Catégorie : Politique

Le Socialisme, pour la République Démocratique, Sociale, Pluriculturelle et Cosmopolite, ouverte sur le monde et ouverte aux vents du monde.

  • Va pas au truc de dimanche… #charlie #JeSuisCharlie #JeNeSuisPasCharlie

    Va pas au truc de dimanche… #charlie #JeSuisCharlie #JeNeSuisPasCharlie

    Débranche la télé, la radio, le net.
    Dehors, il y a des oiseaux, le ciel, la nature est là, elle s’offre gratuite à tes yeux, aux yeux des enfants, et nous avons l’incroyable chance, malgré toute la propagande à ce sujet, de ne pas etre en guerre et de pouvoir en jouir malgre tout. Paris n’est ni Gaza, ni le Congo avec ses 6 millions de morts tus par les médias, ni l’Iraq et sa guerre civile faisant suite à l’intervention militaire de 2003. Dehors, il y a la vie, il y a les fleurs. Et le monde a plus que jamais besoin que nous ayons nos capacités de penser pour pouvoir agir et le changer.

    (suite…)

  • Minorités| L’agence |Crise financière: haro sur l’eau tiède

    Minorités| L’agence |Crise financière: haro sur l’eau tiède

    Paru dans la revue Minorités.org / L’agence/ le 30 septembre 2011
    La lecture de l’article publié par Minorités il y a 10 jours m’a véritablement hérissé les cheveux. Non pas parce que ses auteurs sont de vilains réactionnaires, mais parce que, justement, s’y résume toute l’impasse idéologique dans laquelle le progressisme se retrouve piégé depuis plus de 30 ans. Car sans peut-être même s’en rendre compte, nos auteurs y détaillent les postulats et les solutions en oeuvre depuis les années 80, celles-là même qui nous ont conduit où nous sommes. Politiquement, avant de répondre à une question fondamentale, il faut toujours commencer par interroger sa pertinence. La dette est une de ces fausses questions (d’où le titre de ma nouvelle Debt fiction). Riposte.

    Comme l’écrivait très justement Karl Marx, et comme le pensent également un grand nombre d’économistes de l’école classique, les théories économiques sont de vastes supercheries destinées à théoriser l’inexplicable (classique) ou à justifier la domination d’une classe sociale (Marx). Il en ressort que la théorie économique dominante à un moment donné correspond à un ensemble de rapports de forces dans la société, à son organisation sociale et économique et à la perception communément admise que celle-ci a d’elle même.

    Pour prendre un exemple récent, s’il est aujourd’hui à la mode de commenter l’instabilité des marchés, leur volatilité voire éventuellement la relative inefficacité de ceux-ci à réaliser une bonne allocation des ressources, il n’y a pas plus de cinq ans, les mêmes économistes tissaient des louanges à la théorie dominantes des années 90 et 2000, la théorie de l’« efficacité des marchés à se stabiliser eux-mêmes » (Market efficiency Theory), dérivée des travaux de l’École de Chicago et de son maitre, Milton Friedman, régulièrement défendue et expliquée par le mentor de cette période, Alan Greenspan, gouverneur de la Federal Reserve des années 80 aux années 2000 (lire Zombie economics, Press of Princeton University, 2010).

    Pour faire plus simple, le discours dominant en économie ne traduit pas forcement la réalité de l’économie. Il en va de la dette aujourd’hui comme de l’inflation dans les années 80. Loin de moi l’idée de défendre la dette, les déficits ou l’inflation, mais constatons qu’il est quand même un peu curieux que les promoteurs de la dette dans les années 90 et 2000 en soient aujourd’hui les plus ardents pourfendeurs, que ce soient les gouvernements, les banques, ou les agences de notation Fitsch/ Moody’s ou S&P.

    Pourtant, un mal gangrène les pays dits développés depuis une trentaine d’années, un mal qui avait disparu dans l’après-guerre et qui fit sa réapparition à la fin des années 1970: la précarisation des salariés à travers le chômage, l’instabilité professionnelle, la baisse des salaires, le recul des services rendus par les états et la montée exponentielle concomitante du coût de la vie (santé, éducation, logement).

    Une fragilité sociale ayant elle-même entraîné un endettement des particuliers dans des proportions inconnues jusqu’alors. Quand dix à quinze ans suffisaient à payer son crédit immobilier vers 1980, il n’est pas rare désormais de dépasser les 30 ans, des durées de 40 ans ayant même été atteintes dans les pays anglo-saxons avant 2008. Un sentiment de déclassement qui domine dans les classes moyennes a succédé à cette sorte d’assurance nonchalante en l’avenir dans la période précédente. Les parents voient leurs enfants accéder difficilement au marché du travail, et la génération montante a déjà intégré qu’elle n’atteindra jamais le niveau de vie de ses parents, se protégeant dans le chacun pour soi et des satisfactions hédonistes achetées bien souvent à crédit, et de plus en plus souvent, génératrices chez les plus jeunes d’un sentiment d’envie se manifestant dans la violence.

    Cette société qui s’est mise en place insensiblement dans les années 80, poussée par les gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher et Ronald Reagan d’abord, avant d’être reprise avec quelques aménagements sociaux par les social-démocraties un peu partout dans le monde, a bénéficié dès le départ d’un changement de paradigme idéologique majeur permettant de faire de l’idéologie qui domina après-guerre une aberration majeure.

    Ruinées par la faillite du capitalisme dérégulé de libre-marché par le krach de 1929, entrainées dans une des plus effroyables boucheries guerrière après avoir cédé à une des plus fantastiques faillites morales et sociétales par la dépression qui suivit l’écroulement de la finance, les sociétés de l’après-guerre adoptèrent une approche idéologique nouvelle, celle-là même expérimentée aux USA depuis 1933 et théorisée en 1936 par John Maynard Keynes.

    Le plein-emploi devint le critère numéro un d’une bonne gestion. Et que l’on s’entende bien sur l’idée de plein-emploi. Il s’agissait bien de n’avoir aucun chômeur. La France eut ainsi un solde de chômeurs inférieur à cent mille personnes jusque vers 1967, et même au plus fort du choc pétrolier, le taux de chômage ne dépassa que très brièvement les 4% pour revenir ensuite autour de 3,5%, ce qui était considéré à cette époque encore beaucoup trop. À cela faut-il préciser que ces 3,5% étaient le total des gens à la recherche d’un emploi, qu’ils aient ou non travaillé dans le mois, qu’ils aient ou non plus de 55 ans, qu’ils aient suivi une formation ou non, toutes catégories de nos jours sorties du décompte officiel et totalisant aujourd’hui approximativement 21% quand le décompte officiel s’établit à 10%.

    À comptage statistique égal, 21% de chômeurs en 2011, 3,5% en 1978. Ce sont des chiffres qui parlent d’eux-mêmes mais étrangement absents du débat. On leur préfère « la dette ».

    Et c’est là que l’on revient au fait que l’économie est avant tout une construction idéologique.

    Keith Joseph

    Ceux qui me connaissent savent que je reviens toujours à Keith Joseph, le mentor de Margaret Thatcher, car il est le génie qui a su poser les jalons de ce retournement idéologique. Certes, Milton Friedman avait créé les conditions universitaires de ce retournement de la théorie économique, mais le génie propre de Keith Joseph est d’en avoir fait un outil politique. Car une théorie économique, aussi pertinente soit-elle, n’est rien si on ne la traduit pas en une idéologie de masse.

    Pour Margaret Thatcher, l’ennemi désigné fut donc l’inflation. Et c’est vrai que le quadruplement des prix du pétrole amena les prix à augmenter de 25% en 1975 en Grande Bretagne. En France, l’inflation approcha des 20%. Pour compliquer la situation, dans les deux pays, les entreprises avaient peu investi dans la décennie précédente, préférant empocher des dividendes qu’acheter des machines et former les hommes.

    La principale explication au chômage qui commença donc à se développer est donc avant tout dans la conjugaison d’entreprises vieillies et de matières premières devenues plus chères. L’Allemagne avait, elle, beaucoup investi, le Japon aussi, et les produits de ces deux pays déferlèrent sur les marchés français et anglais. Les entreprises se mirent à faire faillite. Voilà pourquoi, malgré le retour de la croissance et le reflux de l’inflation dès 1976, les deux pays gardèrent un nombre important de chômeurs. 3,5% en France, et 4% en Grande-Bretagne.

    L’offensive idéologique fut donc une offensive sur l’inflation, portée en France par l’économiste conservateur Raymond Barre, devenu Premier ministre, et par la nouvelle leader conservatrice Margaret Thatcher au Royaume-Uni. L’inflation ruine la rente, et la rente est le fond de commerce de l’électorat le plus conservateur. En revanche, elle ne ruine pas vraiment les salariés, puisque les augmentations de salaires viennent la compenser.

    Mais le discours sur le danger de l’inflation finit par s’incruster dans l’inconscient collectif, avec un très grand succès. De nos jours, il est presque admis que 3% est « élevé ». Personne n’explique par rapport à quoi, mais c’est admis.

    En fait, seuls les rentiers et les banques ont un intérêt à voir l’inflation proche de zéro: la stabilité des prix garantie la rentabilité de leur investissement sur le long terme.

    La guerre à l’inflation

    Les mêmes gouvernements qui firent la guerre contre l’inflation, reléguant le plein emploi aux oubliettes en en redessinant les contours à coup de modification des statistiques et de radiations sauvages, voir de son niveau lui-même avancèrent de nouveaux outils pour parvenir à restaurer l’économie (note: le Royaume-Uni de Tony Blair se targua de l’avoir atteint, avec des taux tout de même proches de 3,5%, bien loin du 1% des années 50/60, et excluant des pans entiers de la population, personnes de plus de 50 ans, en formation, handicapés, notamment dans le Nord du Pays dont les jeunes continuent de nos jours à fournir des contingents de SDF et de prostitués « sauvages », population fragilisée dans la capitale où ils sont regardés comme des parasites et des fainéants, quand ils ne sont pas en situation d’échec éducatif total faisant de Liverpool la ville d’Europe avec le plus fort taux de natalité, notamment adolescente).

