J’ai tuER Facebook

J

Le refrain revient régulièrement sur ce blog, comme une mauvaise rengaine. Je vais gnagnagna Facebook, je vais patati Facebook. Et à chaque fois, finalement, je retrouve goût à cette drogue sociale que je n’ai même pas choisie, je veux dire, pas comme cela. Je suis connecté sur Facebook depuis 2007 parce que je vis loin de la France, de mes amis, et que ce contact était important, particulièrement après la faillite de Nova, et encore plus après la faillite de Lehman Brothers, ces deux fois où je me suis retrouvé au chômage et où mon blog, du Japon, ne me protégeait plus de la solitude. C’est d’ailleurs à cette époque que mon blog s’est progressivement transformé pour laisser place à mon imagination, à l’écriture. Facebook à créé du lien.
Je ne bavarde, je ne parle français que sur Facebook, tant de fois je l’ai écrit, dit, répété. Ne parlant que japonais ou anglais, enseignant l’anglais et le français essentiellement à des débutants, des fois, ma tête explose, j’ai besoin de me réfugier dans le cocon de la langue, de m’y reposer. Facebook m’a fourni cet oxygène.

Toutefois, au fil du temps, je n’ai plus contrôlé mon lien avec. Chaque fois que j’ai entamé un truc un peu public, que ce soit l’action autours de l’Ouganda et sa loi génocidaire anti-homo (mais qui m’a mis en relation avec Didier Lestrade), mon article après le séisme su 11 mars 2011 (mais qui m’a rapproché de quelques écologistes que j’apprécie), ma tentative, entre parenthèse, de créer un site autours de l’Algérie, chaque fois le volume d’« amis » à augmenté, et ma consultation à cru, exponentiellement, sans que je ne le réalise vraiment, mais, pour tout dire aussi, amusé.
Même de pacotille, la notoriété a quelque chose de grisant. Je reste modeste, je n’avais que 690 « amis ».

Pourtant, dans Facebook il y a plusieurs choses qui me fatiguent depuis un moment.
Tout d’abord, son côté vide. Ainsi, la semaine dernière, cette avalanche d’hommages à Mandela, jusqu’à l’indigestion. Je n’ai posté qu’un truc, la vidéo qui est d’ailleurs visible sur ce blog, le Special Aka. Ce truc, personne ne connaît, ça date de l’époque où Mandela n’était pas à la mode et encore moins une icône, c’est pas de la marque, je n’ai pas eu un seul « like », alors que les lessives à top 50 et les articles en veux-tu en voilà ont inondé mon écran en des flots d’hommages suintants, avec les photos de profil assorties.
Je ne reproche rien, c’est juste un constat : sur Facebook, le MOI est le sujet le plus communément partagé, un MOI conforme, qui exprime le MOI moi-ien du moment. Dans une semaine, le bal des pleureuses aura cédé la place à un énième fait divers, un bijoutier niçois ou un cancer du sein. Ce matin, c’était à Jane Birkin d’entamer son lent dégoulinage.

Facebook est en quelque sorte le nouveau Ici Paris, en plus branché : quand vous dites que vous utilisez Facebook, au moins, on ne se moque pas de vous. Mais que reste-t-il à l’arrivée, sitôt le « partage » et le « like » passés. Rien. Nelson Mandela, Kate Birkin iront d’ici quelques jours rejoindre dans les fosses sceptiques du net les derniers éléphants qu’il faut sauver et Leonarda.
Une autre chose qui me fatigue est que j’aime échanger, argumenter, mais. Je suis assez dur à cuir et j’aime la confrontation d’idée, un truc qui me manque depuis que je vis loin, au Japon. Il m’arrive souvent de poster de longs commentaires. Peu, mais longs, pour au moins donner le temps à ma pensée d’aller jusqu’au bout, et parfois, car on finit par connaître les autres, pour revenir sur une conversation précédente. Ca s’appelle le respect de l’autre.
Or, la tendance générale de ce café du commerce où l’anonymat (la photo de profil peut très bien être une jument verte ou un bébé) permet toutes les audaces (à deux balles), c’est ce que j’appelle le troll post moderne. Trois lignes, deux insultes indirectes par allusion, et un smiley. En gros, « t’es qu’une merde, je te pisse à la raie, de toute façon ton commentaire j’ai même pas besoin de le lire pour savoir que t’es nul, mais c’est pas grave, hein, cool, non ? lol ».

