Catégorie : la Musique

Le Journal en Musiques d’un Solitaire Sociable et Patati et Patata…

  • Un impublié de la semaine dernière

    Un impublié de la semaine dernière

    Le métro, vers 13 heures quarante.
    Ce n’est jamais facile de revenir à son blog après une longue absence. Je regarde l’écran quasiment vide de mon iPad, et une très grande lassitude m’envahit. Non pas que je n’ai rien à écrire, mais simplement, ça ne vient pas. J’aurais presque envie de dire “ça” ne vient pas.
    Freud avait raison dans sa réponse à Rilke, au sujet de l’analyse. Rilke avait trouvé dans l’écriture un moyen de s’exprimer et d’exprimer ce qu’il avait au fond de lui, pourquoi alors aller y chercher ce qui, finalement, parvenait à trouver une certaine harmonie ? Quand je vous écrit que “ça” ne vient pas, c’est exactement cela dont je parle. La feuille blanche, la peur qu’elle inspire, c’est l’expression de la disharmonie en soi. Dans mon cas, cette disharmonie, c’est d’avoir perdu de vue ce blog, mon lien avec tous ces curieux que vous êtes, que je vous connaissent ou pas. De qui j’exige de passer leur chemin s’il n’apprécient pas ce que j’écris, mais dont pourtant j’apprécie la lecture, même quand ils m’écrivent qu’ils ne m’apprécient pas. Étrange non, la relation que l’on peut entretenir avec un blog. Je n’y raconte pas tout, juste ce qui me passe par la tête et, finalement, je me censure très peu. Et la peur de la feuille blanche c’est, si l’écriture se libère, cette peur de l’inconnue où elle nous mène, car comme je l’ai maintes fois écrit, ce blog n’est pas qu’un blog, il est un journal. Ce que j’y écris est le reflet de ma pensée à un moment donné, rien n’y est gravé dans le marbre car la pensée est un matériaux terriblement volatil et changeant, elle se nourrit de l’autre, de la curiosité, de la réflexion et des sentiments. Elle entretient avec “ça” une relation complexe, car la pensée est également le produit d’une histoire individuelle dont les contours parfois très nets, peuvent par moment s’avérer très flou, du côté d’où “ça” peut faire mal. Et personne n’aime se faire mal.
    Celui qui écrit doit être prêt à avoir mal, et il doit aimer cela. J’aime la douleur que je ressens parfois en écrivant, en fait, elle alimente mon travail : la douleur est une force. On la sent à l’oeuvre partout où existent des émotions. C’est, au delà de la qualité elle même des œuvres, l’absence totale de douleur qui fait la différence entre Rondo Venezziano et Vivaldi, malgré tous les efforts des premiers pour ressembler au second. Vivaldi avait mal, au fond, tout au fond, très très profondément, mais il aimait la vie, c’était un jouisseur enfermé dans la vie cléricale. Sa musique oscille, très souvent, sur le fil du rasoir, son âme s’entr’ouvre sur des abîmes sombres où jamais le soleil n’entra, à moins que par le hasard d’une harmonie, il ne l’y invita, très brièvement, et regorge l’auditeur d’un très court moment d’espoir, et puis voilà, on referme, c’est fini, le violon repart. Aucun apitoiement, chez Vivaldi. Juste un rappel ici et là de notre profonde imperfection, de notre très grande fragilité de nous, les humains, de notre solitude et de sa marque indélébile, maman, maman, pourquoi ne me nourris-tu pas encore, il fait nuit, j’ai peur, donne moi encore un peu de ton lait, au creux de ton épaule si chaude, je n’ai pas faim, je veux juste encore un peu sentir ta chaleur, maman, pourquoi ne viens-tu pas, et le bébé pleure, et il pleure encore, et cette fois, hélas ou tant mieux, maman ne viendra pas, maman n’obéira pas, et il faudra alors que le nourrisson accepte de vivre sa vie, telle qu’elle est, dans un monde dont il n’est ni le centre, ni même un élément essentiel. La solitude. C’est un sentiment que j’ai toujours ressenti dans la musique de Vivaldi. Aux commentaires et aux emails que je reçois parfois, il me semble que c’est un sentiment que je parviens à partager avec certains d’entre vous. Pas la solitude du geignard qui se plaint toujours d’être seul. Non. Celle qui est là, quand on ne s’y attend pas, et qui vous force à allumer la télévision. Celle dont vous ne parlez à personne parce que vous savez que c’est comme ça, il faut vivre avec. C’est comme “ça”, il faut vivre avec.

