensé que peut-être en réalité elle était venue pour voir comment j’étais. Trouver un enseignant, pour ce type de maison de quartier, c’est assez difficile, les professeurs très souvent viennent deux ou trois mois et ils arrêtent. Ça n’a pas manqué, j’ai reçu un email hier me demandant si j’étais disponible. Je vais répondre tout à l’heure.
    Les fondations sont solides, je vous dis. Je n’ai aucune inquiétude et pour tout dire, le contrat que mon directeur a imposé, et que j’ai accepté après lui avoir fait changer beaucoup de termes, au passage pour l’ensemble des autres enseignants, eh bien il signe la fin d’une longue période qui m’a familiarisé avec une certaine confiance en moi. Je suis libéré de la hantise de la pauvreté, de la marginalité, c’est finalement un peu comme si un cycle, commencé avec le décès de maman, touchait à sa fin, et avec lui la longue période démarrée en 2009 quand j’ai commencé à travailler pour cette école. Le décès de maman a été quelque chose de très important, dans mon existence, on ne se remet pas facilement de ce type de disparition, et je crois que ce long deuil touche à sa fin. Et au même moment où je sens que ce deuil touche à sa fin, j’ai le contrat de travail le plus pourri de toute mon existence.
    J’aurais pu « résister », « refuser », être un héros mais c’eut été un véritable suicide. Je suis seul ici, je n’ai pas spécialement d’argent, en tout cas pas suffisamment pour tenir le temps de ce type de guerre. Et j’ai d’autres aspirations, d’autres ambitions que cet enfermement dans l’enseignement, un domaine qui ne reste finalement que mon gagne-pain. Quelque chose que j’avais trop eu tendance à oublier ces dix dernières années.
    Rie, la secrétaire de l’école, après que je lui eu fait part de mes critiques vis-à-vis de ce contrat, m’an envoyé un mail me disant que peut-être c’était l’occasion de bouger, de créer mon école près de l’école où je travaille en ce moment, en louant un espace « pas cher ». Ma première réaction a été de penser, « de quoi tu te mêles », et puis ensuite, « ma propre école? », sur la ligne DenEnToshi, dans cette banlieue? J’ai eu des envies de réponses incendiaires avec beaucoup de « moi je », et puis soudain j’ai réalisé qu’en réalité je n’avais aucune réponse à lui donner car en réalité j’avais déjà « bougé », il y a deux ans, sous ce magnifique ciel étoilé de la Sarthe, j’avais « bougé » dans les rues de La Ferté-Bernard sous le soleil magnifique de mars, quand maman est partie, et quand la conclusion avait été qu’il était temps de penser à rentrer. Qu’irais-je faire dans une sorte de « local pas cher » au milieu d’une banlieue moche, à donner des cours de français pour un salaire de misère?
    Je suis une tête de bois, je refuse qu’on me dise quoi faire, surtout pour me donner des conseils aussi nuls que ça, franchement. Il m’est déjà arrivé d’y penser, en effet, mais immédiatement j’ai pensé que non, come on…
    Je suis une tête de bois mais je sais écouter, aussi. Il y a peu de gens que j’écoute, il faut d’abord que j’ai pour eux un respect très fort, un truc qui dépasse l’amitié, et qui n’a rien à voir avec l’admiration.
    J’ai repensé à un conseil que Didier Lestrade m’avait donné il y a 8 ans, en lisant le mail de la secrétaire. Publie! Et j’ai eu honte de me retrouver à lire le conseil débile de la secrétaire de l’école, et j’écris cela sans avoir aucune animosité envers elle. Je l’aime bien, elle est sympa, mais que sait-elle de moi? Tiens, d’ailleurs, Stéphane m’a demandé quand je publiais, il n’y a pas longtemps, alors que je me moquais des « livres » de Chiappa.
    Je donne mon respect au compte goutte, je suis égoïste et buté, pas du tout imbu de moi-même mais plutôt assez lucide sur les conseils que les gens procurent. La secrétaire, c’est une survivante qui s’accroche à son boulot de merde payé des clopinettes. Elle est super mal payée et depuis quelques temps, elle s’est mise à enseigner. Quand elle enseigne, elle n’est pas payée plus. Une survivante qui fait tout pour pas se retrouver, elle aussi, dans la quarantaine, avec un contrat pourri. Alors que j’ai arrêté de me dire que je devais lui répondre, j’ai pensé que c’était plutôt elle, qui devait passer à autre chose et bouger.