Hier, j’ai écrit un long commentaire, en revenant sur un échange d’il y a un mois, au sujet des juifs séfarades.
Il faut dire que je pense, et que j’assume, que la façon dont les séfarades vivent israel est tes différente de celle dont les juifs ashkénazes le vivent, parce que les séfarades avaient leur place en islam alors que la chrétienté a toujours discuté cette place, jusqu’à en gazer six millions. Et ça me conduit à penser que la clé au Proche Orient, ce sont les séfarades qui l’ont, et qu’il est fondamental de ne pas perdre le fil historique.
Je pense que les séfarades sont tout autant victimes de la situation au Proche Orient que les Palestiniens, qu’il y a eu une utilisation de leur situation, qu’ils ont été en quelque sorte les tirailleurs sénégalais d’israël, où pendant cinquante ans ils étaient méprisés par les ashkénazes. Je résume ici mon point de vue, et je pense aussi que les juifs avaient toute légitimité pour trouver un endroit où on ne les assassinerait plus. Il y a juste que la façon dont cela s’est fait doit être questionnée, interrogée, remise à plat, et que c’est sur cette base que les juifs pourront trouver leur place et la paix auxquels ils ont, autant que tout autre peuple, le droit.
Les palestiniens, eux qui ne sont absolument pour rien dans la Shoah, se retrouvent en attendant les victimes d’un état de fait dont personne ne veut discuter et qu’on leur demande d’accepter une bonne foi pour toute. C’est immoral, c’est une négation du droit des gens qui est, pour Montesquieu, le premier des droits.
C’est mon point de vue. J’ai toujours accepté d’en discuter, je n’en dévie pas.

Le fil de commentaire était au sujet d’une vidéo de Soral, et il faut quand même avouer que mon point de vue est aux antipodes du point de vue des double-blancs Soral et Dieudonné. Je soulignais que cette appartenance des séfarades au monde musulman doit être rappelée, même si les séfarades n’en veulent plus, même si Israël a été utilisé par les régimes arabes pour masquer leur propre corruption.
La réponse qui est venue m’a estomaqué. Dans une même phrase, j’étais réduit à quelqu’un qui accusait les « vilains roumis » (sic, plus tard définis par « occidentaux », et « infidèles »), avec en prime une blague sur la « méchante religion chrétienne » assortie, pour bien appuyer le côté troll post moderne dont je vous parlais plus tôt, d’une vidéo sur le kick de Zidane, histoire de bien dire sans jamais le dire, exactement comme Le Pen, que les arabes sont des sauvages, et que quand ils accusent les européens de racisme, ils feraient bien de s’occuper de leurs affaires.
La technique du trollage rend la réponse impossible, car de la même façon qu’elle fait passer les femmes pour hystériques dès qu’elles se défendent quand elles sont victimes de machisme, elle fait passer les arabes pour des coupables qui se sont passer pour « une victime professionnelle » (sic, vous voyez, ce connard a sorti toute la panoplie).

Je n’ai eu qu’une seule réaction, stupide, instantanée, j’ai effacé mon commentaire. C’est con, mais soudain, je me suis demandé ce qui m’avait pris de perdre 20 minutes à écrire un truc long qui constituerait une critique construite des mensonges de Soral. J’avais été réduit à une sorte de sauvage illettré : réduire ma culture à des histoires de roumis et d’infidèles est un niveau de mépris que je n’avais pas ressenti depuis longtemps.
Essentialisé, j’ai été réduit à l’état d’indigène, ce qui n’a rien d’étonnant puisque cette tanche au nom bien français est né en Tunisie, incapable que je suis, bien entendu, comme tous « les arabes » de penser autrement qu’en terme de « vilain roumi », « d’infidèles », avec même cette cerise sur le gâteau, le fait que mon commentaire était de dire que « les arabes et les juifs étaient COPAINS COMME HALOUF » (sic), le tout arrosé d’un « le truc habituel ».

