Sérial Pédé (nouvelle)

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Il est midi vingt passée quand il émerge du sommeil, un sommeil peuplé de rêves étranges

Il avance doucement dans sa cuisine une clope à la main, il scroll Grindr, manque la table de peu mais renverse la tasse de café du petit déjeuner qui trainait sur un coin, merde, prend l’éponge à côté de l’évier, essuie machinalement tout en continuant son exploration, il est presque trois heures du matin, il n’a pas trop envie de dormir.
Il pose l’éponge à côté de l’évier, il y a un peu de café qui dégouline, se passe la main sous l’eau rapidement, attrape le torchon et le repose immédiatement, il y a un peu de sang dessus,merde, il pose son téléphone et se lave les mains un peu plus longuement cette fois.
Il ouvre le placard au dessus de l’évier, attrape une boite de Corn Flakes, va dans le placard à côté, prend un bol dans lequel il verse une bonne lampée de céréales, il y en a un peu qui tombe, reprend son téléphone, va vers le frigo, attrape la boîte de lait, ouvre le profil d’un mec qui lui plait, « 19CM4now – ch. cul bien serré pour bien le dilaT à cru – PreP – Vacciné Covid – no drug », et lui répond, « now ok? ».
Il s’assoie et noie les céréales, il y a un peu de lait qui est tombé sur la table. Il tend le bras et atteint le tiroir à côté de lui, prend une cuillère, chope la télécommande et vise la chaine dans le salon, une chanson de Jon Batiste envahit la pièce. Il hausse les épaules, attrape le bol et se lève, éteint l’interrupteur et va dans la grande pièce à peine éclairée. Il pousse la jambe d’un type qui lui barre le passage, à moitié avachi sur le canapé.
Il s’assoie sur le fauteuil en cuir noir, éteint le film porno qui défile sur l’écran de son Panasonic 4K.
Il commence enfin à se détendre.
Il y a un peu de sang sur le tapis, merde. Il mange les céréales, regarde le gars sur le canapé et lui fait une grimace, un peu la même que ce type qui a les yeux fixés sur lui.
Les céréales croustillent, il en jouirait presque, et juste à ce moment là, le téléphone vibre. C’est « 19CM4now ».
-Je suis cho. T ou
-Chez moi mai je rcoi pa
19CM4now lui envoie son gps.
-ok, dans 10 mn c bon?
-ok

Il pose le téléphone et le bol de céréales, se lève, repasse à côté du type qui continue de regarder du coté du fauteuil en faisant la même grimace de crétin, va dans la salle de bain et prend une douche, la deuxième en moins d’une heure. Il en profile pour se passer un petit coup de rasoir sur le couilles, voilà, comme ça c’est bien lisse. Il ne prolonge pas jusqu’au trou, une fois il s’était rasé la rondelle juste avant de se faire sauter, le mec avait eu le gland en sang, manquerait plus que ça. Non, pour le cul, c’est beaucoup plus doux comme ça et ça ne craint pas quand je me fait enculer. Enfin bon, pour l’autre type, hein.
Il sort de la douche, s’essuie et saute dans son vieux 501, enfile un tee-shirt et ses vieilles Nike.
Il retourne dans le salon, attrape son iPhone, son paquet de Winston et les clés qui étaient justes à côté sur la table basse, éteint la musique, file dans l’entrée, attrape une bouteille de poppers dans le tiroir du petit meuble blanc sous le poster de Madonna, s’arrête, retourne dans le salon, j’ai oublié mon briquet, putain où je l’ai mis… ah, et il sort.
Dans le salon, l’autre type continue de regarder le fauteuil comme un idiot.

Il rentre vers six heures, les idées pas très claires et le cul passablement dilaté, file sous la douche puis va dans sa chambre où il s’écroule sur le lit. Il a eu une journée assez longue, il a besoin de repos.

Il est midi vingt passée quand il émerge du sommeil, un sommeil peuplé de rêves étranges qui l’ont ramené au temps du lycée, quand ses « copains » se moquaient de lui, notamment « la bande des trois » qui le rackettaient en lui mettant un couteau sous la gorge après son cours de piano en le traitant de « sale pédé, t’a de la chance qu’on te fourre pas un balai dans ton sale cul de pédale », avant de se barrer en riant pour d’aller dépenser ses quelques euros dans un flipper avec leur bande de filles.
Dans ses rêves, cette nuit, comme dans toutes ses nuits, il y a Adrien, toujours Adrien, dont il était tombé amoureux l’année de seconde. C’était toujours lui qui tenait le couteau, même qu’une fois il lui avait glissé à l’oreille, « vas-y, dis-le que tu veux que je te baise, sale tante », avant de lui cracher sur l’oreille.

