Gaza, Palestine

Gaza. Photo de Mohammed Hajjar pour AP
(AP Photo/Mohammed Hajjar)

Gaza. Palestine. Cette guerre, cette épuration de toute histoire, de toute culture et de toute trace d’un peuple depuis près de 80 ans.

Gaza. Palestine. Cette guerre, cette épuration de toute présence, de toute histoire, de toute culture et de toute trace d’un peuple depuis près de 80 ans.
Les européens ont exterminé des millions de Juifs après des siècles de persécutions, d’interdictions, et ils ont décidé d’envoyer la note à un peuple qui n’en était pas responsable par la grace de l’idéologie coloniale qui permet à un peuple, parce qu’il est puissant, de faire tout ce qu’il veut à un autre peuple.
En Palestine, de faire exactement ce que nous avons fait aux Amériques.
Dans deux cents ans, un gouvernement « progressiste » israélien présentera ses excuses et créera une journée de la Nakba où les descendants de palestiniens chassés de leurs terres pourront ce jour là gratuitement visiter le musée de la Nakba inauguré en grande pompe en signe de « reconnaissance ».

Gaza. 2024. Nous assistons sous nos yeux au génocide d’un peuple, à une reproduction en mondiovision de ce qui s’est passé entre 1947 et 1948 quand 700.000 palestiniens ont été chassés de leurs villes – rasées pour en effacer toute trace -, de leurs terres – les arbres arrachés pour pouvoir dire qu’il n’y avait là qu’un désert -, de leurs maisons – démolies pour que disparaisse toute preuve d’un peuplement antérieur. La légende d’« un peuple sans terre pour une terre sans peuple » a permis d’habiller cette épuration ethnique au moment même où les populations occidentales, tétanisées par la découvertes des horreurs du Reich et se sentant coupables de siècles d’antisémitisme, ont préféré se taire. Après tout, ce n’étaient que « des arabes ».

Israel, et cela dès sa création, est un fait colonial, et c’est dans sa genèse coloniale que réside cette colonisation sans fin, les crimes quotidiens en Cisjordanie comme l’épuration ethnique et le génocide en cours à Gaza. Il y a presque deux ans, il y avait eu cette vidéo des obsèques de la journaliste Shireen Abu Akleh. Non seulement la police avait attaqué la foule , mais en plus, des colons israéliens en avaient profité pour mettre la main sur un immeuble palestinien à Hébron. Un truc qui se passe régulièrement. Banal.
Il n’y avait rien de nouveau, c’est la même chose depuis 1947-48.

Cette rapine légitimée par l’état colonial israélien avilie le peuple israélien lui-même et seule la véritable libération des Palestiniens rendra sa dignité à une population associée à un crime qui se perpétue depuis 80 ans.

On m’opposera « l’attaque du 7 octobre », cette attaque ressemblant avant tout à une mission commandos destinée à prendre des otages pour les monnayer et ayant mal tourné, trop de haine et de ressentiment accumulés.
La machine à propagande israélienne et ses relais internationaux se sont rapidement mis en branle en parlant de « pogrom ». Et c’est vrai qu’avec 1200 morts en une seule attaque, certains dans des conditions atroces, il y a de quoi utiliser un vocabulaire évoquant les massacres dont les Juifs ont été victimes au cours des siècles.