Soudain, ça a été comme si Facebook m’avait sauté à la figure. Une fois mon commentaire effacé, j’ai pensé pour la première fois à cette tarte à la crème des soit-disant progressistes : « mais pourquoi les musulmans qui ne sont pas intégristes ne s’expriment pas », sous entendu bien souvent que ce serait de la faute aux islamistes.
Pour la première fois de ma vie, j’ai pensé que c’est de la faute aux progressistes blancs. Parce que si le Hamas n’est pas notre tasse de thé, parce que si les kamikaze ne sont pas notre truc, parce que si on n’est pas spécialement pour que les femmes se transforment en ombre noire et parce que si on rêve d’un avenir pluriel et moderne, ces mêmes progressistes nous obligent immédiatement à adopter leurs conceptions, leurs points de vue.

On doit donc adopter un point de vue « pondéré » et « nuancé » sur la Palestine malgré l’injustice flagrante qu’un peuple qui n’a rien demandé à personne ni jamais gazé qui que ce soit doit subir; on doit donc à tout pris faire la chasse à l’islamiste et traquer le complot qui se cache derrière chaque femme voilée dans un pays où une majorité silencieuse réactionnaire et blanche majoritairement catholique quand ça l’arrange a battu le pavé pendant des mois en tenant des propos racistes et homophobes et malgré l’indifférence desdites femmes voilées sur cette question; on est tenu de dénoncer tout ce qui va de travers dans des pays avec lesquels nous n’avons strictement aucun lien si ce n’est éventuellement la religion à laquelle cette injonction nous renvoie, par les mêmes qui au même moment proclament partout haut et fort en long et en large dés que nous osons évoquer une culture, une histoire et des racines qu’en république, il y a des sujets universels et que la revendication identitaire est une manifestation de communautarisme, contraire à l’esprit de liberté; on est tenu de prendre position pour la liberté des femmes dans le monde musulman, dans un pays où les femmes, bien souvent musulmanes bien que non voilées, sont livrées aux horaires éclatés, deux heures le matin, deux heures à midi et trois heures le soir, pour des salaires de misère et avec des contrats précaires, avec en plus la sommation à être mince voire squelettique, ressembler à des poupées, livrant les plus jeunes à l’anorexie à défaut de leur procurer un bon travail; on nous somme de penser avec la tête de ces nouveaux beaufs abonnés à Télérama et à la carte FNAC, à la culture avachie dans leur suffisance de « peuple de gauche ».
Ce ne sont pas les barbus qui nous empêchent de parler, ce sont les soit disant progressistes avec leurs injonctions à penser comme eux pour notre propre bien. Qu’un intellectuel issu de l’immigration daigne un peu sortir de ce chemin tracé par ses anciens maîtres pour son propre intérêt, et le voilà immédiatement remis à son statut d’indigène. On me dira peut être que je délire, mais pour qui me lit, me connaît, voir dans ma façon de me voir une vision qui réduirait l’occident à une histoire de « roumi » et d’« infidèle » a quelque chose de profondément offensant, et c’est, pour le coup, me mettre dans la case de l’indigène « Y’a bon Banania » dans laquelle ce connard « progressiste » et de « gauche » regrette certainement « sa chère Tunisie » et la gentille fatma qui lui torchait le derrière quand il était gamin, en se pâmant avec son Telerama dans les tréfonds de la fosse sceptique qui lui sert d’existence.

