L’Algérie, Alger, la Kabylie, le Berbère, l’Arabe, la France et moi

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C’est désormais le mois de mai et, malgré une grand fraîcheur en fin de journée et des vents aussi inhabituels que forts, il fait beau et le ciel bleu me fait du bien. Le Japon, à partir du printemps, est un pays incroyablement vert et lumineux, et je ne peux imaginer à l’avenir pouvoir me passer de cette lumière du sud…. En avril, je reviens à la vie. En mai, je revis.


Un titre bien long pour revenir sur ce blog après une longue absence, avez vous en attendant regardé mes photos ?
C’est désormais le mois de mai et, malgré une grand fraîcheur en fin de journée et des vents aussi inhabituels que forts, il fait beau et le ciel bleu me fait du bien. Le Japon, à partir du printemps, est un pays incroyablement vert et lumineux, et je ne peux imaginer à l’avenir pouvoir me passer de cette lumière du sud. La semaine dernière, c’était la Golden Week, cette sorte de semaine de congés qui n’en est pas vraiment une pour la plupart des japonais puisqu’il s’agit avant tout d’un quasi-enchaînement de trois jours de congés et que les jours intercalaires sont travaillés. Mon école, elle, était fermée et j’ai donc pu profiter d’une parenthèse faite de belles promenades. Obligé pour ce faire de me lever de bonne heure, je suis fatigué, mais c’est une fatigue purement physique. En dedans de moi, je suis calme et reposé. J’ai revu les feuillages et les temples à Kamakura, sous le soleil, j’ai traversé les parcs de Bunkyô et admiré l’incroyable variété des azalées, couleurs, tailles des fleurs et des feuilles…
En avril, je reviens à la vie. En mai, je revis.

Le mois dernier, j’ai été contacté par le directeur d’un théâtre de l’est Algérien. Il voulait que je lui fasse parvenir une autorisation de monter la pièce de théâtre que j’ai écrite il y a maintenant 13 ans (et que vous pouvez lire sur ce site). J’ignorais qu’elle avait été traduite en arabe.
Cela m’a fait très plaisir.

Cela a rouvert une question qui reste chez moi en suspens depuis ma naissance, qui reviens régulièrement par vague et qui n’est pas des plus claires. Je vais tâcher de mettre mes pensées au clair devant vous.
Être un enfant de travailleur immigré algérien, qui plus est d’un couple « mixte » puisque ma mère est française, n’est pas une chose particulièrement évidente, facile, surtout quand on a eu le père que j’ai eu, issu de cette famille si particulière qu’est la mienne, famille de l’aristocratie religieuse, de l’autre côté de la Méditerranée, dans mes montagnes, au pays des figuiers et des oliviers, comme me le rappelait mon amie Maria il y a quelques semaines, tiens, juste au moment où cette histoire de pièce de théâtre me travaillait.
Beaucoup dans ma génération ont choisi d’évacuer la question de l’origine, j’ai moi-même fait une impasse sur la question jusqu’à ce qu’enfoncé dans une profonde dépression nerveuse dans laquelle je me débattais, j’atterris en analyse pour découvrir à quel point cette question était chez moi centrale, constitutive de ce qui me faisait souffrir mais également de ce qui m’avait donné ma personnalité, ce que mes amis y apprécient le plus.

Il y a en cela une aberration, à vouloir imaginer des individus normés compliants à une sorte d’identité humaine universelle qui seraient le produit de leur propre volonté et coupés de l’histoire qui les aurait précédés, de leur milieu social et de leur parcours propre comme de leurs rencontres fortuites ou obligées. Il y a même un crime à vouloir instaurer une sorte de norme comportementale, le musulman ou le juif « intégré » par exemple, et gardant « pour lui » sa religion, ses traditions, c’est à dire se pliant au rite social du groupe dominant qui est, dans la société française, qu’on le veuille ou non et malgré maintes déclarations « laïques », bel et bien chrétien. Remarquez, je ne le reproche pas. Ce qui me gêne est que l’on fasse croire que cette norme, inspirée par l’histoire (au demeurant particulière et non universelle comme on le prétend, ma vie au Japon m’en donne des preuves tous les jours) de ce qui constitue le catholicisme français, serait en fait parfaitement laïque.
Enfant, bien que mon père appartenait à une religion différente, j’ai grandi dans un pays où les fêtes religieuses chrétiennes rythmaient l’année, Noël avec ses cadeaux et sa « messe de Noël » retransmise à la télévision, Épiphanie et sa galette des Rois, Chandeleur avec ses crêpes, Pentecôte et son jour de congé, Ascension et son jour de congé, Toussaint avec son sempiternel « les français sont allés aujourd’hui se recueillir sur la tombe de leurs êtres chers » télévisé, ou Pâques, ses œufs, ses cloches et une messe télévisée avec un pape souhaitant la paix universelle.
D’ailleurs, quand il y a un nouveau pape, cela devient le feuilleton télévisé. La messe était retransmise à la télévision et à la radio chaque dimanche.

