Nicolas

N

J’ai reçu un cadeau de Noël, aujourd’hui 25 décembre. Versailles Rive Gauche. Je crois qu’aucun film ne raconte mieux ma génération que ce film qui sort enfin en DVD. Un vrai cadeau de Noël… sous mon sapin pour la photo, et rapidement consommé avant de blogger.

C’est étrange, peut-être, donner un prénom à un post sur un blog. Les “consommateurs de Japon” seront peut-être déçus mais, comme je l’ai mainte s fois expliqué, je ne réalise pas un blog sur le Japon. Je vis au Japon, c’est différent.
Pour la première fois depuis plus de 25 ans, il y avait où je vivais un sapin. J’en avais envie. Un truc de gosse. Mon sapin. Au Japon certe je l’ai fait en plastique. Je suis allé chez ドンキホーテ/Don Kihôte/Don Quichotte (un magasin plein de trucs importés, meubles, casserolles, électro-ménager et nourriture, à prix souvent discountés), j’ai acheté le sapin de 90 cm vendu avec quelques décorations minables. J’ai jeté le “merry Xmas”, le “gros ruban”, gardé les 2 boules et “la” guirlande ainsi que la guirlande électrique. Et j’ai acheté plein de boules rouges, une guirlande rouge et or, des petites boîtes dorées ainsi que du papier vert “métalisé”. Mon sapin n’est pas le roi des forêts, il est juste un rêve réalisé. Cette année je n’ai pas organisé de réveillon, je travaillais dimanche, je travaillais lundi et Kaikai également. Mais ça m’a fait plaisir d’en avoir un. Car après l’appartement, je me suis (ré)équipé : un nouveau lit, du linge de maison, des rideaux… ce qui vous explique mon silence ces dernières semaines. J’ai été très occupé chez moi à réorganiser tout cela, aller chez Ikéa. Ce cycle d’achat s’est achevé par l’achat du sapin et du lecteur Divix de salon.
J’ai donc maintenant un vrai chez moi. C’est un peu petit, 24 m2 en tout mais c’est très bien agencé. Je fais beaucoup la cuisine, gâteaux, petits plats et dernièrement des soupes de légumes à la crème fraîche. Je n’ai pas fêté Noël, ici, on n’en ressent pas du tout la nécessité. Comme je l’ai écrit ce matin à des amis, c’est un peu comme une “sortie de chrétienté”, vivre ici.

C’est Noël, et à Noël, au Japon, on mange du Poulet. Je suis gentil avec mon blog, je lui épargne la version des magasins de hamburgers….

Noël est réduit à une simple fête commerciale pour les amoureux qui vont en couple au restaurant manger du poulet rôti. Ca sent le poulet partout, et c’est l’âge d’or de KFC qui vend des barquettes de pilons de poulet frits. MacDonald, Lotteria et MosBurger ne sont pas en reste et proposent eux aussi leur Variation sur le thème de la friture de poulet… Bien entendu, on peut également acheter du poulet de Noël à Seven Eleven ou AM/PM et autres Family Mart…
J’ai travaillé pour la première fois de ma vie un 25 décembre. On s’y fait très bien.
Ce soir, en rentrant du travail, ma boîte aux lettes débordait. Je ne crois plus au Père Noël depuis longtemps. Pour être exact depuis le cours préparatoire. J’avais été très rapide en écriture et j’avais donc élaboré une liste de 3 pages de cadeaux. Les 3 magnifiques cadeaux que je reçu cette année là (un théatre de marionnettes, un mini projecteur d’images et un train électrique ainsi que des chocolats) n’y purent mais : le compte n’y était pas et ce que les rumeurs qui circulaient à l’école devaient être vraies : le Père Noël n’existait pas.
J’ai entendu cette semaine une émission passionnante sur le sujet, dans l’émission La Nouvelle Fabrique de l’Histoire, sur France Culture (les Podcasts, c’est fantastique). Et c’est vrai que le Père Noël avec son habit rouge est un produit américain, une image destinée à Coca Cola…
Autrefois, il y avait par exemple Saint-Nicolas.

