Tarot

Carte de tarots (de gauche à droite), As de bâtons du tarot original Rider Waite, Letoille du tarot de Marseille, 10 de bâtons du tarot Belle Époque Rider Waite, L'amante du tarot Bohême, le valet de coupes du tarot Dreamkeeper Rider Waite.

Depuis quelques temps, j’ai commencé à m’intéresser au tarot (…) ce que j’aime, c’est abattre une barrière dans ma perception du monde.

Depuis quelques temps, j’ai commencé à m’intéresser au tarot « divinatoire ». Comme beaucoup de gens, j’ai longtemps vécu avec l’idée que ce type de pratique permettait de « lire l’avenir », et ça me semblait difficile à croire. Tout change quand on regarde cela comme un art de lire le présent, d’ouvrir les yeux sur le présent, à commencer par ce que l’on se cache.

Le Tarot « parle »

Je me soucie assez peu de savoir si « ça marche » ou pas, ce que j’aime, c’est abattre une barrière dans ma perception du monde. Soudain, je parle librement, un flot de pensées et d’idées qui ne me seraient jamais venues franchissent la barrière de ma rationalité. C’est un exercice très proche de l’écriture automatique et je n’ai pas été étonné de découvrir qu’André Breton s’était lui-même passionné pour le tarot. Jung avait de son côté intégré les arts divinatoires au sens général à sa compréhension de la psychologie humaine.

Le tarot est avant tout une incroyable porte sur soi-même, et plus on avance, moins on censure les pensées qui viennent, même les plus aberrantes. Tout prend un sens nouveau. Le bruit d’une voiture qui passe au moment où on lit une carte particulière éclaire celle-ci d’une façon inattendue. Soudain, telle couleur sur la carte revêt une importance qu’on ne lui avait jamais accordé, telle geste d’un personnage semble indiquer quelque chose d’important, et le flot de mots en découle revêt lui-même une importance particulière.
Les cartes elle-même sont intéressantes. Les « oracles » ne m’intéressent pas, ces cartes apportant des réponses clé en main. C’est le tarot qui m’intéresse.
Il en est de deux sortes.

Les jeux sont souvent très beaux

L’un, dans toute la multiplicité des versions, varie finalement assez peu, c’est le tarot de Marseille. Celui-ci obéit à une logique interne qui lui est propre et chaque « jeu » respecte des graphies et des couleurs portant des symboliques propres. Il en existe de nombreux, ils ont chacun quelques variantes, mais au final, il s’agit toujours du même jeu. On ne connaît pas bien son origine même si on la retrace quelque part en Italie vers le 15e siècle.
L’autre, c’est le « Rider Waite », un tarot « recomposé » dans la seconde moitié du 19e siècle, à l’époque où l’occultisme a retrouvé un regain d’intérêt dans certains cercles maçonniques. Là où le tarot de Marseille comporte 22 cartes « divinatoires » et 56 cartes – dont la plupart ne portent que les symboles de leurs couleurs-, dans ce type de tarot, toutes portent une idée représentée par une scène. Les lecture entre les deux tarots sont donc très différentes.

Le tarot de Marseille offre une plus grande place à l’inspiration, il est bien plus souple, mais le Rider Waite bien plus simple car il oriente l’inspiration par ses illustrations. Le résultat, c’est qu’il en existe une quasi infini quantité, avec des illustrations tres différentes pour représenter chaque scène. Les créateurs de tarots laissent parler leur imagination, et la même carte sera souvent radicalement différente d’un jeu à l’autre.

« Les » différents tarots

Dans cette infinité de versions, il y a le « vrai » Rider Waite, les jeux qui s’en inspirent en respectant à grand trait les dessins, et puis les autres. J’en possède un qui a même inversé l’ordre hiérarchique, la Reine dominant le jeu avant le Roi!
Il existe enfin un autre jeu qui lui dérive du tarot de Marseille mais qui s’en est éloigné. C’est le tarot dit « Lenormand », tarot dont les quatre couleurs se confondent avec les trèfle-pique-carreau-coeur qui jeu dit « anglais ». Car oui, nos jeux de cartes ordinaires dérivent du tarot de Marseille.

Une autre famille de jeux dérivant du tarot de Marseille mais ayant évolué de leur propre façon sont les tarots « bohémien », ou « de l’oracle ». Chaque carte porte un dessin avec une situation pratique. C’est peut-être celui qui fait le plus « peur », il a un côté définitif. Il y a des cartes maladie, mort etc

Ma préférence va au tarot de Marseille. C’est comme ouvrir une porte sur l’inconnu, chaque carte « parlera » différemment lors de chaque tirage. Toutefois, c’est celui que je maîtrise le moins. De leur côté, les tarot Rider Waite sont parfois d’une réelle beauté. J’en ai un de type Belle Époque, je l’aime vraiment beaucoup.