    Ce serait d’abord faciliter l’accès au marché financier, et donc une série de mesures de dérégulation dont l’une, la plus spectaculaire, restera le « big bang » en 1986 (dématérialisation des titres devenant de simple écritures comptables et non plus des certificats en papier, cotation 24 heures sur 24 accessibles du monde entier), et l’autre, destinée à une belle prospérité, la privatisation d’entreprises publiques puis de services jusqu’alors rendus par l’Etat.

    On facilita également l’achât des appartements en HLM par leurs locataires, on mît les universités en concurrence en les autorisant à fixer librement le pris d’entrée (au Japon, les prix vont de 5000 euros par an, à 30.000 euros pour les études de médecine). La facilité à accéder aux marchés financier et le développement des crédits dérivés (comme je le raconte dans mes deux fictions Mortgage Story et Debt Fiction) permit de développer le crédit aux particuliers. On autorisa de nouveaux opérateurs dans des domaines jusqu’alors maîtrisés par l’Etat. Communication, poste, transports terrestres et transports aériens.

    Cette généralisation de l’économie marchande était sensée permettre la baisse des prix grâce à la concurrence. De nouvelles compagnies aériennes virent le jour, de nouveaux opérateurs de téléphonie émergèrent.

    Enfin, l’expression « jobs, jobs, jobs » remplaça le « full employment » de la période précédente. En France, on parla donc de plus en plus de « baisser le chômage » et « créer des emplois », notamment dans les services, et non plus de supprimer le chômage, comme on l’avait fait en 1933 dans l’Amérique de Roosevelt. Cette possibilité fut d’ailleurs regardée dès les années 80 comme impossible, archaïque, contraire aux règles de bases de l’économie de marché.

    Progressivement, tout le monde admit ce nouveau postulat, ignoré pourtant de 1945 à 1975 dans l’ensemble des pays développés, prouvant à quel point l’économie est avant tout une création idéologique.

    Changer de boulot toute sa vie

    Désormais, pour créer de l’emploi, on décréta donc qu’il fallait mettre de la souplesse, et qu’après tout il fallait s’habituer à changer de travail au long de sa vie, et que finalement, un boulot, c’est un boulot. À une période d’emploi sûr, encadré par des conditions collectives négociées, cette forme d’organisation sociale qui domina de 1945 à 1980, on entra dans la période des contrats à durée déterminée, alternant avec le chômage, des stages. L’insécurité des parcours professionnels s’accroît depuis cette époque.

    Enfin, le dernier volet, ce furent les baisses d’impôts, sensées récompenser les créateurs, le travail. En France, la célèbre phrase martelée par les conservateurs finit par passer jusque dans la gauche où un Laurent Fabius, devenu ministre de l’économie se prenant pour le Tony Blair français la reprit à son compte dans une tribune libre du Monde: trop d’impôts tue l’impôt (Laurent Fabius se contenta de dire que l’impôt décourage).

    Donc, à une société de plein emploi, dotée d’un état offrant des services (santé, éducation, culture…) et reposant sur des régulations destinées à apporter un cadre sûr et à modérer les écarts de richesse, nous passâmes à une société où il fallait toujours payer plus de services désormais aux mains d’entreprises privées cherchant un retour de 15%, et prendre des crédits de plus en plus chers proposés par des banques développant de façon exponentielle les outils nécessaires à l’offre de ces crédits.

    Le serpent de mer qui revient comme un refrain à partir de cette époque s’appelle le déficit budgétaire, un inconnu de la période précédente.

    Ainsi, la dette totale de la France, jusqu’aux années 80, ne dépassa qu’exceptionnellement les 20%. Pour la financer, les gouvernements entretenaient la croissance, investissaient dans la recherche, des programmes de développement (on leur doit, en France, pour le meilleur comme pour le pire, l’électrification en 20 ans, le programme électronucléaire, le plan téléphone, Airbus, Arianne, etc). Mais également des allocations de chômage destinées à ne pas transformer un choc économique conjoncturel en récession prolongée, une Sécurité sociale généreuse destinée à ne pas transformer la maladie en une fatalité et plonger les gens dans la pauvreté.

    Les pays du nord de l’Europe, gouvernés par des gouvernements sociaux démocrates, étaient parvenus à élever le niveau de vie à un tel niveau que les éventails de salaires n’y excédaient pas 6 fois, le chômage n’y dépassaient jamais les 2%, et l’investissement actif dans les nouvelles technologies permettait de ne jamais dépasser 5% d’inflation, maintenir la dette à moins de 20% et parvenir, la plupart du temps, à l’excédent budgétaire. Tout cela au prix, certes, d’impôts très lourds, compensés par une gratuité de la télévision, du téléphone et une prise en charge des frais engendrés par un changement de profession ainsi que l’éducation, la santé, la culture.

    Dans la période qui s’ouvre à partir des années 80, la spirale de la dette se met en place sous les effets des politiques elles-mêmes. Ainsi, s’il est vrai que certaines années les entreprises publiques faisaient des déficits, c’est oublier toutes les années où, rentables, elles reversaient une part de leurs bénéfices à l’Etat. En 1991, ainsi, alors que la croissance ralentissait suite à la guerre du Golfe, le gouvernement de Pierre Bérégovoy put trouver 30 milliards supplémentaires de ressources dans un prélèvement exceptionnel des bénéfices d’EDF-GDF, de Renault, de ELF, de BNP, de France Telecom et du réseau autoroutier. Une ressource qui a désormais disparu pour l’état et va directement dans les poches des actionnaires de ces sociétés.

    Par ailleurs, les baisses d’impôts sont majoritairement allées s’investir dans l’immobilier et dans le marché des actions, faisant monter les prix de l’un jusqu’aux niveaux irrationnels actuels (deux bulles ont d’ores et déjà explosé, l’une entre 1990 et 1996, l’autre depuis 2007 et les prix ne sont toujours pas stabilisés), et dans le marché boursier (un krach en 1987, un second en 2000, un troisième depuis 2007), ces deux bulles permettant la création d’une troisième bulle, l’envolée des crédits dérivés, adossés à des actifs dont les prix sont supposés s’envoler indéfiniment.

    Parallèlement, les ressources de l’état se sont taries. Alors qu’autrefois l’état s’endettait peu et contrôlait l’émission monétaire via une banque centrale sous son autorité, il s’endette désormais sur les marchés, et ce sont les banques qui vont se financer auprès de banques centrales désormais indépendantes. Cela fait une grande différence, car quand autrefois les Etats se finançaient au taux des banques centrales, les Etats confient leur dette aux marchés financiers, et celle-ci coûte donc plus cher aux Etats au même moment où ceux-ci baissent les impôts.

    On voit donc les Etats accumuler de la dette, celle-ci franchissant 30%, puis 40, puis 50 jusqu’à atteindre les 85% actuels constatés un peu partout.

    Mieux, cette économie dérégulée dont les baisses d’impôts alimentent des bulles, prospère désormais par à-coups en créant à chaque fois un fort volant d’emplois précaires dans les services, une envolée de la construction d’immeubles destinés à satisfaire la demande de classes moyennes supérieures désormais transformées en classes rentières, s’endettant pour réaliser des plus-values lors de revente ou recevoir des loyers, le tout réinvesti en bourse, cette société, donc, connaît des récessions de plus en plus profondes, violentes qui, à chaque fois, transforment le budgets des états en gouffres financiers encore plus grand que la fois précédente.

    Les impôts pour la finance

    Des Etats qui donc financent leur déficit sur le marché financier. Ainsi, en France, le remboursement des seuls intérêts de la dette est nettement supérieur à l’impôt sur le revenu. En d’autres mots, vous versez vos impôts non pas aux « assistés », comme le prétendent certains politiciens, mais à la finance.

    Il est clair que le seul moyen, pour les Etats, de limiter la catastrophe d’une augmentation exponentielle de la dette, est de privatiser encore plus. En France, le gouvernement Raffarin a ainsi vendu les derniers bijoux de famille, des immeubles, et le réseau autoroutier qui, pourtant, à lui seul, rapportait à l’Etat, une rente de près de 5 milliards d’euros par an. Nul doute que la SNCF et La Poste y passeront pour renflouer les caîsses de l’état. Et pour remplir celles des plus riches.

    C’est que la dernière explosion de la dette est sans aucune mesure avec celles jusqu’ici rencontrées, car durant les années 90 et 2000, les impôts ont plusieurs fois été abaissés, alors que la croissance, bien moins forte qu’auparavant du fait d’un désengagement de l’état et beaucoup plus orientée sur des investissements précaires, n’a pas été suffisante pour réduire significativement la dette, ainsi que des intérêts à environ 4,5% en moyenne sur la même période.

    Cerise sur le gâteau, la finance, qui a pris le relai d’un état devenu simple spectateur économique et force de répression destinée à maintenir une paix sociale de plus en plus menacée par la violence économique et l’égoïsme moral de l’idéologie dominante, a tellement agi pour multiplier ses profits qu’elle a entraîné le monde au bord du gouffre dans une crise économique d’une rare violence, obligeant les états à la renflouer et les banques centrales à racheter pour des trilliards de dollars d’actifs à la valeur douteuse, gonflant de façon impressionnante leur dettes de dizaines de centaines de milliards d’euros alors que ces mêmes états, comme la France il y a encore quelques années, rechignaient à augmenter le RMI ou l’ALS à un niveau un peu plus décent sous prétexte que les quelques milliards que cela coûterait gonfleraient le déficit.

    Croyez vous que ces trilliards injectés dans la finance s’investissent dans nos économies ? Non, elles ont alimenté une nouvelle bulle boursière qui vient d’exploser, nous replongeant dans une récession, ce qui fera encore plus de déficit, et donc de dette, une dette que nos gouvernements financeront sur le marché financier, qui en tirera, comme toujours car c’est son métier, de substantiels profits. Et conduiront les états à encore plus de dérégulation et d’austérité.

    Voilà pourquoi, donc, cet article, bien que pétri de bonne volonté évidente, hein, si tous les gars du monde, ne correspond en rien au problème posé: celui d’une dépendance accrue, presque définitive, des Etats à la volonté et au pouvoir de la finance. Non pas parce que la finance serait méchante, mais simplement parce que ses règles ne sont pas celles des Etats. Confiez donc votre assiette à votre médecin, vous pouvez dire adieu aux sauces, aux gâteaux, aux frites: il n’a pas les yeux rivés sur votre plaisir, son travail est de veiller à garantir le taux le plus bas de cholestérol.