    Moi, j’ai ce putain de covid qui me tombe dessus. Rentrer en France, ce n’est plus à l’ordre du jour, ça va être beaucoup plus compliqué. Et si je rajoute ce climat politique vicié, non, autant rester ici pour le moment, reculer le moment du départ et créer mes propres opportunités.
    Ce conseil de Didier, cette petite pique de Stéphane, elles sont depuis quelques jours des aiguillons qui donnent du sens à ma situation. Stéphane, je ne sais pas pourquoi, ce doit être son caractère très direct, je l’ai toujours incroyablement respecté. Je veux dire, en plus de le considérer comme un ami. Il a cette façon de dire le truc franco. Des fois, ça tombe à côté, mais ce n’est pas grave. Il est incroyablement honnête. Didier, c’est autre chose, un conseil de Didier Lestrade, ce n’est pas un conseil. C’est un ordre, parce que c’est pensé, intelligent. C’est un grand frère, notre grand frère à nous tous.
    Là, c’est le soir, j’avais arrêté l’écriture de ce billet vers 11 heures et demi, je voulais la poursuivre dans le métro, et puis j’ai enregistré sur mon bureau et non dans le cloud, je n’ai pas pu continuer sur mon iPad dans le métro. On est donc le soir, je suis dans mon lit et j’écris sur mon vieux MacBook. Presque neuf ans, le vieux gaillard… C’est le soir, il a neigé cet après=midi…
    Je vais me retrouvé appauvri, et paf, tuile, mon ampli acheté il y a huit an a décidé de mourir. Il faisait des tac tac tac. Il y a donc une diode ou un transistor ou un machin comme ça qui est mort. Je vais le jeter, c’est à dire que je vais le mettre quelque part avec un papier qui dira qu’il est réparable. J’aurais pu le faire réparer, c’est à dire ne pas avoir d’ampli pendant trois semaines, payer plus de 100 euros…
    Je n’aimais pas son son. C’était un Sony, donc c’est assez normal qu’il rende l’âme après huit ans. Non, il avait un son sans aucune personnalité. Je ne sais pas comment dire, il n’attrapait pas les textures des instruments, sa dynamique était fade. Il n’était pas neutre, il n’avait aucune saveur. Je ne crois plus à la haute fidélité « neutre ». Pour la simple et bonne raison que l’acoustique même d’une salle va colorer la musique.
    J’ai cherché sur le net et je suis vite tombé sur un petit bout de choux de chez Teac. Je l’ai acheté, il est vraiment tout petit. C’est un classe D, donc un ampli « bon marché ». Je parle d’un point de vue technique bien sûr. Le méga truc, c’est le classe A. Coûteux, qui bouffe énormément de courant mais restitue le son à la perfection, parait-il… Je vis dans 30 mètres carrés, un classe D est donc très très amplement suffisant! Mon compte en banque est, de toute façon, totalement de cet avis. La presse disait du bien du petit Teac. Emballé, c’est pesé.
    La première écoute m’a un peu désarçonné. Il est, comment dire, fruité. Son son va plutôt du coté du haut-médium, pas beaucoup mais juste ce qu’il faut pour que ça se remarque. Sur le moment, sentiment de manquer de basse. Sentiment renforcé par mes enceintes, des enceintes d’étagères Dali.
    En même temps, j’ai tout de suite noté la texture, l’ampli saisi les sons, il y a quelque chose de nerveux, de ciselé, et puis un sentiment d’ampleur. Jamais le Sony n’avait rendu de volume, un relief au delà de la stéréo, jamais je n’avais eu l’impression d’éloignement du soliste, ou l’illusion qu’un instrument jouait au delà de l’enceinte, et là, oui. C’est nerveux et précis, avec ce petit côté fruité sans jamais crier. Il chante. Si, si… Et maintenant je les entends, ces basses, légèrement moins présentes qu’avec le Sony, mais précises et « tenues », je ne sais pas comment expliquer cela. Disons que ce n’est plus seulement un son, c’est un instrument qui produit ce son, et il y a donc quelque chose de plus complexe.
    Un réel plaisir. Avec ce nouvel ampli et le départ de l’autre, c’est une trace de Nori, vous vous souvenez, qui s’éloigne.
    Et moi, je suis ravi. C’est un pschitt, certes, mais je ne peux pas vivre sans musique.
    Sinon, j’ai repris mes rangements. J’ai mis de l’ordre dans un petit meuble à côté de mon bureau. Et finalement, plus encore qu’en décembre j’ai le sentiment d m’installer. C’est important de s’installer, quand on veut travailler. Enfin, je parle pour moi.
    Bon, je vais me coucher. J’ai une vague idée de récit, je devrais m’y mettre. Et puis une idée de chroniques. C’est bien plus important que faire la guerre pour un boulot de merde.