Moi aussi, je peux faire vulgaire mais au moins, je le fais avec classe, sans avoir peur de m’éclabousser comme le font toutes ces saintes nitouches de trolleurs post-modernes qui vous insultent en saupoudrant leur aigreur et leur bêtise du petit zeste d’humour tout en sous entendu pour mieux vous enfermer dans le silence et la honte auquel ils vous contraignent, à moins que vous ne preniez le risque, comme je le fais depuis hier, de passer pour un malade. Si ça se trouve, cette chiasse, il a pleuré en lisant Les Confessions… Ça va, j’ai encore bien du chemin.

Maintenant que vous avez subi ce texte, que je vous l’ai infligé, je vous dois, à un certain nombre d’entre vous, des excuses. Pas sur ce texte, car les plus fidèles d’entre vous savez bien que j’écris ce que je veux écrire, et vous aimez ça, je le sais, vous aimez quand il y a du sang sur ce blog…

Non, je vous dois des excuses parce que ma décision de vous sortir de ma liste d’amis sur FB est irrévocable, et que pour être juste, je dois virer quasiment tout le monde. Ce n’est pas une vengeance, c’est peut très la conjonction de la fin de l’année -au Japon, on fait un grand ménage en décembre-, de ma quarante neuvième année – la symbolique des nombres, sept fois sept -, ou plus simplement l’opportunité que ce type mal remis de ses années de petit blanc en Tunisie m’offre du haut de ses orteils, à savoir réellement en finir avec FB et ne plus l’utiliser que comme j’utilise Twitter, en gros faire circuler les pétitions pour les baleines, ou pour vous informer de la publication d’un billet sur mon blog. Et garder le contact avec mes amis très proches, ce que je suis sur, vous comprendrez.

Ici, c’est chez moi. J’y publie ce que je veux, comme je veux et quand je veux.

Alors, avec tristesse, je vous quitte sur Facebook, de la façon la plus honnête, en sabrant quasiment tout le monde. Vous pourrez continuer de partager en écrivant des commentaires, ici, et vous pourrez me suivre sur Instagram ou sur Flickr ou sur Tumblr. C’est gratuit et c’est de bon cœur.
Je suis juste fatigué de partager autant de photos, de billets juste parce que je sais que parmi vous il y en a que cela fait rêver, et que cette idée me fait incroyablement plaisir, et de les partager sur un réseau (a)social où un têtard que je ne connais pas, après m’avoir insulté puis rajouté qu’il assumait, conclut par un « de toute façon, pour moi, ce n’est pas important » en rajoutant une petite dernière touche d’humour de troll post moderne en suggérant que c’est lui, avec sa tête de diarrhée qui a été insulté, mais qu’il ne m’en veut pas.

Désormais, ce sera sur mon blog. C’est coloré et varié, je vous ai mis un joli template tout colore a souhait, très souple et joli, bien loin de cette fosse sceptique de couleur bleu où je laisse ce monsieur et ses « amis » patauger en regrettant le bon vieux temps de sa Tunisie « laïque et tout le tintouin » en compagnie de leur ennemi favori Soral qui en réalité n’est pas pire qu’eux.

En copiant (mal) Appolinaire, des crottes pour cette grosse bouse, et des fleurs pour vous tous…

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Hello Madjid

    Hé bien moi je lis toujours tes textes et j’en suis réceptif. Facebook est le seul truc du genre que j’utilise, je n’ai pas assez de temps pour les autres…je n’ai même pas d’iphone ni d’Ipad, c’est dire. Je comprends ta réaction mais c’est faire trop d’honneur, à mon avis, à ces crétins dont Soral – que je connaissais déja en 78 quand il était un petit blanc bec new wave BCBG à la peau superbement blanche – et les autres. Ce que tu dis sur Israël et la Palestineest très sensé, cela m’a apporté quelque chose. Mais tu sais que, sur la question des Pieds noirs, je suis bien plus nuancé que Didier, il est parti âgà de quatre ans, mois à 8, cela fait une grosse différence dans le vécu. Et, de nature, je suis moins extrémiste que lui ha ha ha!
    Je te souhaite bonne chance avec ton blog et je resterai en contact.
    Amitiés,
    XXLala

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