    La finance fonctionne de la même façon. Le rôle de la finance de marché est de veiller à éviter les risques, ou jouer avec pour dégager des profits. Elle s’est engouffrée dans les législations mises en place depuis 30 ans. Elle a apporté ses réponses à la démission des Etats. Elle est l’outil qui agit dans un monde régi par l’idéologie de l’efficacité des marchés.

    Les solutions énumérés dans cet article sont celles-là même que le gouvernement Grec applique, et qui a accru la dette en plongeant le pays dans une récession encore plus forte, obligeant le gouvernement à vendre encore plus d’entreprises publiques, augmenter encore plus les impôts et plongeant le pays à chaque fois encore plus bas.

    Puisque l’article se voulait une invitations à adopter une politique courageuse, je vais suggérer ici quelques pistes d’une réelle politique anti-crise.

    L’outil de la fiscalité

    La fiscalité joue un grand rôle dans cette histoire.

    Il faut réinstaurer des tranches supérieures de 50%, de 60%, de 70% et même de 85% sur des revenus absurdement hauts. Et qu’on arrête de pleurnicher sur les gens qui « donnent 60% à l’état ». Une personne dans la tranche à 30% paie en fait environ 8,5% d’impôts, puisque l’impôt est progressif.

    Il faut étatiser la Sécurité sociale, et la financer par un second impôt, lui-même progressif et payé par tous les revenus, capital compris, remplaçant les charges sociales. Il faut taxer le profit, pas le travail. Cela permettra, au passage, la mise en place d’un plan de développement de l’artisanat et des métiers manuels, car le système de charges sociales a tué l’artisanat. En taxant les revenus et les profits, de façon proportionnelle, les artisans pourront se developer. Et le travail artisanal, indépendamment de sa qualité, de sa créativité, et un travail non délocalisable. En outre, il procure l’estime de soi, il est l’âme de la démocratie.

    La suppression des charges sociales et leur remplacement par l’impôt permettront d’ouvrir une négociation générale sur une création massive d’emplois et une forte baisse du temps de travail. En effet, un smicard, qui reçoit à peine 1000 euros net, coûte en réalité près de 2000 euros tout compris. Il y a là une marge de manoeuvre incroyable de négociation pour baisser le temps de travail, créer des emplois dans les entreprises de main d’œuvre et dans l’artisanat.

    Certains pointeront la perte de ressources de la Sécurité sociale. C’est oublier que ce seront les revenus qui paieront, comme un impôt. Et que ce qui n’est pas pris ici, est repris là. Soit sous forme d’impôts sur les sociétés, soit sous forme d’impôts sur le revenu. Soit sous forme d’économies réalisées dans les 100 milliards exonérations de charges qui, de fait, disparaissent, ou tout simplement d’économies d’allocations de chômage puisqu’en fait, le but d’une réelle politique de sortie de crise est de lutter contre le chômage avec la même force et la même détermination qu’on a lutté contre l’inflation.

    Un gouvernement décidé à rompre avec la spirale de la dette doit donc se fixer comme objectif de supprimer le chômage, et non le faire baisser: ce sont 5 millions d’emplois que nous devons générer, le plus vite possible. Disons, en un an. Roosevelt en créa 5 en six mois, et près de 20 en deux ans. Ce n’est donc pas si impossible que cela. Et contrairement à ce qu’affirme l’article, cela passe par une forte baisse du temps de travail. La réforme de l’ensemble des impôts, l’augmentation des tranches supérieures, une taxation du capital comme du travail génèrent les ressources d’une telle négociation.

    L’Etat doit retrouver les ressources de son action et de son pouvoir. La gestion de la dette doit redevenir une de ses prérogatives. Mais pour qu’une réelle confiance s’instaure, il faut que la Cour des Comptes devienne une autorité indépendante, élue au suffrage universel ou tirée au sort comme un jury, dotée de pouvoir de coercition: son but doit être de veiller à ce qu’un déficit serve uniquement à investir, préparer l’avenir, donner des marges de manoeuvre nouvelles, et non favoriser des clientèles, ou pire, la finance de marché.

    La dette doit donc être émise directement par l’Etat auprès des particuliers, ce qui passe, avant tout, comme ce fut le cas après la guerre, par la réalisation de l’équilibre budgétaire grâce à une politique fiscale et économique (j’insiste encore une fois sur cette histoire d’artisanat car il y a une clef du développement économique bien supérieure aux sirènes d’une réindustrialisation qui ne doit rien à Francois Bayrou, mais plutôt au Parti Communiste, à Jean-Pierre Chevènement, à Charles de Gaulle et aux nationalisations de 1981, politiques auxquelles le mentor du Béarnais Jean Lecanuet ainsi que Bayrou lui-même se sont toujours opposées).

    Je pourrais développer plus en long, ce n’est pas le but.

    Je voulais juste rappeler que des politiques assez proches de celles préconisées dans l’article ont déjà été mises en oeuvre, sans aucun succès, comme l’atteste les résultats calamiteux du gouvernement grec. Je voulais également rappeler les responsabilités dans ce qui est nommé crise de la dette, mais qui est d’abord la faillite apparente d’une idéologie, je dis apparente parce qu’en fait cette politique enrichit ses promoteurs comme aucune autre politique ne l’avait fait depuis près de 100 ans.

    Et qu’il est donc, injuste, immoral autant qu’inefficace de faire porter de quelconques sacrifices sur une population dont il faut rappeler que, pour la seule France, un quart vit en dessous du seuil de pauvreté, même quand on y travaille, qu’un autre quart boucle ses fins de mois difficilement et a vu ses conditions de vie baisser continuellement depuis vingt ans, qu’un tiers ne va plus chez le médecin, que tout ce monde là doit payer de plus en plus cher les services privatisés, poste, énergie, que la nourriture et même l’eau, financiarisées depuis l’Uruguay Round et les accords du GATT, sont réduites à de simples commodités négociées au marché des Futures de Chicago, plongeant les producteurs dans la pauvreté sans empêcher l’envolée des prix pour les consommateurs. Que tout ce monde-là, pour vivre, ou survivre et « s’adapter », doit s’endetter pour étudier, se loger et parfois même pour se soigner (une grippe pour deux enfants coûte environ 30 euros à une famille, la Sécurité sociale laissant à la charge 30% du prix de la consultation au patient, et 35% du prix du médicament, et 30 euros, cela représente beaucoup, et parfois un découvert sur le compte, tarifé à 12%/annuel par la banque).

    Et que tout cela a enrichi le quart restant, parfois de façon aberrante, puisque désormais 10% des Français possèdent 60% de la richesse nationale, bien souvent sans travailler, mais sous forme de rente, produite par ces dérivés et la distribution de dividendes boursiers.

    S’il convient de restaurer l’équilibre budgétaire et réduire la dette, ce n’est donc pas en pressurant encore plus les gens, en faisant travailler ceux qui travaillent encore plus ni en augmentant leurs impôts, c’est en rendant à l’état les moyens de réorienter l’économie, en distribuant des allocations sans conditions, en créant d’urgence les emplois qu’il convient aux chômeurs et en faisant fleurir, en plus d’une industrie de pointe grâce à une fiscalité encourageant la recherche et l’investissement, sur l’ensemble du territoire une économie de proximité, artisanale ou coopérative, et paysanne aussi, non délocalisable, non financiarisable, écologiquement propre et créatrice de ce lien social brisé dont l’absence, créatrice d’insécurité, coûte chaque année de plus en plus cher en transformant nos démocraties jusqu’ici bien imparfaites en états policiers.

    Madjid Ben Chikh
  • Minorités| L’agence |La diplomatie française a peur du MOX

    Minorités| L’agence |La diplomatie française a peur du MOX

    Paru dans la revue Minorités.org / L’agence/ le 22 mars 2011.

    La suite des aventures de Madjid depuis Tokyo. 

    J’ai lu un très bon billet sur ce blog, « La fin du monde n’aura pas lieu ». Excellent car il a réveille l’historien en moi, ou le « fouille merde » que l’on est quand on travaillé en Back Office sur produits derivés, et que l’on travaille bien. « Investigation », qu’on appelle ça. Le billet est très intéressant car son auteur, Alex, y relate la réunion d’information organisée à l’ambassade de France en milieu de semaine dernière, avec l’ambassadeur, un representant d’Areva et un membre de l’IRSN.

    On y apprend pas mal de choses. Le principe de précaution qui aurait dicte le mail dont je rapportais la teneur et qui a fait fuir des milliers de Francais sur les 9.000 qui résidaient au Japon. Que certains services sont relocalisés à Osaka « par mesure de précaution ». Et que l’ambassadeur fait confiance aux autorités japonaises.

    La tonalité de la réunion était à l’appaisement, à la relativisation de la menace. En gros, ce n’est pas un nouveau Tchernobyl, et la responsabilité incombe aux journalistes qui ont dramatisé la situation à outrance, obligeant le gouvernement francais et l’ambassade à ajuster une strategie pour ne pas être accusés de ne rien faire. Inciter les gens à partir. Distribuer des pilules d’iode. Mais en fait, meme en cas de déterioration de la situation, nous ne courerions aucun risque a Tokyo.

    Ce billet, principalement inspiré par le contenu de la réunion, a au moins l’aventage de concourir à calmer les esprits. Jun et moi sommes partis à Kyoto mardi 15 en comptant rentrer lundi 21, histoire d’avoir le recul, à savoir si ça empirait ou pas. Car si ça empirait, en fait, il y aurait certainement eu l’état d’urgence. Moi, cela m’a laissé le temps de me documenter. Et d’arriver à une conclusion sensiblement differente de nos amis de l’ambassade, et qu’un « fait divers » en cours me confirme.