    Comme vous le voyez, ouvrir sa boite de Pandore brise la glace, soudain l’écriture se libère. Je n’ai pas raconté grand chose, mais désormais l’écran n’est plus tout blanc, et vous avez compris que je suis tout en introspection. Pour être plus clair, je me réinvente.
    J’aime bien, l’idée de réinvention de soi. Parce que cela veut dire que l’on recrée du même, tout en apportant de petites corrections ici et là. Et puis, se réinventer, irait avoir une certaine idée de ce que l’on aime chez soi, en soi, et puis aussi le réalisme nécessaire concernant ce qui ne changera jamais. J’ai 45 ans, et cela, ça ne changera jamais, si ce n’est pour aller vers 46. J’ai longtemps vécu en décalage avec mon âge. J’ai pleinement envie de vivre dans mon âge pour, disons, une bonne dizaine d’années. À partir de 55 ans, en revanche, il faudra revoir la copie, opérer de très nets renoncements, et préparer ma vieillesse. Ce sera peut être le moment où je lirai “La vieillesse”, de Beauvoir, le seul que je n’ai pas encore lu. Imaginez, un essai sociologique, philosophique et anthropologique sur la vieillesse, écrit en 1961… Qui veut lire ce truc… ? Il fut pourtant, à son époque, un OVNI car il coïncide avec l’année de sortie du livre qui allait précipiter Edgard Morin sur le devant de la scène, consacré aux baby-boomers et à un concept promis à un bel avenir dans cet âge d’or du keynesianisme, “la jeunesse”. Écrire sur la vieillesse avait quelque chose d’incroyable, surtout quand l’auteur se proposa de le faire pour casser l’image du vieux et développer l’idée d’une vieillesse qui soit, aussi, une nouvelle de la vie, et non ce placard à mourir dont il est, encore aujourd’hui, synonyme.

    Je reprends ici l’écriture car il m’a fallu travailler. Me réinventer passait par un déménagement. J’avais visité quelques appartements. J’en avais trouvé un de bien, à Asakusa. Propre, clair. J’ai reçu cet après-midi un mail de refus. Pas d’étrangers. C’est la deuxième fois. Toujours, quand je demande un endroit propre, clair, on me dit que “hélas quelqu’un vient de le réserver”, ou bien que “c’est neuf, ce n’est pas possible pour les étrangers” ou alors aujourd’hui “la société de gestion préférerait, comme vous êtes étranger, que ce soit votre société qui loue cet appartement, autrement ce ne sera pas possible”. En revanche, on m’a montré plusieurs offres, des trucs pas refaits, exposition nord, à tatamis toujours, au deuxième étage souvent, et l’un avait même cet charmant commentaire, “animaux admis, colocation d’étrangers acceptées”. Par principe, je n’ai même pas voulu visiter. J’ai eu droit au racisme en France, mais encore est ce une question d’individus. Il y a des propriétaires cons, et il y a les autres, une grande majorité. Dans le cas du Japon, je l’avais souvent lu. Il y a même une commission gouvernementale sur le sujet, et il y a une rencontre des professionnels de l’immobilier en juin, à ce sujet. Car en fait, le Japon se taille une réputation affligeante auprès des entreprises étrangères à ce sujet là, et Singapour offre, outre des coûts moins élevés, une relative relation de confiance envers les étrangers. Ici, c’est simple, on est considérés comme sales et causeurs d’ennuis. Aux étrangers les taudis. Maintenant, il faut avouer que les Japonais ne sont pas toujours mieux traités. Mais là, ce sera un triage social. Si un Japonais peut payer, il habite où il veut. Pas un étranger.
    Il y a d’ailleurs tout un business autours de cela. Des propriétaires, des agences spécialisées dans les étrangers. Qui louent à des prix incroyables. Ou bien qui louent des chambres dans des guesthouses soit disant pas chères, mais où bien souvent le loyer de l’un est le prix de l’appartement ou de la maison elle même. Où j’ai habité à Kagurazaka, ma chambre de 6 tatamis me coûtait 85000 yen. Il y avait 6 étrangers dans cette maison de deux étages. Soit deux appartements en colocation. En fait, un piaule comme ça, ça vaut 20000 yens à tout casser… Et encore, Jun, en riant, m’a dit que ce serait même le prix pour la maison entière…
    Donc, voilà…

