Construire au Japon

C

Je vous parlais hier de ces vendeurs de sommeil qui, pour des prix exorbitants, vous logent dans ce que les Japonais estiment être des taudis. Je montrais mon blog à Kaikai hier soir, ainsi que les photos de Sakura House, il était stupéfait du prix. Où j’habite, pour lui, à tout casser, ça vaudrait 20,000 円, mais pour autant il n’aimerait pas y habiter. Je paie 85,000 円 ! Et encore, j’ai la “chance” d’être dans un quartier agréable et nous ne sommes “que” 3, et ma “pièce” est grande et claire, d’aspect propre. Même si depuis 15 jours, j’ai réalisé que, normalement, on doit nettoyer les tatamis régulièrement, les retourner… Je ne préfère pas imaginer dessous.
Bon, j’arrête là. Il faudrait refuser cela, contraindre un peu plus les Japonais à louer leurs appartements, veiller un peu plus aux normes (prix et solidité). Et peut être avoir recours à la colocation, voulue, comme en pays anglo-saxons. Mais là, c’est toucher au marché très lucratif des vendeurs de sommeil et à toute la spéculation immobilière de ce pays où la propriété du sol est primordiale.


Voici ce qui sera caché une fois la maison (un immeuble de 2 étages) : des piliers métalliques, des croisées souples, de la laine de verre et un habillage céramique résistant à une température de 1500°. (maison Sekusui House, Kagurazaka)

J’avoue être ébahi par les techniques de construction au Japon et l’incidence de ce “big one” imminent sur celles-ci. Je crois que dans mon choix de maison, c’est un élément déterminant.
Je vais habiter en アパート, en “appartement”, c’est à dire dans un petit immeuble de structure légère, généralement construit en bois ou en tube de métal. L’アパート s’oppose au マンション, “mansion”, c’est à dire à l’immeuble construit en béton renforcé. Chacun a ses qualités et je me suis un peu documenté sur la question. C’est drôlement intéressant.
L’アパート est finalement une modernisation, par les matériaux comme par les études sur la contrainte des matériaux, leur résistance, l’absorbion de l’énergie, etc, dela maison tradionnelle japonaise. On creuse le sol où on bâtit, en béton renforcé, une sorte de structure. Dessus, on fixe une deuxième structure, elle aussi en béton renforcé et qui délimite le contour de la maison. La première ressemble, elle, à un socle, un peu profond. Cela étant fait, on voit dépasser de grosses vis un peu partout, ainsi que des coussinets à divers endroits. La maison consiste en un sorte de charpente, en métal ou en bois, fixée à ces grosses vis. J’ai vu se bâtir ici une maison de marque Sekusui-House, c’est très impressionnant, cette maison qui n’est pas solidaire de ses fondation, mais juste rivée à celles-ci. On pose ensuite des croisillons, certains un peu lourds et d’autres très légers. On comprend aisément : en cas de forte secousses, la multiplication des “jeux” dans la structure est sensée absorber une partie de l’énergie et diminuer, ainsi, les risques de cassures et d’éffondrement. Cette structure est, enfin, véritablement habillée: ce n’est pas une image, c’est la vérité ! On voit dans les publicités ces maisons résister à un grand nombre de secousses et de contraintes et on peut imaginer aisément que même si la secousse violente, la maison ne s’effrondrera que très partiellement. Bref, c’est calculer pour dissossier le plus de parties possibles, jouer au maximum, absorber, et lâcher si nécessaire là où il faut sans entrainer le bâtiment avec.

fondations de la même maison, désolidarisées. La maison est “attachée” aux fondations, donc elle peut “jouer”.

