Cet été, soyons folles! Soyons filles!

Cela faisait des années qu’Hollywood ne s’était pas décidé à faire un film qui ne servirait à rien d’autre qu’à prendre du plaisir à le regarder avant de mettre le paquet pour en faire la promotion.

Cela faisait des années qu’Hollywood ne s’était pas décidé à faire un film qui ne servirait à rien d’autre qu’à prendre du plaisir à le regarder avant de mettre le paquet pour en faire la promotion. Un truc comme ces comédies musicales des années 50, comme Grease, avec des couleurs bubble-gum et des personnages plus caricaturaux les uns que les autres. Un film fait avec une esthétique « nouvelle » – entendre par là avec des référents oubliés. Une méga-production qui romprait, par exemple, avec l’esthétique Tim Burton, ou un truc qui se déciderait à ne pas faire de « revival 80s », ces trucs moches qui tombent toujours à côté de la plaque parce que, ben non, c’était pas ça, les eighties.

Cette semaine sort Barbie, donc, et ce que j’en ai vu, c’est complètement ça. Un film qui ne sert à rien, totalement futile, un pied de nez au sérieux ambiant avec des couleurs toutes plus « horribles » les unes que les autres, et Hollywood qui a décidé de mettre le paquet. Et vous savez quoi, I love it! Et le plus fou, c’est que cette superficialité assumée, l’humour de fille à peine déguisé, c’est le truc le plus eighties jamais sorti depuis des lustres. Si si!

Parce que les eighties sont impossibles à revivaliser. Les années 80, c’était un état d’esprit plus qu’un style. C’était.. Rire en attendant que les Russes et les Américains se décident une bonne fois pour toute à annihiler l’humanité. Piquer les talons aiguilles années 50 de maman et les chaussures à semelles épaisses de papa pour aller danser faute de trouver du boulot – ben ouais, c’était déjà la crise. Être années 50 avec le perfecto et tout ce mois-ci et définitivement années 60 les mois d’après parce que les années 50, c’était trop ringard, avant de se faire un look Robert Smith deux mois plus tard parce qu’on est pas dans les années 60, sans dèc! Et puis de toute façon, on passerait au look dandy années 40 avant la fin de l’années, trop classe.

Comment on peut revivaliser un état d’esprit, hein?

Ben, en cherchant surtout pas à le faire, et qui sait, ça peut finir par arriver.
Mais s’il y a bien un truc qui manquait dans les pseudo revivals années 80, c’est le dépassement de la culture gay. On était moteur de la décennie, enfin, de sa période 1975-1985, parce qu’après, on a commencé à mourir. On a gardé l’humour, mais c’était moins drôle,
« – tu as des nouvelles de Machin?
« – t’es pas au courant?

Entre temps, je veux dire, depuis, il y a eu nos victoires politiques – l’égalité au mariage, par exemple-, et les trithérapies. Et puis on a commencé à voir les personnes trans sortir elles aussi du placard, et puis il y a eu ce truc de sciences sociales avec piercing et cheveux décolorés et maquillage, le queer (je vanne mais la déconstruction des genres assignés par l’éducation, ça mérite vraiment pour passer à autre chose). Et voilà qu’on a perdu toute forme d’humour en cours de route, et surtout beaucoup parmi nous se sont embourgeoisés. Il y en a qui sont tellement sérieux (et sérieuses), qu’iels ont décidé de s’allier avec l’extrême-droite pour faire la chasse aux personnes trans et dénoncer les « théories du genre ». Gay, oui, mais pas tantouses, ah, ça non!
Des bananes, quoi, volontaires pour se faire gazer la prochaine fois!

Eh bien le film Barbie, c’est la réponse de l’époque qui vient à l’époque qui s’achève, et ça, Hollywood sait terriblement bien faire!
Et puis, comment ne pas y voir, derrière ce rose bonbon aux allures plastiques le retour d’une forme d’humour camp, girly, c’est à dire complètement pédé, superficiel, où la présence du Johnny bogosse emmerdeur Ken nous venge de tous ces types qui se prennent pour des mecs avec leur masculinité brushée qu’on voit surgir jusque dans nos rangs où a émergée la panique antitrans des ringards « LGB »…

Barbie, au delà du film de filles pour les filles, c’est pour toutes les filles, même les filles poilues avec une moustache! Un film pour toutes toutes toutes les filles, beiges ou ébène, petites ou grandes, jeunes ou vieilles, les gym Queen ou les freluquettes, toutes les filles, même les pédés et leurs grandes copines filles à pédés! C’est un film pour nous rappeler l’humour gratuit, superficiel, celui qui peut se faire grave derrière le mascara, et puis le glamour qu’il y a dans les films rétro qui ont inspiré les eighties, dans les drag queen et les chaussures à talon!

Et puis son avalanche de couleur, c’est peut-être l’occasion de sortir de quarante ans de cette grisaille venue des années sida, de saturer nos yeux, d’être criards et visibles, comme Barbie, et d’esquisser, qui sait, une nouvelle époque où les Zemmour, les Macron, Naulleau, Le Pen, Valls, Fourest, Schiappa, et autres Ciotti se retrouveront à la place qu’ils n’auraient jamais dûe quitter, celle des ringards de chez ringards.

Le film sort ici le 11 août, je n’attends pas un essai de philosophie, juste un grand splash de couleurs avec plein de filles, le tout enrobé de chansons faciles…
En attendant, pour l’été, savourons les couleurs! Ça fait mal aux yeux, comme le soleil en août, et ça fait tellement de bien!
Cet été, soyons folles! Soyons filles!


Commentaires

2 réponses à “Cet été, soyons folles! Soyons filles!”

  1. Avatar de FREDERIC BERTHÉLÉMÉ
    FREDERIC BERTHÉLÉMÉ

    C’est super car la sortie de ce film t’a donné la pêche mais l’as tu vu depuis?? Contrairement à toi je n’ai mais alors aucune envie de le voir… Je vais peut être louper un truc… mais suis pas sur que ça fasse un énorme tabac comparable à Grease à l’époque. Je t’embrasse
    ~frédéric

    1. J’attends la sortie, et je compte bien le voir, histoire de m’asperger de couleur rose bonbon 🙂 Je n’attends absolument pas un chef d’oeuvre juste quelque chose d’efficace. Je doute qu’il remplacera Hairspray ou Pleasantville dans mon Panthéon de ce type de film, mais bon, on est en 2023, et Hollywood a décidé de faire un truc futile. Ca me va!
      Je t’embrasse.

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