Réponse à Mika sur Rocard

R

Mika m’a écrit ce commentaire :
“C est peut etre juste une personne qui a le courage de dire tout haut ce que tout le monde peut constater.
Si le PS veut gagner il doit faire une alliance aucun sondage ne le donne gagnant !

Bien sur un sondage reste un sondage .. mais apres le second tour il sera un peu tard pour réagir !
on devra attendre encore 5 ans ans de plus et on perdra encore des acquis sociaux .
Alors oui , je sais pas si Rocard a raison mais une chose est sur c est pas un tas de merde !
c est une personne qui propose une solution , une idée ..

Il a le courage de le dire… au risque de se faire insulter!”

Désolé Mika, mais je m’exprime en tant que EX-Rocardien.
Nous ne sommes pas au soir du 22 avril. Nous sommes avant le premier tour. Ensuite, il ne précise pas sur quelle base peut éventuellement se faire cela et il ne le peut pas car le premier tour n’a pas eu lieu. Je pourrais ressortir un texte de congrès ou Rocard disait exactement le contraire de ce qu’il dit. Avant de faire une alliance, on commence d’abord pour dire sur quoi, et dans quelle condition.
Les grandes coalitions dont rêvent Bayrou ont toujours fini pas l’alliance de la droite dure et de l’extrème droite. En Autriche (Haider), aux Pays-Bas (la coalition est maintenant obligatoire car en face c’est une droite extrème qui monte à chaque élection), en Belgique, et bien sûr en Italie.
Rocard a donc décidé de tirer dans le sens des “Graques” et autres “Spartacus”, hauts fonctionnaires des gouvernements socialistes, ces mêmes fonctionnaires qui ont inventés les “TUC”, et toutes ces merveilles technocratiques qui ont conduit les électeurs à ne plus voter socilaistes. Sûr, le pregramme de Ségolène, sa démarche (s’appuyer sur les citoyens et les militants plutôt que l’appareil) ne leur plait guère…
Je ne tiens pas à voir dans moins de 5 ans une coalition UMP/FN (avec la “jolie” Marine).
Pour ma part, puisque des manoeuvre de socialistes appellent aujourd’hui à faire battre Ségolène par Bayrou dès le premier tour, j’arrive à la conclusion suivante que je podcasterai et youtuberai/daylimotionerai : tout sauf Bayrou !
Et au deuxième tour, si Ségo est battue (enfin, coulée par toutes ces manoeuvres qui la plombent depuis le début de la campagne) : ABSTENTION !

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Hé ben, elle te tient à coeur cette élection.
    Déjà, le Rocard il l’a dit sur quels sujets faire alliance :
    “Socialiste et européen depuis toujours, j’affirme que sur les urgences d’aujourd’hui rien d’essentiel ne sépare plus en France les sociaux-démocrates et les démocrates-sociaux, c’est-à-dire les socialistes et les centristes. Sur l’emploi, sur le logement, sur la dette, sur l’éducation, sur l’Europe, nos priorités sont largement les leurs. Sur la société, sur la démocratie, sur les femmes, sur l’intégration, sur la nation, nous partageons les mêmes valeurs.”

    Dans quelles conditions? Bah çà on verra plus tard. Faut voir les scores d’abord. De toute façon, ya pas de mystère; la question principale en cas d’alliance c’est le partage des portefeuilles. Et ce genre de trucs, çà se fait en secret.

    En plus, une alliance n’est pas systématiquement avec l’extrême-droite, en Allemagne par exemple… Je te trouve un peu dur de parler alliance UMP-FN, parce que c’est pas vraiment l’idée de Rocard.

    Faut regarder, la réalité en face: avec qui les socialistes peuvent-ils faire alliance? Même si Ségo gagne çà risque d’être chaud pour les législatives. Les communistes, çà fait longtemps qu’ils font des scores ridicules. Les verts, sans l’aide des socialistes ils auraient pas un seul député. L’extrême-gauche, on en parle même pas. Il reste qui??

    Ceci dit, je suis d’accord avec toi; c’est un peu tôt pour en parler.

    Bonne chance quand même pour Ségo.

