Voilà Paris!

V

La « ville lumière » s’est murée derrière son périphérique comme dans la première moitié du XIXème siècle elle avait peur de ses faubourgs et de ses villages au delà, vers les fortifications où des ribambelles de gamins inventaient avec 100 ans d’avance les codes du XXème siècle.

Comme vous le savez si vous suivez ce blog, je ne me suis jamais vraiment défini comme français. D’ailleurs, à moins d’être des obsédés de la race, la plupart des français ne se définissent pas eux-même comme français. En revanche, parisien, oh que oui, je suis parisien. Ça aussi, vous le savez, hein!

J’aime cette idée qui s’appelle Paris. J’aime son guinche, son à-peu-près, son côté désordonné et râleur avec le sourire en coin, j’aime son désordre et ses voitures en double-file. Ses étrangers venus de partout et s’y faisant une place, à peine arrivées ils font partie du paysage, même les vendeurs de cacahuètes. Il y a toujours eu des vendeurs de cacahuètes et de marrons, à Paris, n’en déplaise à Anne Hidalgo. Paris a toujours été ainsi.

Il y a depuis le moyen âge des gravures où on voit cette ville terriblement insupportable, surpeuplée, sale, et son peuple toujours prêt à rouspéter, les petits métiers des gens de pas grand chose mais qui toujours lui ont donné son âme.
Autant dire que la ville telle qu’elle est devenue, proprette, avec des habitants qui signent des pétitions contre le bruit après dix heures, ce n’est pas ma ville. Elle me fait l’effet d’une grosse bourgade de province pour petit bourgeois de classe moyenne soucieux de manger bio et rouler à vélo. Un musée. J’ai habité boulevard Bonne Nouvelle pendant longtemps, la rue du Faubourg, je connaissais comme ma poche. La traversant l’an dernier et il y a deux ans, elle m’a fait l’effet d’un désert, le soir, avec ses cafés pour anciens étudiants en sciences sociales. Quand je pense que ce coup de Javel atteint désormais Barbès et la Goutte d’or…

La « ville lumière » s’est murée derrière son périphérique comme dans la première moitié du XIXème siècle elle avait peur de ses faubourgs et de ses villages au delà, vers les fortifications où des ribambelles de gamins inventaient avec 100 ans d’avance les codes du XXème siècle.

Au delà du périphérique, peu de restaurants, peu de musées, la vie qui ferme après huit heures, l’ennuie des cités, le rêve déjà réalisé de Anne Hidalgo et des nouveaux habitants de la capitale. Et au dedans le mépris des banlieues, la peur de ces jeunes qui affluent pour travailler ou glander loin de l’ennuie avec des codes qui effraient, foulards et jeans slims, rap et slam, allure américaine, culture de Star Academy, bandes ultra jeunes tout justes bonnes aux yeux des parisiens à leur fournir leur shit.

Les banlieusards, eux, rêvent de Paris, de ses marchands de crêpes, de ses cafés, de ses jolies touristes américaines ressemblant à des sublimes Michèle Obama, de ses longues avenues où il y a des boutiques et des marchands de kebab, et puis plein de trucs gratuits, putain c’est trop beau Paris, mais très vite on leur envoie les flics, rentrez chez vous, tout ça, c’est pas pour vous, pendant que les parisiens se la pètent bio sur leur Vélib’© en se pensant être le centre du monde depuis qu’on a transformé la Place de la République en désert.

Il est grand temps de torpiller le périphérique, une bonne fois pour toute, et de laisser ces « hordes de jeunes », les « sauvageons » entrer dans la capitale quand elles le veulent, où elles le veulent, toutes les Fatou, les Idriss, les Karima et les Djamel, les Kevin et les Rebecca, allez-y, c’est tout beau, c’est gratuit, crêpes banane-nutella, crêpes au sucre, allez, ils sont chauds mes marrons, et c’est pas grave, il y a les bus de nuit et le métro jusqu’à pas d’heure, et puis comme tout ce monde vient dans Paris et qu’il n’y a plus de périphérique, il n’y a plus de dedans, il n’y a plus de dehors, allez-y vous, les de dedans, allez-y, à Saint Denis, à Nogent, là où ça bouge vraiment, là où c’est jeune, là où ça vibre, là où on invente le présent, il est grand temps de multiplier par deux, par trois, par quatre les licences IV, cafés, restaurants, à Saint-Denis, à Noisy-le-Sec, café-rap, café-slam, allez, on bombarde la MJC et son atelier « parole » avec ses animateurs ringards anti-racistes, on crée nos lieux, comme on veut, pour un café, t’entend un gamin de 16 ans, il chante du rai, et juste après t’as une gamine de 17 ans qui te résume sa cité sur une musique aléatoire pendant que ton voisin mange un sandwish merguez… Ça, c’est Paris! Il est tard, tu sors, il y a des africaines dans leurs tenues colorées qui se chamaillent, du bruit, du bruit, et puis les gamins qui courent, tu prends des photos, et voilà, enfin, tu réinvente Doisneau! Ça, c’est Paris! Tu te diriges vers le métro, y’a des vieux arabes ils jouent au domino, une femme voilée passe avec un gamin à côté d’elle, il a une game boy, ça, c’est la vie, ça, c’est Paris! Plus loin, des jeunes réparent une moto, ils écoutent un truc sur un gros poste, et il y a la dame de l’appartement au dessus qui les engueulent parce qu’il est dix heures et qu’elle voudrait du calme! Ça leur en bouche un coin, à eux, les provinciaux, hein, mais ça se voit qu’ils n’ont jamais regardé les films de Prévert et Carné, parce que ça, eh ben, ça a toujours été Paris! Et si t’es pas content, il y a la Seine-et-Marne, ok?! La Seine-et-Marne, c’est joli, c’est calme et il y a plein d’air pur pour faire du vélo et manger bio, et il n’y a pas de honte à habiter en Seine-et-Marne. Allez, la Hidalgo et ses électeurs, au Précy-Machin-Chose!

Mais où nos élus, cette bande de provinciaux venant à Paris faire carrière, ont ils appris ce qu’était une ville? Une ville, ce n’est pas de l’architecture, ce n’est même pas de l’urbanisme. Une ville, c’est du croisement, c’est du hasard, c’est du rêve et c’est de la liberté dans l’espace public, avec des artisans, des boutiquiers, et plein de gens qui vivent, qui y vivent, qui en vivent. Et qui circulent, et qui s’activent. S’il y a de la belle architecture, c’est encore mieux, et si l’urbanisme est pensé, c’est plus fluide.
La banlieue contient la jeunesse, la vie, la force. Elle est maintenue loin du centre par le même mépris de classe qu’autrefois les fortifications. C’est elle, l’horizon, le futur. On ne sait pas ce que ce sera, mais c’est ça, la force de la jeunesse.

Voilà le vrai rêve de Paris! Voilà Paris! C’est ça, notre grand Paris! À l’abordage!

commentaire

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  • J’aime et je me reconnais dans ce Paris que tu décris, un Paris du peuple, vivant de toutes ses couleurs et arômes.
    Pour survivre et progresser, Paris doit se libérer de sa ceinture périphèrique, élargir ses horizons, et surtout ne pas devenir une réserve bourgeoise ou une vitrine pour bobos et touristes.
    Merci

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