    Tellement énervé par cette histoire que je n’ai ni terminé ni publié le blog. Longue conversation avec Yann ce matin. Comment un pays ayant tant d’abords plaisants peut il a se point se révéler haïssable ? Méprisable ? Et petit, mesquin ? Je dis cela en ayant conscience que les habitants ne se font pas, eux non plus, de cadeaux. Un pays archaïque, où le maire de la capitale, machin chose Ishihara, a encore récemment fustigé les homosexuels, et où son discours passe, finalement, comme une lettre à la poste…

    J’ai vu des images de Paris et, pour tout dire, je n’en reviens pas, je ne pense pas avoir jamais vu autant de neige. Peut être si, durant l’hiver 1987…

    (message non terminé)

  • Pulp, something changed. Bientôt… et il n’y a pas (si) longtemps…

    Pulp, something changed. Bientôt… et il n’y a pas (si) longtemps…

    Vendredi 17 septembre 2010
    Alors là, vous pourrez le dire, l’écrire, le crier sur tous les toits : oui, ça fait longtemps que je n’avais pas écrit sur ce blog… Un peu de paresse après les vacances, le travail, et puis ce sentiment que j’ai parfois de ne rien avoir à raconter… Je me suis donc contenté de poster quelques albums photos témoignant de la fin de l’époque des matsuri.
    Cette semaine, les températures qui avait si longtemps dépassé les 30°C ont chuté spectaculairement, les nuages sont apparus plus nombreux et il a plus abondamment. C’est l’automne.
    Dans quelques jours maintenant, cela fera quinze ans que j’aurai eu 30 ans.

    J’etais passe voir comment ca se passait a Tolbiac, fin octobre 1995, alors qu’une greve etudiante demarrait. On connait la suite…

    Cela fait un peu bizarre de l’écrire comme ça. Hier, je suis tombé sur une vidéo de Pulp sur Youtube, Something changed. Je me souviens bien de la première fois où j’ai entendu ce titre. J’avais bien écouté l’album plusieurs fois, mais je n’avais pas noté cette chanson. Et puis il y eu les grèves de décembre 1995, cet instant divin, où sur Paris le temps s’est arrêté et où les gens ont commencé à se parler. J’ai fait de belles promenades en stop, et puis j’ai aussi beaucoup marché. Je défie quiconque de trouver de mauvais souvenirs. Même les gens de droite que je connais, tout hostiles qu’ils étaient, en ont de bons souvenirs. Nous avons pris notre mal en patience pour les transports, et finalement, tout a été assez dépaysant… Ca a été pour moi comme l’ultime bilan du socialisme mitterrandien. Un fort esprit de solidarité dans une France apaisée bien que fortement conflictuelle. Tocqueville disait que les Francais ont l’esprit d’égalité, et jamais ce ne fut plus vrai. Nous avons partagé.
    Il faisait assez froid. J’habitais alors avec Julien à la Porte de Pantin. Cette grève m’a rapproché du centre dont je venais de m’éloigner. Je faisais de belles promenades qui très souvent se détournaient par le jardin des Buttes Chaumont. Un jour, alors qu’il faisait froid, donc, sous un gros manteau, et alors que ce dimanche il n’y avait pas de métro, j’ai traversé le parc. Il n’y avait personne, que quelques gays marchant ici ou là du coté de l’ancienne petite ceinture.
    J’aimais, et j’aime toujours la drague en plein air. Où la conversation a sa chance et où l’on goutte ces possibles coups de foudre d’une journée, d’un après-midi, d’un soir ou d’une nuit, avec les gestes et les mots d’une vie entières. Et les au revoir sourire, on ne se reverra certainement pas, mais on s’aime bien quand même… J’ai eu deux amants réguliers quand j’habitais par là bas. On se croisait, on bavardait et il nous arrivait de finir la journée ou la nuit ensembles.
    À cette époque, je veux dire entre mes 30 et mes 34 ans, j’ai émergé de ma longue dépression. Ce ne fut pas facile du tout, mon esprit abritait des contraires inconciliables et la vie que je m’étais faite au sortir de l’adolescence s’était progressivement refermée sur moi comme un piège redoutable. Mon analyse m’avait ranimé, mais j’avais encore beaucoup à reconstruire, et finalement aussi, beaucoup à construire, tout simplement. J’avais repris mes études en 1993, et en 1995, j’étais enfin à la Sorbonne… Je m’étais fait des amis, Lisa, Joel, Julien, Aurélie. Et Nicolas. Les Spont’Ex. Et autours pas mal de monde. La politique était revenue dans ma vie d’une façon incroyablement créative. Depuis l’été 93, j’avais appris à aimer le soleil que j’avais fui pendant tant d’années. J’avais passé mon été 95 à me promener à Tata Beach et à faire des siestes au bord de la Seine, juste pour le bruit de l’eau. Début 96, pour les obsèques de Mitterrand, j’avais recroisé Pascal Abel, et ça m’avait fait terriblement plaisir. Par la suite, nous nous étions revus et l’été qui suivrait, c’est en sa compagnie que j’irais, après une soirée chez lui et Bertrand, au bal du quai des Tournelles, que j’enchainerais par une promenade au jardin Sully, face à l’IMA, contemplant le levé de soleil au bord de l’eau, regardant les canards se réveiller, sortir leur tête les un apres les autres de sous leur plumage, et m’allongeant à même les pavés, m’assoupissant les oreilles toutes remplies du bruit des vagues de la Seine, la casquette sous le crâne, et puis, une main délicate dans mes cheveux, un sourire. Les canards…
    J’ai des souvenirs terriblement doux, cohérents, ensoleillés de mes 30 ans. Cet hiver la, le chocolat chaud le dimanche avec Freddie et son fils Lassina.

