boîte à souvenirs…

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Un matin comme tant d’autres, et je suis assis devant l’écran gris.

C’est un matin comme un autre.

Un matin comme tant d’autres, et je suis assis devant l’écran gris. C’est bien, un écran gris. L’air conditionné maintient l’humidité dans des proportions raisonnables, dehors, c’est une véritable fournaise, mais cette année, je n’utilise plus que la fonction de déshumidification. C’est beaucoup moins cher et très largement suffisant. Mais oui, dehors, il fait très lourd, nous allons avoir un peu de pluie cet après-midi et la température est déjà supérieure à 30 degrés…
Un matin, ou plutôt une fin de matinée comme une autre, devrais-je dire. Ce matin, j’ai regardé des photos, des vidéos que j’ai prises. Décollages d’avions, atterrissages, cabines. Quand donc sera-t-il enfin possible de fouler de nouveau la moquette d’un avion pour venir vous visiter? C’est devenu terriblement compliqué, et je me sens loin, coupé, séparé, seul.

J’aime la solitude.

Celle que je choisis, mais celle-là m’est insupportable en dedans. Elle réveille de nombreux doutes, elle réveille des cassures, ces nostalgies, ces regrets dont je vous ai parlé. Je suis habité par le doute, le doute de moi, depuis longtemps. Je suis traversé de nombreuses questions au sujet de ce qui vient, non pas la vie après la mort, l’existence d’un dieu, le « futur ». Pourquoi donc se poser toutes ces questions qui n’ont aucune réponse rationnelle. J’accepte donc le présent et le futur, tout au plus j’essaie de comprendre le monde et ses possibles, c’est déjà beaucoup. Pour le reste, advienne que pourra, inch’Allah. Je m’en remet à un Dieu auquel je ne crois pas, dont l’existence défie toute ma rationalité mais en qui j’ai une profonde confiance et une très humble reconnaissance.

Bon, je m’égare.

Je ne voulais pas ici parler de Foi. Quoi que. J’avoue qu’avec les ans, c’est peut-être cette disposition qui me fait regarder les arbres, leur luminosité, et plus encore les nuages dans le ciel. Souvent, j’imagine le monde sans nous, les humains, sans nos immeubles, sans la pollution, sans nos voitures, et quelquefois, l’espace d’un millionième de seconde, je parviens à ressentir toute la beauté du lieu où je me trouve même si notre présence l’a écorché.

Alors, ce matin, donc, j’ai regardé ces photographies, ces vidéos, et une sorte d’angoisse m’a prise, elle était là, tapie en moi et ne demandait qu’à venir. Je lui ai fait toute sa place, et puis j’ai repensé à cette chanson que DorianD que chante Lio, incroyablement bien, avec juste le ton qu’il faut. Ce sont des mots d’une incroyable justesse.

On est le lendemain.

Je suis terriblement désorganisé, mais ce n’est pas grave, écrire ici va m’aider à reprendre la maitrise du temps. Je ne peux plus me cacher derrière les horaires de mon travail. Ils n’aident pas, mais ils ne sont pas responsables. Je suis responsable.

Il est maintenant un peu plus de 13:00. Je me suis mis devant l’ordinateur vers 11:30. Aujourd’hui, je me suis levé vers 9:00.
C’est la dernière fois. Je vous dirai demain.
Je suis rentré hier soir à 22:30 passés, il pleuvait à verse, j’ai du rester à l’abris pendant au moins vingt minutes, je me suis couché à 2:00 après avoir perdu trois heures à ne rien faire. Je ne parviens pas à casser une sorte de barrière symbolique dans ma tête qui me permettrait de rentrer, grignoter un truc simple, prendre une douche, me coucher. Je ne suis pas le type qui travaille la nuit, je suis résolument du matin, j’aime ce calme, et surtout, comme je travaille à partir de l’après-midi, cela me permet de littéralement vivre deux journées en une. Si je me couche tard, j’ai la sensation de ne vivre qu’une journée dont la soirée n’est que la continuation, et je ne parviens pas à me concentrer sur quoi que ce soit.

C’est une véritable barrière dans ma tête.

Aller au lit à 23:00, ne rien faire sitôt rentré si ce n’est prendre environ 40 minutes pour grignoter, me doucher et me changer. Ce soir, je le fait. Et demain, je mets le réveil à 5:00. Premier septembre oblige.
La pandémie continue d’influencer mon rythme, elle m’a perturbé et j’ai hier lu une allégorie qui a résonné en moi, qui m’a parlé de moi.
L’allégorie de la grenouille qui ajuste la température de son corps à la température de l’eau. Plus la température de l’eau augmente, plus la grenouille doit fournir d’effort pour augmenter sa température, et cela jusqu’à ce qu’elle meure, non pas de la chaleur de l’eau, mais de l’épuisement de ses propres ressources. Et la question est, mais pourquoi donc n’a-t-elle pas pensé à sauter. La réponse est que la grenouille pense pouvoir s’adapter alors qu’elle est en danger.

