Cela fait des années que je me suis habitué à l’idée de vieillir, alors, prendre pied dans la cinquantaine est une idée qui s’est installée et avec laquelle je me suis familiarisé
Auteur/autrice : Madjid Ben Chikh

Les âges de la vie. Automne.

#SUICIDE
L’espace d’une fraction de seconde, Anne Frank en moi se brise une seconde fois
Il y a à peu près deux semaines, je me promenais et pensais à tous ces attentats, à la déferlante de haine qui suintait des messages et commentaires sur les réseaux sociaux, ma pensée allait et venait, s’enroulait autours de cette incroyable bulle financière faite de crédits dérivés adossés à des titres dont plus personne ne peut véritablement donner le prix, à savoir les dette publiques, désormais achetées par les banques centrales, ces mêmes banques centrales ayant délesté les banques de leurs autres titres à la valeur également très difficile à évaluer, et j’arrivais comme toujours quand j’y pense, à l’inéluctabilité d’une crise monétaire d’envergure quand on commencera à douter de la valeur même des monnaies, de la valeur même des banques centrales sensées donner, garantir la valeur des monnaies dont on oublie trop souvent qu’elles ne sont que du papier, c’est à dire des reconnaissances de dette, et alors la simple perspective de ce télescopage d’une violence grandissante dans la société et d’une crise financière majeure pour laquelle nous n’avons ni les outils théoriques, ni même pratiques m’a, l’espace d’une fraction de seconde, plongé dans un désarroi politique profond. La pensée du suicide m’a effleuré.
J’aime l’idée du suicide, l’idée de se retirer volontairement du monde, non pas pour pointer le doigt sur telle ou telle personne de son entourage, mais simplement pour exprimer que l’on a fait son temps, et que prolonger ce temps est inutile.
Je sais que l’idée de la mort volontaire est une idée contraire à tous les principes moraux du monothéisme, et que le bouddhisme est lui-même très intransigeant à l’égard de la mort volontaire, et pourtant nous sommes environnés de telles violences déclenchées par les activités de nos sociétés qu’il y a là quelque chose de paradoxal, puisque nous donnons la mort à grande échelle à l’aide d’engins de morts qui représentent l’un des secteur économique les plus important, on célèbrera Hiroshima dans quelques jours, et on trouve anormal qu’un individu quitte le monde pour la raison de son choix et au moment de son choix.
En réalité, la mort volontaire devrait être un sujet de conversation banal, ordinaire, et nous devrions accepter que le suicide ne soit en rien un échec de la société ou un échec social, car il est avant tout un choix individuel.
Il est une part de cette lâcheté que nous portons tous en nous, de cette fragilité et de cette fatigue que nous traversons tous tout au long de notre vie, et qui un jour se fait un peu plus forte, un peu plus douloureuse, et alors on se dit que ça suffit, tout simplement.
Dans les sociétés anciennes, dans les sociétés où la religion guidait la vie des hommes, il y avait des sages, des prêtres, des guides moraux avec qui il était possible de parler de ce sentiment de fatigue existentielle inhérent à la condition d’être humain, de sa douleur intime, et si ce sage, ce prêtre trouvait et la patience, et la qualité d’écoute, et les mots nécessaires, alors on pouvait trouver le répit et la force morale pour continuer et retrouver un sens.
Nos sociétés modernes ont rompu ce lien et hormis le psychanalyste, il n’y a plus rien ni personne pour avec nous mettre le temps entre parenthèse, nous assoir et mesurer le chemin parcouru en défaisant ces valises trop lourdes de la vie. Jamais le psychanalyste n’arrivera à la gratuité du vieux sage. Et jamais les amis n’auront et la force, et la capacité de nous venir en aide dans ces moments, car ce n’est hélas pas leur rôle.
Quand l’envie de mourir nous prend, il n’y a plus qu’une solitude triste, un vide gigantesque qui s’ouvre sous nos pieds, et le plus simple nous semble alors d’être de se laisser glisser.
Voilà, c’est fini…
L’espace d’un instant, dans un dernier souffle de conscience ressurgit la facilité de l’abandon du nouveau né qui se rebelle contre son sort mais dans un sens inverse. La mort, c’est le retour dans le calme de la matrice, c’est dé-naitre.