    Je n’oublie pas la Section Montesquieu. J’avais repris contact avec la Federation de Paris du Parti Socialiste. Et j’avais proposer de créer une section socialiste à la Sorbonne. Avec Nicolas, nous avions composé un tract en mode majeur, entièrement positif. Une invitation à faire de la politique, un monde meilleurs, cosmopolite, démocratique. Bâtir une société douce et moderne. Ça m’avait valu pas mal de railleries de la part de camarades. Il n’y avait qu’une militante d’extrême gauche, du SCALP qui avait regardé et avait dit “pourquoi pas”, en souriant. Je faisais ainsi connaissance de Luc et d’Éric, qui allèrent aussi devenir des amis. Céline, et puis Manuel. Montesquieu, c’est la plus incroyable section socialiste qui aie jamais existé, je pense. Une bande d’intellos, normalement, ça ne fait pas de politique, ou en tout cas, pas dans un parti. Et quand ça en fait, ça ne crée pas de section socialiste. Et ca ne diffuse pas de tracts. Nous? Si! Montesquieu occupe une grande place dans l’année de mes 30 ans. J’étais un rmiste illégal : je veux dire par là que j’étais rmiste, je faisais un CES (d’abord une compagnie théâtrale, puis un lycée d’art appliqué, rue Ganneron), et je faisais des études, ce qui est interdit. Le RMI n’est pas fait pour s’en sortir. Mais pour y rester. J’ai donc enfreint la loi pour m’en sortir… J’en suis très satisfait.
    Quand j’ai eu mes trente ans, donc, ça a été comme une nouvelle période de ma vie. Je passais beaucoup de temps en bibliothèque, je dévorais Balzac…
    Les grèves de décembre y sont inscrites en creux, avec mes promenades dans Paris, celles qui allaient se multiplier et me suggérer d’acheter un vrai vélo pour me promener. Avec les Buttes Chaumont et les promenades au Parc de La Villette, les matinées et les après midi France Culture. Et les fêtes avec Julien dont c’est l’anniversaire aujourd’hui et avec qui je groupais le miens. Pour mes 30 ans et ses 20 ans, on a fait connaissance avec LA voisine. Elle n’appréciait pas qu’on danse au dessus de chez elle. La pauvre…
    Je crois aussi que c’est à cette époque que j’ai commencé à ne plus penser à Jacques dont le fantôme m’a longtemps hanté.
    Oui, donc, il y a 15 ans et quelques jours, j’avais 30 ans. J’habitais à Paris. L’été qui suivrait, en vacance chez ma mère, je tomberais sur un programme de France Culture sur Tanizaki, alors que le Monde publierait un article sur Sartre au Japon. Le même jour, à la radio, un concert avec Emma Kirkby chantant Haendel. Je me souvient très bien. Tout cela, le même jour, à même pas une heure d’intervalle, c’était trop, pour moi. J’ai explosé, je ne pouvais plus arrêter mes larmes.
    Je crois que ça a été la première fois de ma vie que j’ai vraiment pensé que je pourrais être heureux.
    Je me revois, marchant dans le parc des Buttes-Chaumonts, les écouteurs sur les oreilles, et soudain, moi, dans le froid, au milieu des arbres, dans un Paris en grève, écoutant une chanson que j’avais jusqu’alors seulement entendu.
    I wrote this song
    2 hours before we met
    I did not know your name
    …
    Les canards…
    De Tokyo
    Madjid

