Écrire un blog…

É

Vous l’aurez constaté, je n’écris guère. Je n’en éprouve en ce moment aucun besoin. Ou plutôt si, mais pas sur le net. C’est somme si je n’avais rien à partager. Chez moi, cela correspond à une phase de transition, et pour tout vous dire, je ne sais pas trop pour le moment si le blog correspond bien à ce dont j’aurai besoin par la suite.

LE JAPON…
Ben j’y habite, que voulez-vous de plus… J’écrivais ce message à Nicolas, la semaine dernière:
“Comment ça va ?
Marrant, pour Divine Comedy… J’ai écouté Promenade il y a quelques jours. Effet bizarre, j’ai rapidement arrêté. J’ai ressenti comme cela m’arrive parfois l’éloignement, et là c’était et le temps et le lieu. J’aurai certainement l’occasion de me refaire des souvenirs avec Divine Comedy…
Je suis attéri au Japon un peu plus après la présidentielle.
Tout ne me plait pas, ici. Il y a même des fois, rien ne m’y plait. C’est quand même un peu le pays de Le Pen, ici…
Pourtant, régulièrement j’y retrouve ce que j’y adore. Cette couleur verte intense et lumineuse qui est réapparu au fur et à mesure du mois d’avril, cette lumière des jours de soleil : Tôkyô est à la hauteur d’Alger. Tu sais, L’Étranger… Oui, à Tôkyô la lumière est belle. L’humidité du climat y ajoute une verdure incroyable, une variété d’espèces végétales folle… Cette ville est foncièrement moche. Pourtant, quand vient le soir, c’est une ville incroyable, lumineuse, grouillante. Hier, il pleuvait et j’ai fait du vélo : il faisait environ 22°, c’était une fine bruine, et c’était presque agréable. Les gens aussi sont, dans l’ensemble, très avenant. Il faut qu’ils s’habituent à nous pour nous parler, à nous, les étrangers : je pense que c’est un peu partout pareil.
Ce qui est difficile parfois, c’est le sentiment d’encasernement de toute la société d’un côté, et de l’autre la crétinisation d’une grande partie de la population. Je pense souvent à Maurras, ici : la liberté est en bas, le pouvoir est en haut. Le Japon n’est absoluement pas une démocratie, et j’apprends à y haïr encore plus violamment les discours “différencialistes”.
Car toute cette crétinisation se fait au détriment de la culture du Japon, et de son histoire, dont les masses sont totalement ignorantes. Un peuple sans histoire est un peuple plus facilement manipulable. Par ailleurs, ils sont entretenus généralement dans une ignorance totale des pays occidentaux, présentés comme une grande masse, avec des villes et des pays plus ou moins spécialisés. Nous sommes le pays de la bonne nourriture et de la mode. Londres est une ville “à la mode” et les Etats Unis sont les plus forts en tout. Les autres pays offrent des caractéristiques plus ou moins éxotiques. La liberté, les droits de l’hommes sont des concepts ignorés et le lien entre grève et avantages sociaux a été depuis longtemps coupé par les fortes répressions des années 50/60 et la domination de la grande finance sur les 3 groupes de presse qui contrôlent les journaux, les magazines et la télévision… où l’on ne voit qu’idoles et stars se baffrant à n’en plus finir en mourant d’extrase tellement “c’est booooooon”… Ce qui me faisait rire ne m’amuse plus guère : c’est TOUJOURS les mêmes et c’est TOUJOURS les mêmes émissions.