La pensée de ma propre mort est une pensée qui m’est familière, et je suis heureux de vous en parler ici car malgré tous les tabous que cela soulève, je sais parfaitement que parmi vous nombreux sont celles et ceux qui ont visité ce territoire fait d’une grande lassitude vis-à-vis de soi, vis-à-vis de tout.
Avec tant de gens prenant des médicaments pour dormir, je ne doute pas un instant qu’un grand nombre d’entre vous soient des suicidaires en puissance. Et il n’y a rien de mal à cela.
Je n’ai pour ma part jamais pris quoi que ce soit pour dormir ou me sentir mieux, j’ai traversé seul ces nuits d’angoisse où la mort se présente comme la seule possibilité. Et comme vous le savez tous, j’ai eu recours à la psychanalyse il y a très longtemps.
Cette pensée à l’époque où j’ai commencé mon analyse, en 1992, était si forte que j’ai pris l’habitude de me considéré comme déjà mort, car j’étais à deux doigts de le faire, sans même vraiment m’en rendre compte. Je ne l’ai pas fait, mais par respect pour celui que j’étais alors j’ai comme absorbé cette mort possible pour en faire un socle, la base solide de ma personnalité. J’ai accepté ma fragilité, ma souffrance, l’infini tristesse ressentie alors et ce sont d’elles que j’ai nourri ce que je suis.
Je n’ai aucune peur de dire que je suis faillible, que je suis triste. Je vous ai raconté beaucoup de choses sur ce blog. J’assume le ridicule, l’échec, les revers et les succès. Tout cela, c’est ce qui fait la vie, ma vie. Et la vôtre aussi.
L’idée de ma propre mort ne me fait plus peur, elle me rend juste triste pour les autres. Un jour, le monde s’évanouira avec moi, et puis voilà. Une nuit, je rêvais que j’agonisais dans les bras de ma mère, et au réveil ce ne fut pas tant la mort qui m’effraya, c’était causer de la peine… Penser à sa propre mort, c’est regarder les autres, ceux que l’on aime et qui nous aiment. Comme je plains les gens qui sont seuls, ou qui se sentent seuls.
Alors, parfois, quand un obstacle plus grand que les autres se dresse devant moi, l’idée de mourir resurgit, et ce qui pour la plupart d’entre vous semble effrayant a pour moi le goût d’un ressourcement.
Penser à ma mort, c’est retrouver le sens de la vie. Je vous assure, c’est vrai.
Il y a un an et demi, pour une histoire d’impôts en retard, mon compte a été saisi et bloqué, j’ai alors accumulé des problèmes comme vous ne pouvez pas imaginer, et le fait de vivre cela au Japon a renforcé ce fossé gigantesque que je sentais face à moi, eh bien, j’ai survécu.
La même chose avec ma carte de crédit hackée deux fois dont une fois je préfère vous épargner le montant… Il y a eu bien entendu l’annonce de ma séroconversion il y a treize ans, il y a eu le chômage deux fois au Japon. Chaque fois l’idée m’a traversé. Oui. Pourquoi le cacherais-je?
J’avoue que l’évolution politique en France, toute cette haine, et la tentation totalitaire des politiques a quelque chose d’effrayant. Plus que mourir dans un attentat, je commence à redouter la bavure, j’arrive en France, à l’aéroport et pour je ne sais quelle raison, on m’arrête.
Celles et ceux qui s’appellent AbdelMachin me comprendront.
Sentiment d’être piégé.
Et puis avec la montée de ce climat, je m’étais dit une fois qu’au rythme où allaient les choses, bientôt on cesserait de m’écouter, et, croyez-moi si vous le voulez, à deux reprises dans un fil de commentaires Facebook, alors que j’exprimais un avis, et que cet avis était partagé par deux autres personnes, eh bien alors que les autres interlocuteurs se citaient pour se répondre -en s’engueulant-, j’ai été simplement ignoré.
Ce n’est pas de la paranoïa, les Juifs ont vécu la même situation: cause toujours, le Youpin/ le Crouille. J’avais pensé que ça finirait par m’arriver l’an dernier, j’ai appelé cela « la nace », ce truc destiné à piéger et qui se referme.