  • cadeau : Pink Floyd, Astronomy Domine, 1967

    cadeau : Pink Floyd, Astronomy Domine, 1967

    J’étais trop jeune en 1967, mais en 1984, le revival psychédélique, l’Acid Rendez-vous…

  • Tokyo, Decadi 20 Nivose 217

    Tokyo, Decadi 20 Nivose 217

    Fin de la 11eme Decade de 217. De Primidi a Tridi, c’est conge.  En Gregorien, cela donne une “fin de semaine” plus un lundi ferie.

    Ce matin, il fait tres froid dehors, il pleut a peu pres partout, et il semblerait meme qu’il ait neige dans le coeur de la capitale : ce n’est qu’un passage, il devrait faire beau de nouveau toute la prochaine decade. J’occupe mes journees comme je le peux., bref ma maison est impeccablement soignee. Je regarde (j’avale) des series americaines, comme Nip/Tuck. Une vraie merde, Nip/ Tuck : apres une premiere saison correcte, l’histoire de deux chirurgiens esthetiques – un cynique play-boy et un “gentil” pere de famille-, on tombe dans le melo hetero pur jus, le play boy se revelant un gros salop et le gentil de plus en plus machiste et saupoudrant sa vie de violence domestique.
    Il faut avouer que sa femme vire progressivement a la vraie cruche qui passe son temps a dire pardon. Les maitresses, elles, se succedent, passant au plumard apres avoir perdu la graisse du bide et pris deux tailles de soutif sur le billard. Elles attrappent des gosses, aussi, et le VIH parfois. Bref, le vecu minable de deux heterosexuels blindes d’argent qui ont des problemes de classes moyennes, le public cible des scenaristes: la garde d’enfant dont je me soucis comme de l’an 40 (je reformule ma question, pourquoi doit on se moquer de l’an 40 ?), leurs divorces, leurs femmes entre poufiasses peroxydees, liposucees et gourdes de premiere categorie, leurs psy/profiler/inspectrices/etc/femmes de tetes (forcement) obsedees sexuelles qui, vengeresses, tranforment ces gros cons laches et machos salopard en pauvre victime incomprise qui a traverse une enfance malheureuse. A gerber.

    Avec Jun, nous louons Ugly Betty, c’est amusant, bien vu. Nous avons acheve Atsu Hime, j’ai verse ma petite larme. J’adore pleurer sur la vie des princesses, c’est peut-etre un reste de mes origines sociales, tiens, et de ma mere qui plaignait la “pauvre” Soraya, la femme du Shah d’Iran. J’avais ete vane en ecoutant la chanson de Marie-Paul Belle, Les larmes de Soraya…