Il se lève et passe dans le salon, s’arrête devant le canapé. Putain, j’l’ai oublié, celui là, qu’est-ce que je vais en faire?
Celui-là, c’est Éric Delplat.

Ça s’est passé hier après-midi, alors qu’il rentrait de ses courses au Carrefour City au coin de la rue de Vaugirard. Il aperçoit un type qui ne porte pas de masque, genre son âge, à un arrêt de bus. Putain, mais c’est cet enfoiré d’Eric.
-Éric… Éric…
L’autre se tourne dans sa direction, sursaute et marque un moment de stupeur, a l’air assez embêté, fait un sourire aussi naturel que la démarche d’une mannequin anorexique au crane rasé et tatoué, habillée d’un sac à patates plissé en shantung bleu et décolleté jusqu’au nombril, perchée sur des talons de 30 centimètres pendant la Fashion week.
-Yacine…
Yacine traverse la rue avec ses deux éco-sacs dans les mains, il ne laisse aucune chance à l’autre de s’esquiver. Voilà, maintenant, ils sont face-à-face.
-T’as pas changé, dis-donc, Éric!
-Toi non plus…
Il regarde les éco-sacs.
-T’habites par ici? T’as de la thune, dis-donc! dit-il sur un ton qui se veut ironique.
-Ouais, je me défends bien. Je travaille pour une boîte de consulting dans le dixième, je fais de l’optimisation SEO en liaison avec les stratégie marketing des boites, du publishing dans le e-commerce, je développe des sites, enfin bon, des trucs comme ça, banal quoi. Et toi?
-Moi, bof, avec le covid, je viens de perdre mon taf, et ma meuf vient de me larguer.
Yacine regarde les deux valises. Une idée lui passe par la tête. Ça fait des années qu’il attend ce jour.
-La vache, elle t’a flanqué à la porte?
-Ouais… Elle m’a dit qu’elle pouvait plus me supporter, tu sais, c’est le covid, tout ça, j’ai essayé de la raisonner, je lui ai dit que ça irait mieux, mais elle a rien voulu savoir… J’ai dormi chez un pote pendant une semaine, mais il m’a dit qu’il pouvait pas me garder plus, qu’il avait besoin de son calme… Ah, ben tu le connais, c’est Adrien.
-Adrien?
Yacine est ravi.
-Ouais, Adrien Lachaux… Tu sais… euh, tu sais, c’était pas méchant, hein…
Yacine commence à se sentir aussi bien que quand un mec lui mordille les tétons une minute après avoir snifé une bonne rasade de poppers.
-Ouais, je sais, vous étiez jeunes, c’est rien…
-Ouais… maintenant, il y en a qui voient du racisme et de l’homophobie partout, mais c’était pas ça…
-Non, t’inquiète, je suis pas comme ça, Éric! Je suis pas communautariste, moi, c’est pas mon genre! Alors tu revois les autres, comme ça?
-Ouais, on est restés assez potes!
-Faudra que tu me donnes leur mail, ce serait marrant! Dis, j’y pense, là, en fait, tu sais, je dois partir en province chez mes parents pour trois mois, là.
Le visage d’Éric s’éclaire, c’est un peu comme s’il venait de voir Jésus, Marie, Joseph et même le prophète Mahomet en compagnie de Moïse. Une sorte d’aura talmudique et coranique sous les auspices du dieu Thor et d’Amaterasu, en quelque sorte.
-Ah bon…
-Ouais, ils sont partis vivre à Marseille, et à cause du covid je les ai pas vus depuis un bail, et puis, comme je peux travailler à distance, j’ai décidé de partir, on sait jamais, s’il y avait encore un autre confinement. Tu pourrais rester chez moi. T’as même pas besoin de payer le loyer, c’est ma boîte qui paie.
-Oh, bah, ça m’arrangerait, mais, euh, tu sais, euh…
Sale connard, pense Yacine.
-Je vais pas te violer, si c’est ça que tu penses. J’ai acheté à bouffer pour ce soir, regarde. Je pars demain matin. Ce soir, tu dors sur le sofa, moi, de toute façon, j’ai du boulot.
-Euh… Ben ouais alors… d’accord. Mais vraiment, hein, tu sais, moi, je suis pas comme ça, hein, chacun fait ce qu’il veut, hein, mais moi, heu…
-Mais qu’est-ce que tu racontes… T’es même pas mon genre, en plus, je préfère les mecs qui font mecs, tu sais! Par contre, tu vas pouvoir me raconter, pour ta copine, si ça te fait du bien. Mais bon, si ça t’intéresse pas, c’est pas grave, je comprends, hein…
Vas-y, rampe, gros tas de merde.
-Euh, non, hein, c’est bon, ça va me dépanner. Je te remercie.
-Entre anciens potes, faut s’entraider. Enfin, hein, on était pas vraiment potes, mais tout ça, ça crée des liens, des souvenirs, des fois, j’y repense, ça me fait bien marrer.
-Ouais, c’était le bon temps… Content de savoir que tu comprennes, on voulait pas te faire de mal, c’était juste pour déconner…
-Non, c’est moi, et puis… j’étais pas très discret non plus, hein!
-Ha ha, c’est vrai que tu faisais PD… Euh, enfin, tu vois ce que je veux dire, hein…
-Ouais, je sais, pas de problème. Regarde-moi, maintenant, un bon boulot, un super appartement, un vrai mec, quoi! Allez, c’est par là.
Yacine montre la direction, derrière lui, Éric le suit avec ses deux valises. Allez, viens, Toutou! Si j’avais su, j’t’aurais acheté de la viande Halal avec Halal écrit bien en gros pour te la faire bouffer, sale chien.