Durant la brève parenthèse timidement multiculturelle que connut la France vers les années 80, on eut pour la première fois une évocation du mois de Ramadan, avec des concerts jusque tard le soir à la télévision et des artistes Maghrébins, des conversations et même quelques films algériens ou marocains. Ce fut en fait une réelle expression de laïcité puisque la laïcité est sensée être l’ouverture de l’espace public à toutes les religions, croyances et philosophies. Je n’ai pas souvenir que cela ait menacé de quelque façon les institutions. C’est à cette époque que l’homosexualité a été dépénalisée et que l’avortement a été remboursé par la sécurité sociale, que le Breton ou l’Occitan ont été autorisés et les régions enfin décorsetées, d’ailleurs. Je ne pense pas que ce soit un hasard.

Je repense à mon père, laïque et républicain panarabe mais aussi pratiquant, faisant le jeûne et ne mangeant pas de porc dans un pays qui, laïc, lui refusait le moindre jour de congés musulman en l’obligeant à suivre les pratiques chrétiennes édulcorées et digérées par le commerce.
Comme je le dis, je ne reproche pas aux chrétiens leurs fêtes, elles sont une histoire, l’expression d’une foi et je n’empêcherai jamais quiconque de vivre selon sa foi, surtout pour un peuple en lequel elle s’enracine profondément dans son histoire au point de faire corps avec les moindres de ses gestes les plus anodins, comme, par exemple, écrire la date dans le calendrier du christianisme. Je trouve même cela profondément respectable. Je suis profondément laïque, justement. Je suis impartial, j’accorde à chacun la place qui lui revient. Mais force est de constater que cette laïcité tant rabâchée fait l’impasse sur l’histoire des hommes et des femmes issus de l’immigration, n’étant plus au fur et à mesure que les années passent, qu’une sorte de nouvelle guerre de religion qui ne veut pas dire son nom.