    La structure même de la centrale interdit en effet un scénario de type Tchernobyl. Ni les materiaux, ni la structure meme ne le permet. Plutot un scénario à la Three Miles Island. Voila qui est rassurant, et qui va dans le sens du discours de l’ambassade. La où il y a un hic, c’est qu’il y a une difference entre Three Miles Island et Fukushima. Hormi le fait que cette centrale soit vétuste, que les USA ont demande a plusieurs reprises depuis 2001 son démantelement à cause de fissures maquilles et de rapports falsifiés (ayant entrainé des démissions importantes a TEPCO entre 2003 et 2005), cette centrale utilise depuis fevrier 2011 un combustible particulier, compose d’uranium recyclé (retraité) et de plutonium, hautement instable (d’où de tres hautes performances), le MOX.

    Le MOX

    Un combustible produit par une société Française, AREVA, qui en produit 95% de la quantité mondiale dans son usine MELOX. Ce combustible a la particularité de monter très vite en température et de mettre beaucoup plus de temps à refroidir. Il est aussi hautement radioactif du fait de sa très haute instabilité. À l’ambassade , il y avait un responsable AREVA dans la salle, a-t-il parlé de l’utilisation de MOX à Fukushima?

    D’ailleurs, on pourrait se poser la question : que vient faire un responsable d’AREVA dans une communication de crise ? Et savez vous que le principal souci dans cette centrale est le reacteur numéro 3, le reacteur contenant 30% de MOX, que TEPCO ne parvient toujours pas à maîtriser ? En parcourant le net, je me suis appercu que quand il s’est agit de poser la question à l’Assemblee nationale, ce ne sont pas des experts, qui ont fait une déclaration sur l’accident, mais la présidente d’AREVA elle-même. Curieux mélange où le suspect se trouve également juge et partie, et expert.

    Le nouveau discours dominant consiste à pointer l’incompétence des journalistes. Soit, ils ont exageré, mais peut on leur reprocher d’avoir eu à l’esprit les deux grands accidents de l’histoire, à savoir Three Miles Island et Tchernobyl ? Depuis quand la diplomatie se calque-t-elle sur l’opinion publique ? Si l’évacuation des ressortissants français obéissait à une pure logique de « marketing politique » comme cela est suggéré dans le blog d’Alex, c’est une honte !

    Venant d’un gouvernement soit-disant gaulliste, nous nous retrouvons dans la liquidations des restes politiques du president, à savoir une certaine idée de la France et de sa grandeur, en offrant aux Japonais une vision pas très héroïque de ses ressortissants. À moins que… Je vous parlais d’un fait divers : en ce moment, le bras de fer entre la France et le Japon continue au sujet des sauveteurs. Le Japon les veut à 80 kilometres, à Sendai. La France les veut à 350 kilometres.

    Et là, ça me pose un probleme. Soit ce n’est pas « plus dangereux qu’un vol Paris New York », et dans ce cas, la France fait des simagrées. Soit la France a de veritables raisons de vouloir envoyer ses sauveteurs à 350 kilometres, et tout le discours rassurant tenu lors de cette réunion sort fragilise. Pour information, Tokyo est à 220 kilomètres.

    Mon sentiment reste le même et n’a pas changé depuis la semaine dernière. Je reste d’abord pour rester avec mon ami. La France ne reconnaît pas le mariage entre personnes de même sexe, il ne pourrait beneficier d’un rapatriement. Partir à Kyoto était aussi un moyen d’être ensemble au cas où la situation aurait empiré. Ensuite, je reste à Tokyo (revenu depuis lundi) non pas parce que c’est « moins radioactif que l’Italie », mais parce que je ne peux pas partir d’un pays ni d’une ville qui m’a accueilli à la premiere difficulté. C’est malpoli.

    Une grosse saleté

    Je suis parfaitement conscient, pourtant, que TEPCO ne parvient toujours pas à stabiliser le réacteur 3, gavé d’un produit que mon pays, la France, a vendu le mois dernier à TEPCO, avant de vider le pays de ses ressortissants à la premiere fuite. Je me sens solidaire, et je me sens aussi un peu responsable. Et parfaitement conscient que le vrai risque n’est pas Tchernobyl — ce que je sais depuis presque le debut. Non. Mais autre chose. Une grosse saleté. Des dégagements radioactifs pendant des semaines.

    À chaque fois, les communiqués de presse diront que c’est très peu, et AREVA vous le martelera, comme elle le fait déjà sur son site remodelé en site solidaire (le site de BP avait pris le meme type de couleurs au moments ou ils ont salopé le Golfe du Mexique l’an dernier). Rachel Maddow avait montré comment les entreprises adoptent des strategies de communications d’absorption en cas de pepin, destinées à guider le vocabulaire utilisé : ainsi, vous apprendrez, avec AREVA, a parler de « crise nucleaire », et non de « catastrophe ». Et tous les gens « contaminés » par cette communication utiliseront ces termes, et mettront en exergue la catastrophe humanitaire engendrée par le tsunami.

    En ne faisant pas le lien, bien entendu, entre ces gens qui ont déjà souffert d’avoir eu leur vie balayée en deux secondes par la nature et qui plus tard ne pourront pas retourner vivre dans des terres radioactives polluées par la main des hommes. Le Tohoku sera ainsi victime de deux catastrophes humanitaires. Oui, une grosse saleté qui va contaminer les cultures, grosses consommatrices d’eau, comme le riz à Akita ou à Ibaraki où l’on a déjà noté de fortes contaminations.

    On vous dira que c’est peu, mais faites donc le compte. Manger un Paris New York arrosé d’une sauce rayon X trois fois par jours, sur 10 ans, ca fera beaucoup, et c’est precisemment ce risque que les vrais experts, eux redoutent.

    Alors bien sûr, nous n’en sommes pas là. Peut-être tout le MOX ne s’évaporera pas et TEPCO parviendra à le refroidir avant de le refroidir plus fortement, voir de piéger dans un sarcophage. Je reste assez optimiste, c’est ma nature. Mais realiste.

    La communication concernant ne doit pas passer entre les mains d’un groupe industriel. Les Japonais se mefient, en toute discrétion, de la communication du gouvernement, de la presse, et de TEPCO. Je n’accorde pas plus de confiance à la communication de la France où les intérêts industriels se mèlent à une politique qui, comme ailleurs, est d’abord faite de gesticulation.

    Ceux qui me connaissent seront surpris par ce que je vais écrire, mais en cette histoire, je n’ai confiance qu’en Dieu. Et au passage, dans divers rapports américains qui pointaient le danger de cette centrale à qui AREVA n’a pas hesité, tout en ayant connaissance de ces rapports, à vendre un combustible hautement instable qui inquiète le Quai d’Orsay au point d’avoir conduit à une évacuation de la quasi-totalité des Francais du Japon et a une crise diplomatique au sujet des sauveteurs.

    Madjid Ben Chikh

  • Je suis un Français du Japon en colère.

    Je suis un Français du Japon en colère.

    Paru également dans Minorités.org le même jour.
    La presse va vous offrir dans les heures et les jours qui viennent des mines de Français en larme arrivant à Roissy, arborant cette tête des grands malheurs et du jaitouperdu. Et ce sera vrai que pour certains, la tragédie que nous traversons laissera des marques. D’autres encore, que vous avez certainement déjà vu, laisseront derrière eux un travail de trader ou de manager d’une grande banque, d’une grande compagnie d’assurance ou d’une marque de prêt-à-porter. Leur malheur tournera en boucle, ils vous raconteront tous les terribles secousses et puis ce risque radioactif maintenant que l’on sait que des fuites, bien que minimes semble t’il, se sont produites. Le lamento des expatriés à haut salaire dont la plupart ne parlent pas un mot de japonais viendra nourrir ces images déjà vues et revues des jesavaipa en provenance de Cote d’Ivoire, d’Egypte ou d’ailleurs.
    Je ne suis pas membre de ce groupe, comme vous le savez, et ce que je vis est un drame beaucoup plus intime, personnel. Et nous sommes quelques milliers, comme moi, dont vous n’entendrez pas parler car nous sommes le flot anonyme de ceux qui ont fait leur vie au Japon, par choix, par amour du pays, qui ont parfois comme je l’ai fait tout quitté (BNP Paribas, pour moi…) par amour de ce petit bout de pays ou les gens sont chauvins comme des roquets, et parfois gentils comme vous ne pouvez pas en avoir idee sans l’avoir vu. Un petit bout de pays avec l’histoire d’un continent… Un tout petit archipel avec une langue qui peut se faire d’une tendre douceur ou d’une infinie violence, ou la politesse prend la forme de la gentillesse et de l’attention. Ici, on vous laisse parler même si vous dites une abomination, simplement parce que c’est malpoli de dire que l’on est choqué.
    J’en ai appris comme je l’ai pu des rudiments de la langue, de l’écriture, et cela fait longtemps que je prends du plaisir à parler avec ces vieux qui ont parfois tant à raconter. J’ai pris mes petites habitudes, mes promenades du dimanche ou des jours de congés. J’aime le Japon, malgré tout ce nationalisme dans lequel on baigne les gens mais dont on voit qu’il est, face à l’ampleur d’une catastrophe comme celle que nous traversons, bien peu efficace. Quand tout se sera tassé, il faudra sortir l’argent et pour la première fois depuis longtemps, le Japon devra faire face à la crise économique qu’il élude tant bien que mal depuis 20 ans, à ses 220% de dettes qui en font potentiellement un pays pauvre. Pour quelques années au moins.
    Un petit bout d’ile du Pacifique où j’ai rencontré mon ami, un petit bonhomme au caractère japonais, introverti et discret, très poli. Combien sommes nous à être plus ou moins dans cette situation. Ici, avec quelqu’un que nous aimons, mariés ou non. Avec un quotidien, des habitudes inscrites dans des quartiers banals, que ni les touristes ni les expatriés que vous verrez à la télévision ne fréquentent. Qui viendrait à Kasai, si ce n’est un amoureux comme moi des quartiers populaires de l’est ? Celles et ceux qui habitent loin dans l’ouest vers Hachioji, ceux qui habitent Chiba. Celles et ceux qui ont des métiers qu’on veut bien nous donner. J’ai toujours satisfait mes supérieurs à BNP Paribas ou à Lehman, mais quand je cherche, non, pas assez comme ci ou pas assez comme ça. Il faut croire que celles et ceux qui quittent le Japon après y avoir flambé dans les quartiers à étrangers et qui ne connaitrons du Japon qu’une sorte de mélange Cergy-Pontoise / quartier des Halles / Opéra / Champs-Elysees sont plus compétents que moi; ou que mon ami Yann qui, bien que diplômé et avec de l’expérience en marketing et événementiel, et bien que lisant et parlant le japonais, bien qu’ayant fait des traductions de livres sur le Bouddhisme et des interviews de moines, ne parvient pas à satisfaire les exigences des recruteurs qui lui préfèrent les diplômés standards et couteux envoyés par Paris à Tokyo. Ces expatriés qui vous diront à quel point tout est hors de prix, justifiant d’incroyables notes de frais à leur société alors que le Japon est un pays où on mange très bien pour pas cher et où une livre de fraise ne coûte pas forcement 1000 yens (dans mon quartier, en ce moment, c’est entre 250 et 300 yens…). Ces expatriés qui vous parleront de leur appartement à 600.000 yens, payé par leur entreprise, quand en fait on trouve des surfaces identiques et de même qualité pour trois fois moins cher… Ces gens qui ne fréquentent que des étrangers qui, comme eux ne parlent pas ou très peu japonais, et des Japonais qui ne fréquentent que des étrangers, principalement des femmes avides d’un mariage avec un de ces portefeuille ambulant.
    La majorité des Français du Japon sont différents. Il y a les mordus, en vacance-travail, venus ici apprendre ou perfectionner la langue. Il y a les maries, qui supportent, comme je le fais, un travail peu valorisant pour rester ici avec l’être cher. Il y a les passionnés de culture, comme moi, qui aiment être ici, y vivre, y découvrir des lieux différents, les jardins, les temples, et l’incroyable végétation luxuriante, sorte de force vitale sans cesse renaissante, avec ce vert puissant (une secousse un peu forte, à l’instant) pour lequel j’ai tout sacrifie après l’avoir découvert. J’ai proposé à Jun de passer quelques jours à Kyôto, le temps que ça se tasse. Pour moi, le Japon, c’est Fushimi Inari. Je me souviens un collègue à Lehman, un expatrié original, de type “baroudeur”, au CV impressionnant, brillant, et aujourd’hui manager dans une grande banque à Singapour, tombant amoureux de Shikoku. Qui ne tomberait pas amoureux de Shikoku…
    Nous, les Français ordinaires, n’intéresseront pas les médias, sauf si nous mourons, car alors nous alimenterons le moulin à désolation sur la “tragédie japonaise”. A cet égard, 21 sont toujours portes disparus du cote de Sendai et vous imaginez qu’il y a peu de chance de les retrouver vivants car la ville a été dévastée.
    Pourtant, et c’est là que je suis en colère, l’ambassade de France est fermée. Il y a une ligne téléphonique, injoignable. Nous vivons à l’heure du web, et la France, sa représentation, est injoignable. Des touristes, certains certainement pris de panique, trouvent grille fermée quand ils viennent chercher un peu d’écoute, de réconfort. Nous, les expatries pas trop fortunes, incapables d’acheter ces billets d’avion à tarif prohibitifs, ou bien incapables de quitter notre famille, l’être cher, ne trouvons dans notre ambassade, aucune permanence, rien. Au contraire, l’ambassade a livré sa dernière respiration avant de s’évaporer, sous cette forme :
    Debut de citation :“Dimanche 13 mars à 18.00 heures