-Non, l’ascenseur marche pas, je suis désolé, ça fait une semaine! Il y a un type qui est venu pour le réparer, mais une voisine est restée coincée hier soir, je te raconte pas le machin, elle tapait comme une malade. Ça va, tes valises sont pas trop lourdes? Tu m’excuses, j’ai mes sacs.
-Non, c’est bon…
Et regardez moi ce con, avec ses deux valises, j’y crois pas de lui avoir fait le coup de l’ascenseur, c’est le genre de mec qui fait le coup de la panne aux filles pour pécho, il se doute même pas qu’on puisse lui faire le coup!
-C’est à quel étage?
-T’inquiète, c’est qu’au cinquième. L’immeuble à sept étages, ça aurait été super galère, là, hein…
-Ouais…

-Tu veux prendre une douche?
-Euh…
-Comme tu veux! Là, c’est le salon, fais comme chez toi, je nous prépare un café, tu l’as bien mérité, hein.
-Super, c’est cool… Euh…
-Oui?
-Pour la douche, euh…
-Ah, tu vois? Tu sais je l’avais remarqué que t’en avais besoin. T’es parti de chez Adrien quand?
-Hier matin…
-La vache, t’as dormi où?
-Sous un porche vers Saint-Sulpice…
-Ben merde alors… T’as pas de thunes pour rester à l’hôtel?
-Si, mais je pensais pioncer chez Paul, tu te rappelles?
-Paul Montel?
-Ouais…
-Mais alors c’est vrai, tu revois tout le monde, alors…
-Ben ouais… mais, hier soir, il était chez sa copine, alors…
-Et t’as pas pris d’hôtel alors?
-Ben non, d’abord il m’avait dit que ce serait bon, alors j’ai attendu, et puis après il m’a envoyé un message, sa copine voulait qu’il reste, je crois qu’elle lui a un peu pris la tête, alors…
-Bon, je vais faire le café, tu vas me raconter tout ça! Vas prendre une douche, il y a des serviettes, tout ça. Tu peux mettre tes fringues dans la machine!
-Merci…

-Je sais pas, ce doit être la fatigue, je me sens pas bien, là…
Éric est avachi sur le canapé, Yacine est en train de choisir un truc à écouter sur son ordinateur.
-Ça va passer, c’est juste un coup de barre… Tu connais Qobuz?
-Non, c’est un groupe?
-Non, c’est un truc genre Deezer mais en Haute-Resolution et avec des tas de trucs cools. Avec eux, je découvre des tas de machins, j’aime bien!
-Je me sens vraiment pas bien, là…
-Attend, je vais te chercher un verre d’eau.

