Après la golden week…

A

C’est un peu la chanson de Barbara; certes, ce ne sont pas des lieux de l’enfance, mais chaque lieu vit sa propre histoire et y revenir, c’est un peu s’amarrer à un wagon qui est déjà passé.

J’ai écrit ce billet la semaine dernière, nous l’appellerons donc billet du 7 mai. Depuis, très peu a changé, si ce n’est que le seuil de sept jours est passé…

Cette année, cette semaine de jours fériés qui d’affilée forment une semaine de congés, la Golden Week, a été particulièrement longue. Pour moi, pas moins de 8 jours consécutifs, et nous avons eu la chance, après des années où pluies et orages avaient un peu gâché le plaisir, d’enchainer sans quasiment aucune interruption des jours de beau temps, pas trop chauds, et bercés par un vent très agréable bien que frais en fin de journée. Je pense qu’il s’est agi d’une de mes plus agréables semaines depuis que je vis au Japon. Et quel contraste avec l’an dernier…

Quand il fait beau comme ça, je peux enchainer les promenades, aller ici et là. J’ai pris des couleurs, mes premières couleurs de l’année, et comme j’ai recommencé à contrôler mon alimentation – j’avais relâché mon attention depuis bien un an et demi, et ne me demandez pas avec quel moment de ma vie cela s’articule, et j’avais donc repris un peu du poids perdu il y a trois ans. Ce matin, je pesais ce que je pesais il y a environ six mois. J’ai aussi recommencé à fréquenter la salle de sport.
Bon, d’accord, la semaine de vacances, je n’y suis pas allé, mais le pli est pris et j’y prends un réel plaisir. Cette semaine, de toute façon, du sport, j’en ai fait suffisamment: mon iPhone m’indique que j’ai marché en moyenne 15 kilomètres par jour.
Je ne suis pas du tout un « gym goar », mais alors là pas du tout, mais il faut avouer que si on n’y prend garde, la vie à Tôkyô devient très vite excessivement sédentaire. Les longs trajets en train, l’étendue inimaginable de la ville rendant quasiment impossible l’usage du vélo pour se rendre au travail, beaucoup concourt à faire de la journée un long moment assis entre deux sommeils. Paris est, à cet égard, beaucoup plus « sportive », mais encore faut-il et y travailler, et y habiter. J’ai eu cette chance mais je n’ignore pas que beaucoup se tapent le RER matin et soir, et leur seule activité physique se limite à attendre indéfiniment sur un quai avant de s’entasser dans un wagon pour y rester debout jusqu’à la prochaine correspondance… À Tôkyô on peut aussi avoir à rester debout, mais au moins le train est toujours à l’heure, fréquent, hormis quand un suicide interrompt le service, ce qui est aussi relativement fréquent.

Mes aventures masculines se suivent. C’est assez étonnant à mon âge. La dernière en date concerne un jeune garçon de 20 ans, assez taciturne. Je l’ai rencontré sur une application bien entendu. Pour tout dire, cela faisait longtemps que nous échangions des messages de temps en temps. On s’est beaucoup vu la semaine écoulée, il travaillait près de chez moi, il passait après. Il avait une attitude assez affectueuse, et puis il est venu hier, son attitude plus distante, sans aucun effort. Il est là, près de moi, il dort ou il somnole, ou il feint de dormir. Il n’est pas très affectueux. J’ai une tendance assez distante moi-même, je suis assez maladroit, timide. Je comptais le laisser rester ici pendant que j’irais travailler, mais je n’en vois plus trop le sens; je vais lui demander de rentrer chez lui. On en restera là. Ça me fait un peu de peine, il avait quelque chose d’attachant, mais je sens que cette situation est subie, pourquoi faire durer? Avant de nous séparer, je lui dirai que je l’ai trouvé distant, mais je ne lui dirai pas que j’ai l’impression de lui avoir fourni l’hôtel pour la nuit.
Les débuts d’une relation, c’est toujours quelque chose de compliqué. Pas la première ou la deuxième fois, non, mais après. Ça passe ou ça casse. Un jour, trois jours, une semaine, un mois, six mois, un an, trois ans, sept ans. Nous avons passé les trois jours, on ne passera pas la semaine… Qu’y a-t-il dans la tête d’un garçon de vingt ans comme lui? Loin, je me souviens de moi, j’étais déjà très gauche, très maladroit. Il en reste un fond qui toujours refait surface même si je me suis beaucoup relaxé et ai beaucoup moins peur de faire un premier pas, de dire, de tendre la main, de sourire là où autrefois une peur indicible me paralysait. Je ne sais pas trop s’il y a cela dans sa tête ou s’il est déjà lassé, comment savoir? Je le laisse dormir, mais je lui demanderai tout à l’heure. Quand je lui demanderai de partir en même temps que moi.

Juste avant la Golden Week il y a eu l’anniversaire de Jun. Nous sommes allés dans un nouveau restaurant dans mon quartier. Un très bel alliage de cuisine française et de cuisine japonaise comme ils savent si bien faire. C’était joli, très variés (7 plats dont deux desserts) et relativement raisonnable. 20.000 yens à deux, trois verres de vin par personne et un café compris, dans le cadre très doux, très agréable, d’une ancienne boutique dont la structure en bois a été rendue apparente. Intime, élégant.
Jun et moi étions passés plusieurs fois à côté et nous demandions quel genre de restaurant cela pouvait être. La surprise, dans ce genre de lieu, est de voir le chef derrière le comptoir cuisiner, servir, faire la caisse, tout cela tout seul dans une chorégraphie parfaite où l’on devine au fur et à mesure que le menu avance, à quel point la préparation a été minutieusement orchestrée. Ce type de restaurant est assez courant au Japon, et bien que les japonais appellent cela de la cuisine française (utilisation du four, de beurre, de choux, etc), la conception même est, elle, typiquement japonaise, et cela jusque dans la présentation dans l’assiette. Ici, d’ailleurs, le chef ne s’encombre pas de service en porcelaine, il utilise de la vaisselle japonaise en terre et céramique, ce qui ajoute une touche d’élégance.

Mon ami Pierre est de passage à Tôkyô. Nous nous sommes retrouvés à Mozaïc, la « cantine » de l’an dernier. Hormis le fait que le lieu va fermer et que l’un des employé est venu nous parler pendant trente minutes de sa reconversion professionnel et de ses problèmes d’hétérosexuel marié avec enfant obligé d’avoir de l’ambition pour assurer la meilleure éducation à sa progéniture (… ouf), il m’est revenu à l’esprit qu’il ne faut jamais revenir dans un lieu longtemps fréquenté. C’est un peu la chanson de Barbara; certes, ce ne sont pas des lieux de l’enfance, mais chaque lieu vit sa propre histoire et y revenir, c’est un peu s’amarrer à un wagon qui est déjà passé. Il faut alors y recréer de nouveaux souvenirs, mais quand il s’agit d’un restaurant, encore en faut il vraiment l’envie. Le serveur m’a vraiment saoulé. Je regrette juste de ne pas y avoir été avec Jun: la cuisine y était bonne et abordable.
Tant pis.

Mes problèmes financiers hérités du mois de mars touchent à leur fin. Je dis « touchent à leur fin » car j’ai encore un peu à payer, que le choc a été rude, que cela a requis beaucoup de jonglage, mais je m’en sors et dans deux mois ce sera totalement derrière moi (même si c’est dors et déjà aplani, je regarde ce genre d’incident comme résolu une fois qu’il est totalement réglé et la routine revenue).

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