Voilà.

Cette année, c’est 2021, on est le premier septembre et c’est à peu près le terme que je m’étais fixé il y a deux ans pour rentrer en France… Peut-être aurais-je dû prendre cette décision avant. Suis-je comme la grenouille, piégé dans le précaire confort que m’offre ces incroyables capacités d’adaptation acquises au fil des ans…?
Je vous l’ai écrit plus d’une fois, je suis quelqu’un qui doute.

En même temps, ce blog m’a amené à croiser d’autres destins, d’autres personnes et je me suis aperçu que je n’étais pas le seul, très loin de là, et que derrière la superficielle image bâtie sur les réseaux sociaux se cachaient un grand nombre de personnalités écorchées, piégées dans des prédispositions sociales ou des choix mal évalués, une fin de carrière cabossée, d’incroyables problèmes d’argent, la maladie, la solitude, d’incroyables doutes et d’insondables interrogations quand à leur avenir, bien souvent une combinaison de tout cela, et que finalement peut-être avais-je sur eux, sur elles, l’avantage d’une incroyable capacité à exprimer ces doutes en dehors de toute pudeur, de peut-être même les exprimer pour eux, pour elles et qu’au delà nous formions une communauté invisible, cachée.

Et donc je suis donc toujours ici.

Au Japon, et pour encore un moment, et je vais devoir recommencer à envisager le terme de cette expérience. Je ne sais pas trop comment, avec les ans, chaque mois, chaque semaine, chaque seconde me rapproche du troisième âge (voilà, c’est écrit) et se fait ainsi un nouvel obstacle quand il y a encore 4, 5 ans, quelque chose aurait pu être jouable.
La barre maintenant est terriblement haute, le défis est élevé. Le doute qui me saisit est gigantesque. Je suis la grenouille, je n’ai pas sauté à temps. J’avais une raison, pour cela. Ces dettes bâties au fil des ans. Elles ont disparu, reste la situation.

Oui, il est important pour moi de créer moi-même le changement dont j’ai besoin. Avec un critère de base. Il m’est impossible de rentrer en France maintenant.
La situation y est trop incertaine économiquement. Mais je peux y travailler, et pour cela commencer par reprendre le fil interrompu par la pandémie, la détérioration de ma condition économique et professionnelle.
Me lever de bonne heure pour travailler le matin pour moi, comme je le fais de façon un peu désorganisée depuis quelques jours voire depuis quelques semaines. C’est loin d’être parfait, mais bon, j’ai retrouvé ce site. Lundi, j’ai même repris la publication sur Nedjma, ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’un an. Je n’ai pas perdu mon temps, donc.

C’est juste très brouillon.

Ma façon de travailler. Pas mes publications car mon travail d’édition est parfait. J’y ai passé beaucoup de temps, en profitant pour mieux encore utiliser Gutenberg, et cela n’a pas été facile car il s’agissait de mettre en ligne un billet précédemment publié sur Facebook. Chaque ligne se retrouvait suivie d’un blanc gigantesque, il a fallu tout reprendre.
J’en ai trouvé un autre que je vais mettre en ligne ce soir.
Donc, indéniablement, et même si cela est encore très brouillon, j’ai « redémarré ». En mieux qu’il y a deux ans je pense. Car je me suis écarté des réseaux sociaux, mais aussi parce que j’ai recommencé à butiner tout en me distanciant de l’actualité. Je me contente de la suivre, je ne la commente plus.

Et donc, pour revenir au début de ce billet, je m’abreuve de photos prises par le passé. Une boule dans le ventre, parfois.

Car le temps a passé. Vite. Les occasions aussi.

J’ai toujours aimé cette chanson, ce vieil ami, ce moi enseveli au fond de notre mémoire, toujours là, prêt à se rappeler dans le flou du quotidien comme une nostalgie impalpable.
Depuis quelques semaines, un autre ami m’est apparu, un ami que je ne connais pas encore. Cet ami, c’est un moi venu du futur, et si je peux désormais revenir sur ce blog prêt à vous exprimer mes regrets, mes souvenirs, mes nostalgies et mes douleurs ensevelies, c’est parce qu’il me donne la direction et surtout parce qu’il est bien décidé à ce que je ne sois pas un regret en plus.

En fait, je ne suis pas cette grenouille.

Il est toujours temps de sauter, il faut juste avoir bien travaillé ses muscles et surtout savoir où atterrir.

Je vous embrasses toustes.

commentaires

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  • Salam el Japono,
    Aie les doutes… Comme disent les ados “à un moment faut s’en” bats lek”. Plus la barre est mise haut, plus l’écueil est douleur…
    On s’en sortira Madgid, kayene Leibi.
    ps : ta mise à nu est terriblement pudique, c’est ce qui m’en rend possible la lecture🤗

    • Bonjour, Jami.
      Un peu long à répondre. J’ai passé trois jours à ranger chez moi. Tu connais, c’est un peu comme pour ta moquette, quoi…
      Bises

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