    PS. Rocard est revenu sur le sujet dans un chat.
    http://www.lemonde.fr/web/chat/0,46-0@2-823448,55-895985@51-895556,0.html

  • Rocard, Allègre, Kouchner et bien d’autres, des vieux constipés qui refusent de soutenir une femme. Car il est bien là le pépin : ils ne se seraient pas permis de faire ça à Jospin, Strauss-Kahn, ou même Fabius. Pauvres types.

    Ce qui montre l’importance de voter pour Royal. « On élit pas quelqu’un pour son sexe, ce n’est pas un critère » entend-on dire hypocritement. Mais si, puisqu’être une femme motive la trahison des mâles de son propre parti, puisque tant de gens qui auraient voté pour _un_ candidat PS proclament leur décision de voter pour l’UDF, c’est bien que le sexe des candidats est un sujet furieusement politique, un critère de la plus haute importance : plus que l’appartenance à un parti, à une pensée politique, plus qu’un programme et plus que le vote des militants.

    « Elle manque d’expérience » répétait sottement une brave collègue. Ah bah oui, c’est sûr. Conseillère à l’Élysée, députée (quatre mandats), présidente de conseil régionale, trois fois ministre, elle connaît rien à rien la pauvre Ségolène. Licence d’éco, Sciences Po, ENA, concours du barreau de Paris, on sent la fille qui a la tête pleine d’eau.

    Le fait que de tels clichés viraux soient colportés par des femmes en dit long sur le chemin qu’il reste à parcourir. Et pour le parcourir il faut une première fois (tenter de raisonner les gens ne sert à rien). C’est cela qui m’intéresse le plus dans la candidature de Royal. Peu m’importe qu’elle parvienne à être une vraie présidente socialiste (enfin si, mais c’est secondaire), ce qui compte vraiment, c’est que si Ségolène Royal est élue une page sera tournée dans la mentalité des Françaises et des Français. Ce ne sera plus « impossible », « inédit » ou « utopique ». Ça aura eu lieu, la Terre aura continuer de tourner, l’exemple sera donné pour les générations à venir (oui, parce que les vieux débris continueront à bougonner quand même). Les effets s’en ressentiront dans tous les partis, dans les entreprises, dans les familles, dans les universités. Les filles et les garçons de la génération Royal grandiront avec le rôle modèle du pouvoir tenu par une femme. Si ça ce n’est pas important pour quiconque se prétend féministe, alors qu’est-ce qui l’est ?

  • le commentaire de tb est absolument abjecte. Que Ségolène puisse se planter lourdement sur des sujets n’a rien à voir avec son sexe or elle s’est planté (récemment sur les réformes bancaires par exemple). Il est certain que les moqueries macho à la Fabius ont bien été prononcées mais ce n’est absolument pas une raison pour tout mettre dans le même sac: on peut mettre en doute sa capacité à affronter CERTAINS problèmes pour la simple et bonne raison qu’elle même n’en a jamais fait ses priorités (il y aurait en ce sens beaucoup à dire sur l’international où, j’en suis désolé, elle a EFFECTIVEMENT des lacunes. Sa compétence en politique intérieure est évidente , malheureusement ce n’est pas ce qu’on demande au président de la république).
    Rocard est pour moi la voix de gauche qui a manqué pendant toute cette éléction et si son intervention pouvait permettre au moins au second tour à ce que la gauche française sorte de son nombrilisme pour comprendre que son salut vient de l’allignement sur une gauche européenne (donc que le PS se mue en un parti social démocrate) alors ça aura été grandement solutaire. Le fait que le vote socialiste se cristalise sur des problèmes aussi dérisoires que le sexe de la condidate ou la convergence entre les thèses socialistes et l’identité française est non seulement ridicule mais dangereux.

    je suis entièrement d’accord avec ce que dit Carlos.

