JE RÉCLAME LE DROIT D’ÊTRE SOCIALISTE, DE GAUCHE

J

L’anathème est lancé depuis le début de cette campagne et le piège se referme. Je lis la presse sur internet, des blogs et des commentaires. J’ai le sentiment de vivre une dégringolade qui ne s’arrête pas, commencée quelque part dans les années 80, avec la crise des années 70 et l’arrivée de socialistes peu imaginatifs, mal préparés et doctrinaires vite convertis aux idéologies de rechanges qui se présentaient alors et dont le libéralisme n’était pas la moindre.
Incapables, comme Alain Lipietz les y invitait dès 1985, d’intégrer l’écologie politique, et inconscients de la valeur précieuse de l’héritage “mitterrandien” pour ce qui est de la construction Européenne qu’ils ne surent penser après Mitterrand, ils ont tenté, avec l’aide de quelques grandes figures, d’animer un espace politique de la Social-Démocratie sans réfléchir sérieusement à ce qu’est une Social-Démocratie aujourd’hui, quels sont ces buts et quels sont ses moyens. Ils ont ainsi oublié de lui donner pour nom “socialisme”, puisque tel a toujours été son nom en France, comme l’ignorent tous ces incultes qui parlent de Social-Démocratie à tout bout de champs sans même en connaitre ni le sens, ni l’histoire, ni les débats, ni les lourds sacrifices, que ce soit en Russie dès 1917, en Allemagne et en Espagne dans les années 30 ou dans les pays de l’Est dès 1946. Nous, Sociaux-Démocrates, avons été les premières victimes de toutes les dictatures quand elles s’installaient. On ne nous pardonna jamais notre volonté de bâtir le Socialisme dans la liberté. Ni les communistes qui nous voyaient tels des agents de la réaction (“il ne faut pas que l’arbre nazi cache la forêt social-démocrate!” sic, Parti Communiste Allemand en 1932), ni les fascistes, franquistes et nazis qui n’acceptaient pas notre libéralisme, notre caractère “cosmopolite”, mondialiste”, “décadent” et nous haissaient car nous aspirions au Socialisme, mais avec la liberté.
Par quel tour de passe passe tente t’on aujourd’hui de nous transformer en êtres “raisonnables”, dénués de tout idéal. Les Socialistes en France, mais également nos camarades Sociaux-Démocrates et Travaillistes (notre grande famille de l’Internationale Ouvrière des années 1900) ont oublié d’où ils venaient, se contentant de gérer leurs positions présentes et limitant leurs ambitions politiques à d’hypothétiques réélections. Le Keynésianisme, en même temps qu’il donnait accès au confort petit bourgeois à ses électeurs, leur donnait l’illusion de “réaliser” le socialisme en limitant progressivement leurs ambitions (la Suède étant toutefois à ce sujet une très remarquable exception). Les luttes “gauchistes” rajeunirent un temps ces formation vieillissantes en leur apportant une touche “libérale”, politique s’entend, que concrétisèrent ces “acancées” des années 90 que furent les unions homosexuelles ou les luttes contre les discrimination et l’égalité des femmes. Il est toutefois intéressant de noter qu’à l’origine de ces libertés il y eu aussi des luttes.
Luttes sociales. Luttes politiques.
C’est un leure, donc, faire croire aujourd’hui que l’on peut bâtir une Social-Démocratie sans lutte préalable. Ce n’est pas un hazard si Nicolas Sarkosy est aussi fort. La société entière est imprégnée des mots du libéralisme, de la “limitation nationale” de tout débat politique. Vouloir évoquer aujourd’hui la moindre idée de régulation vous conduit dans le bloc des archaïques. Les prosateurs du bayroutisme veulent du changement, disent-ils, et avec les sociaux-démocrates, pas avec les socialistes passéïstes. Grand bien leur en face. Une opération identique a été menée en Angleterre et est à l’origine du Parti Libéral-Démocrate en 1983, contre les “archaïques” du Labour. La question qui se pose désormais en Grande Bretagne est, qui, lors des prochaines élections, mangera le Lib-Dem, du Labour ou du Tories. Car cette voie a mené à une impasse (je dis cela avec d’autant plus d’honnêteté que je reconnais qu’il s’y trouve des gens très intéressant et que j’appréciais particulièrement Charles Kennedy). Et encore le Lib-Dem renvoie à une tradition ancienne, celle des Libéraux du 19ème siècle, plus proche en France du Radicalisme que de l’Orléanisme dont descend l’UdF. Et citer J.M.Keynes ou lord Beveridge, c’est raconter un peu le 20ème siècle Britannique.
En France, mais aussi un peu partout en Europe, il est donc devenu incongru de vouloir réorganiser les pouvoir, étendre les droits bref, avoir une ambition Démocratique globale, qui passe par des limitations du pouvoir économique voire, une appropriation de certaines production, sans passer immédiatement pour une personne d’un autre temps. Le politique se doit aujourd’hui de gérer le présent et se limiter à ce qui est immédiatement faisable sans explorer les chemin de ce qui est possible ni ambitionner de s’attaquer à ce qui est souhaitable.
