Week end à Tôkyô

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Kasai, la semaine dernière. Je passe la gare et j’apperçois ce parapluie. Vous en connaissez beaucoup, vous, de endroits où vous pouvez oublier quelque chose sans avoir trop peur de vous l’être fait voler ? Il m’est arrivé de partir en oubliant de fermer ma porte à clef : j’ai trouvé cela ennuyeux mais cela ne m’a pas plus inquiété… Quelle tranquilité !

J’ai décidé de vous ficher la paix au sujet de l’élection présidentielle, en tout cas dans ce blog et sous réserve d’un évènement vraiment important : elle occuperait en effet une grande place dans ma vie si j’habitait en France mais ici cela semble très lointain. Vous trouverez en revanche mes réflexions sur le sujet sur mon blog Les petits Mondes de Suppaiku où elles ont toutes leur place ! À suivre…
Il fait froid, ici, mais nous n’avons pas de tempête. En tout cas pas encore. J’ai reçu quelques voeux qui m’ont vraiment fait plaisir : Nicolas, bien sûr et je vous en ai parlé ici. Mais aussi Carlos, un ancien camarade de l’INALCO, joint à un exemplaire du livre paru chez Bouquin Le voyage au Japon. Ca m’a fait très plaisir et mes collègues à qui j’ai montré l’ouvrage l’ont feuilleté et trouvé très intéressant. Carlos m’a par ailleurs téléphoné dimanche soir et nous avons longuement bavardé. Dommage qu’il ne se décide à venir travailler au Japon… J’ai reçu les voeux de Dulci, la cousine de Tarikavalli et ça m’a fait fichtrement plaisir. Ce sont les choses que l’on n’attend pas qui touchent souvent le plus : Dulci et moi nous connaissons finalement assez peu mais elle aussi est tombée dans le Japon quand elle était petite. Tiens, c’est marrant, Carlos, Tarikavalli, Dulcinia… Le Portugal est en force autours de moi ! Alain, bien sûr n’a pas été en reste et m’a envoyé ses voeux le premier, à l’anglaise…
Je pense à ces aventuriers qui partaient loin, autrefois. Pas de courrier ou alors épars, rare… Maintenant nous sommes loins et proches à la fois.

La rouille envahie tout, au Japon. Ici, cette petite borne (il y en a tout le long de cette rue), rongée. Il pleut beaucoup au Japon, et l’huminité domine de juin à septembre. Comment conserver intacts les métaux ?