    Ici, la crise economique tourne a la crise politique. En fait, depuis le depart de Koizumi, les Japonais ont le sentiment de ne plus etre gouvernes, ou plutot si, par des premiers ministres tous plus incompetents les uns que les autres. Il y a eu Abe, d’abord, l’ultra reactionnaire depressif qui a demissionne “pour raisons de sante”. Puis il y a eu Fukuda, le dynamique papy de 72 ans, choisi (a mon avis) pour son cote “modere” en matiere internationale, histoire de faire bonne figure pour le G8 de Hokkaido et les jeux de Pekin. Degage en Vendemiaire (septembre, en Gregorien) juste apres les JO par une fronde menee par le nationaliste (au sens annees 140 du terme -1930 en Gregorien-, je ne blague pas du tout) et tres catholique (je me demande si on ne devrait pas petitionner pour le faire excomunnier, tiens…) Aso. Son credeau, la relance economique. Manque de chance, il se revele le plus lamentable premier ministre ever, tombant en Frimaire a 21% de bonnes opinions. Grace a lui, l’opposition est quasi certaine de gagner les elections de Fructidore prochain (du 22 aout au 21 septembre en Gregorien). Ce type est vulgaire au vrai sens du terme, usant et abusant de vulgarites verbales qui ont fait sa “popularite” un temps, mais qui desormais le coulent a vitesse grand V : imaginez Bigard premier ministre.
    Le bonhomme a aussi fait parler de lui pour etre amateur de mangas : a Akihabara, il y a des tonnes de mascottes Aso. Aso, le premier des puceaux Akibakei. En fait, il est une tres mauvaise publicite pour tout ce qui touche au Japon de pres ou de loin, et le moment ne va pas tarder ou il va etre vraiment deteste (hormis chez les puceaux occidentaux fans de Maid, de mangas “lolitas” “trop cools” et qui delaissent leurs jeans de merde, leurs TShirts noirs delaves et leur allure de puceaux louches quand ils viennent au Japon pour s’habiller Visual… Imaginez une Australienne, ou Francaise, ou Americaine de 28 ans, avec ses 15 kilos de surcharge ponderale, son acnee, habillee comme Candy-Candy… Ca fait rire les Japonais : normal, c’est un trip d’adolescente de 15 ans, ici ! Les filles plus agees qui s’habillent comme ca, en fait, c’est leur travail. Entraineuses dans des bars a Geeks-neo-puceaux de 30 ans dans le quartier de Akihabara. La culture Aso…).
    A Kamakura, debut Nivose. Un (riche) mariage dans un (riche)  sanctuaire Shinto, des musiciens jouent du Gagaku (forme musicale importee de Chine vers le 8eme siecle). Je prenais de photos, quand  Jun me demande en riant si j’aime bien photographier de riches Japonais traditionalistes de droite. On a beaucoup ri…
    Les informations TV sont en ce moment pleines d’histoires d’interimaires licencies, de SDF et, nouveaute, d’employes fixes menaces de licenciements et conduits au chomage partiel. Toyota va fermer 11 jours en Pluviose et Ventose et Sony a licencie 8000 personnes, Canon 1500. C’est la crise… De mon cote, je cherche du travail mais je vous avoue ne pas foncer non plus : ce mois-ci, il n’y a rien du tout. Le pire est que c’est en ce moment partout pareil… Je ne fonce pas car je ne tiens pas a faire une depression nerveuse, quand il n’y a rien, il n’y a rien. Si vous avez des pistes…
    Debut Nivose, j’ai recu mon Decadaire mail-spam de Joost qui m’informait que desormais l’application Joost etait inutile et que desormais l’ensemble des programmes etait directement accessibles sur Joost. S’ensuivaient les programmes de Noel. J’ai fonce sur Ministry of Sound. Ca m’a fait tout drole de revoir tous ces video clip de Dance avec des filles (mais aussi des types) a moitie (aux 99/100eme) a poil… Ca m’a fait tout drole car j’ai compris en un eclair que je vivais dans un pays pudibon ou les acteurs font visiblement semblant de s’embrasser dans les doramas (cela n’a pas toujours ete le cas, ils y a 20 ans, ils s’embrassaient), ou les homosexuels sont totalement invisibles et ne se outent pas, ou les series americaines sont quasiment inexistantes (il faut les louer a Tsutaya, ce que font massivement les -pauvres- Japonais), que ce pays vivait reclus des grand courants “jeunes” du monde entier au point que les seuls artistes “etrangers” a la TV sont des artistes purement locaux, a l’image, dans les annees 180 de droite (annees 1970 en Gregorien),  de nos Dalida l’Italienne/Petula Clark l’Anglaise/Jane Manson l’Americaine/Nana Mouscouri la Grecque/ Rika Zarai l’Israelienne/ Enrico Macias l’Algerien/ Yvan Rebrof le Russe, etc… J’ai ressenti en un millioniemme de seconde le caractere quasi consangain de la “J-Pop”, le hold-up opere sur ce nom lui meme, cree il y a 15 ans pour des artistes “ouverts sur le monde” et participant de la musique mondiale comme Towa-Tei (ex DJ de Dee Lite, le groupe anglais), de Cornelius et Pizzicato Five, et qu’on aurait pu donner sans que ce soit vole a la (brillante) Togawa Jun mais aujourd’hui dispense a toute la variete “fermee” du Japon, toutes ces chansons qu’on a deja l’impression d’avoir entendu 1000 fois, avec toujours les memes voix, les memes sapes, ces especes de simili petites filles a la voix boudeuse, ces “Johnnies” habilles comme des cloches… Le plus insense, c’est le replacement dans le contexte. Pas un sein, pas une cuisse, mais des salles de jeu partout, des patchinkos et des bars a hotesse a foison, des filles et des hommes qui tapinent comme si c’etait normal, mais en cachette, avec la respectabilite qui se gagne a force de sacs Vuitton et de lunettes Chanel.
    Qu’on me permette de preferer la “decadence” : je ne supporte plus cette pudibonderie (hypocrite, avec ses ribambelles de pucelles professionnelles) japonaise, d’autant qu’elle n’est au Japon motivee par aucun motif religieux. Allez, speciale dedicace aux puceaux accrocs a la Jpop : quitte a ecouter de la merde… (pour ceux qui preferent la musique, il y a un lecteur sur le cote).
    Allez, je vous laisse.
    De Tokyo,

