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  • Et finalement…

    Et finalement…

    Ce que j’aime, dans mon blog, c’est choisir mes titres indépendamment de toute recherche de vues, je déteste le click-bait, le putaclick. J’imagine d’avance tout ce beau monde qui se contente de ne lire qu’un titre, parce qu’en 2025, c’est la vitesse, on ne lit plus, on survole, on scanne.

    Alors cramponne-toi, l’information principale de ce billet, elle viendra en son temps, parce que parfois, tout est processus. C’est un peu comme pour les mathématiques: ce qui est passionnant pour les matheux, ce n’est pas le résultat, c’est la démonstration. C’est d’ailleurs la même chose en philosophie… mais bon, je ne serai pas méchant, si tu es paresseux, je te mettrai un titre et tu pourras y aller directement.
    Tu auras loupé le meilleur, c’est pas grave.

    Détox

    J’ai commencé il y a à peu près un mois une détoxication de tout. C’est un processus long, lent, laborieux, et il commence par la reprise de possession de ma journée.
    Je me couche plus tôt, et progressivement, quand mes yeux s’ouvrent vers 5 ou 6 heures, cela ne me semble pas aberrant de me lever, comme je l’ai fait ce matin.
    Il était un peu moins de 6 heures, et je me suis levé d’un trait après avoir émergé d’un rêve un peu bizarre.

    J’étais dans un avion qui ne parvenait pas à prendre d’altitude. Dehors, c’était un paysage étrange, comme un désert, mais avec beaucoup de choses, peut être des rochers noirs, je ne sais pas.
    J’étais avec Jun, je pensais qu’on allait crasher alors je lui disais « au revoir », mais en fait, bien que c’était risqué, on ne crashait pas. Et je me suis réveillé. Plutôt en pleine forme après 6 heures 22 de sommeil.

    Le soir, avant de m’endormir, je tourne en boucle une histoire qu’il faudra que j’écrive, elle m’empêche de dormir. J’ai bien dû perdre 30 minutes de sommeil comme ça.

    Temps

    Mais voilà, j’ai décidé de ne pas, de ne plus me précipiter en rien, pour rien. Ma priorité, c’est de retrouver le temps, et le temps, c’est, pour moi, le matin. Le soir, je m’éparpille trop facilement. J’ai un emploi du temps plutôt irrégulier, c’est difficile de créer une routine d’écriture si je l’installe le soir. Des fois, je rentre à 18 heures, des fois à 22 heures.

    Si j’étais dans un rythme de création, quelque chose dont je me suis totalement coupé, cela ne poserait aucun problème. On peut écrire, dessiner ou prendre des notes dans un train, entre deux portes, et le soir à peine rentré. Mais pour moi, j’en suis très loin.
    Levé de bonne heure, c’est ce qui est le mieux pour renouer le fil. Il est un peu plus de 8 heures, j’ai déjeuné et perdu beaucoup de temps à ne rien faire, mais je peux encore en trouver un peu pour écrire.

    Perdre du temps à ne rien faire, c’est, par exemple, ouvrir YouTube et regarder une ou deux vidéos d’actualité. Ça, c’est définitivement quelque chose que je devrais faire dans le métro. J’y arriverai.

    Tranquilement (1)

    Ce matin, je quitte la maison vers 9 heures 45. Levé à 6 heures, c’est près de 4 heures devant moi, c’est beaucoup, et c’est ce temps que je suis décidé à reconquérir. Il me faudra oublier YouTube, il me faudra renoncer à regarder mails, messages et réseaux sociaux complètement, et peut être même revoir mon petit déjeuner: je me demande si je ne devrais pas apprendre à ne pas en prendre pour la simple raison qu’il m’arrive souvent de manger très tard. Je dis ça, mais bon, on verra…

    C’est décembre, je ne me précipite pas, je mets en place, je réfléchis. Et pour réfléchir, il faut d’abord que je me coupe du bruit des réseaux sociaux. J’y suis parvenu pour Facebook que je ne visite qu’épisodiquement. Instagram, c’est presque fait aussi. Se détoxiquer de TikTok est très difficile, et en même temps, c’est le plus facile. Si on tient trois jour sans y aller, on n’y pense même plus. Je n’y vais plus.
    J’ai redécouvert Tumblr, un havre de paix qui n’a à mon avis aucun effet sur le cerveau, si ce n’est le plaisir de feuilleter un joli magazine.