    1. Pertes humaines
    Nouveau bilan provisoire : au moins 10.000 morts (source : police de Miyagi)


    2. Points ressortissants :
    Sur les 137 ressortissants français présents dans la région Nord-Est, la
    plus touchée par le séisme, 116 ont pu être contactés et sont indemnes. La
    cellule de crise de l’Ambassade met tout en œuvre pour rentrer en contact
    avec les 21 dont on reste aujourd’hui sans nouvelle.
    Miyagi : 77 personnes sur 93 recensées
    Iwate : 5 personnes sur 10 recensées
    Fukushima : 19/19
    Aomori : 15 personnes sur 15 recensées
    La France envoie en ce moment une équipe de plus d’une centaine de personnes
    de la Sécurité civile au Japon, afin de prêter main forte aux autorités
    japonaises et de les aider dans leur travail de secours.


    3. Point nucléaire :
    Deux scénarios sont actuellement possibles :
    – Une mise sous contrôle des centrales défectueuses : dans ce cas le
    risque reste celui d’une contamination résiduelle liée au relâchement
    contrôlé de gaz radioactifs, avec un risque négligeable pour
    l’agglomération de Tokyo. Ce scénario est actuellement privilégié par les
    autorités japonaises et par un grand nombre de scientifiques.
    – Ou au contraire l’explosion d’un réacteur avec dégagement d’un
    panache radioactif. Ce panache peut être sur Tokyo dans un délai de quelques
    heures, en fonction du sens et de la vitesse du vent. Le risque est celui
    d’une contamination.
    La période critique sera les trois à quatre jours à venir.
    En raison de la mise à l’arrêt d’une partie du parc nucléaire, des
    coupures d’électricité sont annoncées, notamment dès cette fin de
    journée.
    L’Agence Météorologique japonaise vient de faire état de la probabilité
    d’un nouveau séisme de force 7 localisé dans le nord Kantô. Cette
    probabilité est de 70% dans un délai de trois jours et de 50% dans les jours
    suivants.


    4. Recommandations :
    Compte tenu de ce qui précède (le risque d’un fort tremblement de terre et
    l’incertitude sur la question nucléaire), il paraît raisonnable de
    conseiller à ceux qui n’ont pas une raison particulière de rester sur la
    région de Tokyo de s’éloigner de la région du Kantô pour quelques jours.
    Nous déconseillons fortement à nos ressortissants de se rendre au Japon et
    nous recommandons fortement de reporter tout voyage prévu.
    Le lycée sera fermé pour trois jours jusqu’à mercredi inclus, pour
    permettre une inspection des locaux suite au tremblement de terre.
    L’Ambassade continue de suivre de très près l’évolution de la situation,
    en contact à la fois avec Paris et avec les autorités japonaises.
    Nous recommandons à nos ressortissants de suivre en toutes circonstances les
    consignes des autorités japonaises. Il est notamment conseillé à nos
    ressortissants vivant dans les zones à proximité des centrales de se
    calfeutrer dans leur domicile (il faut couper les systèmes d’aération), et
    de faire quand ils le peuvent des provisions de bouteilles d’eau potable et
    de nourriture pour plusieurs heures. En cas de sortie indispensable, il est
    nécessaire de porter un masque respiratoire.
    Nous rappelons que l’absorption de capsules d’iode n’est pas un acte
    anodin. Un usage répété à l’excès peut être dangereux pour la santé.
    Il est donc très important de choisir le bon moment pour en absorber lorsque
    cela devient nécessaire. Là encore, il conviendra de suivre les conseils des
    autorités japonaises et nos propres consignes que nous vous communiquerons
    L’Ambassade ne manquera pas d’informer ses compatriotes si de nouvelles
    consignes devenaient nécessaires.” Fin de citation.

    L’incompétence, c’est cela. C’est quand quelqu’un recopie une dépêche, ne l’analyse pas, et la livre, brute.  Et s’en va, laissant les gens à leur solitude, à des choix difficiles, impossibles. Que font mes anciens collègues, petits salaires, mariés, après un tel mail ? On le sait que le Japon est un pays à fort risque, on y vit. Pourquoi ne pas avoir écrit simplement des conseils de vigilance, avoir un peu décortiqué la dépêche de l’agence Kyodo News. Pourquoi avoir fermé l’ambassade ? Et que sont devenus ces “ilotiers” qui étaient sensés nous contacter en cas de crise ? Pas un mail, pas un contact. Rien. Le silence. La solitude. J’etais avec Jun, hier, nous avions fait une belle promenade, il faisait beau, regardez…

    Le mail brutal de l’ambassade, sans aucune pédagogie m’a tué, retourné, torturé. On fait quoi, quand on reçoit ça. Longue conversation avec Jun. Yann, de son coté, traversait la même situation avec son ami Sho. Et je crois sans me tromper pouvoir affirmer que les personnels qui pondent ce genre de dépêche n’ont pas leur place au Japon. Car la réponse de Jun a été extrêmement logique : tu ne savais pas qu’il peut y avoir un tremblement de terre, à Tokyo ? Les Japonais vivent avec le risque. Pendant 5 ans, j’ai moi-même vécu avec, et l’ambassade m’a renvoyé à mon état de Français qui “découvre”. Ce matin, j’avais retrouvé un certain calme. Ben oui, au Japon, particulièrement à Tokyo, ça peut arriver. Si j’avais eu la responsabilité d’un tel message, j’aurais pondéré sans dissimuler la gravité. Plutôt que reprendre bruts ces pourcentages, j’aurais rappelé que la situation particulière de Tokyo ainsi que la force du tremblement de terre de Miyagi rendaient le risque d’une forte réplique quasiment inévitable (et là, j’aurais donné les pourcentages). Ca peut vous paraitre du chipotage, mais pour nous, les Français du Japon, nous naviguons entre deux psychologie et généralement, avec le temps, pour les séismes, c’est la psychologie Japonaise qui l’emporte. Ce n’est pas une question d’enrobage, c’est nous rappeler ce que nous savons. Et j’aurais rappelé les principales précautions à observer en cas de séisme, tout en invitant ceux qui le pouvaient à reporter leur voyage où à visiter leur famille en province. On aurait compris ce que l’on savait déjà, car depuis vendredi ça n’arrête pas de secouer, mais cela aurait été dit comme une piqure de rappel. Pas comme un avis officiel invitant à fuir. Et ainsi, concernant le risque nucléaire, j’aurais juste délayé en une phrase, expliquant que le risque est, compte tenu de la force du tremblement de terre, inconnu, mais est situé (autre secousse à l’instant) entre minime et critique. J’aurais rappelé les précautions à prendre, la proximité de la centrale et la nécessité de suivre les informations. Là encore, c’est peut être du chipotage, mais nous sommes des adultes et nous pouvons comprendre, nuancer et nous organiser. Et non paniquer.
    Et j’en reviens à l’ambassade fermée, aux ilotiers absents. Pourquoi lesdits ilotiers n’auraient pas pu prévoir des regroupements de Français, pour rompre notre solitude, casser ce cycle de rumeurs, ces mails affolés venant de nos proches en France. On aurait pu s’organiser pour se retrouver les uns chez les autres, tranquillement, dès samedi. Pour libérer du stress. Les couples mixtes auraient pu recevoir, donnant ainsi un sentiment de Fraternités. Aujourd’hui, ces ilotiers, l’ambassade auraient pu créer un groupe Google Group, animer un forum. Non. Ils ont fui. Ils nous ont laissé avec un quotidien, nos attaches. Et l’ambassade fermée, c’est la France absente. Les commandants autrefois gardaient le navire. Nous sommes aujourd’hui livres au sauve qui peu thatcherien, chacun pour sa gueule. Vous êtes blessés ? On vous avait prévenu, on a envoyé le mail, vous n’aviez qu’a fuir, nous, on a applique le principe de précaution. Je me demande qui ils joindront, les survivants de Sendai, s’il en est. Ils ne trouveront personne, qu’une ligne téléphonique occupée.
    Quand la presse vous parlera de l’impréparation du gouvernement japonais, pensez donc a notre ambassade fermée et à ce message en forme de sauve qui peu indigne de la France, à ces “îlotiers” sensés  nous aider, nous contacter, et qui sont introuvables. Et pensez bien que ces mines défraîchies à Roissy ne représentent en rien le déchirement, la tragédie silencieuse de la communauté française du Japon, amoureuse de ce pays et abandonnée à son sort.