J’ai vu défiler une année complète, désormais, et je connais les rythmes de ce pays. J’ai mis le temps, mais j’ai compris enfin que j’y étais un étranger, qu’un étranger, seulement un étranger. Et j’ai appris à me séparer de la rage de mon père devant la situation qui lui était faite : ce n’était pas évident, être Algérien, en France, dans les années 60. Les Français n’avaient pas encore pris conscience de ce que peut être le racisme banal, au quotidien. Et mon père en avait lui une conscience nettement supérieure à celle de ses compatriotes : il ne se taisait pas, il était syndiqué. Il luttait pour son droit à être un Homme. Quand je suis arrivé il y a deux semaine au grand bâtiment sus à Shinagawa où le maire de Tôkyô le bien-aimé Ishihara parque les étranger qui vont faire leurs papiers (dans le quartier du Port, bien loin de sa mairie pharaonique de Shinjuku où ils fairaient tâche), j’ai croisé des Africains, des Pakistanais et des Indiens, des Chinois et des Philipains, quelques Euro-Américains… Être étranger et finallement bien le vivre, pour un Euro-Américain,c’est reconnaître que dans le pays où il est, il est l’égal d’un Ivoirien qui par un hazard que lui seul connait a attérit au Japon. Après tout, les Arabes et les Noirs mais aussi les Asiatiques doivent ressentir cette “différence” que nous leur rappelons nous même sans y faire attention, dans nos “pays développés”. Ce comportement est universel, il est simplement humain.
Bref, je constate que je cale de plus en plus mon comportement dans le métro sur celui de mes voisins. Je veille scrupuleusement à ne pas me coller à eux et, si possible, je libère une place entre nous : tout le monde fait ça.
L’énorme promiscuité au quotidien a du créer cette culture de la haine de toute promiscuité : au Japon, on ne se touche pas. De toute façon, se toucher revient à pénétrer l’intimité, amicale ou sexuelle. J’étais frappé autrefois par ces doramas où l’on voit une personne qui pleure, et une autre qui assiste au chagrin sans s’approcher, en silence. Cela, je l’ai vu sous des formes très variées. Il y a certainement de la xénophobie dans les comportements quotidiens des Japonais, mais il doit y avoir aussi une forte crainte que nous ne brisions ces barrière tacites entre les les individus (en parlant fort, en bougeant les mains, en croisant les jambes et pire que tout, en demandant un renseignement dans une langue inconnue…). Bref, je fais comme tout le monde et ne m’offusque pas quand on ne s’assoie pas à côté de moi. Et je fais comme tout le monde pour sortir du wagon à bestiaux appelé métro aux heures de pointes : je bouscule, force le passage sans demander pardon (les transports sont l’espace le plus contradictoire de la société Japonaise : politesse y est exacerbée mais y est en même temps totalement inexistante; je crois que tout le monde déteste ces trains bondés où les corps se frôlent : certains d’ailleurs ne s’y contrôlent pas et de plus en plus de lignes réservent un wagon pour les femmes aux heures de pointes…).

Le jeunesse a sa journée, le 8 janvier : c’est le jour de la majorité, 20 ans. Traditionnellement, on revêt des kimonos. Je n’en ai pas vu tant que ça.

J’ai dit que je venais de changer de téléphone. En fait, je vais également garder l’ancien, en tout cas durant un certains temps. En y supprimant toutes les options, il ne me coûte pas cher du tout. Mais je voulais un NEC, or NEC ne travaille que pour Docomo ! Au Japon, on ne choisit pas un téléphone, on choisit un opérateur et puis seulement le téléphone. Les forfaits comme il y a en France n’existent pas : c’est globalement plus cher au Japon et le système est compliqué à outrance. La concurrence est très limité car ce qui est moins cher ici est généralement compensé là (c’est le cas notamment de Softbank -ex Vodafone- qui propose des forfaits attractifs entre Softbank mais prohibitifs pour les appels et mais en dehors). Je dirais que le meilleurs opérateur, le plus transparent est AU, comme le dit la publicité. Le tarif est plus clair que Softbank, le support client est honnète et le tarif est plus avantageux que Docomo. Mais bon, je voulais un NEC et un téléphone qui puisse marcher en France durant mes congés…
Il y a quelques jours, je faisais un cours avec une élève de niveau très avancé. Opposer 2 idées. Je me suis appuyé sur les différences entre la droite et la gauche en France pour faire ma leçon, puis sur les singularités de Ségolène Royal et Nicolas Sarkosy dans leur camps respectifs (Ségolène et les militaires, Sarko et la discrimination positive). Bref, comment utiliser “cependant”, “en revanche”, “quand”, “par contre”, “tandis que”… Ne riez pas, ça vous semble facile mais ça ne l’est pas tant que cela… Exercice puis “application” (bref, la conversation si chère à NOVA.