Marc à la tête qui commence à partir en arrière. Un peu de sang sort d’une de ses narines, il tremble un peu. Yacine revient.
-Je peux pas bouger, j’ai mal à la tête…
-Ah, c’est normal, c’est le truc que j’ai mis dans ton café. T’inquiète pas, il n’y en a que pour trente minutes avec la dose que j’ai mis.
-Eeeeiiiinnn…
-Ouais, tu sais, j’ai acheté ce truc il y a des années, c’est comme ça que j’ai pu vivre avec les souvenirs de la belle bande de salopards qui me rançonnaient et me tabassaient au lycée. Je sais plus trop ce que c’est, j’ai acheté ça il y a 6 ans, je me suis toujours dit que si je croisais sur le chemin d’un seul de ces trois chiures, je lui filerais sa dose.
-Eeeeinnnn…
-T’inquiète pas, je te dis, tu vas agoniser bien lentement avant de partir, cette saloperie, ça fait des petites hémorragies internes, le type qui m’a vendu ça m’a dit que c’est un peu comme Ebola, mais c’est juste un poison, rassure-toi. Personne ne va regretter une enflure comme toi, parce que t’es qu’une merde, tu le sais, ça, même ta copine elle est d’accord avec ça, t’es une fiante, franchement, qui c’est qui voudrait baiser avec une larve comme toi.
Yacine retire sa chemise et va vers le téléviseur.
-Parking III, ça te dit? Je vais te mettre la scène de la partouze… Ça commence comme un contrôle de police… Je suis sûr que tu vas aimer, avec ta tronche à voter Darmanin ou Zemmour! Il y a un flic, il s’envoie un gode de 30 centimètres pendant qu’il suce deux lascars, et après, d’autres flics arrivent et le baisent à tour de rôle. Je veux que ce soit le dernier truc que t’emmènes avec toi avant de crever comme un grosse merde homophobe…
-eeiinnnn…
-Ah Ouais, c’est bien le moment de chialer, t’étais pas le dernier à m’envoyer des coups, hein, ça te faisait jouir, hein, allez, vas-y, défoule toi, maintenant, en voilà tout plein, de la bonne grosse bite, bien plus grosse que la tienne, je suis sûr, oh tiens, je vais la mâter, ta bite de sale hétéro de merde!
-nnnnneeee….
Yacine le déboutonne, l’autre ne peut même pas bouger.
-T’en fais pas, ton vermicelle m’intéresse pas, je vais juste bien le masser pendant que tu mâtes le film, genre comme si tu te branlais… C’est raté, toi qui voulais pas crever comme un pédé…
Du sang sort de sa bouche. C’est fini.


Bon, ça, c’était hier. Yacine n’a plus qu’une idée en tête. Choper Paul et surtout coincer Adrien.
Il attrape le téléphone d’Éric dont l’espèce de sourire niais a commencé à s’avachir. Putain, il va bientôt commencer à puer. Merde…
Il déverrouille son Oddo tout pourri très facilement, change le code secret et l’emprunte. Il a accès à tout.
Il commence par lire les messages d’Éric pour bien comprendre son style, ça sert, faire du publishing, puis il envoie un SMS à Paul et Adrien.
– Cp de bol 💪G croisé Yacine la tata 😂 hier soir, resT chez lui, il est en 🏖, i me less son apt. Vous venez? Ya du booz 😈
C’est Adrien qui répond le premier.
– Ita lessé rsT chz lui?
– Ouais. Il a été cool
– Tu la bz?🤣
– T con
– ilé parti ou? La meK ou un meK? 🤪
– 🤣
Paul répond à son tour.
– mdr
– je Dkon pas! Cp de bol 💪G croisé Yacine la tata 😂 hier soir, resT chez lui, il est en 🏖, i me less son apt. Vous venez? Ya du booz 😈
Adrien,
– ok, keleur? 7?
– ok.
Yacine envoie l’adresse et le GPS
– ok, a +
Paul,
– T tt seul?
– ouais. Ya Adrien ki vien a 6
– Ok alors, ma meuf bosse ce soir. On se murge? 😈
– yeah… Voilà l’adresse. A +
– Ciao