    Et au passage c’est pour toutes ces raisons que, tout en étant de gauche, je vais voter Bayrou

  • Hé ben, il en provoque des réactions le suppaiku et le rocard.
    C’est vrai qu’il y a un brin (voire plus) de machisme envers ségo. Personne ne dit de Bayrou qu’il est incompétent alors que son cursus universitaire et politique est moins important, mais bon…
    Pas mal de femmes ont déjà étées élues Thatcher, Merkel; alors bon Ségo çà serait sympa mais çà changera pas grand chose. Par contre, Hillary Rodham Clinton élue présidente des USA; çà ç’aurait vraiment de la gueule.

    Histoire de décompresser à J-5, je vous conseille “Le Petit Nicolas, Ségolène et les copains”
    Pastiche fin et enlevé!
    http://www.amazon.fr/Petit-Nicolas-S%C3%A9gol%C3%A8ne-copains/dp/2268062414/ref=sr_1_1/402-8946127-3144156?ie=UTF8&s=books&qid=1176829877&sr=1-1

    BONNE CHANCE POUR SEGOLENE… et ses compains ^_-

  • Cher M. David,

    Vous avez des griefs contre Ségolène Royal, j’en ai aussi (beaucoup) et Suppaiku également. Il n’en reste pas moins que, d’une part, la désertion en pleine campagne de « têtes d’affiches » (un peu fanées) de son propre parti est un événement peu fréquent que l’on qualifie usuellement de trahison, et que d’autre part on n’a pas souvenir qu’un candidat ait été jugé sur ses compétences personnelles, ou même que la question ait seulement été posée. On s’est jeté à la figure les bilans, les programmes, l’ombre de Moscou, celle de Washington, le passé accablant, l’avenir accablé, tout ce qu’on veut, mais jamais « mon petit monsieur, revenez quand vous aurez grandit ».

    Ce que l’on demande au Président de la République c’est d’incarner la Nation à la tête de l’appareil étatique. La seule qualité requise est qu’une majorité d’électeur s’identifie à l’impétrant plutôt qu’à son adversaire. C’est dire si les compétences évaluables pèsent (et ont toujours pesé) moins que le caractère, le charisme du personnage publique et donc, de façon non accessoire, sa tronche, son sexe et sa couleur de peau. Pour ce qui est de la politique menée elle est de toute façon celle du parti au pouvoir. Le président n’est pas à lui tout seul le gouvernement, ni l’état, ni l’assemblée, il est celui qui répond devant la nation de la fidélité l’action gouvernemental aux engagements pris. Les candidats portent un programme, une pensée politique, qui sont ceux de leur parti et donc des gens dont ils s’entourent quand ils sont élus. Vous auriez préféré Strauss-Kahn ? Il a toutes les chances d’être premier ministre (c’est pour cela qu’il la boucle, lui).

    Je ne crois pas que les socialistes en général se cristallisent sur le sexe du candidat. C’est moi qui tient a cet angle. Sur le plan de l’action politique, je n’attends pas grand chose du PS. Business as usual. Si Strauss-Kahn avait été candidat, cette campagne m’aurait profondément ennuyé. Là, dans cette candidature féminine inédite pour un parti qui a un potentiel de victoire, il y a un enjeu que j’estime, moi, du fond de mon abjection repoussante, capital. Après, elle pourra faire plein de conneries (ah, l’étymologie de ce mot !) à l’Élysée, et Strauss-Khan une politique « sociale-démocrate » à Matignon si ça lui chante, mais on aura au moins réussit ça.

    Maintenant, faisons un petit exercice de développement personnel. Debout devant notre écran, énonçons à haute et intelligible voix : « Je vote pour un candidat de droite, je suis un électeur de droite. »

  • 1°) Ah bon, Chirac on ne l’a pas critiqué sur son incompétence? (cf. l’image véhiculée par les Guignols, et largement assimilée par une partie de la population)

    2°), et surtout je trouve ça consternant que la campagne se base sur un problème de “mentalités”. Les mentalités on n’en a rien à secouer, c’est de la pure reconstruction symbolique d’une prétendue unité collective qui est nettement plus complexe et certainement pas réductible à ce genre de psychologisation des masses à la petite semaine. J’irai même plus loin je pense que le fait qu’une femme soit présidente tout le monde s’en contrefout. en nuançant un peu je dirais que ça interpelle effectivement une archi minorité de réactionnaires d’une part et de féministes d’autre part mais même dans ces cas là l’image de la femme n’est qu’un vecteur parmi d’autres grâce auquel on tente de rabattre le problème du politique sur un problème d’identité. Et ça c’est réellement dramatique.

