En attendant que mon riz soit prêt…

E

Et voici le plus beau : mon cuiseur de riz, le premier objet que j’ai acheté spécialement pour mon nouvel appartement. San’yô. Il est petit. Je l’ai acheté d’occasion car le cuiseur de riz japonais est cher. Le miens, neuf, vaut environ 10,000 円, soit environ 70€… Je l’ai payé 6,300円. Il est équipé d’un programmateur, on peut choisir différent types de cuissons (riz complet, riz blanc, yaourt, etc…), il garde la chaleur sans brûler et l’御釜/ okama/ récipient (au passage, okama veut aussi dire “folle”, “tante”, “pd”…) est dans une espèce de fonte épaisse, lourde et anti-adhésive… On n’arrête pas le progrès et je suis bien loin de mon cuiseur “Tiger” chinois à 20€ chez Tang Frères…

Je me prépare du riz (du 新米/shinmai/riz nouveau). Je vais le manger avec du カレー/karee/le curry japonais. Connaissez-vous l’origine du カレー? L’Inde, me répondrez-vous ! Eh non, l’Angleterre, mes chers Watson ! A la fin du 19ème siècle, lors de la guerre Nippo-chinoise, les soldats Japonais mangeaient des ration de curry anglaises. Bref, une adaptation industrielle à des fins strictement militaires du célèbre assortiment d’épices indien. Les Japonais ont adoré et on a rapidement préparé des curry, alors appelés “karé”, à l’anglaise. Le kare japonais a donc une texture épaise très éloignée de la texture crémo-liquide du curry indien, et le goût du kare “traditionnel” est plutôt doux, un peu sucré. Pourtant, le goût pour le voyage et l’exotisme ont conduit les grandes marques et “la” ville du kare, Yokohama (il y a un musée du kare…), a proposer de plus en plus de variétés toutes plus ou moins influencées par le grand cousin Indien. Ainsi, les kare “ordinaires” sont ils désormais vendus moins de 100円 quand on trouve ces “nouveaux” kare pour plus de 300/400円… Je parle bien entendu des kare “tout prêt” en sachet. C’est d’ailleurs jusque la manière de préparer le kare qui se modifie puisqu’on trouve de plus en plus de “poudre スパイシー, épicées” à la place de ces espèces de tablettes de chocolat à rajouter à l’eau.
Le miens, assez épicé, je vais l’accompagné de トンカツ/tonkatsu/ porc pâné. On dit alors カツカレー/ Katsukare. C’est un grand classique. Certains joueront au fines bouches, il n’empêche : il y a plétore de restaurants de kare et certains proposent des カツカレー véritablement délicieux. Moi, j’adore le カツカレー…

Couverure du troisème tome de journal de Fabrice Néaud.

Mon collègue Martin m’a prêté des bandes dessinées : des BD de Chaland, dont je ne me souvenais plus mais dont les graphismes ont, avec ceux de Floc’h et de Serge Clerc, bercé mes 16/17 ans; et le journal de Fabrice Neaud. J’en parlerai ultérieurement quand j’aurai achevé la lecture du tome III, un véritable pavé. Une oeuvre qui, comme mon blog, explore les voies difficile du récit à la première personne, sans tomber dans le piège de l’auto-fiction. Ce n’est pas un roman, c’est un journal intime partagé, dessiné. Ca dose Guillaume Dustand (c’est toujours facile, utiliser un pseudo, quand on est fils de grand bourgeois et de jouer à la victime qui assume…). C’est un récit fragile. C’est une homosexualité douloureuse, celle de la province. Une homosexualité dans la marge et loin des strass et de la reconnaissance. C’est intelligent, c’est bien raconté et je ne peux en le lisant m’empêcher de penser à mon ancien voisin Guillaume. Je suis différent de Fabrice Neaud, je vois les choses différemment, ma psy m’y a d’ailleurs vraiment aidé, je me suis libéré de ce dégout de moi-même que de nombreux gays peuvent avoir en eux. Mais ces albums sont de grands récits, et je reconnais des personnes, une époque. Ces années 90 grises que nous avons traversé, de Bérégovoy en Balladur, la crise et le chômage. Au point où j’en suis de la lecture, il n’y a pas le SIDA, et cette absence me fait craindre le pire dans la suite de l’histoire. J’ai en effet appris avec mon analyse n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est tu (intéressant pour des récits à la première personne…). IIIème tome et pas un mot. Juste des allusions (un énorme ganglion ici, des capotes par là)…
Bon, à par cela, j’ai un peu modifié ce blog : remis les liens, corrigé une erreur pour mes albums photos et créé un nouveau blog qui accueillera mes recherches sur l’époque de “la bulle”.
De Tôkyô,
avant de me régaler en écoutant Hamasaki Ayumi (ha ha ha ha…)
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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