Quelques jours après Nice, alors qu’en lisant articles et commentaires sortis d’un asile de fous dans une société s’enfermant dans sa propre folie pour surtout ne pas faire face à ses propres problèmes, j’ai été pris d’une sorte de désespoir politique. Un sentiment nouveau. Une envie de mourir pour ne pas voir la suite…
Car le climat qui s’installe de façon inédite, et pourtant des attentats il y en a eu dans le passé, entre violence dans la société et terrorisme, l’un nourrissant l’autre, ne tarderont pas à faire ressurgir les assassinats politiques. Le réalisme aujourd’hui, ce devrait être de s’éloigner le plus possible de la politique, de surtout ne pas se mêler de cela.
Regardant la situation de loin, j’ai gouté l’incroyable vertige qui vient, et surtout je la sens, cette nasse qui se referme sur moi, sur nous, ces injonctions à faire, à ne pas faire, à être, à ne pas être, et j’étouffe car depuis l’enfance, je suis habité par la liberté, et pour moi, accepter ce qui se déroule devant moi, c’est mourir, et alors oui, je préfère en terminer avec moi même.
Et par moment, me sentant isolé, exilé pour toujours, relégué, fiché, contrôlé, enfermé, sommé de me dissocier de je ne sais trop quoi, le doigt accusateur pointé, « musulman », j’étouffe et je suffoque, jamais, jamais donc je ne reverrai la France, le président pour qui j’ai pourtant voté ayant même un moment envisagé de mettre ma nationalité dans la balance, ouvrant la porte aux pires tentations, aujourd’hui, enfermer des suspects de façon « préventive ».
La dénonciation, cette reine de toutes les bassesses et de toutes les renonciations érigée en politique, Pétain, un rictus en coin, savourant sa revanche dans les errements d’un gouvernement prétendument progressiste, j’étouffe, la porte s’est refermée, on va m’emprisonner, on va m’interdire, me bâillonner ou pire, et c’est ce que je disais plus haut, m’ignorer, « cause toujours, ta parole ne compte pas».
Ne pensez pas que je divague, nous sommes nombreux à étouffer de ces injonction, à les sentir peser sur nos épaules et dans nos têtes, ça pèse, ça pèse. C’est donc cela, mon pays?
Une envie de mourir me saisit au fond de mon désespoir. La France se dérobe sous mes pieds, elle fait de moi un apatride après m’avoir arraché à la terre de mon père.
Je veux mourir.
L’espace d’une fraction de seconde, Anne Frank en moi se brise une seconde fois. Je fais face à mon évanouissement et je me demande alors ce que je peux faire, et la douleur est passée. Et je souris. J’ai renoncé à mourir le jour où j’ai décroché le téléphone pour rencontrer madame S., depuis, je reconnais ces moments de désespoir qui jalonnent ma vie, la vie. Et pour tout dire, ces moments me font sourire maintenant.
Souffrir, ça fait des souvenirs, et puis, cela fait des histoires à raconter. Et cela me donne aussi la force de regarder en face les défis politiques de notre temps, avec ce sourire que vous ne tarderez pas à découvrir à la fin du mois d’août quand je démarrerai ma campagne pour les élections législatives. Agir est le plus puissant remède contre les souffrances de notre temps.

1982. New Gold dream, ou le triomphe de Thatcher
(suite…)En 1982 sortent le single et l’album du groupe Simple Minds, New Gold Dream, un titre qui a été le premier grand succès et qui, si on le replace en contexte, sort à un moment charnière dans le basculement idéologique des années 80.
Nous, nosotros, us, نحن, 私達
Paru dans la revue Minorités.org Mardi 21 juin 2016, le numéro spécial après l’attentat d’Orlando, mis en place par Maggy Pierrot.
