Facebook VS écriture 0-1

F

Il m’a vouvoyé, bien sûr. Ben ouais, si ça se trouve, pourvu que sa mère fut précoce, je pouvais être son grand-père. Non mais franchement, qu’est-ce que j’allais me mettre dans la tête.

Je me suis éloigné de Facebook depuis quelques mois et je mesure maintenant à quel point il ne s’agit pas d’un réseau social mais bel et bien d’une technologie destinée à orienter des individus en fonction de « préférences » déduites par des algorithmes dans le but de leur « conseiller » des produits ou d’autres abonnés au service. Le résultat de mon éloignement est qu’autrefois, quand je postais un article de blog, je pouvais recevoir une bonne centaine de visiteur dans la journée qui suivait. Cela m’a toujours semblé peu en regard des 1500 « amis » que je peux avoir sur le site, mais en même temps je suis parfaitement conscient qu’on ne peut pas tout lire.J’ai donc mis en ligne ma nouvelle Sérial pédé, et Google Analytics me donne… 37 vues.

J’ai depuis hier changé la présentation en mettant toute la nouvelle sur une seule page et supprimé les deux autres pages. 37 lectures, donc seulement 19 sont allés jusque la troisième partie. 1500 amis sur Facebook. Ma nouvelle doit donc être une grosse merde en commençant directement par le titre qui doit puer grave… Mais bon, c’est un fait, de plus en plus d’entre nous réduisons notre lecture à la lecture d’un titre qui conditionnera une réaction, un like voire même un commentaire de désapprobation ou d’approbation bien senti, « j’adore tout ce que tu fais ». 19 personnes sont allés jusque la troisième partie.

Je me suis désintoxiqué de Facebook, je dois désormais apprendre à me débrancher totalement des statistiques, non pas qu’elles soient inutiles – je préfère nettement Google Analytics à quoi que ce soit venant de Facebook, compliments de mes « amis » inclus -, mais apprendre à les relativiser. Avoir un site, écrire, c’est construire une oeuvre, c’est miser sur un temps plus long, des lecteurs de hasard, et ça, je trouve cela bien plus important.
J’ai relu Sérial pédé (où se sont cachées de vilaines coquilles que je corrigerai ce week-end), et elle m’a beaucoup plu. Je vous avais promis un retour à l’écriture, promesse tenue, et comme disent les américains, the is much more to come.
Car des fois, souvent, je me parle à moi-même, je me raconte des histoires, je rencontre ce type, je visite un endroit et il se passe des trucs, j’imagine des moments, des conversations, et puis l’imagination se tarit car je ne me concentre pas dessus, je perds le fil et pars ailleurs. C’est dommage.

Je pourrais me dire que c’est grave, que c’est une pathologie, hein, se parler à soi-même, et puis en fait, non. Ce qui est grave, c’est que je ne passe pas plus de temps à les écrire, ces histoires, parce qu’en réalité, il en est de géniales, des fois, je ris tout seul, et puis des fois je pleure parce que mon histoire est triste. Pas à grosse larme bien entendu, non, juste une émotion, et je pense, je dois l’écrire, et puis je ne l’écris pas parce que je suis en tain de faire autre chose, quel gâchis.
Tout est racontable, tout est présentable, tout fait sens quand on écrit car ce qui compte est qu’il y ait une histoire, et par histoire j’entends un fond de réalité, qu’elle soit sociale, politique ou affective.