Yacine attrape Éric, merde…. putain il est super lourd. Le visage est livide et bleuté, il y a un peu de sang qui a coagulé dans les yeux. Il écarte la table basse et roule le cadavre dans le tapis puis le transporte dans la chambre, revient dans la pièce et fait un peu de ménage.
Vers 14 heures, il a terminé et retourne prendre une douche. Il se branle en sniffant du poppers.
Quand il a fini, il se rhabille et va dans la cuisine, va au robinet et fait couler de l’eau dans la verseuse puis la verse dans la cafetière, ouvre le placard au dessus, sort le paquet de filtres en papier et la boite à café en métal, met un filtre, verse trois doses du café qu’il renifle avant de refermer la boîte et de la remettre en place, j’aime bien l’odeur du café de Colombie, c’est vraiment mon préféré, met la cafetière en route, je pige vraiment pas tous ces gens qui boivent du café du Brésil, trop amer, grou-glou-grou… fait la cafetière, non, le Colombie, c’est le meilleur, group-glou-shiiii-glou-shuuuiii…. Une odeur de café filtre se répand dans la cuisine, j’adore le café. Il ouvre l’autre placard et sort une tasse, puis la remet en place, en sort une autre, la grande tasse, c’est mieux.

Il se dirige vers le salon, écarte les grands rideaux blancs, ouvre l’une des grandes porte-fenêtres qui donnent sur le petit balcon de cet immeuble haussmannien du 14e arrondissement. Il a envie de laisser un peu de l’air frais de ce milieu d’après-midi rentrer dans la grande pièce, il retourne dans la cuisine et éteint la cafetière, prend la verseuse et la grande tasse puis retourne au salon. Il jette un coup d’oeil à l’entrée, s’arrête deux secondes, ses yeux se plissent, et puis il esquisse un petit sourire, ouais, je dois avoir du gros fil de nylon, ça fera l’affaire. Il reprend sa marche, s’assoit sur le fauteuil à côté du canapé qu’il fixe l’espace d’une seconde, pose la tasse sur la table basse et se verse du café. Il attrape la télécommande de la stéréo,
Ah pouvoir encore et toujours, s’aimer et mentir d’amour…
Et bien qu’on connaisse l’histoire, pouvoir s’émerveiller d’y croire…

La sonnerie retentit.
– Entre, chui sous la douche. Rentre!
La porte s’ouvre. Un type un peu bronzé assez grand aux cheveux bruns courts portant un blouson en coton bleu marine et un jean slim qui lui moule les jambes pousse la porte et fait un premier pas. Il entend le bruit de l’eau qui coule dans une salle de bain, s’avance encore un peu et ferme la porte.
– C’est moi, Paul!
– Hmmm…
Sans trop s’inquiéter, Paul fait un premier pas, puis un deuxième et tombe la tête la première sur un coin de la commode avant de s’écraser d’un coup sur le parquet, le crâne le premier. Il râle et se tord de douleur. Yacine sort de la salle de bain quelque chose à la main, lui saute dessus, lui bouche le nez et lui verse de force le contenu d’une petite pipette dans la bouche. Paul n’a pas eu le temps de réaliser ce qui venait de lui arriver que déjà il émerge sur le canapé dans le salon.
– Salut, Paul…
– eeeeiiiinnn
– T’inquiète pas, ça va aller… Qu’est-ce que tu veux voir? Oh, un bon film vintage, avec des grosses bites, ça te dit? Jeff Striker, je suis sûr que ça va te plaire! Tiens, regarde!
Yacine met la vidéo, la bite d’un mécanicien body-buildé et couvert de cambouis sur le visage pénètre le cul d’un garde forestier sur une route déserte sous le grand soleil californien, une sorte de musique au synthétiseur tout droit sortie des années 80 accompagne l’action quand ce ne sont pas les dialogues, You like that cock, Ow yeah… Take that big cock in your ass, you like it? Ow yeah…
– Tu vois Paul, les derniers trucs que tu verras avant que ta vie de merde finisse, ce sera une bonne grosse bite en train de fourrer un cul qui demande que ça. Mais j’ai un autre petit cadeau pour toi…
Yacine a déboutonné Paul et lui attrape le sexe.
– Ouais, mon coco, je vais aussi te branler pendant que tu regarderas ça, comme ça, tu vas crever en pensant que t’es qu’un sale pédé, comme tu disais, sale enflure! T’aimes ça, hein…
Les yeux de Paul brillent, il voudrait pleurer, mais à la place, il n’y a qu’un peu de sang qui sort de sa bouche. Et puis un dernier râle, un peu plus de sang qui sort, et c’est fini. Yacine coupe la vidéo et pousse la cadavre sur le côté gauche du canapé. Il se lève, retourne dans la salle de bain et fait couler de l’eau. Adrien ne va pas tarder.