Monsieur François Bayrou est à mon avis un homme honnète, résoluement démocrate, et certainement même social. Il se réfère à la Démocratie Chrétienne, courant politique important de l’après guerre (le MRP), la droite modérée qui avait résisté, cette droite Orléaniste qui, bien qu’arc-boutée sur ses privilèges (elle avait comploté contre le Front Populaire), avait depuis longtemps accepté la République et refusa la collaboration et Vichy (au contraire du reste de la droite qui collabora). François Bayrou est donc, certe honnète, mais il n’est pas Social-Démocrate (ou Socialiste). Il n’ambitionne pas la Démocratie comme but de son propre processus.
Le Socialisme (la Social-Démocratie) n’est pas “social”. Le Socialisme, c’est le nom donné au courant de la Démocratie réelle dans le courant du 19ème siècle.
Ne trouvez vous pas étonnant que l’on demande aux salariés de comprendre les problèmes économiques de leur entreprise, d’un côté, et que les actionnaires de ces mêmes sociétés étalent leurs richesses à coup de montres, vacances, voitures, appartements et lofts coûteux… Je ne suis pas “social”, je veux une économie au service du plus grand nombre, de ceux qui crééent la richesse en travaillant, dur souvent. De ceux dont l’espérance de vie est souvent 10 ans moins longue, si ce n’est plus. Et encore je parle de nos pays du nord. Je ne suis pas “social” car je pense que rien n’est possible tant que celles et ceux qui travaillent dur justifiront eux même leur mauvaise situation économique avec les mots des journalistes économiques. Je suis démocrate car je pense qu’il n’est pas de réel progrès sans volontéS de progrès.
La gauche avait mis en oeuvre des politiques sociales après les avoir arrachées de haute lutte et gagné des élection. C’est une grève générale de près de 1 an qui est à l’origine de la Social-Démocratie Suédoise telle qu’elle est, en 1933. Mais à l’origine, il y avait une réflexion sur les but et les moyens. Nous avons perdu la bataille des mots, des concepts et nous sommes en panne d’horizon.
C’était pourtant simple, Mitterrand nous avait ouvert le chemin.
L’Europe.
L’Europe est un moyen, un but et un horizon. La vraie recomposition n’est pas dans cette “alliance des modérés” (qu’ils y aillent, et oust!). Elle est dans la fusion des partis Sociaux-Démocrates/ Socialistes/ Travaillistes Européens en un seul et même parti Européen et le débats en leurs seins des nouveaux objectifs et des déclinaisons politiques “nationales” de ces objectifs. Elle est dans la présention, dans chaque pays, de candidats de toute l’Union à toutes les élections où cela est possible. Elle est dans la fusion de tous les syndicats de la Social-Démocratie / Travaillisme et Socialisme Européen en un seul syndicat, ce qui, au niveau Français, ouvrirait une crise salutaire en plaçant nos syndicats “groupusculaires” face à leurs responsabilités. La vraie recomposition, c’est penser Européen pour mieux penser global, mondial. C’est se donner un réel programme politique pour les élections européennes, une réelle vision de l’écologie politique à l’échelle mondiale à partir de l’Europe, c’est appuyer au niveau Européen des politiques de co-développement pour le Tiers-Monde.
La vraie recomposition, ce n’est pas penser à 5 ans, c’est penser sur le siècle entier.
Les Alter-mondialistes soulèvent des questions et expriment des craintes justifiées, celle-là même qui ont conduit il y a plus d’un siècle à la création de la première internationale. La vraie recomposition, c’est commencer dès maintenant à y apporter les réponses de la Social-Démocratie, à la seule échelle pertinente, Européenne. En rompant avec la logique “économiste” (ce qui est possible) dans laquelle nous sommes tous tombés, “gauchiste” (la contestation) sauf à nous condamner à l’impuissance. En misant résoluement sur la Démocratie comme processus et comme horizon.
Le Socialisme Démocratique (puisque tel est le nom réel de la Social-Démocratie) est une histoire, très tôt enracinée dans l’histoire Européenne. Notre courant, bien avant les Monnet/ Shumann/Mitterrand/Delors, avait expérimenté l’Europe. Nos congrès allaient d’une ville à l’autre et l’idée, avortée hélas, d’une grève générale européenne contre la guerre en 1914, auquelle étaient associés les noms de Jaurès (France) et Luxembourg (Allemagne) pour citer les plus célèbres, témoignent d’une histoire ancienne, pionnière. C’est dans cette histoire que nous puiseront désormais, maintenant que l’Europe a été rendue à elle même avec la fin des dictatures de l’Est, maintenant que sont pensées les plaies des 2 conflits mondiaux qui l’ont ensanglantée, les forces pour rebâtir la société démocratique auquel nous aspiront depuis 150 ans.
De Tôkyô,
qui voulait écrire cela depuis longtemps
Suppaiku

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