    Quand tu dis “Peu m’importe qu’elle parvienne à être une vraie présidente socialiste (enfin si, mais c’est secondaire), ce qui compte vraiment, c’est que si Ségolène Royal est élue une page sera tournée dans la mentalité des Françaises et des Français” ou encore “Sur le plan de l’action politique, je n’attends pas grand chose du PS. Business as usual”, je trouve ça terrible. Si être de gauche c’est se donner une bonne conscience identitaire ou de “mentalité” en faisant passer au second plan les enjeux réels qu’il ya à construire un nouveau pragmatisme politique alors c’est clair je ne suis pas de gauche.
    Mais heureusement certains “traitres” ne sont pas de cet avis et je suis heureux de ne pas être de gauche avec eux.

  • Non, on a pas critiqué Jacques Chirac pour son incompétence. On l’a apprécié pour son incompétence. L’image d’idiot sympathique que lui ont donné inconsidérément les Guignols l’a formidablement aidé. Idem de Nicolas Sarkozy, ministre du budget catastrophique sous Balladur, puis récemment ministre de l’intérieur lamentable, contredisant sans sourciller les chiffres de son propre ministère. Est-ce que cela gène quelqu’un que le candidat UMP soit un nul certifié ? Non, au contraire, c’est le favori de ce premier tour.

    Il n’y a guère d’enjeux politiques « réels » dans les programmes des partis et je ne crois pas que les hommes aient beaucoup de prise sur l’histoire. Je n’ai tout simplement pas la foi de Suppaiku (je l’envie pour ça). Quand j’écris que Ségolène pourraient être une vraie président socialiste, je fais un gros effort d’optimisme volontaire. Puisque je suis cynique (dans le sens antique du mot) et convaincu de l’extrême légèreté de la pensée consciente dans nos mécanismes de décisions, raisonner sur la dimension symbolique de la politique est une position on ne peut plus pragmatique.

    Sur le qualificatif (évidemment violent) de traître appliqué à Rocard, qu’il soit bien clair qu’il n’est pas motivé par ses opinions mais par le moment où celui-ci décide d’en faire étalage publiquement. Quand on entre dans un parti, on a tout loisir de débattre (en tout cas au PS), mais à quelques jours des élections on a le devoir de se serrer les coudes. Ou alors on assume : on rend sa carte et on s’inscrit à l’UDF.

  • ton argument sur Chirac est intelligent donc je retire ce que j’ai dit (même si cela ne retire rien à ce que je pense de l’instrumentation du sexe du candidat comme argument inapproprié)

    Je suis content que ta position se clarifie lorsque tu parles de cynisme (qui n’a, au passage pas grand chose à voir avec son acception antique, mais bref). Le cynisme est pour moi le corrélat exact de l’indexation du politique sur une problématique identitaire (ou symbolique, ce qui revient rigoureusement au même). Et si je reste Rocardien c’est parce qu’il reste à mes yeux le seul à avoir toujours refusé cela. Et ce refus n’a cessé de scandaliser la gauche: non, Sartre n’est plus une référence pour la gauche – désolé Suppaiku, non la gauche n’a plus à se chercher une crédibilité dans une accointance avec l’extrême gauche anti-européenne, et oui il faut impérativement que cette gauche française trouve au contraire les moyens de construire une réelle efficacité d’action européenne que son inscription dans un strict cadre national lui interdit.

    A ne pas prendre au sérieux ces enjeux j’ai très peur que le parcours de quelqu’un comme Alain Soral ne reste malheureusement pas isolé. Car si la gauche continue d’agiter le fantome d’un symbolisme des valeurs identitaires pour faire rempart au capitalisme je crains qu’elle se fasse battre sur son propre terrain (mais est-ce le sien?) par de discours plus “radicaux” qu’elle à cet égard. La croyance en une étanchéité des frontières politiques sur ces questions est je crois une chimère dont la gauche risque de souffrir très prochainement. Et à force de négliger purement et simplement cette nécessaire “recomposition” du socialisme français en un véritable parti de gauche européen, c’est à dire aujourd’hui social démocrate, il ne lui restera bientôt plus que ses symboles pour se consoler lorsque la droite dure, clairement nationaliste gagnera du terrain.

