rêve étrange

Il dansait avec une employée autours d’un photocopieur. Je le regardais, je ne voyais pas son visage mais c’était lui. Il avait des pieds de bouc.

Vidéo: Nina Hagen, Alptraum (cauchemar), 1979- texte et traduction à la fin de ce billet

La nuit dernière, j’ai terminé ma nuit sur un rêve bizarre qui serait un peu comme la compilation de plusieurs rêves déjà faits, d’endroits maintes fois visités. Mon sentiment profond, c’est que c’était une sorte d’au revoir dont je ne peux pas vraiment mesurer les contours. Un au revoir, oui.
Je les aime, mes rêves.
Il y avait cette tour, haute, j’y suis allé de temps en temps, parfois, elle était vide et je m’y perdais. Cette fois-ci, il y avait dedans les bureaux de BNP Paribas, et les anciens collègues. On avait toutes et tous l’âge que nous avions alors. C’était très occupé, il y avait beaucoup de travail. Les bureaux étaient installés autrement, c’était beaucoup plus chargé, plus sombre aussi, un peu comme un bureau des années 90, le même gris, avec des néons.
On s’affairait, mais moi, je ne savais pas trop pourquoi j’étais là, j’étais conscient d’être « revenu », et en même temps, malgré une apparence de temps passé, le temps était passé, je ne reconnaissais rien, si ce n’est la familiarité des personnes autours de moi, bien que je ne voyais pas leur visage. Je les « sentais ».

Je me souviens maintenant, et dans mon rêve je m’en souvenais également, que j’étais déjà venu dans cet endroit. C’est étrange, se souvenir avoir visité un endroit en rêve en faisant un rêve. Mais c’était mon impression. Alors, j’ai marché dans les bureaux, je les ai visités. Et puis j’ai aperçu kiyoto. Il dansait avec une employée autours d’un photocopieur. Je le regardais, je ne voyais pas son visage mais c’était lui. Il avait des pieds de bouc.
C’était un satyre. Je trouvais cela amusant, et puis plus il dansait, plus son corps s’alourdissait. Il devenait obèse, avec des bourrelets. Et je me demandais ce qu’il faisait là tout en ne comprenant pas pourquoi son corps s’alourdissait. Lui, il dansait. Alors j’ai continué à visiter le lieu.
Sans trop savoir pourquoi, j’ai aperçu une ancienne manager, elle revenait de son voyage de noce, elle était rayonnante. Alors, nous sommes toutes et tous descendus pour la saluer. J’ai échangé quelques mots avec elle, elle m’a alors dit qu’elle était allée en Irak, et que le temps était glacial. Je lui ai répondu que je pouvais comprendre car moi, une fois, en passant par Dubai, j’étais allé en Azerbaïdjan et que c’était glacé.

Dans mon rêve, alors, ont surgi des souvenirs de ce voyage que je n’ai jamais fait. L’Azerbaïdjan de ce rêve était une sorte de compilation de plusieurs rêves en des terres étranges faits ces dernières années, notamment une Algérie bizarre où je me suis rendu, où le Sahara s’ouvrait sitôt arrivé à Alger, en longeant une grande rue aux maisons basses puis une sorte de péage. Là, c’était un peu le même endroit, mais glacé, avec des couleurs magnifiques, un peu comme des coraux, alors que c’était bel et bien un pays.
Mais après lui avoir dit cela et avoir traversé en une fraction de seconde toutes les sensations de ce voyage dans cet Azerbaïdjan de mes nuits, j’ai réalisé qu’elle ne m’écoutait pas. Alors, je n’ai pas insisté. Je ne sais plus trop comment ni pourquoi, mais je me suis retrouvé dans mon chez moi à Paris, tel que c’était quand j’y étais. Je dis cela car j’ai souvent rêvé de mon quartier, de chez moi, mais toujours le lieu était transformé. Quelques fois, mon quartier s’est même mélangé au Japon. Mais là, j’étais vraiment chez moi, et c’était la nuit, et peut être même je me réveillais de ce rêve de BNP Paribas, de la tour, de Kiyoto et de ma manager. Oui, ce doit être ça car dans mon rêve, c’était incroyablement réel, ce réveil.

C’était la nuit. Je me réveillais en sursaut, une terrible pression sur la tête, et du bruit chez moi. Un voleur, un visiteur, je ne savais pas, j’avais peur, je voulais crier et j’en étais totalement incapable. J’étouffais. Et alors, j’ai compris.
Je me suis réveillé pour de vrai. Une narine totalement bouchée et une position inconfortable m’empêchant de bien respirer.
Un rêve dense (j’ai failli écrire « danse », interprétez comme bon vous semble…). Une impression de rassembler tant de parts de moi-même pour leur dire au revoir et passer à autre chose. Après tout, si la vie est une succession de souvenirs, il est bon aussi de laisser aux souvenir un espace pour qu’ils trouvent leur place dans notre mémoire sans jamais chercher à revenir nous hanter, nous habiter. Ce qui est passé est passé.

Je me suis levé. Avec une gaule dont je devrais avoir honte (mais c’est bon, la honte). Il était un peu tôt mais cela m’a permis de prendre mon temps pour me préparer et prendre un petit déjeuner tranquillement.
Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait un cauchemar, au contraire, c’est bel et bien un rêve. Seule la fin était étrange mais c’était mon cerveau qui me disait que je ne parvenais pas à respirer correctement (il fonctionne donc parfaitement bien). Même cette fin, le lieu, l’impression de me réveiller dans un rêve et de me retrouver chez moi il y a vingt ans concourent également à cette sensation d’au revoir, de page qui se tourne, et cela même si je ne parviens pas vraiment à en saisir le sens.
Je reste persuadé que l’interprétation d’un rêve est un exercice extrêmement simple: il suffit d’admettre la façon dont on se sent quand on se réveille. On se sent bien ou pas, on est angoissé ou pas.