Le マンション, l’immeuble, est lui réalisé en structure lourde. Il y a eu un scandale au début de l’année à ce sujet, un cabinet conseil ayant réalisé des coupes d’environ 30% de ladite “lourdeur” de la structure, construisant ainsi des immeubles incapables de résister à des secousses supérieures à force 5+ japonaise (on tient difficilement debout, le verre déborde et bouge sans se renverser, les étagères se vident de leur contenu mais ne tombent pas obligatoirement, la table bouge et les objets qui s’y trouvent tombent petit à petit; Niigata automne 2004). A Tôkyô, on attend force 7 (on tombe, les étagères tombent, le verre se renverse, les lustres mal fixés tombent, les enseignes tombent…).
Les マンション doivent être construits en béton de haute densité (peu de sable ni cailloux) et contraints (cables de différentes dimensions que l’on tend à l’aide de grosses vis à des points de tension déterminés par étude de la résistance de la structure). Ils sont généralement construits autours de pilônes porteurs en béton et d’armatures poutres en acier traité contre la corrosion. La durée de vie optimale d’une telle structure est de 10 ans (le béton laisse rentrer l’air, quand même et l’acier fini par oxyder). Bien sûr, les immeubles administratifs, les musées, bien que construits selon les mêmes techniques, sont bien plus résistant et leurs imposants pilônes et l’épaisseur des murs les garanti pour plus longtemps – environ 30 ans. Les hautes tours sont souvent équipées de “balanciers”…
Car le マンション doit aussi absorber. Et si ce n’est la lourdeur des matériaux -surtout pour les immeubles prestigieux-, leur construction est identique aux アパート. Fondations très profondes, théoriquement la moitié de la hauteur de l’immeuble, mais désolidariées, croisillons légers, murs préfabriqués qui “jouent”… Tout est fait pour absorber l’énergie sans atteindre la structure porteuse. Le vrai risque, quand on habite en hauteur, seraient donc plus les étagères qui se renversent, les bris de verre consécutifs, qu’un écroulement de l’immeuble.
Ces techniques sont, hélas, assez récentes et on estime que les immeubles construits avant les années 80 sont dangereux (surtout les immeubles de 4 à 6 étages, légers mais non renforcés…). Alors imaginez les immeubles des “gaijinhouses”, à la structure défraichie, jamais entretenue… J’ai vu ainsi un immeuble sakura house, composé “d’appartements” à 100,000, au nord de Tôkyô près de Saitama : murs lézardés partout, rampes rouillées, écoulements fissurés le long des canalisation : je préfère ma maison en bois; cette immeuble s’écroulera immédiatement.

la même maison : habillage de laine de verre et céramique haute résistance, croisée, structure métallique. Tout pour “jouer”, absorber l’énergie.

La contrainte rend ingénieux. Le Japon en est la preuve. Si je récrimine les marchands de sommeil, cela ne m’empêche pas d’admirer les efforts de constructeurs, des hommes qui y travaillent dans leurs bureaux d’étude pour réduire au maximums les risques encourus en cas de séisme violent. Qu’on ne se mésentende donc pas : je critique les marchands de sommeils (race universelle et de tous pays) mais ne critique en rien la société sur ce chapitre. Je pense que beaucoup de gaijins acceptent ces conditions autant que la société japonaise les créé, que beaucoup prennent le risque de tremblement de terre à la légère, et que ces étrangers ne voient finalement que la réalisation d’un rêve, être au Japon, sans regarder le pays réel, un pays qui vit, gère une situation critique imminente, s’y prépare, compose avec. Nous devrions être plus exigeant avec nous même. Et apprendre au Japonais à nous regarder autrement. Vaste débat, vaste sujet. Je découvre au hazard qu’ici et là des étrangers s’y essaient, avec respect pour les Japonais, et cela force mon admiration.
Allez, demain, c’est la “journée du tremblement de terre” : le 1er septembre 1923, vers 12h00, un tremblement de terre de force 7 a frappé le Kantô, tuant d’abord 40,000 personnes avant que l’incendie qui s’ensuivit n’en tue 100,000 autres… et que les scènes de violence xénophobe anti-coréennes n’en fassent encore quelques milliers supplémentaires.
Vous voyez, parler de logement, c’est parler d’une société. C’est valable au Japon mais… la France n’est pas en reste, loin de là…
De Tôkyô,
commémoratif sous le soleil,
Suppaiku

commentaires

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  • pour le coup, je dois avouer que u viens de me réconcilier avec les blogs. J’ai appris quelques choses ce soir.
    Content de voir que tu vas vivre dans un quartier (plus) vivant et surtout plus surtout en ce qui concerne l’architecture.

    PS : (si tu peux effacer ce PS, n’hésites pas, c’est entre nous) Tu pourrais m’envoyer un mail pour que je puisse récupérer la tienne. Une update logicielle m’a fait perdre mon carnet d’adresse.
    @+ sur ton blog

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