La porte sonne.
– Entre, je prends une douche…
Un type de taille moyenne avec une barbe de nain de jardin et des cheveux courts châtains portant une parka bleue avec un gros badge « NOVAX NOPASS », un polo gris et un jean assez ancien pousse la porte.
– C’est Adrien… Je peux entrer?
– Ouais…
Il s’avance et ferme la porte. Il sourit.
– Le poster Madonna et tout, un vrai appartement de pédale hein!
Il avance encore et trébuche, tombe la tête la première, manque de se rattraper à la commode et atterrit le nez sur un pot de fleur, une sorte de son de craquement résonne dans sa tête. Il hurle.
Yacine sort de la salle de bain et lui saute dessus, vas-y, avale ça.

Adrien émerge. Il est attaché, entièrement nu, un bâillon sur la bouche, essaie de se débattre mais ses muscles sont embués, il remarque qu’il a une érection qui lui fait un peu mal, et puis il se sent très gêné au niveau de l’anus, il a mal, même, mais c’est un peu brumeux. Yacine est sur le fauteuil. Nu.
– Je t’ai fourré un gode de 28 centimètres dans le cul, t’aimes ça?
– eeeeeiiiinnnnnn…..
Adrien voudrait bouger, mais son corps ne répond pas.
– Je t’ai aussi filé du Viagra, une bonne dose, à mon avis, ta bite va finir par exploser! Et puis regarde, je t’ai mis un bon film, c’est un mec qui se fait exploser le cul par au moins trente mecs. C’est pas mon genre, mais je suis sûr que tu vas aimer. Je veux que tu crèves en voyant le meilleur… Tu vas adorer ce que je t’ai préparé…
– eeeeeeeeiiinnnnnnn….
Adrien ne peut plus bouger, son cerveau navigue dans une sorte de brume aussi épaisse qu’un petit matin dans le sud de l’Angleterre d’où la réalité n’émerge que par instant, par bribe. Tout juste sent il le godemichet qui lui fait mal. Et encore ne voit-il pas le sang qui a dégouliné sur ses fesses quand Yacine le lui a rentré sans trop prendre de précaution.
Yacine se lève, asperge le sexe d’Adrien avec de la lotion et s’assoie dessus.
– Tu vois, t’auras fini par m’enculer, qu’est-ce que t’en pense?

Il est deux heures du matin passées. Yacine est sorti de la douche depuis quelques minutes, il s’est habillé d’un costume bleu marine à rayures noires avec sa doublure en satin rouge à poix jaunes, celui qu’il a acheté l’année dernière dans le West End de Londres. Il a mis une chemise blanche, une cravate à petites fleurs pastel, ma cravate Pompadour, a enfilé des chaussettes rouges et des Hobbs classiques. Il s’est rasé de près, a mis un peu de Bel Ami.
Il a mis les trois corps sur le canapé, leur a servi un café dans de petites tasses en porcelaine blanche posées sur leurs soucoupes.
On entend la flûte de Barthold Kuijken, le premier mouvement du quatuor K285 de Mozart. Tout est bien rangé, il porte une Winston à sa bouche et sort un briquet de sa poche, puis il se lève. Il s’agenouille devant les cadavres bien amochés. Le sexe d’Adrien a maintenant une couleur assez indéfinissable, on dirait le cou d’une poule qu’on a étranglée, c’est bleu, noir ou mauve, blanchâtre et vert aussi. Elle dépasse aussi, visiblement dure mais affaissée, comme une crème glacée en plein soleil. Putain, mais qu’est-ce qu’elle est moche, ta queue.
Il prend son iPhone et fait une selfie devant « la bande des trois ». Il lève son verre de vin avec l’autre main, puis tweete la photo avec un commentaire.
Je les ai butés, ces raclures homophobes. Maintenant, la peut va VRAIMENT changer de camp #onlaisserienpasser #pd✊🏽#homophobie #aquiletour