Quand en France après près de deux ans d’une mascarade absurde la loi sur l’égalité devant le mariage des homosexuels et des hétérosexuels a été votée, contrairement aux USA, il n’y a eu aucune fête, aucune grande cérémonie, juste les tweets d’autosatisfaction d’une ministre qui s’était faite briller sur le sujet, sorte d’ersatz de Badinter, afin, peut-être, de nous faire oublier tant de renoncements, droits des trans ou droit de vote des étrangers. Tant d’énergie gaspillée pour une loi qui non seulement figurait dans les propositions du candidat Hollande, et qui en plus bénéficiait dans toutes les enquêtes d’opinion d’un soutien de plus de 60%.Non, il a fallu que ce gouvernement utilise cette revendication comme un marqueur de sa différence en en faisant une bataille, offrant de fait aux opposants les plus extrêmes une tribune sans précédent, une gigantesque fosse sceptique de la pensée leur permettant d’y aller de leurs comparaisons avec la pédophilie et la bestialité, de ressortir leur rhétorique réactionnaire du déclin de la civilisation et de l’abomination ou du crime contre nature.
On en a même vus parmi les plus réactionnaires, comme Thierry Mariani, plaider pour une union civile après s’y être opposé pendant des années.
Pour l’aile la plus réactionnaire « républicaine », tout a été bon pour semer le doute, brouiller les cartes et, finalement, jouer le jeu d’un gouvernement décidé à utiliser les homosexuel-le-s comme un marqueur.
Alors que la loi aurait pu être votée dans la foulée de l’élection présidentielle, tout comme aurait pu être facilement votée la loi sur les trans, débattue la PMA et, dans le même élan, le droit de vote des étrangers, la fin du cumul des mandats, le certificat de demande d’identité, une inflexion dans la politique de l’immigration et même le changement de mode de scrutin, le gouvernement a finalement délibérément joué la carte du « mariage pour tous » pour marquer sa différence, utilisant les homosexuel-le-s comme des pions sur l’échiquier de sa politique.
Le choix même du nom du projet de loi, le « mariage pour tous », résume s’il en était besoin cette incurie, ce cynisme et cet attachement farouche à un universalisme qui s’acharne à atomiser les individus, appelés « citoyens », placés sous la tutelle protectrice d’un état « égal pour tous ».
Dans cette « république », nous sommes tous des individus abstraits et supposés égaux, loin du « communautarisme anglo-saxon » tant décrié de l’extrême droite au PCF.
Or, s’il y a bien un enseignement dans la tuerie d’Orlando, c’est que nous ne sommes pas égaux. J’écris NOUS, oui, nous, cette communauté qui n’en est pas une et qui pourtant existe malgré elle, la communauté des homosexuel-le-s, à laquelle je rajouterai la communauté des personnes trans. J’avoue, je n’ai pas le fétichisme des « LGBTI » machin chose, mais s’il y a bien des moments où on s’aperçoit que tout cela fait sens, et que nous sommes bien une collectivité, un groupe, une communauté, c’est bien quand survient une tuerie comme celle-là. Comme il y a 25 ans le VIH nous unissait quand la société hétérosexuelle, elle, étalait son indifférence et son ignorance.
NOUS sommes unis, autour du monde, toutes et tous autant que nous soyons, par la haine que nous suscitons, une haine savamment entretenue par des gouvernements, des hommes politiques, des religieux, des écrivains, des philosophes, des faiseurs d’opinion. Une haine qui nous condamne à mort ou nous envoie en prison jusque dans des états supposés laïcs.
Pire encore, en France, en délégant nos luttes à des structures inféodées au Parti Socialiste, nous nous sommes livrés à de soi-disants alliés qui ont révélé dans leurs hommages tièdes aux victimes du crime d’Orlando, cette même invisibilité qui leur suggéra ce « mariage pour tous », et leur superbe absence auprès de nous lors de nos rassemblements, leur mépris, leur indifférence, leur ignorance, leur cynisme, leur impossible empathie, comme au temps du sida, quand les mêmes, finalement, étaient incapables de nommer un homosexuel un homosexuel et de voir dans cet homosexuel un semblable.
L’absence de personnalités politiques d’envergure à l’exception notable de Jean-Luc Mélanchon qui, au passage, a trouvé les mots justes, l’absence d’hommages appuyés comme on les a vus par exemple au Royaume-Uni où le maire « musulman » tant redouté par nos éditorialistes « républicains », a affiché une solidarité exemplaire, révélant la tragique réalité de ce qui se cache derrière le Pinkwashing à la française, cette politique « gay friendly » définie par les hétérosexuels, dans leurs propres intérêts et pour leur propre agenda.