Je ne comprends pas ceux et celles qui continuent de voir dans la Tour de Tôkyô une copie de la Tour Eiffel… Quel la tout parisienne ait donné l’idée d’un bâtiment de son genre pour abriter les émetteurs de la télévision japonaise naissante au sortir de la guerre est évident. Mais cela s’arrête là car la Tour de Tôkyô a un aspect beaucoup plus “technique”, ressemble à un mécano et sa structure est à lévidence bien plus légère. Elle se devait d’être le symbole de la santé retrouvée d’un pays dévasté par la guerre en étant la tour la plus haute du monde, ce qu’elle fut jusqu’à l’inauguration des tours jumelles à New-York en 1976. Haute de 335 mètres (je crois aujourd’hui 355 m), elle dominait l’Empire State Building et la Tour Eiffel. Elle sera remplacée en 2012 par la Sumida Tower, haute de 660 mètres, qui remprendra toutefois son allure). Dans cette ville en manque de monuments incarnant l’histoire, elle raconte mieux que tout ce Japon de l’après-guerre, 戦後/sengo.

Pendant 20 minutes, l’étudiante m’a fait un portrait de la vie politique japonaise comme je la connaissais mais, venant d’une bouche Japonaise, ce portrait était véritablement effrayant. L’étudiante elle même m’a confié qu’elle ne parlait comme cela que parce que je n’étais pas Japonais, et que généralement les Japonais ont peur. Que l’obsession de la droite Japonaise est de faire croire aux Japonais que leur constitution démocratique avait été imposée par les Américains et remplacer ce qui semblait être pour la gauche et les démocrates une victoire de la résistance Japonaise au pouvoir militaire nationaliste des années 30. Que récemment encore on avait incendié la maison d’un membre du Parti Démocrate du Japon car il avait critiqué le nationalisme de monsieur Koizumi. Elle m’a rappelé l’assassinat du leader du Parti Socialiste en 1960, attribué à un assassin isolé, aux meurtres d’historiens. La falcification de l’histoire et surtout cette idéologie du concours dans les écoles qui a remplacé la réflexion. Une autre étudiante m’a d’ailleurs dit que le système de QCM généralisé expliquait le manque d’imagination de la jeunesse et des Japonais en général. Le plus étonnant est que cette femme n’est pas une gauchiste : “la droite gouverne pour ceux qui ont de l’argent quand la gauche prétend gouverner pour les plus démunis, mais ce n’est pas possible”. Non, une démocrate… J’ai orienté la discussion sur 大正/Taishô, mon époque favorite (1912/1925) et en effet elle voyait dans Taishô la preuve que les Japonais aspiraient à la démocratie : on créait des journaux, des syndicats, des clubs politiques, les écrivains redoublaient d’audace, le peuple débordait de créativité (c’est au passage une des meilleurs “application” que je n’ai jamais faite car elle a opposé d’elle même avec 明治/Meiji(1868/1912), 昭和/Shôwa(1925/1989) et 平成/Heisei(1989/…).
Et c’est vrai que les Japonais sont amnésiques de leur propre histoire. Le débat sur DJ Ozuma (voir vidéo), un chanteur qui s’est produit le soir du 31 décembre sur la NHK avec des danseuses dont le body reproduisait leur anatomie (bref, elle paraissaient être nues) a été consternant et révélateur. On a reproché à la NHK son obsénité, il y avait des enfants devant la télévision, etc… Jugez-vous même (la surprise est à la fin).
De Tôkyô
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À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Je ne me sens pas au Japon l’egal d’un ivoirien, d’un pakistanais ou d’un philipin, et je le regrette… ou pour etre honnete ca me fait un peu culpabiliser. Au service d’immigration de Shinagawa ou ailleurs, tu n’as jamais senti d’indulgence, de facilite due a ton seul passeport? Je revois cette mere de famille thailandaise avec ses deux gamins sur les bras pleurer au comptoir pour une connerie de tampon pas conforme sur je ne sais plus quel papier, et la mine desolee de l’agent d’immigration qui tachait de lui expliquer que meme si toute sa vie est ici, le Japon est tres strict pour ces choses la et il faut maintenant songer a rentrer au pays. J’avoue m’etre senti branleur juste apres en torchant en 30 secondes une prolongation d’autorisation de sejour pour des motifs vraiment legers.
    C’est vieux comme le monde. “tous egaux mais certains plus que d’autres” disait l’autre.

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