Il est 7 heures 22 très exactement quand Yves Léclair, journaliste pigiste sur un média LGBTIQ de la région de Lyon émerge de son sommeil avant de se résigner à se lever, le corps alourdi par la soirée et la nuit passées à corriger des publireportages que lui a envoyés Mark&Net, une société parisienne de consulting web, un travail grâce auquel il peut dépasser le seuil de pauvreté qui accompagne son quotidien de journaliste.
Des fois, il a envie de tout plaquer, mais chaque fois sa copine Houria lui retire l’idée de la tête, améliore ton style et bosse plus, t’as du talent, tu vas y arriver. C’est elle qui lui a conseillé de contacter des boîtes de comm’ et qui lui a appris à refuser du travail pour faire monter les tarifs.
Il sort de la chambre, va dans le salon de son petit deux pièce de la cité Jacques Monod, rue Victor Basch à Villleurbanne exactement, un petit immeuble de trois étages aux façades blanches dans ce quartier calme et excentré, bref, dans ses moyens.
Il s’avachit sur le fauteuil club en cuir brun acheté d’occasion le mois dernier qu’il a recouvert d’un plaid en laine acheté en écosse il y a deux ans avec Phil, son ex aux cheveux roux dont il rêve encore parfois, pourquoi je l’ai quitté, mais quel con, quel con, un rouquin à tâches de rousseurs comme lui, c’était un vrai nounours tout gentil, j’en trouverai pas deux… Il prend son iPhone et va sur Twitter.

Il tombe sur un tweet de Yacine, le type marrant de Mark&Net avec qui il fait des blagues de copines. Il regarde la photo de plus près et là, il se demande si c’est un gag ou c’est vrai. Oh la la, la Yacine, elle s’est fait un tripe Fakenews gore, il décide de retweeter, pour rire.
-Putain, la blague, regardez moi le zob🤣

Dans les heures qui suivent, le retweet est liké et retweeté par ses followers qui en rient avant qu’il ne tombe sous les fourches caudines d’une célèbre “journaliste” souverainiste et républicaine à cheveux courts travaillant pour Marianne qui n’apprécie pas, mais alors pas du tout, ce qu’elle qualifie immédiatement d’hétérophobie caractérisée dans son retweet.
Très vite, c’est à un ancien président d’un espèce de type luttant prétendument contre les discriminations et membre de l’Automne Républicain de demander des explications face à ce qu’il désigne être un appel au meurtre et à du racisme anti-hétérosexuel.