Nicolas, hiver 2002/2003, un café-bar à côté de chez moi à Bonne Nouvelle. Pour les accrocs de Photoshop et de numérique, le “flou” n’est pas du flou mais une pellicule TriX 400 poussée doublée d’une vitesse très lente car il faisait très sombre. J’aime pousser le TriX car cela accentu son côté moelleux, ce fameux “flou”. Regardez le grain… Juste une petite erreur de focale mais dans le noir, sans auto-focus… Moi, je le trouve très beau, Nicolas, sur ce portrait.

C’est mon Saint Nicolas qui m’a fait mon cadeau de Noël : ai-je été si sage, l’ai-je donc tant mérité ? Je ne l’attendais pas, mon cadeau, qu’est-ce que ça m’a fait plaisir…
Nicolas, comme tous mes amis, c’est un peu un morceau de ma vie. C’est un bon “bout de chemin”, comme on dit.
J’avais très mal vécu la fin de ma “première jeunesse” et dès 1991/92, à la faveur de la dépression économique, j’avais commencé à m’enfermer chez moi. Je ne travaillais plus, je fumais beaucoup, je ne sortais que le soir et j’érais dans des lieux de drague où je m’ennuyais à mourir le plus souvent. Cela dit, ces leux représentais l’un de mes derniers liens avec le réel. Le reste du temps, j’allais chez mon frère à Bondy, où nous avions grandi. Là, je crois que nous formions une belle paire, tous les deux…
En 1992, je pense que j’étais suffisament mûr pour le suicide. Je ne m’aimais plus. Je n’avais plus d’argent et je vendais tout ce que j’avais pour manger et donner à manger à Siouxsie. Plus de disque, plus d’appareil photo, plus de livres. A-social et désocialisé, je m’étais enfermé dans l’urgence et j’étais donc incapable d’envisager d’en sortir. Plus de téléphone, une coupure d’électricité, les huissiers, l’interdit bancaire. Je n’ai évité la rue que grace à Bonne Nouvelle… J’ai toujours eu un ange pour veiller sur moi : j’ai énormément de chance. J’ai juste du apprendre à me donner la main et ne pas attendre qu’on me la tende, ce qui fut fort long… C’est moi qui m’en suis sorti, tout seul.
Ce qui ne veut pas dire qu’on ne m’a pas aidé. Mais cette aide, j’ai du apprendre à la demander, ce qui n’a pas été facile, recroquevillé au fond de moi comme je l’étais.
Je suis allé voir Madame Salamon. Je n’oublierai jamais cette femme, cet appartement, ce salon, ce petit cabinet où, assis face à une porte fenêtre juste derrière elle je lui ai parlé, parlé, parlé, et où elle a pris le temps de m’écouter afin de m’aider à dénouer moi même les noeuds que j’avais fait et sur lesquels je commençais à tirer. Une année entière entre l’automne 92 et l’automne 93 où j’ai senti l’énergie se libérer, m’envahir et la vie me remplir comme jamais auparavant. Pour la première fois peut-être j’ai ressenti alors vraiment ce que veut dire “vivre”. Je me suis remis à lire, et à écrire, et à écouter de la musique, plein de musique. Je suis devenu RMiste, ce qui était un énorme progrès, et puis j’ai pris mon travail CES dans le cirque Barbarie, pas un truc ringard mais en fait une compagnie théatrale…
Et c’est ainsi que revivifié après de vacances où j’ai arrêté de fumer et où j’ai écouté France Culture en permanence, j’ai pris la décision de reprendre mes études.


Non, ce n’est pas ma photo qui est belle, ce sont les Japonais qui savent mettre le nature en scène…