  • Larry Kramer 1935 – 2020

    Larry Kramer 1935 – 2020

    (vidéo, Jimmy Somerville – From this moment on – tirée de la compilation d’artistes contre le VIH – RED, HOT and BLUE, 1990)

    Un grand Pédé s’en est allé.

    (suite…)
  • Et Didier parle…

    Et Didier parle…

    Lors de mon passage en France, je suis passé chez Didier Lestrade. Il m’avait proposé de passer lors de mon passage dans la Sarthe chez ma mère fin 2017 mais c’était difficile de passer chez lui, bien qu’il n’habitât pas loin de chez elle. On avait échangé deux trois messages, et je lui avais promis de passer lors de mon prochain voyage. Alors l’an dernier, en novembre, on s’est écrit, et on a décidé de se voir.
    Il habite dans la Sarthe. Il m’avait dit la Mayenne, peut-être est-il en Mayenne, mais alors il sera en bordure car le chauffeur de taxi qui m’a pris à la gare de la Ferté a été formel, par là-bas, c’est la Sarthe.

    Dans la voiture, Didier m’a expliqué les paysages, m’a expliqué le coin, la plaine mancelle d’abord, que je connais, et que je n’aime guère, c’est plat, c’est plat, c’est plat, il m’a parlé du Mans, moi, j’en avais un souvenir sous le soleil du temps de mes quinze ans, j’avais fait du stop, j’avais un peu visité, vu la cathédrale, le « vieux Mans », la Sarthe, je veux dire la rivière, et j’avais trouvé ça joli, j’avais dragué dans le jardin du Tessé près de la cathédrale, cette énorme bâtisse gothique toute tassée, on dirait qu’elle a le dos vouté mais quand on la regarde bien, c’est précisément ce qui fait son charme, et puis j’avais rencontré un mec, et puis on était allés chez lui, et puis on était allés dans un restaurant, puis dans un bar, puis il m’avait raccompagné chez moi, bref, mon souvenir était un bon souvenir mais là,  Didier me raconte une ville devenue ville dortoir, piégée par le TGV, bah ouais, on habite au Mans mais on travaille à Paris, alors on fait son shopping à Paris, et je regarde la ville alentour, toute plate, comme la plaine mancelle, en plus il fait gris et il pleuvote, et c’est vrai que cette ville est moche, on dirait que cet enchainement de maisons à deux étages ne s’arrêtera jamais, c’est une ville de banlieue que je vois là, mes souvenirs ensoleillés s’évanouissent, et Didier me parle des gilets jaunes, c’est même pas qu’il aime ou pas, on est d’ailleurs lui et moi sur la même longueur d’onde, on comprend, c’est tout, c’est cette France là, qui s’était pensée à part des restructurations, et puis qui se retrouve d’un seul coup en plein dedans, les boutiques qui ferment, le boulot qui part et il ne reste plus que cette plaine mancelle à perte de vue où tu ne peux rien faire si tu n’as pas de voiture, il me raconte ça, et puis il me dit « tiens », et là il y a une maison avec un gilet jaune enroulé à l’entrée, les gilets jaunes, c’est un peu d’estime de soi retrouvée, c’est être quelqu’un, c’est exister quand tout t’a réduit au néant de cette plaine et de cette ville vidée de son énergie, il me raconte les immigrés qui commencent à s’installer dans les petites villes où les loyers son moins chers, et que « ça ne pose pas de problème », il me dit qu’il ne comprend pas, avec tous ces villages qui se vident, pourquoi on n’y accueille pas des réfugiés, ça remettrait de la vie, ça y relancerait l’économie et ça les aiderait, et puis on arrive vers une partie plus vallonnée et il me dit que c’est la fin de la grande plaine mancelle et qu’on arrive vers chez lui, il me raconte cette maison, et puis l’ancienne maison, il me montre un joli coin où c’est sympa d’aller bouquiner et puis il me dit que sa maison est en bordure de route, mal placée, et on arrive, et non, je ne suis pas d’accord, sa maison est en réalité incroyablement bien placée.
    On descend de la voiture.

    Ici, tout est à faire encore, mais dans la maison, c’est déjà chez lui. Il s’est amusé avec les formes de la maisons et les couleurs, il a fait joujou. Le lendemain, quand il me fait visiter son jardin, immense et encore en jachère, je découvre un projet très précis, un peu comme une peinture, ou plutôt un peu comme de l’architecture, le jardin est déjà là, tout prêt dans sa tête, il le voit, et il me le raconte, ce sont des essences que je ne connais pas ou juste un peu, moi, je suis un barbare de la ville, un arbre est un arbre et une fleur est une fleur, je connais bien mieux les noms de plantes en japonais qu’en français parce qu’ici c’est très important dans les conversations, ce genre de truc, mais beaucoup de ces plantes dont il me parle, je les connais, en japonais, au Japon, et son jardin prend forme dans ma tête et sous mes yeux, les perspectives qu’il projette pour donner du soleil à cette maison renfoncée en bas de colline, les arbres qu’il compte abattre pour donner une chance à d’autres arbres, le feu qu’il a raconté dans son blog l’année dernière…