    Mon dernier noeud, donc, c’est YouTube. Avec YouTube, j’ai recréé l’environnement télé que j’étais parvenu à complètement éradiquer. Vous savez, ce bruit de fond…

    Tranquilité (2)

    Malgré tout ce qu’il me reste à faire, me coucher plus tôt, me lever plus tôt et enchainer des nuits de plus de 6 heures voire de plus en plus souvent de plus de 7 heures voire près de 8 heures a complètement changé ma forme. Je me réveille plus rapidement, je n’émerge plus, et s’il m’arrive encore de siester dans métro, c’est beaucoup plus parce qu’ici tout le monde le fait que par réelle nécessité – même si je reconnais que 10 minutes les yeux fermés, ça recharge les batteries.
    Je le vois sur ma montre, le résultat. Mon sommeil est plus régulier. Je me sens plus calme, plus lucide et plus concentré aussi. Et pour tout dire, c’est certainement en m’attaquant à cette question du sommeil que j’ai pu enfin trouver une solution à un problème insoluble jusqu’alors.

    Insomnies

    Je vous en avais parlé. Cette année, j’ai eu de réels problèmes de sommeil, des peurs, des cauchemars, des réveils en pleine nuit suivis d’insomnies, et dans ma tête les mêmes pensées tournant en boucle. La peur de vieillir, d’être seul, d’échouer, de finir dans la rue, d’être malade, d’être piégé et de ne pas pouvoir trouver de solution. À quoi? C’était flou.

    Mais le truc, c’est qu’avec le Covid (oui, je le mets au masculin…), j’ai perdu toute stabilité de l’emploi, je suis hyper précaire. J’avais remboursé toutes mes dettes et même commencé à mettre de côté, ça a été balayé. Il y a deux ans, je ne m’en sortais plus du tout, j’étais sous l’eau. J’ai refait des dettes. Pas beaucoup, mais je déteste ça. Plus que quelques mois et ce sera affaire ancienne.
    Ça aussi, ça me faisait cauchemarder. C’est comme la retraite… Vraiment, ne venez pas au Japon, parce que même en cotisant, on cotise pour une misère, surtout avec le taux de change actuel, sauf, bien entendu, si on est « sha-in », mais combien parmi nous, le sont, hein?

    La vieillesse

    Mes nuits étaient entrecoupées de fantasmes effrayants. Je parle de fantasmes car les peurs sont des fantasmes qui se nourrissent du déni total de la réalité. On me dira là que, « ben oui, t’as inventé le fil à couper le beurre, toi ». Et moi, je répondrai qu’il y a un océan entre savoir et réaliser. Réaliser, c’est quand on franchit la barrière de la peur.

    Le 22 novembre, j’écrivais ces quelques lignes à mon ami Pierre.

    « (…) Ça ne m’empêche pas d’être plutôt heureux, et je pense être relativement bien. J’ai traversé un épisode dépressif lié à l’âge. Ce n’est pas facile de prendre conscience du peu de temps qui reste, et du temps qui a passé, de ce qui a été gâché (…) Je pense en être sorti, mais la route est longue car si la dépression s’estompe, il reste ce peu de temps devant moi. Et donc ce que je compte en faire, et de ce côté là, je suis un champion des fausses réponses à de mauvaises questions. La vraie fausse question qui me bloque depuis des années, c’est quand est ce que je rentre en France… Rentrer c’est facile, mais ça ne répond pas à la vraie question. Une fois rentré qu’est-ce que je fais… Et derrière, l’autre question, qu’est-ce qui m’empêche de le faire ici. Rentrer n’est finalement qu’une question technique. Et j’avoue la France ne m’inspire pas vraiment. Tout y a tellement changé… »

    Un pas après l’autre

    J’ai dû me résoudre à me coucher plus tôt par réflexe de survie, pour parvenir à grappiller quelques heures de sommeil. Et puis j’ai commencé à retourner la question, et j’ai décidé de me forcer à me lever si je ne parvenais pas à dormir. J’ai commencé à démarrer mes journées à 3 heures, 4 heures. Trop tôt, mais c’était toujours mieux que me retourner dans mon lit. Et par conséquent, à aller au lit plus tôt le soir suivant.

