Le temps qui file, et puis…

L

Je suis dans le train. C’est le soir. J’ai eu une journée très longue, parti de 10 h 30 de chez moi ce matin, je rentrerai tout à l’heure vers 23 heures. Avec du trajet en transports en commun entre les deux… Mais bon, c’est fait, et demain je n’ai que quatre heures de cours. Je ne vais pas me plaindre. Il y a juste que ce que je fais ne m’intéresse pas. Je n’ai rien contre mes étudiants, il y a juste que je ne ressens pas la part de challenge dont j’ai besoin pour tenir au travail, où que ce soit. Les intérêts de retard, à BNPP, c’était mortel, mais j’y ait vite trouvé mon compte, j’ai plus que redéfini la tâche, ça en était parfois même devenu passionnant, puisque je touchais à tout. J’aimais quand mes collègues me donnaient des conseils, j’aimais en donner, j’aimais trouver des solutions aux problèmes que les autres rencontraient et, mieux encore, j’aimais envisager des solutions aux problèmes que je débusquais. J’ai l’espace de un à deux mois retrouvé ça à Lehman. Ils bossaient comme des cochons, il y avait donc beaucoup de travail pour moi. Et malgré le fait que c’était souvent gavant, il y avait de réelles satisfactions.
Là, je n’ai aucun défi. Quand un étudiant arrête, client avant tout, il arrête. Il ne dit rien, ou alors deux minutes après la fin de la leçon. Les progrès, on peut parfois les mesurer, mais… Des progrès pour quoi faire. Je n’aime pas le travail, donc, il me faut du mouvement. Où je suis c’est mortel. Je dis ça car je suis fatigué, bien sûr, mais il y a une part de vrai. Ma vie professionnelle est inintéressante, et je suis pauvre. Heureusement, je suis au Japon. Quand j’étais à Paris, je n’étais pas riche, mais je pouvais me payer des trucs. Ici, je dois me satisfaire de vivre au Japon.
Hier, le magazine gay Yagg a publié une interview de moi. Ça nous a fait rire, Jun et moi. Pour tout dire, c’est la seule satisfaction que j’ai. Elle est énorme, qu’on ne s’y trompe pas. Mais je suis obligé de changer ma situation financière et professionnelle rapidement, maintenant. J’ai le visa, je n’ai plus d’excuse. Et c’est une obligation. Je suis un grand garçon obstiné. Et j’ai pris une décision il y a un an et demi, puis le temps est passé. Bref, j’ai un truc grave à m’occuper, et cela suppose aussi que je gagne plus. Je ne veux pas m’étendre là dessus…
En fait, depuis la rentrée, la semaine dernière, tout va trop vite. Le travail me bouffe et mes leçons particulières m’achèvent. Je quitte chez moi le matin et ne reviens que très tard le soir, lessivé. Je n’ai pas encore eu le temps de commencer à penser à un autre travail, de réviser mon CV, de décider de la stratégie à suivre. Le seul truc concret que j’ai vraiment fait, c’est changer mon forfait de téléphone pour le moins cher, rien que les mails, gratuits, de AU. Je suis parvenu à livrer un article pour Minorités pour faire le point au sujet du groupe Ouganda. Et donc répondre à des questions de Christophe Martet.
Je me retrouve dans une situation un peu difficile. Pour faire le rassemblement, nous avons sollicité Act Up. J’ai écrit dans ce blog, puis dans l’article qui reprend mon billet partiellement, ce que je pense d’Act Up. Je suis très sévère. Je ne pense hélas pas que mes critiques soient entendues comme un appel à repenser l’action, le militantisme. Je ne pense pas avoir trouvé la réponse, il n’y a pas UNE réponse. Ce dont je suis en revanche persuadé, c’est qu’il y a la nécessité de réviser tout, tout remettre à plat. Parce que quand on me dit « les gens sont des cons, ils ne bougent pas leur cul », je ne suis pas d’accord, et je ne l’ai jamais été. Je me souviens de jacky Fougeray (Illico) me reprochant d’être élitiste, citant l’épigraphe en tête de tout rédacteur à Télérama, « le lecteur est un con », sous entendu il faut tout lui macher, partir du principe qu’il ne comprend pas, et qu’il ne faut pas le brusquer. Je ne sais pas si c’est vrai. Mais je me souviens bien de la discussion. Je n’étais résolument pas d’accord. Si un lecteur ne comprend pas, si un élève ne comprend pas, c’est qu’on s’y est mal pris. Le lecteur, l’élève présentent d’autres compétences. Ils ne méritent pas ce catalogage. Je pense la même chose en politique. Je suis démocrate, je respecte les gens pour ce qu’ils sont. Mais si je suis persuadé qu’il y a quelque chose qu’ils doivent absolument comprendre, écouter, faire, je ne leur reprocherai jamais de ne pas leur comprendre, écouter, faire. C’est que j’aurai été inaudible, inintelligible. La situation en Ouganda pose la question de la situation des homosexuels dans le monde entier sous son éclairage le plus cru. Voilà ma seule certitude. Pour le reste, je tâtonne. Je vais avoir le temps, ce soir et demain matin, de préparer la suite, dont nous avons parlé, Didier et moi. C’est du temps que je n’aurais pas pour chercher un autre travail.
Pour prolonger mes doute à l’égard d’Act Up (et mon dédain à l’égard des autres), je vous invite à lire ce très bon article dans Minorités
De Tôkyô,
Madjid

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