  • Le premier billet de l’année

    Reprenons nos bonnes vieilles habitudes, celles de la fin de l’an dernier, mes posts ferroviaires. Je suis dans le métro, il est environ 15h15, et je m’apprête à reprendre le travail. Direction Kanagawa, donc.

    Bonne année à vous tous.

    Ces congés ont passé très vite, mais il y a véritablement un avant et un après. J’ai déposé mon dossier à l’immigration avant les vacances, le mardi 22. J’ai reçu ma petite carte postale me demandant d’aller chercher mon nouveau visa aux environs du 29. Ça a été très rapide, finalement. Et cela m’a permis de finir l’année comme on tourne une page sur bien des soucis. 2007, commencée banalement, mais à Kyôto, avait été une année difficile. 2008, commencée à Kyôto dans une grande incertitude, s’était terminée très douloureusement. 2009 s’annonçait périlleuse et finalement, bien qu’elle se soit terminée pauvrement à Tôkyô, m’a apporté de nouveau de la stabilité, quelques joies, des satisfactions. J’avais lu un zodiaque sur « l’année du bœuf ». Il est solide, n’abandonne pas. Je m’étais dit que ce serait ma ligne de conduite. Je n’ai pas abandonné. Cette année est l’année du tigre. Le tigre, pour moi, c’est un félin. Il avance en silence, comme le chat, mais il est beaucoup plus fort. Il guète sa proie, il ne bouge pas. Il l’observe et quand rien ne le laisse prévoir, il jette toute sa force et la vainc. J’ai préparé le terrain l’an dernier, à l’automne. Il ne me manque qu’un petit machin que je vais chercher demain à Shinagawa : mon nouveau visa. Ma proie, cela fait longtemps que je la guette, est dans le centre de Tôkyô. Serpent d’esprit, j’ai préparé ce qu’il faut. Dans l’année du serpent, je vais abattre ma carte maîtresse. Vous l’aurez deviné, je parle travail. J’ai déjà ce qu’il me faut, je ne cours pas après. En revanche, je suis bien décidé à m’attaquer à ce gros morceau sur lequel je lorgne depuis si longtemps, et qui me donnerait tant la stabilité que l’intelligence qui me manquent terriblement. Et puis aussi, marre d’être fauché.
    J’aime beaucoup les superstitions, on s’y découvre, on s’y lit.
    Mon ami Yann a fini par donner sa démission à son travail. Il déménage prochainement, a trouvé un travail pour attendre et voir venir. Comme moi, il est en fin de visa. Je suis persuadé que dans le « débat » sur l’identité nationale qui saisit la France sur invitation du roi des caleçons repassés et des portes chaussettes tout droit sorti d’une mauvaise pièce de feydeau, cet aspect des choses manquera cruellement. Il y a quelque chose de terriblement perturbant quand on vit dans un pays, à la merci d’un refus d’un fonctionnaire, d’un papier qui manque, l’imagination amputée d’un avenir qui dépasserait un horizon de 3 ou 10 ans. On demande finalement beaucoup aux étrangers, sans jamais s’interroger sur ce qu’il pourraient apporter s’ils avaient un réel horizon devant eux. C’est quoi, « s’intégrer », quand on doit tout recommencer régulièrement… Je me souviens mon père perdant ses papiers, deux ans d’incertitude, et puis le chômage, « vous n’avez qu’à rentrer dans votre pays ». Ça n’apparaîtra pas dans ce débat car en fait ce débat n’a pas lieu d’être. Un peuple ne peut débattre, ni même réfléchir à son identité, car il est et auteur, et créateur de cette dite identité en mouvement, fuyante, et par essence indéfinissable. Imaginez-vous quelqu’un vous demandant, « qui être vous ? ». Passées les présentations d’usage, qu’auriez vous à dire, à moins d’entrer dans un long processus d’analyse prenant des années afin d’éclairer les zones d’ombres, celles que l’on voudrait bien oublier mais qui sont pourtant partie intégrante de ce qui définit notre personnalité, notre identité. L’identité de la France, ce sont les journées révolutionnaires d’août 1792, où une foule en furie a envahi les prisons et les hôpitaux, massacrant fous, mendiants, voleurs et prostituées et au hasard, quand il y en avait, les quelques aristocrates perdus dans le tas, comme Mme de Lamballe. L’identité de la France, ce sont les Bretons envoyés aux premières lignes lors de la guerre 14/18 parce qu’ils étaient « mauvais patriotes ». L’identité de la France, ce sont les juifs d’Europe centrale venus chercher refuge dans le « pays des droits de l’homme » et livrés aux nazis des 1940. L’identité de la France, c’est le statut d’indigène musulman dans l’Algérie colonisée, privé du droit de vote et d’instruction publique mais envoyé au front en 14 et en 40, avant d’être massacré à Sétif en 1945 pour avoir osé demandé la citoyenneté républicaine et l’égalité qui plait tant à Monsieur Besson. Ce sont les Malgaches massacrés peu après, pour les mêmes raisons. Et puis ce sont les centaines de milliers de morts Algériens, massacrés, enterrés vivants pour certains dans des fosses retrouvées vers 1980, lors de l’offensive militaire de 1956/58 initiée par Maurice Papon, couverte par les politiciens d’une quatrième république décadente (parmi lesquels François Mitterrand) qui a rendu impossible tout retour en arrière, toute négociation et dont les victimes co-latérales ont été les pieds noirs. L’identité nationale, c’est cet appel si fréquent à un sauveur, Boulanger, Pétain, ou De Gaulle en 1958, quand l’armée a fait un coup d’État à Alger et menacé de poursuivre en métropole, avant de recommencer en 1961, cette fois contre De Gaulle qui ne fût pas le chef attendu et abandonna l’Algérie, les Algériens et les pieds noirs à leur sort après avoir couvert une répression dans le centre de Paris, 400 morts. L’identité de la France, c’est la FrançAfrique de De Gaulle/ Pompidou/ Giscard/ Mitterrand/ Pasqua/ Chirac et dont les massacres au Rwanda, la décomposition Ivoirienne et le basculement Congolais ont offert des illustrations caricaturale de notre implication. L’identité de la France, ce fut en effet la colonisation et l’esclavage. Et des essais atomiques à l’air libre dont certain ont contaminé des populations civiles mélanésiennes délibérément, en 1967, pour faire plaisir au Général, qui passait par là. L’identité de la France, c’est le Rainbow Warrior. Je pense à tout cela, quand je vais à Shinagawa chercher mon visa, en pensant à tous ces Africains venant chercher un travail, ouvrir une boutique, demander l’asile dans « la patrie des droits de l’homme » et se voyant traverser un parcours du combattant administratif absurde et humiliant. Le plus hallucinant est que la plupart ont un travail, des fiches de paie, mais non, c’est le refus. Et quand le sort se fait favorable, il faut recommencer l’opération tous les ans, avec une boule dans le ventre. Ça peut vous sembler bête, mais, quand j’ai senti cette boule monter en moi, mon obsession, c’était mon ordinateur. Je suis sûr que beaucoup visualisent le truc de cette façon, pour éviter de penser pire…
    C’est uniquement parce que je porte en moi cette fantastique supercherie d’une France merveilleuse, de « l’intégration républicaine » ou de « la laïcité », d’une France lissée de toutes ses blessures et des luttes parfois sanglantes qui l’ont façonnée, que je peux dire que c’est un pays que j’aime. Quand même. De la France, j’aime surtout son peuple, sa capacité de résistance, ses passions. C’est normal, je suis l’un d’eux. De tous temps, l’identité urbaine s’est faite d’apports venus de partout, de toutes les régions d’abord, du monde entier de nos jours. Ça gratte parfois, et puis finalement ça fini toujours par composer quelque chose de nouveau, et peut être que c’est cela aussi, la France, ou en tout cas ce creuset du neuf qui s’appelle « Paris ». L’identité de la France, ce sont ses écrivains, ses philosophes, les combats du peuple pour sa liberté et qui nous valent un système social qui existe encore. C’est complexe, l’identité d’un pays car c’est vivant, c’est fait d’apports nouveaux, le sang neuf de demain. C’est une question stupide qui devient dangereuse quand elle est utilisée par des politiciens, qu’ils soient de droite ou de gauche. Nous ferions mieux de nous poser une autre question, plus profonde et fertile de bien des possibles. Vivons nous dans une démocratie ? Qu’est-ce qu’être démocrate ? Et j’y ajoute ma question Bonux, en quoi le nouveau conservatisme Français incarné par le discours sur la république, est il anti-démocratique ? Et pour finir la question Kinder, en quoi la question démocratique peut régénérer et ressourcer la gauche entière, jusque la “gauche de la gauche” ?
    Parler de l’idée d’un pays… Pour moi, la France, ce sont les paysages du Perche, dans la Sarthe, entre Nogent et La Ferté. C’est Paris, Mistinguett. Et puis mes amis, ma mère et mon frère. Ce sont les pompiers, solides, sexy et courageux, les héros (phantasmes ?) de tous les petits garçons. Ce sont nos grèves et nos manifestation, 36, 68. C’est De Gaulle réinventant la France à Londres en compagnie de Pierre Dacq. C’est Mitterrand donnant la main à Kohl. C’est Jean Paul Goude sur les Champs-Elysées. C’est une langue riche, difficile mais qui continue d’incarner quelque chose dans le monde et dans le cœur des étrangers sans que personne ne sache bien quoi. C’est le courage de refuser la guerre du Vietnam en 1966 ou la guerre d’Iraq en 2003. C’est Rachida Dati, Marocaine, mère célibataire et ministre.
    Mais je ne peux définir une « identité » au risque de vouloir figer, de casser toute inventivité d’autres options. Au risque de faire une France éternelle, à jamais, qui n’est qu’un phantasme de politicien conservateur, « Républicain », comme ils disent. Eh, elle a bon dos, la République ! Mais la démocratie, ce que désire réellement le peuple, la direction qu’il entend donner à ses affaires, son pouvoir, ce qu’il contrôle de son avenir, sa liberté, son autonomie… La démocratie est contradictoire d’une quelconque identité. Pour ma part, la constitution définit l’organisation administrative, elle me suffit amplement…De Gaulle, en 40, n’a pas convoqué de commission ni de débat. Il a juste dit que nous n’étions pas ce que l’occupation faisait de nous. Il nous a suggéré que nous pouvions nous élever au niveau d’un peuple créateur d’espoirs nouveaux, porteur de combats nouveaux que Liberté, Égalité, Fraternité suffisaient à définir. Une hauteur qui fit rêver jusque dans les colonies et qui alimenta les discours des héros des indépendances.
    Mais à quoi donc pense Monsieur Besson. Nous avons, finalement, bien de la chance qu’il n’ait pas débattu en 1840 : il nous aurait peut être suggéré que la France, c’était l’esclavage…
    Il m’a fallu partir très loin pour comprendre à quel point j’aimais la France, et sa langue, et les combats de son peuple. Je pense que beaucoup d’expatriés récents, de droite ou de gauche, tirent de leur expérience hors hexagone un regard neuf, presque « à l’américaine », sur notre pays. Mais l’ex-socialo a décidé de faire allégeance à sa nouvelle famille. Beaucoup de jeunes UMP doivent se demander à quoi sert ce débat au moment où la dette explose. Mais ça, Besson… Quant à la gauche « organisée », elle se retrouve une fois de plus piégée à participer/refuser de participer à un débat dont elle n’a pas posé les termes et qui révèle la vacuité profonde de ce qui lui reste de discours. La gauche est ailleurs, inorganisée, privée des espaces publics et belle et bien présente dans des espaces plus restreints du net, élaborant à taton ses pratiques nouvelles, ses nouvelles synthèses. Le net est en fait le PSU des années 2000. Nous nous redéfinissons, entre libéralisme politique et exigence démocratique, pluralités des vues mais convergence des buts, exigence de rigueur intellectuelle et nécessité de revendications nouvelles. Nous reviendrons quand nous aurons brassé tout ça. Le débat sur l’identité de la France, qui aura redéfini la frontière du nouveau conservatisme, appelons-le le sarkosysme, mélange de valeurs traditionnelles, de sécurité, de dérégulation, d’enfants d’immigrés de bonnes familles et de PACS, aura été oublié comme l’est le débat sur les retraite de feu Raffarin. On devra juste faire avec le découpage électoral que masque le grand ram-dam de l’ex-soc.