La rentrée à Tolbiac fut une immense douche froide. Militants ringards, étudiants amorphes, graphitis anti-sémites dans les toilettes. Et c’est ainsi que “Spont’Ex” est né. Une première manifestation contre un truc sans intérêt de Balladur et des regards qui se croisent, une chanson vite écrite, comme des esquisses de quelque chose à venir : j’avais 28 ans. Un jour, j’arrivais en retard au cours de Moderne en amphi N, je suis monté à l’étage. Mon désir de réussir me tranformais en sténographe : d’une fine écriture, sur de petits carreaux je parvenais à écrire presque mot pour mot ce que disait le professeur. Certains trouvent cela inutile, ce que je sais c’est que grace à cela je n’ai quasiment jamais relu mes cours car je les connaissais en fait déjà par coeur… A côté de moi, je remarquais la même écriture, et un garçon frêle, fragile. Je le trouvais “séduisant”. Non pas d’une séduction charnelle, plutôt une attirance pour une fragilité, une tension sous jacente que peut-être alors je partageais. C’était Nicolas, “mon” Saint Nicolas. Plus tard, lors d’une manifestation je croisais le regard d’une jeune “petite” fille de 1,45m vaguement rockeuse mais avec des couleurs… C’est Aurélie. A Nous trois nous avons formé un attelage aléatoire. Je ne sais qui supportait la fragilité des 2 autres mais je pense que nous nous sommes fait mûrir réciproquement tous les 3. Il y eu certainement entre nous des sentiments variés (je n’aime pas ambigu car je ne pense pas qu’il y eu de l’ambiguité, plutôt des sentiments variés qui nous dépassaient) mais qui nous apprirent à mieux nous connaître et à forger des amitiés solides. Nous ne voyons plus Aurélie partie vivre à Montpelliers mais j’avoue garder pour elle des sentiments intacts, un peu comme une cousine proche. Je suis heureux d’avoir de ses nouvelles.
Nicolas et Aurélie ont de suite accroché à Spont’Ex. Nous partagions le même désir de lutter politiquement tout en pensant, ce qui dans le paysage de 1993 était fort rare mais marque en même temps ceux qui dans notre génération ont décidé de faire de la politique. Nous parlions de Sartres, Camus, Beauvoir. Nous avons fini par être un petit groupe, varié, divers, différents. Et réussir à étudier, parfois brillament !
Je raconterai un jour quand le Président Nicolas scannera la production Spont’ex…
Il y a eu Spont’Ex, et il y a eu Montesquieu. Il y a eu Bonne Nouvelle, Pantin, Pelleport ou Asnières, Lewisham et Bonne Nouvelle, il y a eu Iidabashi et désormais il y a Kasai. Et il y a toujours Nicolas. Que son cadeau arrive le 25 décembre dans ce pays où Noël n’existe pas me touche profondément. A travers ce geste, ce sont mes amis que je reçois. J’ai des amis d’une qualité que vous ne pouvez pas imaginer. Les plus anciens ont accompagné ma convalescence nerveuse avec une fidélité remarquable, et ils ont tous eu les mots que je pouvais attendre d’eux quand en 2003 j’ai du leur annoncer la “tuile” qui me tombait dessus… Je me permettrais donc de célébrer, en ce jour de Noël, ces amis qui malgré la distance sont bel et bien là. Ces jours sombres de dépression nerveuse sont loin. J’ai trouvé en chemin Nicolas qui m’accompagne encore, et avec qui j’ai refait le mon, l’ai défait, me suis saoulé, me suis amusé. Et puis ces denières années il s’est fait plus rare et nous l’avons tous vus, ravis et un peu étonnés, grandir, mûrir et comme se bonifier, quittant cette fragilité d’avant. Nicolas a rencontré celle avec qui il vit.
Dans mon groupe d’amis presque tous ont cette année vécu un évènement important… Ce Versailles Rive Gauche du bout du monde est un petit morceau d’eux, un petit morceau d’une mauvaise année, 1992, embellie par les ans et l’amitié.
Joyeux Noël
De Kasai,
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Je confesse mon erreur et même mieux :
    -j’intègre le lien Tatoufaux, très intéressant
    -je corrigerai dans mon prochain post…
    C’est fou ce qu’on peut apprendre avec internet !
    Merci !

  • bonjour Suppaiku,

    je viens de lire ton post sur mon blog mais comme je n’ai pas trouvé ton mail, je te réponds sur ton blog.

    le Net a été le moyen pour un éditeur de découvrir une histoire et pour moi de l’éditer. Quel plus beau rêve pour un dessinateur que d’être publié?

    Bon vent à toi. Si un jour prochain je viens au Japon (ce qui est un réel projet) je te fais signe.

    Le papa de Nina.

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