Pour moi, tout de suite, ça a été l’idée que je venais de quitter quelque chose. Mon rêve rassemblait trop d’éléments épars, de bribes d’autres rêves littéralement compilés ici pour n’en fait plus qu’un.
La journée s’est écoulée sans problème, sans accroc. J’ai été détendu. Et déjà ce samedi s’achève.
J’ai profité d’avoir un peu de temps à l’heure du déjeuner pour changer l’apparence du site – au revoir pink Barbie, et adieu le gris.
Place au noir et le blanc. Back to basic. Back to black.

La chanson de Nina Hagen m’est venue comme une évidence... J’adorais cette chanson quand j’avais 15 ans, et je parlais plutôt bien allemand en ce temps. Il faudra que je vous partage un lied de Richard Strauß.

Alptraum, Nina Hagen, 1979

Na, vermisst du mich
Wenn die Nächte lang und kalt sind?
Träumst du von mir
In sehnsuchtsvollem schwarzen Dunst?
Alors, je te manque
Quand les nuits sont longues et froides?
Rêves-tu de moi
Dans une vapeur noire pleine d’un désir languissant?

Aber ich, ich, ich, ich, ich
Ich bin ein Alptraum
Ich komm, ich komm im Morgengraun
Um dich vernichtend anzuschaun
Ich jage dich und du entkommst mir nicht
Ich mach dich Nachts zum Attentäter
Zum Verräter
Ich jage dir den Schweiß von der glatten Stirn
Bis tief ins Gehirn
Mais moi, moi, moi, moi, moi
Je suis un cauchemar
Je viens, je viens à l’aube
Pour te lancer un regard foudroyant
Je te poursuis et tu ne m’échappes pas
La nuit, je ferai de toi un auteur d’attentats
Un traître
Je t’enfonce la sueur du front lisse
Jusqu’au fond du cerveau

Na, vermisst du mich
Wenn die Knospen platzen?
Träumst du von mir
Wenn ich als Hexe über die Mauer fetze?
Alors, je te manque
Quand les bourgeons éclatent?
Rêves-tu de moi
Quand je file au-dessus du Mur comme une sorcière?

Aber ich, ich, ich, ich, ich
Ich bin ein Alptraum
Ich komm, ich komm im Morgengraun
Um dich vernichtend anzuschaun
Ich jage dich und du entkommst mir nicht
Ich mach dich Nachts zum Attentäter
Zum Verräter
Ich jage dir den Schweiß von der glatten Stirn
Bis tief ins Gehirn
Mais moi, moi, moi, moi, moi
Je suis un cauchemar
Je viens, je viens au point du jour
Pour t’anéantir du regard
Je te poursuis et tu ne m’échappes pas
La nuit je te transforme en assassin
En traître
Je t’enfonce la sueur de ton front lisse
Jusqu’au fond de ton cerveau

Na, vermisst du mich
Wenn die Sintflut kommt?
Soll ich dir denn gar nicht helfen
Wenn dich keiner
Aber auch keiner in die Arche hievt?
Eh bien, est-ce que je te manque
Quand le Déluge arrive?
Ne voudrais-tu vraiment pas que je t’aide
Quand personne
Mais alors personne ne te hisse dans l’Arche?

(GUITAR SOLO)

Hab doch keine Angst
Es war doch alles nur ein Traum
(Träume sind Schäume)
Bei hellem klaren Tageslicht
Hat das doch alles kein Gewicht
(Träume sind Schäume)
Nur in der tiefen schwarzen Nacht
Da wirst du von der Angst gepackt
N’aie donc pas peur
Tout cela n’était qu’un rêve
(Les rêves ne sont que des fantaisies dérisoires)
À la clarté de la lumière du jour
Tout cela n’a pas d’importance
(Les rêves ne sont que des fantaisies dérisoires)
C’est seulement dans les profondeurs de la nuit noire
Que la peur te saisit

Ich, ich, ich, ich, ich
Ich bin dein Alptraum
Ich mach dich Nachts zum Zitteraal
Vibrierend in der Höllenqual
Ich spieß dein’ Kopf auf eine Latte
Und dann frisst ihn ne fette Ratte
Und als dicker fetter Clown
Komm ich dir auf die fresse hauen
Moi, moi, moi, moi, moi
Je suis ton cauchemar
Je te transforme la nuit en anguille électrique
Vibrant dans les tourments de l’enfer
J’empale ta tête sur une planche
Puis un gros rat la mangera
Et, en tant que gros clown obese
Je viens te taper dans la gueule

Ich töte dich eintaustendmal
Ich töte dich dreitausendmal
Ich töte dich sechstausendmal
Ich töte dich neuntausendmal
Ich töte dich zehntausendmal
Ich töte dich millionenfach
Ich töte dich billionenfach
Ich töte dich trillionenfach
Je te tue mille fois
Je te tue trois mille fois
Je te tue neuf mille fois
Je te tue dix mille fois
Je te tue des millions de fois
Je te tue des billions de fois
Je te tue des trillions de fois

Ich jage dich und du entkommst mir nicht
Ich mach dich Nachts zum Attentäter
Zum Verräter
Ich jage dir den Schweiß von der glatten Stirn
Bis tief ins Gehirn
Je te poursuis et tu ne m’échappes pas
La nuit je te transforme en assassin
En traître
Je t’enfonce la sueur de ton front lisse
Jusqu’au fond de ton cerveau


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