Pour un “Libéral”, c’est très violent, cette réduction de la liberté à l’apparence et à la consommation. Car pour le reste, c’est “le groupe” qui domine…
Mais finalement, j’apprends à m’y faire. C’est ainsi. J’apprends au Japon à vivre modestement à ma place et au quotidien.
Je vais à la gym et je travaille. Je réfléchis à mon blog où je marque une pose, j’écris des notes épars et je pense. Aussi contradictoire que cela puisse paraîte, aussi paradoxal que cela soit : je me sens incroyablement bien, ici. Les Japonais aspirent à la tranquilité et au fond de moi je l’ai toujours retrouvé. La répétition du même, ici, ne me pèse pas comme à Paris, car j’ai choisi de vivre ici. Par moments, je me surprends à être surpris de voir autours de moi tant de Japonais… Faire du vélo, c’est mon autre passe temps possible : il a plu tout l’été dernier et n’en ai guère profité mais je m’y suis remis. L’arrondissement voisin de Kôtô-ku est rempli de canaux, de ponts et il y a un très grand jardin un peu comme le Parc Brassens ou La Villette. Il y a deux semaines, avec Jun, nous sommes allés au Parc du Palais impérial un dimanche soir. On y a dégusté une tarte aux fraises : Jun avait du travailler le samedi et on ne s’était pas vu de la semaine. Très beau souvenir. A Paris, les parcs sont fermés la nuit… Il y a Jun, et ce n’est pas la moindre des choses qui me soit arrivé, ici. Dans ce pays où personne n’aime la politique, où on ne s’y intéresse pas, j’ai rencontré un garçon de gauche, d’une famille de gauche… la mère et la soeur votent socialiste ! C’est un garçon très simple dans ses goûts, très droit.
J’ai des habitudes “commerçantes” : le pays à Matsuya et le sourire des jeunes vendeuses quand j’arrive. Un Français dans une boulangerie française, ça les flatte un peu, d’autant qu’à Ginza, il y a plétors de boulangeries. Mais il n’y a qu’une “Kaiser”. Amusant, la maison mère Kaiser est juste en face de l’entrée de … Tarnier. Souvent, le matin, je rêvais d’avoir le temps de m’y arrêter. Désormais, je mange mon pain Kaiser régulièrement…
Travailler à Ginza, c’est vivre comme un prince au milieu d’un quartier cosmopolite. Le gateau au chocolat “the heart” de la pâtisserie viennoise Demel en est le symbole : à Ginza, il y a des traiteurs et des commerçants du monde entier. Les Japonais sont amoureux de la bonne nourriture… et ils se font facilement complices quand on aborde cette question là.
Hormi le métro où on bat tous les records de sauvagerie, l’ambiance des rues est calme, disciplinée, organisée. Le service est partout impeccable, pour des prix (bas) inimaginables en France. Le Japon a su conserver les petites attentions qui autrefois existaient également en France. Il en fait sa fierté, et certains Japonais n’hésitent pas à dire que ce sont des attentions typiquement japonaises…
Les Japonais sont curieux d’où on vient mais sont toujours étonné que l’on connaisse autre chose que les sushis ou Hamasaki Ayumi. Que j’aime le Kabuki ou Kyôto, ou les sobas, ça les sidère toujours un peu, surtout si je le dis en japonais. Ca leur semble presque incongru, mais en même temps, ils se montrent après beaucoup plus souriants, attentionnés.”