    Vers 20h35, de retour du travail, dans le train, bien entendu.
    La fin de l’année a été ce moment de grand endormissement qui me faisait peur en septembre et que j’ai traversé avec bonheur, délivré de l’angoisse du visa. Jun et moi avons accompli quelques exploits, dont une traversée de mon arrondissement, Edogawa, jusque Shimabata. À vélo ! J’avais environ 50 minutes en tête, ça s’est révélé être 1h30- 2h00…Il faisait très froid, mais aussi très beau. Nous avons pu contempler un très beau coucher de soleil, en franchissant la rivière Naka, sur un très grand pont ; la nouvelle tour de Tôkyô, Sky Tree, et puis au loin la tour actuelle, ou plutôt sa flèche, et loin, très très loin, le Fuji qui se dessinait en ombre sur le ciel rouge… La promenade a Shimabata a été sympa. C’est un reste de la ville des années 50, un petit bout d’Edo popularisé par Tora-san, un film à feuilletons populaire dans les années 60, « c’est dur d’être un homme », et racontant d’un ancien gosse de la shitamachi, devenu adulte, revendeur ambulant et ayant du mal à s’insérer dans la vie moderne du Japon d’après-guerre. Ce petit morceau de vieux Tôkyô gagne en popularité et propose son parcours グルメ/gurume (gourmet), autours de… l’anguille. Et c’est vrai que l’anguille que nous avons mangée dans ce restaurant gargotte était simplement divine. Et pas chère, seulement 2100 yens, ce qui n’est rien. Tendre, tendre… On a mangé sur les tatamis, bien entendu ! On est allé au grand temple qui fini la rue commerçante, avec sa porte ancienne, recouverte d’une dentelles de sculptures racontant des vies de Bouddhas, un vrai petit chef d’œuvre d’artisanat baroque Japonais. Si, si… Le retour a été bien sûr beaucoup plus long, dans le froid. On s’est arrêté à Funabori pour acheter du pain. Boulangerie Azalée, un pain infecte genre comme chez ED ou Leader Price. Mais à prix Fauchon, bien entendu. Ça me fait pensé que je voulais l’écrire, ça. Au Japon, on peut acheter son pain très banalement chez Fauchon. Ça coûte le même prix que dans des boulanges dégueulasses… Cependant, l’acte d’acheter du pain est comme sacralisé, bien que le nombre de boulangerie ne cesse d’augmenter comme exponentiellement. La boulangerie qui fait l’angle a côté de l’entrée de l’hôpital Trousseau où je retrouvais le docteur Morini et où il m’est arrivé d’acheter un croissant avant de filer au travail s’appelle Keiser. À Tôkyô, elle devient « Maison Keiser ». Au nouveau Daimaru de la gare de Tôkyô, on s’affaire à la « Boulangerie Bigot », ou bien en sous-sol, à « maison Keiser », Kimuraya « since 1890 »… Il y a la « boulangerie Jean-François », aux croissants délicieux, à Shibuya et Omotesandô. Jean-François, comme Jean-François Partouche, le roi des casinos et des machine-à-sous en Europe. Bien sûr, il y a Paul, dans son décor rustique, identique à Odéon, Montorgueil, à Lille ou près de la gare de Tôkyô. Ces chaînes de boulangeries ouvrent en général vers 10 heures, acheter du pain est donc un geste sérieux, on y va, quand à Paris on « descend » acheter du pain. J’avoue, je ne parviens pas à m’y faire. Certains objecteront que je ne suis pas obligé de manger du pain à Tôkyô. Je leur répondrai qu’ici tout le monde achète du pain, qu’il y a avalanche de sortes de pains dégueulasses dans les supermarchés comme dans aucun supermarché à Paris, sous emballage plastique PASCO ou YAMASAKI, que j’aurais vraiment tort de ne pas en manger. Pour le coup, ce serait se différencier. Et pour le coup, le pain Yamasaki ou Pasco, c’est infecte, blindé de conservateurs variés, de graisses qui ont goût de graisse. Le pain de mie n’est pas bon. Il n’y a que dans les boulangeries que ça devient correct, ou bon.
    Enfin, nous avons mangé un pain qui se mange parce qu’il fallait bien du pain pour aller avec la purée. Délicieuse, elle. Je suis devenu un expert en sauces à base de tomates, mais aussi de purées, car j’ai compris que le plus important est le malaxage lui-même.
    On a fait notre grand tour mensuel à Kamakura. L’hiver régnait ici comme une grande désolation qu’égayait un soleil bien présent une partie de la journée. L’après-midi fut plus gris, mais la campagne rafraîchit l’esprit que les temples divertissent.

    (à suivre)
    Madjid

  • Écrire un blog…

    Vous l’aurez constaté, je n’écris guère. Je n’en éprouve en ce moment aucun besoin. Ou plutôt si, mais pas sur le net. C’est somme si je n’avais rien à partager. Chez moi, cela correspond à une phase de transition, et pour tout vous dire, je ne sais pas trop pour le moment si le blog correspond bien à ce dont j’aurai besoin par la suite.