    Peu de temps avant mon départ de Paris, j’ai retrouvé Timothée, et on a un peu parlé de Didier, je veux dire, politiquement parlé de lui, et puis humainement aussi, et Tim m’a dit un truc très juste, c’est que quand on est Didier Lestrade, on doit savoir qu’on est Didier Lestrade, et qu’on n’est pas n’importe qui, et que la parole compte, et qu’elle pèse, il est un peu notre père à nous tous, et puis Tim et moi sommes interrompus par un truc, mais je vois ce qu’il veut dire, mais d’un autre côté, tout en comprenant parfaitement ce que Tim veut dire, et oui, cette place particulière de Didier confère des responsabilités, c’est précisément cette personnalité-là, absolument pas paternaliste, absolument a-hiérarchique, qui ne calcule pas, qui donne à Didier ce poids si particulier, car si dans notre époque toute discussion n’est plus qu’invective, jugement et incapacité totale à simplement échanger voire à accepter de ne pas être d’accord, dans une époque « intelligente », on serait capable de discuter avec Didier, de l’écouter, de ne pas forcément être d’accord, mais d’accepter qu’il ait ses opinion, et puis les mettre dans un coin de notre tête pour leur donner une chance pour le jour où, ben oui, tiens, il avait raison, ou bien tiens, ben non, finalement, il avait tort, parce qu’on a le droit de ne pas avoir raison, et on a aussi le droit d’avoir raison avant les autres, et on a le droit de voir les choses différemment, et on a le droit d’avoir des colères, et on a le droit de péter un plomb, et on a le droit d’être fatigué, et on a le droit d’être humain, et en réalité, c’est tout cela qu’on lui refuse, à Didier…
    Il m’arrive souvent de comparer Didier à Rocard, ça surprend souvent, et j’assume la comparaison, mais Rocard, en fait, il a essuyé les mêmes reproches, et il a été flingué de la même façon, et un peu par les mêmes, et il a attiré les mêmes genres de type qui un jour ont planté leur couteau dans le dos, et quand on dis « Rocard » (je sais bien qu’aujourd’hui c’est quasiment oublié), c’est raconter des combats fondamentaux, l’Algérie, la Palestine, les luttes des années 70, et peu avant sa mort, l’Afrique et la dette, et oui, durant toute sa vie, il a dit parfois des conneries, et il a pas toujours été à la hauteur de ce que nous projetions, de ce que nous espérions qu’il serait, mais à l’arrivée, quand il est mort, il n’est plus resté qu’une béance politique, un vide au dessus duquel tous ces traitres se dépassaient d’hommages et de reconnaissance, et Didier, ce sera pareil, et moi, je fais miens ce mot de Despléchin dans La vie des morts,

    Les morts, ça sert à rien de les pleurer, y’avait qu’à les aimer.

    Les avis, les colères de Didier, pour moi, elles ont toujours compté, et même quand je ne suis pas vraiment d’accord, et même quand je suis sceptique, parce que c’est avant tout un type comme moi qui a le droit de dire, mais aussi parce que précisément Didier, c’est Didier Lestrade, que ce nom raconte une histoire, et que celles et ceux de ma génération avons le devoir de la faire exister, cette histoire, et de la continuer, cette histoire, et quand on dit Didier Lestrade, c’est comme dire le nom de tous nos morts, et c’est aussi raconter tous nos espoirs au temps de l’épidémie, toute notre soif de vie car c’est précisément là qu’il est né, dans ces années 90 de merde, le Mariage pour Tous, pas dans des cabinets ministériels ni même sous la plume de Christiane Taubira, et d’ailleurs, il suffit de voir comment ces mêmes cabinets ministériels s’en jouent, de notre vie, en suggérant qu’on pourrait en discuter, du Mariage pour Tous, lors du « grand débat », pour comprendre que non, c’est bien nous qui l’avons arraché, et que c’est au coeur des années noires que cette nécessité d’obtenir notre reconnaissance est devenue une nécessité, un combat, une lutte féroce et aucun, je dis bien aucun, ne résume à lui seul cette énergie qui nous a animé alors mieux que Didier, non, aucun.