Cela reste un abus de langage car il était statistiquement impossible que les victimes de l’attaque ne fussent pas juives pour la simple et bonne raison qu’elle avait eu lieu en Israel, et que la quasi-totalité de la population de cet « état juif » (sic) est juive. Et ainsi accuser le Hamas d’avoir tué des juifs parce que juifs est une manipulation grossière. Ils ont été tués – et c’est suffisamment abominable comme ça – parce qu’israéliens, et parce qu’ils se trouvaient là.
Un pogrom, c’est quand on attaque des juifs parce que juifs dans un environnement qui ne l’est pas. Ils se retrouvent, de fait, isolés du groupe et désignés comme juifs puisque le pogrom ne visera que les juifs. Je vous renvoie à cet article avec lequel je ne suis pas d’accord quand il dit que l’attaque visait « à tuer le plus possible de Juifs » – je parlerai d’Israéliens-, mais je partage cette idée que parler de pogrom est un abus de langage. Une manipulation destinée au contrôle du narratif par le pouvoir israélien que sont venus amplifier les divers mensonges sur les bébés et les femmes enceintes éventrées.
Est-ce une attaque terroristes? Pas plus. C’est une opération de guerre, une opération commandos ayant abouti à un crime de masse. C’est assez effrayant comme ça.
Le problème ici, c’est que les Palestiniens, vivant sous occupation coloniale, n’ont pas de gouvernement. L’occupant regarde ainsi tout acte de résistance comme un acte contre sa souveraineté et par là même comme un acte terroriste. Quoi qu’ils fassent, les palestiniens sont traités comme des criminels et des terroristes.
Certains membres du gouvernement israélien ont ainsi accusé toute la population de Gaza d’être tous des terroristes en plus d’être des animaux, des barbares, des sauvages, des bêtes.
Je ne qualifierai donc pas le Hamas d’organisation terroriste. C’est une organisation politique, la plus importante à Gaza, et surtout la dernière qui reste après qu’Israel se soit évertué à détruire toutes les autres, les républicaines, les socialistes, les pan-arabes progressistes, les communistes, parce toutes pratiquaient la lutte et la résistance révolutionnaire qu’Israel qualifiait de « terroriste ».
Prenons l’exemple de George Ibrahim Abdallah. Un militant communiste palestinien libanais qui croupit dans les prisons françaises depuis 1987, accusé de « complicité d’attentat », c’est à dire accusé d’un attentat qu’il n’a pas même commis, et ce malgré des avis de justice demandant sa libération.
Alors, de cette épuration politique n’a survécu que le Hamas, une organisation bigote et réactionnaire pour laquelle la résistance palestinienne n’est qu’un aspect puisqu’elle est avant tout une organisation religieuse soutenue par le Qatar et protégée par le système politique israélien qui s’en est servi dans sa lutte contre l’OLP et Yasser Arafat.
Je n’aime donc pas le Hamas, mais c’est Israel qui a créé ce face-à-face, C’est Israel qui a imposé un blocus de Gaza et fait de cette organisation ce qu’elle est, bref, j’aurais envie de dire que c’est pas quand on a chié tout plein dans sa culotte qu’il faut se plaindre de l’odeur et serrer les fesses en accusant le voisin.

Sans en être un militant, j’ai toujours eu la question palestinienne en tête. C’est assez normal, la colonisation de la Palestine renvoie comme un échos à la colonisation de l’Algérie. J’ai également toujours pensé que le problème était complexe du fait de l’histoire même du judaïsme et des persécutions dont il a longtemps été victime en Occident.
J’ai donc longtemps pensé que la solution était fédérale, deux états, la liberté de mouvement, une monnaie commune, chacun son gouvernement et ses lois et une union fédérale israélo-palestinienne qui aurait même pu un jour réunir le Levant, de la Méditerranée à l’Iraq, dans une vaste confédération. Le rêve pan-arabe, en quelque sorte. Mais c’était compter sur le sionisme et son obsession d’une pureté territoriale ainsi que les divers intérêts impérialistes dans la région qui ont transformé Israel, avec son propre assentiment, en tête de pont de l’Occident.
Les accords d’Oslo, j’étais donc plutôt pour. Pas parce que c’était bien, mais parce qu’ils avaient permis la reconnaissance par Israel de l’existence d’un peuple palestinien, et donc, à terme, la nécessité de reconnaitre sa revendication.
C’est pour cela qu’Arafat avait accepté.
Les conditions étaient abjectes (rien pour interdire la colonisation, rien pour les réfugiés expulsés en 1947…), mais la reconnaissance du fait palestinien était l’acte fondateur qui fissurait ce mythe israélien bâti sur un mensonge, « un peuple sans terre pour une terre sans peuple ».
C’est la raison pour laquelle la droite israélienne s’est lâchée contre Rabbin et qu’il a été assassiné par un terroriste suprémaciste juif chauffé à blanc par les discours du leader de la droite d’alors, Benyamin Netanyahu.

