Etrange, se retrouver au Japon, vivre au Japon, parler japonais et voir des Japonais et titrer ainsi “pour moi, c’est Ségolène Royal”, vous ne trouvez pas ? Eh bien pas du tout, et au contraire, je crois que d’ici tout me semble encore plus clair, encore plus évident. Vous aviez déjà constaté ma sympathie pour elle, vous l’aviez devinée. Mais désormais, face à la crise majeure que traverse la France -je parle pas du monde, ça dépasse mes compétences…-, il est grand temps de procéder dors et déjà au grand éliminatoire et dégager en touches tous les gèneurs, et faire compact. J’avais choisi Jospin en 1995 de la même façon, car il fallait faire basic. Nous avons tous oublié en 2002. Je ne chipoterai donc ni sur le programme, ni sur ceci, ni sur cela, je choisi compact, je choisi simple et, pour reprendre le slogan de Lionel Jospin en 1995 : je choisi clair.
Pourquoi je choisis Ségolène Royal ?
Tout d’abord une qualité à visage triple : c’est une femme, elle est relativement jeune, elle est encore peu “usée” par les jeux politiques.
Ensuite, elle a des convictions, ce qui est devenu extrèmement rare. Je ne les partage pas toutes mais ce que j’aime est précisemment le fait qu’elle exprime des convictions peu à la mode dans son électorat. Réservée sur le mariage gay ou l’adoption, va-t’en guerre du droit des enfants contre la violence et la pornographie qu’elle voit partout, elle n’en est pas moins la seule ministre qui a eu le courage de défendre la pilule du lendemain au lycée, de parler du viol et de l’inceste en famille et en milieu scolaire, de dénoncer les bizutages, de soutenir Greenpeace contre Mitterrand en 1992 en se joignant à une manifestation à La Hagues. Quand elle parle de la famille, même si je la trouve rétrograde à bien des égarts, j’aime qu’elle exprime une expérience vécue par des millions de femmes en France (le travail, l’émancipation individuelle et le rôle de mère à assumer) et qu’elle comprenne par extension les difficultés vécues par des millions de parents (le problème des gardes, des crèches, le prix de la cantine, le prix de la rentrée, des vacances, l’angoisse des fins de mois). Elle a eu, en temps que secrétaire d’état à l’Education des mots originaux sur le rôle de l’éducation nationale. Et si elle ne brille pas par la richesse des idées, elle a su exprimer les bonnes questions et esquisser les bonnes solutions; je pense notamment à l’idée de gratuité des cantines scolaires pour éviter les enfants qui ont faim à l’école. Ca a l’air bête, mais elle a été la première politique à dire que ce problème existait et à prendre des mesures.
Enfin, je constate que tous les autres au Parti Socialiste se sont disqualifiés. Je ne peux voter Fabius le gauchiste qui renvoie Ségolène à l’éducation de ses enfants; je ne peux voter Strauss-Kahn pour qui la présidentielle n’est pas un concours de beauté; je ne peux voter Lang pour qui la politique est une affaire sérieuse (il s’est toutefois excusé, je crois…). Jospin a remontré le bout de son nez mais je crois qu’il a rien compris… Nous ne le désirons plus, de l’avoir tant désiré et qu’il nous ait tant dédaigné sans même s’excuser de n’avoir été à la hauteur…
Ségolène Royal est toute fraîche. Elle bénéficiera du report des voix des féministes, comme Arlette Laguillier qui nous rappelera qu’elle n’attend absoluement rien d’une socialiste mais que l’élection d’une femme est quelque chose d’important, une victoire due à une lutte plus que centenaire. Elle bénéficiera du vote des jeunes qui sans trop en attendre auront au moins le sentiment de voter pour une personne normale et non un de ces éternels vieux cons qui les sollicite régulièrement en les brossant dans le sens du poil. Elle sera haïe par le droite car c’est une adversaire plus que retoutable, la tombeuse de Raffarin, la conseillère de Mitterrand, la bosseuse, la première socialiste à avoir dit aux bonhommes du PS qu’elle va jouer dans leur cours de récréation, l’internationaliste qui soutien (enfin !) les partis frères à l’étrangers quand les hommes commémorent le décès de Tonton en allant jusqu’à porter chapeau et manteau noir, écharpe rouge, ces cons ! Elle en a, du courage, de dire que sans être admirative, elle trouve que le bilan de Blair n’est pas si mauvais, dans un pays où dire cela n’est pas à la mode, surtout à gauche !
Quand je pense à Ségolène, je ne me dit pas que c’est du tout cuit, je me dis “c’est jouable”, et je me reprends à croire en notre pays, à me dire que tout n’est pas plié, que ce n’est pas obligatoirement Napoléon Sarkosy ou Villepin de Bonaparte, que la SNCF ne finira pas forcément dans la poche de Suez comme cela va être le cas avec les autoroutes du Sud ou GDF… Je me prends même à rêver que la gauche a peut être enfin son Thatcher (un politique courageux, inflexible), et que cela sera peut être même une femme…
Du Japon, décidé,
Suppaiku
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