Ils n’en ont rien à foutre, qu’on crève. Afficher trop clairement leur solidarité, ça pourrait leur coûter des voix, et puis il faut calmer les manifestants de la Manif pour tous, comme le disait la très célèbre Laurence Rossignol qui affiche ainsi clairement la couleur de ses interlocuteurs préférés sur ces questions.
S’ils en avaient quelque chose à foutre, de nous, nos Hollande, nos Valls, nos Hidalgo, ils l’auraient passée, la loi sur le changement d’identité, mais ils préfèrent laisser les trans dans la fragilité d’un parcours du combattant qui les expose à la vie fragile de la prostitution.
En parlant de prostitution, s’ils en avaient vraiment quelque chose à faire, des jeunes de quinze ans chassés de chez eux par leurs parents quand ils apprennent qu’ils sont homosexuels, réduits au tapin pour survivre, ils n’auraient jamais voté cette loi immonde, sociale, physique et médicale, accrue.
En parlant de santé, s’ils en avaient vraiment quelque chose à foutre, de nous, ils auraient dés 2012 complètement remis à plat la politique de prévention et d’accès aux soins concernant les IST et le VIH comme les réclament les acteurs de terrain, tout en revenant sur le forfait médical mis en place par les gouvernement Raffarin-Fillon.
S’ils en avaient vraiment quelque chose à foutre, de nous, ils n’auraient surtout pas ce discours de stigmatisation des jeunes des quartiers populaires.
Car oui, monsieur Francois Hollande, oui, monsieur Manuel Valls, il y a des homosexuels, et même des homosexuels musulmans pratiquants, il y a des lesbiennes, et même des lesbiennes voilées, dans les quartiers populaires au delà du périphérique.
Et croyez-moi, malgré votre soi-disant « sympathie », leur homosexualité ne les protège pas de vos discours stigmatisants et du fiel islamophobe des éditocrates de Valeurs Actuelles ou de Marianne, des portes qu’on défonce à deux heures du matin dans le cadre de l’état d’urgence, de vos contrôles au faciès, de vos interdictions de manifester quand Gaza est détruite sous un tapis de bombes, de vos bavures policières.
Si j’insiste sur ces quartiers populaires, sur ces homosexuels de l’au delà du périphérique, l’angle mort d’un militantisme LGBTI en fin de course, et qui sont mes semblables puisque j’ai grandi à Bondy, que mon père était algérien, et que je suis musulman (je remercie tous les obsessionnels de l’islam au gouvernement, dans l’opposition ou au FN et à Marianne de me le rappeler du matin au soir, sans eux, j’avoue, j’aurais tendance à ne pas y penser), c’est parce que justement, au Pulse, c’étaient des comme moi, des comme nous. Des noirs, des latinos.
Ce NOUS des minorités à l’intérieur du grand NOUS de la minorité que nous formons, nous, les homosexuel-le-s du monde entier.
Nous, les LGBTI de couleur, nous, les trans assassinées dans un silence et une indifférence coupable et qui, en France, attendent enfin une loi simple et qui ne coûterait même pas un centime. Nous, les homosexuels issus de l’immigration coloniale, ignorés superbement par une communauté homosexuelle réduite à une clientèle électorale par un Parti Socialiste 30 ans après avoir siphonné avec SOS Racisme un jeune et prometteur milieu associatif des quartiers qui aurait pu être un espace d’affirmation (empowerment) fondamental, exactement comme cela se passe aux USA. Ce « communautarisme anglo-saxon » que vous méprisez tant.
Our brothers and sisters.
Nous sommes l’angle mort de toutes les luttes, nous n’avons pas une place facile. Moi, j’ai la chance d’avoir grandi à l’époque où le discours sur le multiculturalisme, sur la démocratie, sur les communautés, sur les luttes minoritaires, sur les femmes n’était pas déformé par le rouleau compresseur réactionnaire républicain qui de tout temps, en France, a toujours été un discours conservateur. Ce discours qui domine aujourd’hui et exerce une censure implacable contre ceux qui osent être « démocrates » et non républicains.