    Et la clairvoyance de Rocard est encore très grande je trouve à ce sujet. Le problème de la gauche ne peut plus et ne doit pas être celui du symbolisme des valeurs, car le symbolisme n’a de valeur que pour ceux qui pensent avoir une identité. Et c’est CONTRE l’identité que la gauche doit se battre aujourd’hui.
    C’est pour cela que Ségolène est inquiétante et c’est pour cela que, sans être bayrouiste, la stratégie sous-jacente à la déclaration de Rocard me semble être tout le contraire d’une trahison.

  • Je n’avais pas participé à cet échange faute de temps, je profite de quelques minutes pour le faire.
    Je suis parfaitement d’accord avec toi, David : la gauche ne doit pas céder devant les discours “identitaires” en y puisant quelque de nouvelles références afin de palier à un quelquonque vide idéologique. Mais je n’ai pas une seule fois entendu cette approche dans les discours de Ségolène : elle se contente de dire que le fait d’être une femme symbolise une audace. Pour ma part je n’y vois d’abord que marketing. Car sur le fond, elle s’exprime contre la discrimination positive, ne cède en rien devant les discours identitaires quand elle s’exprime sur les sujets délicats de la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle parle toujours au nom d’une histoire commune, partagée et reprend à ce sujet les idées de Bernard Glissan qui s’est toujours inscrit en contre du multi-culturalisme au nom de ce qu’il nomme la créolisation (la culture comme un processus vivant né de l’échange et non quelque chose de donné/figé). Par ailleurs, quand elle dit que dans “sa France”, on ne demande pas “d’où on vient” mais “où on veut aller ensemble”, elle fait un retour à la base même du contrat national tel que defini lors de la Révolution Française : les Français sont Français parce que citoyens et non parce que nés Français.
    Je ne vois donc pas ici en quoi on cède à l’identitaire. Et si, pour le petit “plus” qu’elle évoque parfois tu y vois une dérive… parlons de la tentation maurassienne et pétainiste de François Bayrou qui ne cesse de vanté ses racines rurales, le travail de la terre, son tracteur… Me prendrais-tu au sérieux si j’allais dans ce sens là ? Bien sûr que non ! Alors, comme c’est toujours pour Ségolène Royal que je vois aller les doutes (comme par exemple cette “tentation identitaire” que je ne trouve nul par dans ses meeting, par exemple), je me dis que cette attitute à toujours la critiquer, elle, sur des sujets où elle n’est pas critiquable, est un reste des critiques de la période d’investiture, quand là, pour le coup, les mâles se sont lâchés. C’est le vilain petit canard : quand on a commencé à chercher du mal chez quelqu’un, on ne s’arrête pas.