    Parce qu’il en a fallu, du courage, pour oser « manifester contre une maladie », comme disait ce crétin de Finkelkraut, et qu’il en a fallu, pour devenir à ce point expert de la maladie et imposer aux laboratoires de devenir partenaires, et puisque je parle de Tim, qui a certainement été l’ami le plus proche et qui est un peu l’héritier de Guillaume Dustan, alors il faut reconnaitre qu’il n’y a eu que Didier qui ait pris Guillaume-William au sérieux, tous les autres le réduisant à de la hype ou au confort de la baise libre quand Didier, lui, voulait que ce dont parlait Guillaume soit discuté politiquement, ah la presse, ah, les militants, ah, l’édition, ils l’avaient, leur combat de coqs, tiens, c’était l’entrée dans notre époque, où il s’agit de se détester, de s’insulter et de réduire la parole à un si t’es pas pour t’es contre, ben non, Didier voulait parler prévention à l’époque des trithérapies, et s’il s’est arcbouté sur le préservatif et contre le sexe sans capote, c’est d’abord et avant tout pour défendre un héritage politique, militant, l’acquis de la maitrise de notre propre agenda et de nos propres luttes, cette morale, ce contrat qui nous ont fait ensemble si forts, et pour que cette question soit débattue et ne devienne pas une sorte de truc de l’époque,… et puis ben voilà, on y est en plein dedans, les contaminations ne diminuent pas, et ça ne semble embêter personne, c’est une espèce d’acceptation de la réalité, une sorte de fatalité cool, le pouvoir hétérocrate s’en fiche, en gros, et on est revenu à 1987, à avant ACT UP, sauf qu’il y a la trithérapie, trop cool, quoi, mais comme je le disais à Tim quand je lui disais que j’avais fait mon deuil d’échapper à Marine Le Pen, et qu’il me disais « mais tu te rend compte, Madj, pour nous… », je lui ai dit, ben ouais, et c’est précisément ce qui m’a le plus fait chier quand je suis devenu séropo, ce sentiment de fragilité, de dépendre, et voilà, mais ça, il n’y a plus d’espace militant pour l’avoir, cette conversation, je veux dire, une conversation politique ni des combats sur l’homosexualité, la séropositivité, la drague, nos vies, quoi, on se contente chaque jour de lâcher des gamins de 15 ou 16 piges dans ce monde là tout en sous-traitant le sujet aux politiques, et puis il y aura Marine Le Pen, et on sera bien dans la merde.

    Alors dire Didier Lestrade, c’est dire une posture nécessaire, politique, c’est dépasser le mec qui se dépasse lui-même et qui le sait, et d’ailleurs, putain, il en est fatigué, Didier, d’être Didier Lestrade, maintenant, c’est son jardin qui compte, il a tout dit, de toute façon, et c’est à nous de comprendre qu’il n’y avait pas de guerre entre Didier et Guillaume parce qu’ils ne parlaient tout simplement pas de la même chose. Et que bon, si Didier a son caractère, ben, c’est comme pour Rocard, faut faire avec. Moi, j’aime bien son caractère. Il est cassant parfois, mais il reste incroyablement gentil.
    Timothée sait tout ça, et plus encore, et je sais qu’il sera d’accord avec ces lignes, que la hache est depuis longtemps enterrée, et que Guillaume-William est mort seul, finalement très peu compris, enveloppé de la hype crétine des causeurs qui l’y avaient enfermé et qui depuis sont passés à autre chose, c’est à dire, à leur carrière…
    Tim et moi, on aimerait bien pouvoir commencer à parler des sujets qui fâchent, parce qu’on a compris tous les deux qu’on est dans le même bateau, et que ne pas être d’accord sur tel ou tel truc ne veut pas dire ne pas être capables de se respecter, d’échanger, et d’avancer, de s’ailer. Tim, il est dans la prévention. Moi, je suis obsédé par la politique, parce que quand Marine…

    Anyway…

    Au petit matin, donc, j’ai couché quelques mots sur mon iPad, pour fixer l’instant. Les voilà. Je les lis, je revois, je revis cet instant. Et je (me) dis…
    Merci Didier pour l’invitation, merci Didier pour m’avoir raconté plein de trucs, merci Didier d’avoir été Didier car tu sais que je sais que tu es plus que toi et que tu es un petit peu nous tous. Je ne dirais pas que tu mérites plus car j’ai bien vu que tu as tout ce qu’il te faut, mais je pense que c’est nous qui méritons plus et qu’il y a une sorte de honte qui ne dit pas son nom quand on sait que personne ne t’a proposé plus, tu sais, par exemple, les archives des luttes homosexuelles, ce truc auquel tu tiens pourtant tellement depuis des années et des années, non pas pour toi, mais pour nous tous, et j’en suis désolé, d’ailleurs, c’est un peu ce que tu m’as dit quand tu m’as dit, en colère, que Paris n’avait même pas donné un nom de rue Clews Velley, et que tu as enchainé en me parlant d’Hélène Hazera dont finalement personne ne se souciait, et que tu étais en colère quand tu as dit ça… Oubliés, et c’est une honte qui nous retombe sur nous tous…
    On se revoit à la fin de cette année j’espère.