Depuis la naissance même du sionisme à la fin du 19e siècle, personne n’a jamais consulté les populations locales et surtout, on les a toujours appelées « arabes », et voilà que finalement, en 1993, Israel reconnaissait le terme « palestinien ».

Le lent travail des gouvernements successifs depuis l’assassinat de Rabbin a donc été de se débarrasser du terme « palestinien » et de revenir à « arabe ». Dire « palestinien », c’est attacher un peuple à la terre où Israel a été créé. Dire « arabe », cela renvoie à cette autre légende, « un tout petit pays sans défense » au milieu du monde arabe vaste et menaçant. C’est une manipulation sémantique reposant sur la négation même de l’existence d’un peuple, de son histoire et de sa culture.

Et c’est là que commence le génocide.
Un génocide n’est pas seulement déplacer et tuer une population. C’est en effacer toute trace, c’est l’effacer des mémoires après l’avoir déshumanisée. On a fait cela aux populations natives des Amériques, on l’a fait dans les nombreux royaumes africains où on a détruit châteaux et résidences, villes et bibliothèques avant de commencer la déportation des populations réduites, sur les ruines de toute culture et de toute civilisation, à des « sauvages », des êtres « primitifs » qui ne seraient « pas encore entrés dans l’histoire ».

Depuis plus de 3 mois, nous assistons à un crime où Israel vise les journalistes afin de nous priver des images de ses abominations puis active ses réseaux afin de limiter la casse et partout celles et ceux qui prennent position contre ses crimes sont les proies de campagnes de dénigrement où l’accusation d’antisémitisme perd chaque jour sa valeur pour n’être plus qu’une sorte de mot dénué de toute signification tant son utilisation obsessionnelle et coupée de toute réalité le vide de ce poids de honte qui en faisait la spécificité.
Il faut dire que la honte, aujourd’hui, ce sont ces 24000 morts dont plus de 6000 enfants et plus de 80 journalistes, c’est un territoire que son blocus avait transformé en gigantesque prison réduit aujourd’hui à un champs de ruine où plus rien jamais ne poussera, ce sont ces ministres israéliens voulant y faire sauter une bombe atomique ou se prenant à rêver d’une annexion pure et simple, ce sont les centaines de palestiniens de Cisjordanie tués, expropriés, battus, c’est le silence complices de nos gouvernements et les mesures de censures visant les militants de la Palestine. Comment ne pas reconnaitre Anne Franck dans les décombres de Gaza?
Le prix à payer pour ce massacre sera cher, très cher. L’Allemagne qui il y a 80 ans exterminait ses Juifs interdit aujourd’hui toute expression pro-palestinienne, prouvant que finalement on n’y a rien compris de ses crimes. Elle se couvre d’une nouvelle couche de honte, de cette honte grasse qu’elle dissimule sous la couche de honte mal lavée qui n’est autre qu’un sentiment de culpabilité qu’on met sous le tapis, elle me fait honte à elle-même. Elle me fait honte à nous-même car derrière cette obsession de couvrir les crimes israéliens, il y a comme le miroir de nos propres élites qui se livrent finalement au même exercice.
C’est dur, essayer d’oublier les crimes et les lâchetés de papy… Les palestiniens, « l’islamisme », c’est pratique.

Le prix à payer sera cher, très cher. Ce sera peut-être dans les ruines de Gaza qu’on finira par voir notre civilisation, ou pour être plus exact ce qui se prétend l’être, comme un vaste mensonge, qu’un fatras de mots vides de sens qui ne servent qu’à dominer celles et ceux qui y croient ainsi que les peuples du monde.
Rien ni personne ne me fera changer d’avis. Je suis avec ces hommes et ces femmes qui, sous les bombes d’un état qui reste avant tout un fait colonial, sont les symboles de l’humanité et de la dignité que nos puissances écrasent en se parant de mots qui ne veulent rien dire.

Alors, Gaza, Palestine.


Commentaires

Une réponse à “Gaza, Palestine”

  1. […] mais de tout recommencer à zéro, que ce soit sur ce blog ou ailleurs. Tout juste ai-je posté ce billet sur la Palestine écrit principalement à la fin de l’année dernière. Recommencer à zéro, dans mon cas, cela […]

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