Ca peut faire un peu carte postale, mais en un an mon regard s’est nuancé, je me suis habitué à beaucoup de choses et notamment à la télévision que je ne regarde plus, comme beaucoup de Japonais le font eux-même.
Comme je me promène un peu plus, j’ai un peu moins de temps pour écrire… et faire des photos, en ce moment, ça m’ennuie : c’est comme si je ne vivais que dans un objectif ! Rejet ! En fait, je me remets parfois à écrire, mais sur du papier. Craignez que je ne vous abandonne… Ah, oui, je vais dans un club de sport !

LA POLITIQUE…
La campagne électorale aura eu un effet très profond à beaucoup d’égards, et c’est tant mieux. C’est comme si je m’étais libéré de poids et de références, de liens d’un autre temps, et non des moindres comme ce qui fut pour moi si longtemps ma “filiation” politique à Michel Rocard. Non que le rocardien que j’ai longtemps été n’ai jamais été traversé de doutes ou de réserves, mais il est un moment où on ne peut plus. Et comme la longue liste de ses fidèles qui l’on quitté au fil des ans (Jean Daniel, Gilles Martinet… ) à la suite de ses “sorties en solitaire”, eh bien, j’ai tiré ma révérence sur cet homme dont le nom évoquera pourtant jusqu’à mon dernier souffle une certaine idée de la gauche et du socialisme. Pour avoir lu ici où là, c’est chez ceux qui se sont senti proche de lui que sa visite à Bayrou a fait le plus de dégâts, parce que cette visite et le discours qui a suivi était à l’opposé, par la méthode et sur le fond, de tout ce que Rocard a jamais défendu : la question n’est pas la question de l’alliance, mais ce que l’on veut faire politiquement. Or, le renoncement de Rocard à tout engagement européen qui aille dans le sens fédéraliste ainsi que son quasi-refus de tout passage à la 6ème république invalide à mon sens ce qui, éventuellement, pourrait permettre de faire un “bout de chemin ensemble” avec une force politique “progressiste centriste” émancipée de la droite (et sur ce point, on voit que ce n’est pas encore gagné). Bref, je persiste à croire que ce geste était d’abord et avant tout dicté par la rancoeur. Je ne suis plus rocardien, je reste mendésiste. Je suis socialiste, et j’attends plus que jamais la naissance de la social-démocratie européenne.
Cette élection, mais aussi toutes les prochaines élections qui en Europe vont balayer les derniers gouvernements de centre gauche (en Allemagne, le SPD est le grand perdant de la coalition et je ne crois pas du tout à la viabilité de la “marguerite” italienne qui dilue la gauche dans le centre) et de gauche (la Suède a ouvert le bal et le UK devrait tôt ou tard suivre la même direction), va peut être enfin permettre de mettre au centre des débats la place que peut occuper la construction Européenne dans la réinvention de la social-démocratie. Non comme une voie modérée, “sociale”, mais en tant que réel projet démocratique avec tout ce que cela implique de droits, de contre-pouvoirs, de liberté et d’égalité, à l’échelle d’un continent. Bref, un retour aux fondamentaux du socialisme lui-même.
Le Socialisme renouvelé réussira à grande échelle ce que le PSU su faire naguère. Aujourd’hui, c’est “avaler” la moitié d’Act-Up, du DAL, les militants des mouvements de sans-papiers, c’est avaler “les verts”… Et c’est ensuite ne pas avoir peur du résultat en misant sur le caractère Européen (voire international) de ces urgences du socialisme et en plaçant le droit et la liberté au centre du projet politique (la droite y place traditionellement l’ordre et la propriété). Il n’y a de socialisme que dans le Droit et dans la liberté : c’est la base du “socialisme libéral”, et c’est sur ces principes que Rosa Luxembourg émit ses premières réserves au sujet de la révolution d’octobre.
J’écris “socialisme libéral”, et non “social-libéralisme”. Le socialisme n’est pas une ambition sociale. C’est d’abord et avant tout une ambition politique, une ambition très tôt devenue européenne, voyant dans la démocratie non un but mais un processus. Le socialisme libéral s’est rapidement opposé au marxisme dont il constitue toutefois l’origine (Marx, les “manuscrits de 1844”). La social-démocratie est le pendant marxiste du socialisme libéral (qui en france a lui progressivement évolué soit vers l’anarchisme, soit vers le radicalisme en réalisant une synthèse avec le courant républicain pendant les vingts années de dictature Napoléon III). La Commune en a montré la force comme la faiblesse. Le PSU a été, dans les années 50/60 la tentative de réaliser une synthèse des deux traditions. Rocard, Mendès, Martinet, Savary,…, la CFDT, la guerre en Algérie, Charletty… Le PSU a nourri de l’extérieur ce qui plus tard deviendra le PS !
Il revient aujourd’hui de faire le même travail. L’objectif n’est pas de gagner les élections, il est de parvenir à occuper le pouvoir suffisament longtemps pour opérer des transformations durables. Il nous donc faut un projet qui se prolonge de lui même et seule la démocratie est un projet jamais achevée. Vaste chantier… enfin réalisable.
De Tôkyô,
enfin devant son clavier
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Concernant le quotidien d’un francais non-expat de gauche a Tokyo j’adhere a 100%. A chaque visite de ce blog je me dis que ce que je lis ici je n’ai plus a l’ecrire.

  • Pas de soucis, TB, je ne manquerai pas de donner de mes nouvelles. Je suis en train de revenir à la base même de mon blog, mes récits seront moins longs, il y aura moins de photos voir plus du tout. Mais je reviens à quelque chose de plus simple, comme je le faisait naguère.
    Je reviens à l’essence même de l’existentialisme Sartrien : en soi, je n’ai rien à raconter, je suis même plutôt assez insignifiant… mais je suis là. Coucou !
    Merci, Pierre, cela faisait longtemps, comme on dit ici ! J’ai toujours ton email. C’est dur d’être de gauche au Japon. Mais c’est très agréable d’y être Français. François Xavier a rapidement plongé dans la schizophténie, au Japon. Je le comprends de mieux en mieux. Je ne sais trop si c’est l’enfer qui est si séduisant, ou si c’est le paradis qui se fait si difficile à vivre…
    Merci à Lionel. Je visite ton blog
    http://tokyo.blog.lemonde.fr/
    Je suis envieux devant tant de recul. J’y trouve parfois de superbes photos mais surtout des envies de ballades : après tant de temps passé ici, c’est incroyable, avoir tant à raconter. Merci pour le petit mot.
    Suppaiku

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