J’ai grandi avec cela en toile de fond, dans un environnement qui déniait à mon père ce qui faisait sa foi. Et comme j’appartiens à une famille de sages religieux de plus de 1400 ans, que la colonisation a appauvri notre famille et notre pays au delà du concevable et que ce pays n’a vu le jour qu’à l’issue d’une guerre à laquelle mon père a pris part, ce n’est pas qu’une culture ou une religion que l’on dévalorisait dans mon éducation, ce fut aussi la valeur de ma propre famille, de son histoire et, à travers, l’histoire de tout un pan de l’humanité auquel tout me rattachait, à commencer par cette incroyable difficulté à prononcer mon nom à l’école ou ailleurs. Arabe. Pire, Algérien.
Je me souviens de mon père haïssant ce programme au rabais, cet égout de la culture qu’était Mosaïque, l’émission que concédait cette prétendue laïcité, le dimanche matin, de 10:00 à 11:00, avant la messe, tiens. Le ravalement de l’étranger à son statut économique de travailleur immigré le mettait parfois dans une sorte de rage sourde, et pourtant il nous imposait ce programme. Enfant, je ne comprenait pas cette insistance à regarder un programme qu’il abhorrait. Mosaïque, c’était le pendant télévisé de ce livre destiné à apprendre le français, avec des Mamadou en veux-tu en voilà et des histoires de tournevis. Partout, tout le désignait comme illettré. Pourtant, il lisait et récitait le Coran, en arabe, qu’il écrivait et lisait couramment. À 17 ans, alors que j’essayais de lui clouer le bec en lui disant que la philosophie était difficile, il me sortit un livre, en arabe, et il commença à me parler d’Aristote, qu’il avait étudié dans son enfance. J’étais vanné.
Il avait une très belle écriture arabe, penchée et élancée, les boucles de ses « ن » ou de ses « ش » forçaient mon admiration et j’essayais d’imiter, en vain, sa façon. Quand il chantait le Coran, penché sur le Livre, j’entendais cette mélodie à voix basse et depuis, il y a quelques années, je me suis mis à rêver d’une mise en musique du Coran, avec un violon, un qânun, un ûd, il le mériterait, car comme l’a écrit Chouraki dans l’introduction de sa traduction, le Coran est avant tout une longue poésie faite pour être chantée.
Pour le lecteur français de ce blog, que mon père ait pu parler arabe va de soi, et pourtant il n’en est rien.
Dans ma famille, nous somme berbères, de Kabylie. Nous ne parlons pas du tout arabe et le Berbère est une langue qui n’a rien à voir avec l’arabe. L’arabe est une langue sémitique, donc de la péninsule arabique, comme l’hébreu. À savoir une langue faite de concepts de base formés de trois syllabes et que les désinences transformeront en nom, en verbe ou en adjectif, pendant que les différentes déclinaisons leur donnent une fonction grammaticale précise : parler arabe ou hébreu, c’est avant tout étudier la grammaire, car c’est une langue sans réelles voyelles sans être pour autant syllabique comme l’est, par exemple, le japonais. Les voyelles sont dans la grammaires et ne sont généralement écrites que dans le Coran ou des textes classiques, ces textes qui ont fondé la langue.

Le Berbère n’a rien de cela. C’est une langue qui était parlée il y a 2500 ans sur le pourtour nord du continent africain, entre Maroc et Libye, avant que Rome ne s’impose, puis les arabes, puis les espagnols, les turcs et enfin les français.
Des recherches ont montré que les berbères ne constituaient pas un groupe social homogène et que les berbères des villes côtières et les berbères des champs, les berbères des montagnes et les berbères plus au sud dans le Sahara reçurent très rapidement des influences culturelles différentes. Ceux des villes entrèrent très rapidement en contact avec les marchants phéniciens ou grecs. Au contact des marchants du proche-orient, ils se familiarisèrent avec les langues sémitiques, préparant l’arabisation future.
Parmi les marchants de l’antiquité, il y avait les juifs, dont certains se fixèrent il y a déjà plus de 2000 ans et convertirent même des populations locales polythéistes et pratiquant le chamanisme, les familiarisant avec l’idée d’un dieu unique et préparant le terrain pour le christianisme puis l’Islam.
Les royaumes berbères étaient riches et ils parvinrent à s’étendre dans la méditerranée avant de trouver plus fort qu’eux, Rome. En Kabylie, on continue de parler de Massinissa, le roi berbère.

L’arabe est donc une langue importée, au même titre que le latin avant elle, mais dont le statut particulier qui la lie à la religion musulmane lui a rapidement donné un statut particulier. Elle fut ainsi longtemps la langue des lettrés. Le français, le turc et l’espagnol se mêlèrent au berbère, au berbère arabisé des villes côtières, mais jamais autant que l’arabe.