    Suppaiku

  • Après le typhon, après le tremblement de terre…

    Après le typhon, après le tremblement de terre…

    Bon, oui, je suis d’accord, je n’ai pas beaucoup écrit depuis une semaine… Et pourtant, il s’en sont passés, des choses, par ici. A propos du tremblement de terre, comme je le disais à mon ami Alain dans un mail cette semaine,
    “Moi aussi, je dois aller à la gymnastique. Ici, malgré le passage d’un typhon ce week end, la température a fortement chuté et il doit ne faire plus que 22/23°… La semaine dernière, malgré l’humidité, il devait bien faire en moyenne 25° la nuit et 28 le jour… Cela étant, il semblerait que ça va remonter. En tout cas, aujourd’hui, il fait gris.
    La saison des pluies ne devrait pas tarder à s’achever et laisser leur place aux grandes chaleurs de l’été.
    J’ai été mal à l’aise toute la journée de lundi, en fait, et à l’affût de la moindre oscilation. J’ai été très impressionné par la secousse de lundi matin. Habituellement, en effet, les secousses ne sont qu’horizontales, un peu comme si tout autours de soi était monté sur roulettes et se mettait à bouger. Ce genre de secousse, bien qu’impressionnante la première fois, n’est pas trop dangereuse et n’est pas caractéristique des grands tremblements de terre. La première fois où j’ai ressenti cela, c’était dans un grand Starbuck. Tout le monde s’est tu deux trois secondes le temps d’évaluer la menace. Puis la vie est repartie. Je n’ai pas eu peur… Il y a deux semaines, dans l’immeuble où je travaille, idem. L’immeuble est élastique et on l’a bien ressenti. Ca a bien secoué mais c’était toujours ce côté “sur roulette”.
    Là, ça a été très différent. Et nous aussi, comme les animaux, on doit avoir des capteurs de ce truc là, il y avait comme une sorte de grand silence, je ne peut pas expliquer. J’étais avec une élève, elle a ressenti avant moi. Cette fois ce n’était pas horizontal, mais plutôt comme du “flottement”, on voyait son parabluie osciller (posé sur un boin de la table), sa boisson osciller, et puis ça s’est intensifié, mais toujours comme du flottement bref, vertical. Là, j’ai commencé à avoir peur, et tout le monde à l’étage aussi. Il y a comme une gène : on se met sous la table, ou pas ? Ca a duré une minute. Il n’était pas violent à Tokyo, mais cela étant, très impressionnant.
    Les Japonais ont raison d’avoir une autre échelle que Richter : mesurer l’énergie libérée par le seïsme est bon pour les scientifiques. Mais rien n’est comprarable entre une magnitude 7 à 20 km de profondeur et 7 à 100 km… Les Japonais mesurent donc à l’aide des effets visibles et ressentis.
    Ce seïsme, bien que seulement de 6,8, était extrèmement violent puisque c’était un 6 fort selon l’échelle japonaise comprenant 7 degrés. A Tôkyô, c’était 3 : on a peur, certaines personnes veulent sortir, on sent les choses bouger autours de soi. A partir de 6, les vieilles maisons sont endommagées et peuvent tomber, certains immeubles sont touchés. A 7, même le béton renforcé peut céder sous les contraintes. A partir de 5, on tient de plus en plus mal debout et à 7 on tombe où qu’on se trouve.
    Je n’ai pas le détail, ce que je sais c’est que l’épicentre était à 20 km en mer, ce qui est proche. Il devait aussi être peu profond car il a donné à plein. Il n’y a pas longtemps, il y a eu un 6,6 pas loin de Tôkyô, ça a donné une force 3 sur l’échelle japonaise : il était à plus de 100 km de profondeur.
    Je suis allé à une exposition Le Corbusier lundi soir et je me suis souvenu d’une promenade un dimanche après-midi dans le 16ème, il faisait très beau et un couple aristo-bourge achetait une poignée de ci et une pincée de ça dans une supérette. Nous avions parcouru le quartier, rue Mallet-Stevens ici, Fondation Le Corbusier là…
    Joëlle fait sa première exposition à Tôkyô dans deux semaines. C’est fou ce que je vois Joëlle depuis que je suis à Tôkyô… Et ça me fait plaisir de la voir, je pense à vous tous…”