Vers 11 heures, divers signalements étant parvenus à des services de police, le tweet est retiré par la plateforme et il est clair pour le Commissaire divisionnaire Lesueur, en charge de la lutte anti-terroriste sur internet en vertu de la onzième loi de sécurité intérieure votée depuis le début de l’année 2021 que l’espèce de chose qui pendouille sur l’homme attaché au second plan est bel et bien un phallus dont l’inclinaison ne laisse aucun doute sur le caractère cadavérique de son propriétaire.
Un avis de recherche est lancé, et bientôt, c’est sur LA chaine d’infotainment que l’affaire éclate. C’est une célèbre journaliste perchée sur des Jimmi Chu de 12 centimètres, la chanceuse, qui ouvre le journal, à midi.
– Les réseaux sociaux de nouveau sur la sellette après la publication ce matin sur Twitter de cette photographie scabreuse appelant au meurtre tous les hétérosexuels dans une mise en scène macabre et pronographique. Pour en parler avec nous, notre chroniqueuse à Bavardeurs habituelle, bonjour…
– Bonjour, toujours aussi chanceuse! Et vos chaussures à talon, quel manifeste de féminité laïque!
La chroniqueuse profite de la présentation de l’invité suivant pour finir son verre de gin.
– Avec nous également, notre chroniqueur maison du matin à la barbe de nain de jardin rayonnante, habitué des débats de haute tenue morale et intellectuels, reconnu pour sa culture et sa très grande probité…
– Merci, merci, et Dieu seul sait, on me pardonnera cette petite entorse à la laïcité respectueuse de notre bon savoir vivre de notre bonne France de France française, à quel point il est difficile d’être honnête et objectif quand partout règne le politiquement correct et l’idéologie woke!
– Et puis il nous vient du Canada pour commenter ce Tweet avec le même talent qu’il pourfend depuis avec moi à la radio le grand remplacement que le wokisme islamo-gauchiste des indigènes en mal de théorie du genre veulent infliger à notre grande nation et à sa très haute culture!
– Merci, merci, et ne vous inquiétez pas, chère amie, malgré vos origines, je ne vous mets pas tout à fait dans la même catégorie que cette bande de crouilles éphéminés. Si je peux me permettre de commencer, j’aimerais faire remarquer que ce crime hétérophobe, s’il s’agit bien d’un crime comme la police le soupçonne car cela ressemble quand même à un attentat jihadiste, aurait été commis, et j’utilise le conditionnel afin de bien montrer qu’ici nous respectons la langue française dans ses subtilités les plus intimes afin de mieux exprimer le caractère hypothétique de ce qui n’est qu’une supposition, aurait donc été commis par un arabe appelé Yacine, un prénom qui a lui seul permet d’affirmer que nous avons affaire à un crime hétérophobe et islamiste destiné à exterminer d’innocents hétérosexuels de sexe masculin et français de souche afin de les remplacer par des populations exogènes à la sexualité lascive et décadente qui imposeront la Charia!
– Oui, c’est exactement cela, c’est signé des Frères Musulmans! On a là la parfaite marque de fabrique de l’islamogauchisme, un homosexuel arabe et musulman. Il faut définitivement interdire la France Insoumise!
– J’ajouterai que cette pédale, parce qu’il faut bien en finir avec la politiquement correct qui n’a que trop duré et qui cause ici la mort de trois de nos compatriotes devant lesquels je m’incline en pensant à leur famille, a…
La présentatrice principale coupe la parole de la chroniqueuse de Barvardeurs,
– On me dit à l’instant que Mr Yacine Belharbi vient de se donner la mort en faisant exploser son appartement à l’aide de sa cuisinière à gaz. Il semblerait qu’il ait auparavant appelé ses voisins pour leur demander d’évacuer les lieux mais qu’également nous n’avons pas de nouvelles de quatre policiers qui étaient sur place…
La chroniqueuse jubile,
– Une bonbonne de gaz, qu’est-ce que je vous disais, c’est DAECH! La France est de nouveau la cible des terroristes!
– Et cette fois-ci, ils ont trouvé des relais au sein de la communauté homosexuelle…
– Ça vous étonne?
– Depuis qu’ils ont le mariage, ils veulent dominer la société française et nous imposer leur agenda! C’était ficelé…
– Il faut abolir le mariage pour tous!
– Et faire voter une loi contre la promotion de ce que devons regarder pour ce que c’est: une déviance! Qu’ils fassent cela entre eux, ça ne nous regardent pas, mais qu’ils imposent leur mode de vie aux autres, non!
– Notre correspondant est sur place! Oui? Vous nous entendez?
– Oui, je me trouve en face de cet immeuble jusqu’aujourd’hui sans histoire et je vous confirme que le bilan va être très lourd car nous restons sans nouvelles de quatre membres des forces de l’ordre. Il semblerait que ce terroriste homosexuel, comme on commence ici à le dire, ait bel et bien tué d’anciens camarades de classes sans histoire avant d’ouvrir le gaz quand la police est arrivé à l’étage. La piste islamiste semble exclue pour le moment, et il s’agirait plutôt d’un crime caractérisé par la haine des hétérosexuels. Je vous reprends plus tard.
– Voilà, on commence avec la méthode globale, on donne l’indépendance à l’Algérie puis le droit à l’avortement, on continue avec la théorie du genre et on finit avec de pauvres garçons assassinés! Il faut en finir avec ce laxisme!

Mme Belharbi est seule devant son poste. Un policier s’est présenté à son domicile il y a quelques minutes pour lui demander de se présenter au poste dans l’après-midi. Son mari est mort dans un accident de grue lors de la construction d’une tour de standing parisienne.

Autrefois, du temps où il allait au lycée, Yacine lui avait dit qu’il y avait des garçons qui le maltraitaient. Elle était allée voir le proviseur qui n’avait rien voulu entendre et lui avait juste répondu que Yacine devait éviter de se faire remarquer. De toute façon, le père de l’un des garçons, celui qui s’appelait Adrien, était proviseur dans un autre lycée.
Khadidja, sa première fille et la grande soeur de Yacine, lui a téléphoné quand le nom a commencé à circuler.
– J’arrive, maman, j’arrive.

Mme Belharbi appelle le Leclerc où elle travaille, demande un congé. Ses jambes se font lourdes. Cet après-midi, elle ira seule au commissariat.


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