    Alors. Lundi 24 décembre 2018, sur iPad, chez Didier, au petit matin:

    « Déjà lundi. Il est 7 heures et demie du matin. Je suis dans un pays où le temps s’arrête. Je suis dans ce que l’indifférence républicaine et bourgeoise a sottement gratifié du qualificatif de « province », mais non, moi je dis un pays. Même le mot de région ne parvient pas à traduire cette variété de paysages qui ont façonné le caractère des hommes et des femmes, les récoltes, les parlés, les traditions, les gestes.
    Je suis dans l’Ouest, en Mayenne, dans un coin qui retrouve ces paysages vallonnés avec ces champs de taille plus petites et bordés de ronces, d’arbres et de chemins que je connais si bien de l’autre côté, dans le pays du Perche, entre Sarthe et Eure-et-Loire, un paysage qui m’est très familier. Enfant, adolescent, et même adulte, j’ai enfourché mon vélo et visité la Sarthe sur des dizaines de kilomètres, dans ces coins où ça montait sans s’arrêter, me faisant regretter mon expédition, avec la récompense quand ça redescendait. Oh, ce village, Saint-Jean les échelles, il ne déméritait pas son nom… J’apercevais les châteaux qui s’y cachent, j’y cueillais les mûres dans les ronces pour me rafraîchir. Je m’arrêtais dans ces coins calmes où l’on n’entend que les oiseaux. Je visitais les plans d’eau pour aller m’y baigner, en ce temps le coin était encore dynamique. Depuis, tout à fermé et de ce pays fier abandonné clame la colère juste des gilets jaunes. J’écris ça sans gêne et je ne cache pas ma très grande réserve sur ce mouvement dont je n’aime guère certains aspects, mais oui, je la connais cette colère, car non, la province n’existe pas. Il y a des pays où le temps long de l’histoire est venu se fracasser contre les mutations rapides de notre économie globalisée où ces hommes, ces femmes, après avoir tenté de s’adapter durant les cinquante dernières années en délaissant la ferme « pas rentable », ou en déboisant, industrialisant, phosphatant les terres et multipliant les reconversions, se retrouvent acculés à ne devoir que survivre avec au fond du cœur la mémoire de tout ce qui a été perdu de solidarités rurales, de camaraderie et de fierté du travail de la terre. Je ne suis pas « en province », ni même « en région » et encore moins dans un « territoire ». Je suis dans un de ces pays entre Sarthe et Mayenne. Ici, les maisons sont comme celles du Perche, des corps longs aux murs beige-ocre, mais j’y ai vu des encadrements de portes et de fenêtres faits d’une pierre, on dirait du granit, je ne connaissais pas du tout. C’est cela qui fait un pays.

    C’est donc par ici que Didier habite. Il est venu me chercher à la gare du Mans. Je monte dans son pickup et à partir de là, il parle, et je regrette de ne pas avoir mis la vidéo en route, j’ai peur d’oublier. Didier parle, il raconte sa nouvelle maison et l’ancienne. L’ancienne avec la Sarthe qui coule dans un contrefort, on s’y était promenés il y a quatre ans. L’ancienne en haut de colline, ouverte au soleil. La nouvelle en contrefort et en creux de vallée, au bord de la route. Il raconte l’ancienne, les travaux, le jardin, le lent retour à la vie d’une maison abandonnée. J’avais vu il y a un an et quelques que ses nouveaux propriétaires exhibaient fièrement le jardin composé par Didier au fil des ans et d’un travail laborieux qui une fois lui avait coûté une jambe cassée. Pas un mot sur lui dans l’article. Ça résume un peu la vie de Didier, ce manque de reconnaissance.