    C’est il y a un mois que je me suis décidé, pour de vrai, à me coucher réellement plus tôt, non pas pour compenser, mais pour profiter de ma matinée, indépendamment de mes problèmes de sommeil. Ceux-ci se sont progressivement estompés.
    J’ai retrouvé une plus grande concentration. Lire ou écrire est plus facile.

    Alors…

    Une amie, connaissance de Facebook qui m’a aidé à l’époque de Nedjma et écrit quelques articles, lit et commente un de mes articles récents. Et elle commente, sur LinkedIn. « Il faut la confronter cette douleur, rentre ».
    Au Japon, depuis quelques mois, un horrible climat xénophobe se développe, vous savez, « il y a les bons étrangers et les mauvais étrangers », « les étrangers ne paient pas leurs taxes », « les étrangers profitent du système social », et la nouvelle premier ministre pense comme ça.
    Mon travail est ultra précaire et, pour tout dire, je ne pense pas qu’on me renouvellera mon visa facilement, et il me faudra, en plus, payer les frais exorbitants que le gouvernement actuel veut nous faire payer pour « avoir le privilège de vivre ici ».
    Le mois dernier, j’ai fait refaire ma carte d’identité. Consulat et ambassade, à Hiroo. Cela faisait longtemps. J’ai installé l’application France-Connect, je suis allé la chercher il y a quelque jours. Et voilà, j’ai une nouvelle carte.
    C’était il y a deux ou trois semaines, j’étais sur YouTube, et l’algorithme me propose une vidéo sur la ligne 3 du métro (et donc un peu la ligne 3bis). Et puis je revois la station Pelleport. Je repense à quand je partageais un appartement avec Julien, nos fêtes, je revois la lumière ces soirs d’hiver sur la hauteurs de Paris, les promenades aux Buttes Chaumont, et même jusqu’à La Villette. Cette lumière…

    Finalement

    Et soudain, ça a été très clair, transparent. Une porte s’est entrouverte dans ma tête. Ben oui, il est temps de faire face à mon âge, à où je suis, à où j’en suis.

    Et puis voilà.

    Je suis encore suffisamment en forme pour faire un changement, un changement aussi important que celui fait il y a 20 ans…

    J’ai fait quelques recherches et pris la décision. Je rentrerai en France en décembre 2027, quelques mois avant la fin de mon titre de séjour actuel.
    Pourquoi décembre? Simplement pour ne pas avoir à payer un an d’impôts locaux en plus.
    Pourquoi 2027? Simplement pour bien me préparer, et ici, et là bas. Un an, c’est un peu short si je veux envoyer des choses, etc

    Libéré

    Depuis que j’ai pris cette décision, je me sens beaucoup mieux. Je sais que rien ne va être simple, particulièrement à mon âge, mais je ne regarde pas les choses sous cet angle car j’ai deux ans devant moi. On me dira qu’en deux ans beaucoup de choses peuvent se passer. Oui, mais ça, ça s’appelle la vie.

    Il me restait à informer Jun, ce que j’ai fait dimanche. Il n’a rien dit, mais hier il m’a écrit que ça lui avait fait un choc. On a deux ans pour en parler, ce temps là, là aussi, c’est bien.
    J’en ai parlé avec Tarika et je l’ai dit à trois amis.
    Ce sera la première fois que je prépare quelque chose tranquillement, sans ne rien précipiter.
    Finalement, ce long séjour va petit à petit prendre fin. Il y aura des moments de doutes mais dans le fond, je sais que c’était la meilleure décision que je pouvais prendre.