J’ai pu bâtir mon autonomie, une homosexualité enracinée dans mon histoire et qui ne fait pas de moi une sorte de nouveau riche qui aurait oublié d’où il venait.
C’est plus difficile aujourd’hui car le discours politique s’est refermé comme un piège, et ce piège, cette pression, je le sais, elle est beaucoup plus forte pour mes semblables des quartiers, où une bigoterie qui tient lieu d’identité de résistance tend à accompagner cette véritable mise au ban dans le discours et les politiques de l’état.
De mon temps, pour tout dire, être ouvertement homosexuel demandait un certain courage, mais ce n’était pas insurmontable. La société était elle-même homophobe et l’homosexuel n’était pas regardé comme un intru venu de l’extérieur.
De nos jours, c’est beaucoup plus complexe, et la relégation des jeunes des quartiers au rang de suspects dans le discours dominant n’y aide pas les homosexuel-le-s.
En ce sens, Houria Bouteldja a parfaitement raison (et je vous résume ici son point de vue sans l’éternelle déformation servie par des chroniques malhonnêtes): une renaissance des luttes politiques antiracistes par les intéressés eux-mêmes et sur leur propre agenda (principe de l’autonomie des luttes théorisée en son temps par… Michel Rocard), en diminuant la pression et la tension, peut être à même d’ouvrir ces espaces d’autonomie et d’affirmation des homosexuel-le-s des quartiers, au passage sans forcément se plier au modèle consumériste dominant dans la culture homosexuelle intra-urbaine où être « arabe » n’est respectable que quand on est jeune et quand il s’agit de rouler des mécaniques en survêtement sur de la musique orientale dans un célèbre tea-dance parisien.
Il y a bien une complexité des mécanismes de l’oppression, notamment celle qui s’exerce sur les femmes ou les homosexuel-le-s et qui les conduit bien souvent à sacrifier leur individualité pour ne pas se retrouver mis au ban d’un groupe, la famille, le quartier, les amis. Le coming-out, enfin, n’est peut être pas forcément la pratique adaptée de l’autonomie, la liberté individuelle étant avant tout une négociation délicate.
Si je pense qu’une résurgence de l’antiracisme politique est fondamentale, je ne crois pas qu’elle soit suffisante. Il nous faut également une résurgence du militantisme homosexuel à l’intersection de l’antiracisme. Dans les quartiers.
Je reste persuadé que c’est dans ces quartiers que peuvent émerger des pratiques et des revendications nouvelles. L’élection d’Obama avait révélé aux USA l’émergence de ce champ politique nouveau où les minorités, et en leur sein les minorités racisées, tenaient toute leur place, avec son agenda et son propre discours. La campagne des primaires démocrates révèle que ce mouvement de fond continue et qu’il s’amplifie.
L’an dernier, lors de la Marche de la Dignité, certainement la plus importante manifestation anti-raciste depuis 1983 puisqu’elle était du début à la fin prise en charge par les intéressé-e-s eux-mêmes, il y avait des lesbiennes de couleur.
Ce n’était certainement que l’ébauche de quelque chose de nouveau, mais voilà qui bouscule un militantisme homosexuel embourgeoisé, subventionné et qui ronronne de se voir si beau en son miroir depuis l’adoption de son « mariage pour tous », cette loi qui s’est imposée comme une sorte de solde de tout compte avant sabordage et qui nous laissera cul nu si Marine Le Pen venait à être élue à la présidence de la république.
Nous ne renverseront pas l’homophobie qui irrigue la société sans travailler la société, sans y être acteurs, sans créer des ponts, sans un exercice pratique du pouvoir, pas seulement sur les questions de droits, mais également sur la question plus vaste des discriminations, à commencer en notre sein. Pour sortir de l’éternelle rengaine de l’homophobie des quartiers, cette soupe indigeste servie par des penseurs et des politiciens qui, pour le coup, sont réellement homophobes.
Orlando nous rappelle que nous sommes un groupe vulnérable, et que bien souvent les plus vulnérables sont ceux qui parmi nous sont également victimes du racisme.