    Didier parle, Didier raconte. Sa sœur, le loyer ridicule mais qu’il n’arrivait plus à payer, et puis l’opportunité d’une autre maison avec un vaste jardin. Quand il me dit 2 hectares, ce n’est pas un jardin, je pense. Où ma mère habite, quand j’étais petit, j’en avais vu, de ces petites fermes avec leurs deux hectares travaillés laborieusement, avec leurs trois vaches, le chien qui aboie et la porte à bâtant toujours ouverte de la pièce principale, « bonjour », qu’on disait quand on passait, et on entendait « bonjour », alors le chien se calmait.
    Didier parle, ce jardin, il en a une idée très précise. Tout est à faire. Je lui parle des mûres dans les ronces, il me répond ronces, il me répond pollution. Ce terrain abandonné en est infesté. Je m’y imagine un instant, en été, en train de m’arracher les peaux pour me gaver de ce fruit que j’adore. Qu’est ce que j’en ai mangé, enfant. Dans le pays de ma mère, autrefois, les champs étaient petits et bordés d’arbres fruitiers. Les mûres, c’était presque gratuit, il fallait juste littéralement payer le prix du sang et ne pas avoir peur des orties.
    Didier parle, il y a plusieurs couleurs de terre, il y a même du rocher, je l’écoute et je visite presque son imagination. Ceux qui rachèteront cette maison achèteront certainement le jardin plus que la maison. Didier parle et nous fait faire un détour vers un grand lac encadré par une vaste forêt. Je regarde cette forêt, toutes feuilles tombées et déjà en décomposition, cette couleur rouille qui domine au pied des arbres, contraste avec le vert vif des mousses sur les troncs et, ici et là, dans des branches, quelques fougères à la couleur roussie, ça sent l’invitation à la promenade, ça sent tout à l’heure quand je serai chez ma mère à quelques dizaines de kilomètres d’ici.
    On arrive à la maison, Didier parle beaucoup, il continue de raconter cette maison, il me dit en passant qu’il y a un puit, je regarde, je vois la pompe, et puis comme une petit chapelle à côté, rien que ça, ça raconte une maison, ça raconte la vie de ses habitants il y a longtemps. Didier me montre la date, 1860 et quelque chose, je ne me souviens pas. On entre, il me donne des chaussons. Didier parle, il me fait visiter. La maison ne me parait pas plus petite que la précédente au premier abord. Mais oui, elle est bien plus petite. L’étage est bizarrement agencé. Pour tout acheteur potentiel, ce doit être un vrai repoussoir, tout cet espace gâché en recoins et dédales inutiles, totalement incohérents, mais entre les mains de Didier, cet agencement semble tout droit sorti du cerveau d’un architecte farceur et artiste à la fois. Didier a décidé de jouer la couleur, et voilà cet étage devenu ludique. Je passe sur les objets, sur la décoration. C’est simple, brut et joli, aucune prétention.
    Didier a le goût des détails dans cette chambre d’amis. Sur un espèce de rebord qui ne sert absolument à rien, il a mis plein de cailloux gris et ronds, comme ça. Il y a au dessus du lit un grand vasistas, j’ai ouvert le store et depuis tout à l’heure j’observe le jour se lever et le fouillis d’arbres qui domine la maison sur sa hauteur.
    Je suis jaloux. Moi aussi, j’aimerais habiter une maison comme ça. Pour tout dire, ma mère a une maison comme cela, mais… Non, je ne suis pas jaloux. C’est une façon de parler. Ici, le temps fait semblant de s’arrêter et de filer moins vite. Dehors pourtant, je vois la lumière du ciel qui doucement s’éclaircit, je vois se dessiner la forme tragique des arbres en hiver, leurs branches qui tranchent la lumière, lumière qui discrètement mais sûrement me rappelle que le temps passe et que dans quelques heures je serai à quelques dizaines de kilomètres d’ici. Jamais le temps ne s’arrête. Toujours il file, mais disons qu’ici, c’est avec élégance.
    Didier parle beaucoup de cette maison, et puis progressivement viennent d’autres sujets. Nous sommes assis, voici un de ses frères qui apporte des pommes, plein de pommes, et des gâteaux maison. Incroyable air de famille entre les garçons. Le frère repart et oublie sa casquette.
    Didier parle. Il a préparé une potée. Ma mère faisait un peu la même. Didier y coupe les légumes, ma mère les coupait à peine, mais le goût est identique. C’est presque un goût de l’enfance au milieux de ce paysage qui m’est presque familier.
    Je bois plein de cafés. Par moments je parle, mais j’ai pris ce médicament pour le rhume, c’est comme si je ne contrôlais pas le souffle. J’ai l’impression de crier. Peut être je crie. Samedi, j’ai eu cette irritation d’une narine et une sorte de mal de gorge. La suite du vol, quoi. L’air sec de l’avion, j’ai le nez bouché et je respire par la bouche. L’air très doux dans le vent frais de Paris, et voilà une petite inflammation, alors j’ai investi dans des médicaments. Je dis bien investi car ça me coûte plus cher que le même genre de médicaments à Tokyo. L’irritation est globalement partie, le nez reste sec, et il se bouche.
    On parle gilets jaunes, on parle PIR, on parle Minorités et minorités, on parle Macron… Moi, je ne sais plus du tout parler, quand je parle, les mots me viennent en japonais. Je suis finalement beaucoup plus à l’aise quand j’écris… Je ne vais toutefois pas relire ce billet, il doit être mal écrit: je passe mon temps à regarder le vasistas. Ça y est, le jour est levé. Et puis j’ai peu dormi, et cela depuis que je suis arrivé mercredi, envie de n’en perdre aucune goute. Ce matin au réveil, je voulais juste fixer cet instant et ces moments avec Didier Lestrade. »

    Et puis après m’être levé, je me recouche et, pas satisfait, je réécrit. C’est ça, le blog, pouvoir publier un truc raté, mais qui dans son ensemble racontera le tout.