Par exemple, l’autre jour, j’étais dans le métro et quand j’ai ouvert les yeux, il y avait ce garçon châtain aux cheveux un peu courts et ondulés qui me regardait en souriant. Il portait un blouson en cuir noir et un pantalon beige en coton, mais j’avoue, ce que j’ai tout de suite remarqué, c’était qu’il était super musclé. Il avait de petites fossettes sur les joues quand il souriait.
Il est venu s’assoir à côté de moi, et puis il m’a montré ma braguette qui était ouverte, et là, je me suis senti très gêné. Je me suis reboutonné et je lui ai dit,
– Merci…
J’arrivais pas à le regarder tellement, je me sentais ridicule d’avoir oser penser que…
– C’est pas grave, je trouvais ça drôle, vous n’avez pas à avoir honte!
Il m’a vouvoyé, bien sûr. Ben ouais, si ça se trouve, pourvu que sa mère fut précoce, je pouvais être son grand-père. Non mais franchement, qu’est-ce que j’allais me mettre dans la tête.
– Merci. Je suis parti du travail en vitesse, j’ai pas calculé.
– Vous n’avez pas à vous justifier. J’ai trouvé ça mignon, en fait…
– Ah bon…
– Ouais…
Et puis il a pris son iPhone, et il a commencé à regarder Instagram comme si je n’étais pas là. J’ai pris mon iPad, j’ai regardé les informations sur Bloomberg. Il n’y en avait que pour la quasi-faillite d’Evergrande et celle d’Archegos, « mais comment a t-on pu laisser faire ça », ou l’éternelle question du quantitative easing dans un monde rongé par l’inflation et les ruptures de stocks, mais j’avais du mal à me concentrer. J’ai fait semblant de lire, et puis au bout de 10 minutes, j’ai regardé Le Monde, mais mon cerveau n’y était pas. De toute façon, mon coeur ne balançait pas entre Zemmour et Darmanin, mais entre le mec assis à côté de moi, et le type qui regardait son flux instagram, c’est à dire entre le même et le même.
J’ai rangé mon iPad, et je me suis mis sur Instagram.
– Vous êtes sur Instagram?
– Euh… Oui
– C’est marrant, je vous aurait plutôt vu sur Facebook.
– C’est bon, hein…
– Je rigole, monsieur. J’aime bien les mecs plus âgés que moi!
Ça m’a fait rire,
– Je sais pas trop comment le prendre!
– Qui?
Là, on a ri tous les deux.
– Et vous allez où, comme ça?
– Ben chez moi!
– Ah, dommage…
– Pourquoi?
– Ben je croyais que vous m’auriez invité à prendre un verre…
Il a un peu haussé les épaules en disant ça, et puis il a souri.
– Tu connais pas le film « Jean de la lune », hein…
– Non, je devrais?
– Je sais pas. C’est un film de 1931!
– J’étais pas né!
– Moi, si!
Ça l’a fait rire.
– Et?
– C’est un des premiers films parlants français, une adaptation d’une pièce de théâtre. Le frère d’une fille qui est invité chez son nouvel amant débarque chez lui avant elle pour vérifier comment c’est, et à peine arrivé, il dit « elle m’avait dit qu’on prendrait le Porto ».
– Et?
– Oh rien…
– Ah…
– Ben disons que l’amant alors sort une bouteille de Porto!
Il fait un tête dubitative.
– Ça veut dire que vous voulez me payer un verre?
– …
– Bon, je crois que je vous ai planté on effet, là…
– …
Il s’est remis sur Instagram. Oui, qu’est-ce que j’allais me mettre dans la tête. À mon âge…
– Bon, ben, je suis arrivé.
– C’est dommage…
Il était debout, là, devant moi, il m’a souri.
– Je vous ai dit que j’aimais les types plus âgés que moi…
– Ben alors rassieds-toi.
La dame à côté nous a regardé avec un air de réprobation. Il s’est rassit.
– Vous avez mis le temps, hein…
Je l’ai regardé, on s’est souri.
– Je vous aime bien. J’aime bien votre côté timide. J’ai beaucoup baisé, vous savez, enfin bon, j’imagine que vous aussi!
– Oui, de ce côté là, j’ai pas mal donné.
– Vous aimez embrasser?
Je l’ai attrapé, je ne sais pas trop si c’était pour le plaisir ou pour faire comprendre à la boumeuse à côté de moi qu’elle avait une tête qui ne me revenait pas. Deux jeunes types debout en survêtements ont sifflé.
– Ils sont chauds!
La vieille s’est levée.
– Je m’appelle Paul!
– Moi, c’est Karim.
– Bonsoir, Karim!

– Bonne nuit, Paul…

Alors, réalité ou fiction? L’écriture, l’art en général, c’est ce domaine où la frontière n’existe pas, où l’on règne sur son propre domaine, on en a les clefs. On peut y faire revivre ces 21 pauvres âmes mortes en voulant traverser la Manche, harragas qui devraient nous couvrir de honte jusqu’au plus profonds de nos tripes mais dont le souvenir s’évanouira à la première nouvelle actualité zemmourienne ou pire, à la première annonce d’un rabais de 20 pour cents chez Apple à l’occasion du Black Friday.
Oui, l’écriture, la peinture, c’est ce domaine où il est encore possible de leur donner un nom, de les faire vivre dans leur traversée avant l’horrible conclusion dans laquelle iels sont alléses rejoindre les milliers d’autres ayant succombé avant eux dans l’indifférence feutrée de nos selfies et de nos appétissants repas partagés sur Instagram. C’est le lieu où on peut également les faire vivre et atteindre cette terre promise et y être heureux, y vivre leur vie, enfin. C’est alors un peu un conte, mais les contes peuvent eux-même aussi, par leur arrogant bonheur, dévoiler l’infâme cruauté du monde réel dont ils deviennent le miroir inversé.
Et puis écrire, c’est aussi une autre façon d’être, de faire vivre l’en dedans de soi en lui donnant un espace plus large que cette tête définitivement trop petite pour contenir tant de folie.

J’ai comme je vous l’ai dit changé d’ordinateur il y a deux semaines. Non seulement je suis heureux de ne pas avoir chipoté sur le modèle, quitte à me ruiner, mais je suis également incroyablement heureux de l’avoir fait car je retrouve les joies de l’écriture débarrassé du bombardement de lumière d’un écran de 27 pouces qui me tuait les yeux. J’aime aussi cette mobilité, rendre à l’objet sa fonction pratique, presque ludique. Mon 14 pouces ne m’empêche pas de regarder des vidéos, mais il y a une très grande différence alors. Je dois le déplacer, l’installer et une fois cela terminé, je dois le déplacer de nouveau car c’est précisément ce que l’on fait avoir un ordinateur portable. Mon ordinateur a cessé d’être un meuble, une quasi-télévision…

Bon, voilà. C’est juste un billet en passant. Quasiment aucun lecteur, c’est le lieu idéal, finalement, celui où je n’ai plus rien à attendre. Juste faire ce qui me plait. Et si ce n’est pas encore fait, abonnez-vous à ce site (la petite cloche), abonnez-vous à la Newsletter, et surtout lisez Sérial pédé, vous serez surpris et amusés, peut-être choqués, interpelés, pris dans des rebondissements que vous n’attendiez pas dans ce qui est pour moi une véritable première quand au type de récit.

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