Nous devrons désormais nous souvenir d’Orlando comme d’un moment charnière, un tournant dans notre façon de nous penser. Je n’ai aucune réponse et, pour tout dire, j’espère que de la renaissance de l’antiracisme politique et du surgissement surprenant des Nuit Debout surgira une génération de jeunes homosexuels des quartiers qui trouvera et le langage, et les formes qui bousculeront l’establishment vieillissant et empâté LGBTI, procurant l’énergie nécessaire pour fournir un nouvel agenda sorti de son époque et non pas du formol et des matraques. Un agenda incluant qui, allié à un réel antiracisme politique, limitera notre vulnérabilité en renforçant les solidarités dans la société dans un monde qui s’annonce de plus en plus dangereux, tout en nous rendant notre autonomie perdue vis-à-vis du pouvoir politique.
Orlando, comme la nouvelle frontière d’un agenda qui reste à formuler.

#Kpop is back
laissez défiler la playlist
(suite…)Et puis là, depuis quelques semaines, il se passe un truc. La Kpop réinvente la couleur. Et quand je dis qu’elle réinvente la couleur, elle le fait vraiment…

Saison des pluies
Je me dis que si un producteur avait du flair, il achèterait les droits télévisés d’Adèle-Blanc-Sec, du Monstre des Glaces et de La fleur au fusil…

Le Bonheur
« Une rob’ de cuir comme un fuseau
Qu’aurait du chien sans l’ fair’ exprès
Et dedans comme un matelot
Une fill’ qui tangue un air anglais »
La “nasse”, ou l’importation du “kettling” (commentaire d’article)
Malgré les discours plaintifs des syndicats policiers concernant les ordres peu clairs, voire contradictoires, qu’ils recevraient, on peut noter depuis le début du mouvement contre la loi travail,… lire la suite : 5. La “nasse”, ou l’importation du “kettling”
Mon commentaire.
Dans LA RÉPUBLIQUE AUTORITAIRE, le peuple est l’ennemi. Le pouvoir cherche la violence en développant des procédés policiers afin de décourager la contestation, afin de décourager le peuple. La technique policière de nasse a trouvé son pendant politique dans l’utilisation de l’article 49.3 de la constitution.
Dans LA RÉPUBLIQUE AUTORITAIRE, les élections servent à choisir des hommes, mais en aucun cas à débattre et à choisir une politique. Elle est une forme post-moderne de la dictature: des jeux, des looks cools, des bimbos à la télévision, des supermarchés, des salles de sport, des gadgets électroniques et des centre-commerciaux pour exprimer notre « true-self ». Et une réduction de l’expression politique sous le triple poids de médias financiarisés, d’intellectuels pratiquant le discrédit et l’invective et d’un contrôle policier de plus en plus visible, présent.
Alors que son caractère profondément inégalitaire et antisocial se révèlent à des pans entiers de la société, sa plus jeune part notamment, le néo-libéralisme se révèle en définitive le fossoyeur de la liberté des individus. Il nous conduit à la dictature.Il est urgent de RÉINVENTER LA FRANCE, en commençant par la doter de nouvelles institutions. Non pas une énième république. Mais UNE DÉMOCRATIE À LA HAUTEUR DES PEUPLES DE FRANCE et de leurs ambitions, garantissant la SÉPARATION DES POUVOIRS ET LA LIBERTÉ DE L’INFORMATION, L’INDÉPENDANCE DE LA JUSTICE, la force d’UN PARLEMENT REPRÉSENTANT LA DIVERSITÉ DES OPINIONS et maitre de ses délibérations.
Une démocratie bâtie sur DES PRINCIPES simples, clairs et intangibles, et non sur ces “valeurs” qui se négocient, comme le mot l’exprime. Non pas cette république qui enferme la société dans une nasse que dirigent des politiques qui savent toujours mieux que tout le monde et pour le seul profit de quelques exilés fiscaux, mais UNE DÉMOCRATIE VIVANTE, nourrie de la confiance en la société pour bâtir ses propres solutions et dans l’expertise de chacun.UNE RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE ET SOCIALE, PLURI-CULTURELLE ET COSMOPOLITE, OUVERTE SUR LE MONDE ET OUVERTE AUX VENTS DU MONDE.
Madjid Ben Chikh, 12 mai 2016