    « Bref séjour chez Didier. Je l’ai écouter parler, il n’arrêtait pas. Au petit matin, quand je me suis réveillé, il devait être 6 ou 7 heures, j’ai pris mon iPad pour noter l’instant, le fixer pour l’éternité.
    Didier parle. Je l’écoutais et je n’en voulais rien perdre. Didier est réduit, catalogué, étiqueté, haï, caricaturé… Didier, pourtant, à la base, c’est un gars qui aime la campagne, qui aime les arbres, les plantes, les paysages, qui travaille de ses mains et qui aime ça, qui a grandi dans une ferme et a décidé d’y retourner un peu et qui, accessoirement, et parce qu’il est venu à la ville, à vécu des choses et a fait des choses, et qui depuis donc réconcilie ce caractère paysan assumé avec l’urbanité. Il vit seul mais avec nous tous.
    Je crois que je me force à écrire ces lignes au petit matin, mal installé pour cela sous les couvertures dans ce lit chauffé par la bouillotte qu’il y a délicatement glissé alors que je regardais un stand up hilarant dans le salon, parce que je l’ai écouté et qu’il faut bien que cela soit écrit quelque part.
    Je comprends mieux les disciples, Platon, Aristote, les apôtres, les compagnons du prophète, les compagnons du Bouddha. Didier mérite d’être raconté jusque dans la banalité de son quotidien parce que même son quotidien raconte des choses auxquelles il croit. Et je veux juste fixer ce moment pour être sûr qu’avec le temps ces mots ne soient pas dits dans le désert. Parce que même quand Didier parle de films de cul, il raconte la société, il raconte la politique et il va bien plus loin que des sociologues bardés de diplômes qui passent leur vie à décrire des banalités en passant à côté de l’essentiel. Même quand il me raconte sa maison, les paysages, il me raconte ce pays coincé entre plaine mancelle et alpes mancelles. Je me souviens il y a quatre ans, je m’étais dit qu’il ferait un bon maire. Et là plus encore, on dirait que son œil et sa curiosité le font épouser ce coin et l’y attacher. Il me raconte ce pays où les gilets jaunes sont nombreux et visibles, où ils s’affichent à l’entrée de la maison avec un gilet noué à un poteau.
    Il parle et me raconte l’évolution démographique, les immigrés plus nombreux dans les campagnes, poussés toujours plus loin à cause du prix exorbitant au Mans, où il y a le TGV. Didier me raconte cela, et je repense à tous ces gens dont les parents travaillaient la terre et qui eux se retrouvent réduits au salariat dans la grande ville à des kilomètres de là.
    C’est un truc que visiblement Macron et sa clique ne comprendront jamais. L’attachement au pays. Je ne parle pas de la France, non, mais du pays, ce lieu où on a grandi, avec ses habitudes et ses gestes, ses amitiés et ses solidarités.
    Pour ma mère, le pays, c’est le Perche, un pays qui a été saucissonné par la république entre trois ou quatre départements, avec ses maisons, son parlé, ses champs minuscules sur les collines, ses bois, ses marécages, ses vergers, et ses champs plus grands dans les vallées, bordés de ronces et d’arbres fruitiers ou coupent de petits chemins menant à des groupes de deux ou trois fermes aux noms qui me faisaient rire quand j’étais enfant mais racontent l’espace et enracine ses habitants dans un espace, dans le pays. Les vallées, les cailletières, les maisons neuves, la carrière, la fourche, les petites vallées, la cantinière, le hameau, les porches, la source…
    Didier raconte très bien les alentours, il s’enracine. C’est un terrien. Il travaille la terre avec la même minutie qu’il cherche ses mots et qu’il écrit.
    Didier creuse son sillon. C’est un terrien dans les idées aussi.
    Texte décousu, écrit à presque deux doigts pour éviter que mon iPad ne tombe. Dehors il pleut. Je vais me lever. Ici, le temps est arrêté et se contente de passer. Une pluie très fine coule sur le vasistas. Il fait jour. »

    Voilà. Je vous ai tout dit, je crois.

  • Au temps du SIDA: 1990, Red Hot + Blue

    J’ai traversé cette époque seul et réfugié dans mon propre silence. J’étais Lancelot. Voilà pourquoi maintenant je vous saoule de mon trop plein de mots.

    (suite…)

  • Pour Didier Lestrade

    Pour Didier Lestrade

    Explication de twit et petit cours de sémantique à l’usage d’un peuple alpha-bête-isé.

    (suite…)