    Je ne suis donc pas “Ségoléniste”. Je suis “socialiste”. Ce qui m’amène à une petite réflexion sur ce que tu sembles penser de la social-démocratie.
    Le Parti-Socialiste a fait sa mue social-démocrate en 1983. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Michel Rocard. Il a longtemps reproché, avec raison, aux socialistes de ne pas le reconnaitre. C’est Jospin qui le premier l’a reconnu, en 1995, avec son programme. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Rocard, qui l’a encore plus dit lors de la campagne de 1997. Peut-être sa progressive mise à la retraite (ses anciens amis technocrates qui vont maintenant chez Bayrou ont tous suivi Jospin, “à la soupe!”) l’a t’elle conduit à marquer sa différence en 99, “le Tony Blair Français, c’est moi”. Ben non, historiquement, c’était Mitterrand. Et là encore, ce n’est pas moi qui le dit, mais c’était Tony Blair : quand ils préparaient leur programme, ils ont décidé de se caler sur “1983” : pragmatisme économique (Bérégovoy a été la référence de Gordon Brown) et réformes sociales. Bref, l’époque Fabius et la suite.
    La social-démocratie suppose l’existence d’un syndicats forts. Hélas, l’histoire (les véléités révolutionnaires de Français depuis 1789 et depuis, le patronat archaïque en face) a enclin la majorité de la SFIO, en 1920, à créer le Parti Communiste, et à entrainer “le” syndicat, la GCT, dans son aventure (ce qui ne s’est pas passé ailleurs).
    C’est Rocard, dans les années 60 qui, en cherchant entre son PSU et la CFDT des lignes de convergences, qui a été le premier à mener une réflexion sur cette question. Il a continué jusqu’au début des années 80. D’où cet appel régulier à une culture du compromis social :des syndicats forts, des objectifs convergents et des négociations. Voilà la social-démocratie. C’est pas de moi, c’est la définition (du dictionnaire). La crise des social-démocraties vient d’abord de l’affaiblissement des syndicats suite aux restructurations des années 80. Cela reste tout de même généralement des pays à l’économie florissante et aux meilleurs salaires. Et si en Allemagne le PSD est entré au gouvernement, c’est parce que, d’abord, comme toute social-démocratie, c’est un parti qui perd en faisant plus de 35% des voix (UK, Espagne, Allemagne, Suède, Danemark…) et qui a un syndicat puissant : bref, un rapport de force est possible comme, par exemple, avoir le ministère de l’économie. Le cas de l’Allemagne est ensuite particulier car l’Allemagne fini à l’heure actuelle de régler sa réunification. Dans les autres pays, les sociaux démocrates gouvernent seuls (UK, Espagne, Suède jusque septembre dernier) et quand ils gouvernent en partageant avec le “centre”, c’est parce qu’en face il y a la droite dure. De leur faute car à chaque fois ce sont de pays où cette droite dure s’est constituée face à des gouvernements de coalition.
    Le programme de Ségolène Royal ressemble en bien des points au programme de Blair, mâtiné de références suédoises. Le procès en “modernité” social-démocrate est un mauvais procès.

    Je constate David que tu es, comme moi, un fidèle auditeur d’Alain Finkelkraut dont tu reprends brillamments les mêmes arguments, même quand il s’agit d’une référence à Sartre. Il en a une détestation…
    Encore faudrait-il savoir de quoi on parle. Tranformer Sartre en parengon de l’anti-mondialisme, du “NON”… faut arrêter ! Et commencer par le lire !
    Le salaud, c’est dans les Chemins de la Liberté. C’est quelqu’un qui “cause” de la guerre d’espagne, de la guerre, mais qui ne fait rien. C’est celui qui sait et qui ne fait rien.
    Je ne supporte plus cette interdiction de parler de Sartre sans être taxé de gauchisme ! On ne peut plus parler de Marx, de Sartre sans être taxé de ringard. C’est dur, pour Rocard car il cite souvent Marx, Kautsky, Proudhon, Liebnecht, Luxembourg, Bernstein… Il pourrait avoir des trucs passionnant à raconter aux amis de Bayrou…
    Au passage, les destins de Sartre et Rocard se sont croisés pour ne plus diverger à partir de 58 jusqu’à la mort du philosophe. La guerre en Algérie, la chape de plomb gaulliste et mai 68 (dont rocard est un des acteurs principaux avec Sartre), le gauchisme des 70’s (Libération créé par Sartre est LE journal de la grève chez Lip en 73 et va suivre Rocard avec bienveillance jusqu’en 80 quandle journal disparait!). Et jusqu’à la poignée de main à Aron, pour le Vietnam et le Cambodge, symbôle de la fin du gauchisme, top synchro avec le congrès de Metz où Rocard attaque le dogmatisme des socialistes ! Alors opposer la modernité de Rocard à l’archaïsme de Rocard m’invite à te suggérer sur ce point à faire un peu d’histoire… de la “deuxième gauche” dont ils sont tous les deux des symboles. Avec Cohen Bendit, Kouchner, Gluksman, Bernard Henry Levy.
    En ce sens, Ségolène est moderne car cette histoire n’est pas la sienne. Mais c’est sa culture car elle est du socialisme.

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