    Voilà. Sinon, timidement, je me remets à faire, honteusement, du japonais, en rabaissant mon niveau : j’ai perdu beaucoup de vocabulaire et, si je suis capable désormais de faire de longues phrases, mes structures sont devenues imprecises et je ne pourrais guère progresser dans ces conditions là. Bref, je me mets à un niveau inférieur au JLPT3, que je possède pourtant (haut la main!).
    J’ai beaucoup téléphoné, cette semaine. A Tarika, au Portugal, ou à ma mère. La semaine dernière à des collègues de BNP Paribas.
    J’ai changé la vidéo musicale. Mary goes round est, avec 2 ou tros autres morceaux “pop”, chez moi, la fin d’une époque, la fin d’un rêve, mais aussi la fin de ce que j’appelle les “vraies années 90”, celles commencées au détours des années 85/87 et qui se sont achevées dans les dunes du désert Irakien en janvier 1991. A Paris, les années 80 “cinquantisantes” (mode) et “vingtisantes” (esthétique) cédaient la place au double mouvement “soixantisant pop” (mode) et “baroquisant” (esthétique). Deux “évènement symboles” : en 1984, dans la foulée de l’Acid’rendez vous de Nouma Roda-Gil, toute la “bande” psyché/psycho s’était retrouvée à la Porte de Versaille pour le concert des Smith avec les Rita Mitsuko en première partie. La première osmose “love” des 80’s, je pense, avec brassées de roses de Morrisey et défilé de mode “pop” de Chachnil et des boys simili Beattles version Sergent Pepper. Chemises à fleurs, grands cols… le public n’en revenait pas de voir une cinquantaine de personnes aux antipodes de l’esthétique dominante ! C’est à cette époque qu’est sortie l’OVNI musical The Dukes of Stratosphere (en fait XTC), sommum néo-psychédélique avec effets stéréos… Le deuxième évènement fut la représentation (recréation depuis 300 ans) de l’Opéra Atys, de Lully par Les Arts Florissants et le ballet de Bagouet. Le public découvrait en fait l’aboutissement de 30 ans de travail de recherche sur cette musique “baroque” oubliée et “romantisée” quand elle avait été redécouverte. Les sonorités des instruments anciens étaient “acides”, les rythmes réapparaissait : Paris fut conquit et d’un seul coup le design se refit courbe après une décennie d’angles aigus. Politiquement, l’arrivée de Gorbatchev et la domination socialiste Mitterrandienne sur la construction Européenne semblaient autoriser les rêves les plus fous : un monde sans l’Amérique, bâti sur le droit.
    Londres inaugura l’ère des summers of Love. Nous étions de nouveaux Hyppies, et cette fois-ci nous serions le nombre. Je me laissais pousser les cheveux, je roulais à vélo : c’est à cette époque que nous naquirent, nous les “décallés” que les sociologues appelèrent plus tard les “bobos”. Nous aimions les vieux cafés, nous courions les guinguettes sur la Marne. Mary goes round raconte tout ça. C’est aussi les dernier disque de pop que j’ai acheté. J’ai survécu au cul de siècle dans lequel nous sommes tombés en 1991 en écoutant de la salsa (Paris Latin Salsa !) et bien plus encore de la musique baroque. J’ai craqué 6 mois sur le bebop. J’ai dévoré des livres, des classiques, j’ai couru les expos, et oublié le pop. Vers 94, je me contentais de musiques légères, ce que certains appelèrent easy listening, après avoir revisité les 80’s le temps de quelques mois très… Spont’ex! C’était en fait les 2000’s qui pointaient le bout de leur nez. J’ai détesté les platform’ boots des années 93/97.
    Voilà, je vous laisse avec Mary’s Garden, ultime comète de nos belles années 90, sorti fin 89. Ah oui, c’est un groupe parisien dont les membres racontent aussi très bien “nos” eightees.

  • OKAMURA Yasuyuku, bubble man

    OKAMURA Yasuyuku, bubble man

    Allez, la Bulle, c’était aussi valable pour les hommes… Encore plus que le look des filles et du chanteur, repérez la “composition géométrique” de couleurs primaires héritée des années 20 et fort utilisée dans les années 80… Mieux qu’une vidéo, un témoignage !