    LE JAPON…
    Ben j’y habite, que voulez-vous de plus… J’écrivais ce message à Nicolas, la semaine dernière:
    “Comment ça va ?
    Marrant, pour Divine Comedy… J’ai écouté Promenade il y a quelques jours. Effet bizarre, j’ai rapidement arrêté. J’ai ressenti comme cela m’arrive parfois l’éloignement, et là c’était et le temps et le lieu. J’aurai certainement l’occasion de me refaire des souvenirs avec Divine Comedy…
    Je suis attéri au Japon un peu plus après la présidentielle.
    Tout ne me plait pas, ici. Il y a même des fois, rien ne m’y plait. C’est quand même un peu le pays de Le Pen, ici…
    Pourtant, régulièrement j’y retrouve ce que j’y adore. Cette couleur verte intense et lumineuse qui est réapparu au fur et à mesure du mois d’avril, cette lumière des jours de soleil : Tôkyô est à la hauteur d’Alger. Tu sais, L’Étranger… Oui, à Tôkyô la lumière est belle. L’humidité du climat y ajoute une verdure incroyable, une variété d’espèces végétales folle… Cette ville est foncièrement moche. Pourtant, quand vient le soir, c’est une ville incroyable, lumineuse, grouillante. Hier, il pleuvait et j’ai fait du vélo : il faisait environ 22°, c’était une fine bruine, et c’était presque agréable. Les gens aussi sont, dans l’ensemble, très avenant. Il faut qu’ils s’habituent à nous pour nous parler, à nous, les étrangers : je pense que c’est un peu partout pareil.
    Ce qui est difficile parfois, c’est le sentiment d’encasernement de toute la société d’un côté, et de l’autre la crétinisation d’une grande partie de la population. Je pense souvent à Maurras, ici : la liberté est en bas, le pouvoir est en haut. Le Japon n’est absoluement pas une démocratie, et j’apprends à y haïr encore plus violamment les discours “différencialistes”.
    Car toute cette crétinisation se fait au détriment de la culture du Japon, et de son histoire, dont les masses sont totalement ignorantes. Un peuple sans histoire est un peuple plus facilement manipulable. Par ailleurs, ils sont entretenus généralement dans une ignorance totale des pays occidentaux, présentés comme une grande masse, avec des villes et des pays plus ou moins spécialisés. Nous sommes le pays de la bonne nourriture et de la mode. Londres est une ville “à la mode” et les Etats Unis sont les plus forts en tout. Les autres pays offrent des caractéristiques plus ou moins éxotiques. La liberté, les droits de l’hommes sont des concepts ignorés et le lien entre grève et avantages sociaux a été depuis longtemps coupé par les fortes répressions des années 50/60 et la domination de la grande finance sur les 3 groupes de presse qui contrôlent les journaux, les magazines et la télévision… où l’on ne voit qu’idoles et stars se baffrant à n’en plus finir en mourant d’extrase tellement “c’est booooooon”… Ce qui me faisait rire ne m’amuse plus guère : c’est TOUJOURS les mêmes et c’est TOUJOURS les mêmes émissions.
    Pour un “Libéral”, c’est très violent, cette réduction de la liberté à l’apparence et à la consommation. Car pour le reste, c’est “le groupe” qui domine…
    Mais finalement, j’apprends à m’y faire. C’est ainsi. J’apprends au Japon à vivre modestement à ma place et au quotidien.
    Je vais à la gym et je travaille. Je réfléchis à mon blog où je marque une pose, j’écris des notes épars et je pense. Aussi contradictoire que cela puisse paraîte, aussi paradoxal que cela soit : je me sens incroyablement bien, ici. Les Japonais aspirent à la tranquilité et au fond de moi je l’ai toujours retrouvé. La répétition du même, ici, ne me pèse pas comme à Paris, car j’ai choisi de vivre ici. Par moments, je me surprends à être surpris de voir autours de moi tant de Japonais… Faire du vélo, c’est mon autre passe temps possible : il a plu tout l’été dernier et n’en ai guère profité mais je m’y suis remis. L’arrondissement voisin de Kôtô-ku est rempli de canaux, de ponts et il y a un très grand jardin un peu comme le Parc Brassens ou La Villette. Il y a deux semaines, avec Jun, nous sommes allés au Parc du Palais impérial un dimanche soir. On y a dégusté une tarte aux fraises : Jun avait du travailler le samedi et on ne s’était pas vu de la semaine. Très beau souvenir. A Paris, les parcs sont fermés la nuit… Il y a Jun, et ce n’est pas la moindre des choses qui me soit arrivé, ici. Dans ce pays où personne n’aime la politique, où on ne s’y intéresse pas, j’ai rencontré un garçon de gauche, d’une famille de gauche… la mère et la soeur votent socialiste ! C’est un garçon très simple dans ses goûts, très droit.
    J’ai des habitudes “commerçantes” : le pays à Matsuya et le sourire des jeunes vendeuses quand j’arrive. Un Français dans une boulangerie française, ça les flatte un peu, d’autant qu’à Ginza, il y a plétors de boulangeries. Mais il n’y a qu’une “Kaiser”. Amusant, la maison mère Kaiser est juste en face de l’entrée de … Tarnier. Souvent, le matin, je rêvais d’avoir le temps de m’y arrêter. Désormais, je mange mon pain Kaiser régulièrement…
    Travailler à Ginza, c’est vivre comme un prince au milieu d’un quartier cosmopolite. Le gateau au chocolat “the heart” de la pâtisserie viennoise Demel en est le symbole : à Ginza, il y a des traiteurs et des commerçants du monde entier. Les Japonais sont amoureux de la bonne nourriture… et ils se font facilement complices quand on aborde cette question là.
    Hormi le métro où on bat tous les records de sauvagerie, l’ambiance des rues est calme, disciplinée, organisée. Le service est partout impeccable, pour des prix (bas) inimaginables en France. Le Japon a su conserver les petites attentions qui autrefois existaient également en France. Il en fait sa fierté, et certains Japonais n’hésitent pas à dire que ce sont des attentions typiquement japonaises…
    Les Japonais sont curieux d’où on vient mais sont toujours étonné que l’on connaisse autre chose que les sushis ou Hamasaki Ayumi. Que j’aime le Kabuki ou Kyôto, ou les sobas, ça les sidère toujours un peu, surtout si je le dis en japonais. Ca leur semble presque incongru, mais en même temps, ils se montrent après beaucoup plus souriants, attentionnés.”

    Ca peut faire un peu carte postale, mais en un an mon regard s’est nuancé, je me suis habitué à beaucoup de choses et notamment à la télévision que je ne regarde plus, comme beaucoup de Japonais le font eux-même.
    Comme je me promène un peu plus, j’ai un peu moins de temps pour écrire… et faire des photos, en ce moment, ça m’ennuie : c’est comme si je ne vivais que dans un objectif ! Rejet ! En fait, je me remets parfois à écrire, mais sur du papier. Craignez que je ne vous abandonne… Ah, oui, je vais dans un club de sport !

    LA POLITIQUE…
    La campagne électorale aura eu un effet très profond à beaucoup d’égards, et c’est tant mieux. C’est comme si je m’étais libéré de poids et de références, de liens d’un autre temps, et non des moindres comme ce qui fut pour moi si longtemps ma “filiation” politique à Michel Rocard. Non que le rocardien que j’ai longtemps été n’ai jamais été traversé de doutes ou de réserves, mais il est un moment où on ne peut plus. Et comme la longue liste de ses fidèles qui l’on quitté au fil des ans (Jean Daniel, Gilles Martinet… ) à la suite de ses “sorties en solitaire”, eh bien, j’ai tiré ma révérence sur cet homme dont le nom évoquera pourtant jusqu’à mon dernier souffle une certaine idée de la gauche et du socialisme. Pour avoir lu ici où là, c’est chez ceux qui se sont senti proche de lui que sa visite à Bayrou a fait le plus de dégâts, parce que cette visite et le discours qui a suivi était à l’opposé, par la méthode et sur le fond, de tout ce que Rocard a jamais défendu : la question n’est pas la question de l’alliance, mais ce que l’on veut faire politiquement. Or, le renoncement de Rocard à tout engagement européen qui aille dans le sens fédéraliste ainsi que son quasi-refus de tout passage à la 6ème république invalide à mon sens ce qui, éventuellement, pourrait permettre de faire un “bout de chemin ensemble” avec une force politique “progressiste centriste” émancipée de la droite (et sur ce point, on voit que ce n’est pas encore gagné). Bref, je persiste à croire que ce geste était d’abord et avant tout dicté par la rancoeur. Je ne suis plus rocardien, je reste mendésiste. Je suis socialiste, et j’attends plus que jamais la naissance de la social-démocratie européenne.
    Cette élection, mais aussi toutes les prochaines élections qui en Europe vont balayer les derniers gouvernements de centre gauche (en Allemagne, le SPD est le grand perdant de la coalition et je ne crois pas du tout à la viabilité de la “marguerite” italienne qui dilue la gauche dans le centre) et de gauche (la Suède a ouvert le bal et le UK devrait tôt ou tard suivre la même direction), va peut être enfin permettre de mettre au centre des débats la place que peut occuper la construction Européenne dans la réinvention de la social-démocratie. Non comme une voie modérée, “sociale”, mais en tant que réel projet démocratique avec tout ce que cela implique de droits, de contre-pouvoirs, de liberté et d’égalité, à l’échelle d’un continent. Bref, un retour aux fondamentaux du socialisme lui-même.
    Le Socialisme renouvelé réussira à grande échelle ce que le PSU su faire naguère. Aujourd’hui, c’est “avaler” la moitié d’Act-Up, du DAL, les militants des mouvements de sans-papiers, c’est avaler “les verts”… Et c’est ensuite ne pas avoir peur du résultat en misant sur le caractère Européen (voire international) de ces urgences du socialisme et en plaçant le droit et la liberté au centre du projet politique (la droite y place traditionellement l’ordre et la propriété). Il n’y a de socialisme que dans le Droit et dans la liberté : c’est la base du “socialisme libéral”, et c’est sur ces principes que Rosa Luxembourg émit ses premières réserves au sujet de la révolution d’octobre.
    J’écris “socialisme libéral”, et non “social-libéralisme”. Le socialisme n’est pas une ambition sociale. C’est d’abord et avant tout une ambition politique, une ambition très tôt devenue européenne, voyant dans la démocratie non un but mais un processus. Le socialisme libéral s’est rapidement opposé au marxisme dont il constitue toutefois l’origine (Marx, les “manuscrits de 1844”). La social-démocratie est le pendant marxiste du socialisme libéral (qui en france a lui progressivement évolué soit vers l’anarchisme, soit vers le radicalisme en réalisant une synthèse avec le courant républicain pendant les vingts années de dictature Napoléon III). La Commune en a montré la force comme la faiblesse. Le PSU a été, dans les années 50/60 la tentative de réaliser une synthèse des deux traditions. Rocard, Mendès, Martinet, Savary,…, la CFDT, la guerre en Algérie, Charletty… Le PSU a nourri de l’extérieur ce qui plus tard deviendra le PS !
    Il revient aujourd’hui de faire le même travail. L’objectif n’est pas de gagner les élections, il est de parvenir à occuper le pouvoir suffisament longtemps pour opérer des transformations durables. Il nous donc faut un projet qui se prolonge de lui même et seule la démocratie est un projet jamais achevée. Vaste chantier… enfin réalisable.
    De Tôkyô,
    enfin devant son clavier
    Suppaiku