« est-ce que ça marche »: pfffffffff

Comme je vous ai dit, pour moi, la question n’a rien à voir avec « est-ce que ça marche », ou si j’y crois. Bien sûr que non, je n’y crois pas, que des cartes « parlent » défie ma rationalité. C’est comme Dieu, je n’y crois pas, c’est totalement irrationnel.
Mais je dois ajouter immédiatement que si je ne crois pas en Dieu, j’ai profondément confiance en lui. Et si « je ne crois pas » aux cartes, je dois ajouter que j’aime les entendre parler et que je les respecte, que je respecte ce qu’elles me racontent sans me soucier une seule seconde de l’origine d’e ce qu’elles disent’où elles parlent. Tout cela n’a aucune importance pour moi.
Et puis il y a ce truc, je ne sais pas si j’en ai déjà parlé ici. Mon plus ancien souvenir. J’ai eu beau chercher des réponses, je n’en ai trouvé aucune qui me satisfasse, elles ne collent pas.

Mon plus ancien souvenir

Mon plus ancien souvenir date de quand j’étais bébé. Je suis couché, il y a un ou deux adultes, la pièce est claire, il y a une porte sur la gauche au fond de la pièce, et je ne peux pas bouger, je suis pris piège, je regarde et je pense. Oui, je pense, et j’ai des mots sur cette pensée. Qu’est-ce que je fais là.
Ce souvenir, je le traine depuis l’enfance, il a hanté ma petite enfance comme un grand point d’interrogation qui le poursuit sans que jamais je ne sois parvenu à percer le mystère. J’ai bien lu que j’ai mis les mots voire même créé les images à posteriori – c’est l’explication scientifique. Mais ce n’est pas le souvenir que j’ai et je dois dire que ça me semble trop conceptuel pour un nouveau né. Qu’est-ce que je fais là.

Aussi loin que je remonte, je me rappelle être régulièrement revenu à ce souvenir en me demandant quand, où, pourquoi c’était. Qui sont ces adultes? L’un d’eux me met mute couverture au niveau des oreilles. C’est une habitude qui me suit jusqu’aujourd’hui, cacher mes oreilles par un drap quand je ne me sens pas en sécurité, la nuit, après un cauchemar.

L’âme…

Bien évidemment oui, l’idée de l’âme me semble totalement irrationnelle – il n’y a aucune preuve scientifique -, ma propre rationalité à toujours trouvé une limite dans ce souvenir qui me ramène à ma propre origine. Je suis bébé, et j’ai une pensée consciente de moi. Si les chercheurs s’accordaient à dire que c’était possible, je n’y penserais plus. Le problème est que pour eux, c’est totalement impossible. Pour la science, la conscience de soi apparaît plus tard.
Voilà ce qui m’a conduit, depuis ma plus petite enfance, à ressentir des peursétranges la nuit, quelque chose que mes fréquentes bronchites et les fortes fièvres qui les accompagnaient ont renforcé.
La question de l’âme et de Dieu fait partie de ma vie malgré le fait qu’en grandissant j’ai trouvé très difficile d’y « croire ». Parce que chez moi, il n’y a aucune croyance. Je trouve ce mot déplacé. Ce que je ressens, c’est une expérience qui ne trouve aucune réponse rationnelle et avec laquelle je vis – très bien au demeurant. Je ne me pose donc pas la question de savoir si les cartes « révèlent » quelque chose, j’écoute juste l’histoire qu’elles me transmettent.
Un des plaisirs que je tire dans la lecture du tarot, donc, c’est celui d’assumer enfin cette ambiguïté en moi, cette rationalité défiée par une expérience.
Je trouve cela amusant, partager ce secret avec vous.


Commentaires

2 réponses à “Tarot”

  1. Étonnant, j’ai justement récupéré dans une ressourcerie un ancien jeu de tarot de Marseille. C’est la version de Jean Dodal du XVIIIème. Les enseignes ne sont pas ♣️ ♦️… mais bâtons, épées, coupes et deniers.
    Dans les phases émotions lors de l’animation de la fresque du climat, on utilise beaucoup les cartes du jeu Dixit https://www.boardle.io/boards/cartes-dixit
    Cela permet aux personnes de parler de ce qu’ils ressent.
    J’ai découvert récemment les cartes intùiti Creative Cards https://sefirot.it/fr qui à la base peuvent développer la créativité mais qui peuvent être utilisé pour débloquer des situations ou des interrogations. Ces cartes ont justement été cocréé par une experte du tarot.

    1. En effet, nos jeux « actuels » sont dérivés du tarot. Il y a même un tarot avec des ♣️♦️♠︎♥︎, le tarot « Lenormand », qui date du 19e siècle et composé d’un jeu de 32 cartes (as, 7,8,9…).
      J’ai lu que Jung s’était intéressé au tarot et qu’un courant de la psychanalyse utilise le tarot. Freux lui-même d’ailleurs s’était intéressé aux arts divinatoires et entretenait un rapport ambigu puisque s’il les regardait avant tout comme un moyen de libérer l’inconscient de la censure du patient, il semble qu’il s’interrogeait sur la transmission de pensée.
      Je vais regarder ces liens. Merci.

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