L’indépendance acquise, le gouvernement algérien choisit l’arabe comme langue nationale. Une langue étrangère donc dans tout le pays, mais plus encore en Kabylie. L’enseignement fut extrêmement mauvais car il n’y avait pas de professeurs d’arabes, on en fit venir d’Egypte. J’ai ainsi eu trois professeurs d’arabe, en France, dont deux véritablement incompétents. L’un d’entre eux nous faisait réciter des prières. Mon père était furieux, je n’avançais pas. Ma dernière professeur était différente, une jeune femme dont je me rappelle la corpulence et le visage rond sous sa chevelure brune. Elle comprenait qu’aucun de nous ne parle arabe, soit parce que nous étions kabyles soit parce qu’à la maison on ne parlait que français. En un an, je suis parvenu à comprendre un peu comment la langue fonctionnait, à faire des phrases simples, à lire et même à aimer étudier l’arabe. J’étais très bon en grammaire. J’ai réussi mon certificat d’étude algérien. L’année suivante, elle a été remplacée par un idiot, mon père m’a retiré du cours.
La question de la langue est aussi importante pour comprendre cette difficulté à m’inscrire dans une histoire algérienne.
Mon père ne voulait pas que je parle kabyle, il détestait l’idée de « culture kabyle », il pointait toujours cette tendance des français, après l’indépendance, à valoriser une « différence » kabyle comme une tentative de diviser l’unité algérienne. Il haïssait aussi cet islam si particulier de ma famille, un islam imprégné de pratiques anciennes, de mysticisme, une branche du soufisme. Il voyait tout cela comme une arriération et la vraie source de la décadence de la civilisation arabo-musulmane et de la colonisation.
J’ai appris à nuancer ce jugement, mais je sais aussi que c’était une vision assez communément partagée par la génération de militants de la lutte pour l’indépendance.
Il fallait une très haute idée de sa civilisation, de sa culture, de sa religion et de son histoire pour oser imaginer l’indépendance comme ils l’ont fait. Faut il rappeler que les algériens, à qui on avait refusé les moindres droits et que la France avait ravalés au rang d’indigènes musulmans privés de toute citoyenneté, ont été les seuls, avec les vietnamiens et les malgaches, à se battre au prix du sang pour leur indépendance ? Dans le cas de l’Algérie, ce n’était pas qu’une question d’indépendance, mais il y avait aussi les rêves de reconstitution d’unité du monde arabe, des rêves de grandeurs. L’envie, certainement hérité du communisme, de rattraper et dépasser le modèle, la France. L’admiration pour Nasser qui avait nationalisé le canal de Suez. Alors, ces traditions de montagnes, il regardait cela comme en France on regarda longtemps les paysans de la Creuse. Avec la sympathie de celui qui en vient, mais aussi l’intime conviction qu’il fallait à tout pris en sortir.
Il refusa donc de m’enseigner le kabyle. Il confia à une association financée par l’Algérie le soin de m’enseigner l’arabe, le vrai, la langue classique, pas la langue d’Alger, trop épicée. La culture, pour lui, devait être classique. Il m’obligea à lire le Coran, le soir, alors que mon frère regardait la télévision, jamais satisfait de ma prononciation des lettres doublées ou des longues ou encore de l’intonation. Si encore il avait compris qu’avant de m’enseigner la langue écrite il aurait pu me parler en arabe à table, en me transmettant petit à petit un vocabulaire quotidien, mais non… Il a mis du temps à comprendre que mon cours était mauvais, et moi, j’en était fatigué.

À 15 ans, je ne parlais donc ni kabyle, ni arabe.
Je suis un parfait résumé de la problématique qui traverse l’Algérie, une incapacité à concevoir sa diversité. Comment, en devant adulte, je n’aurais pas pu, moi-même, me sentir tiraillé entre des aspirations contradictoire et que tout avait opposées ? En analyse, tout m’apparaissait emmêlé, inconciliable, et il me fallu du temps pour comprendre et ressentir que toute cette complexité était en fait ce qui faisait ma richesse.

Mais s’il n’y avait eu que la France, s’il n’y avait eu que la langue, pour me séparer de l’Algérie, cela aurait encore été assez simple, gérable.
Mes amis portugais rentraient dans leur famille au Portugal chaque été. Beaucoup de mes copains algériens aussi. Nous, non. Mon père était retourné au pays en 1963. Et après, il n’y était pas retourné avant 1976.
Ce n’est que plus tard que j’ai compris que la politique expliquait cette longue période. On envoyait de l’argent, oui. Mais on n’y allait pas.

Papa et moi y sommes allés ensembles en 1976.
Je garde de ce voyage le souvenir des peurs qui avaient précédés. La télévision racontait ces histoires de pères algériens qui enlevaient leurs enfants et ne revenaient jamais, sortes d’ogres modernes jetés en pâture au journal de 20 heures. J’étais terrifié. Et puis, il y eu ces lourds bagages, volumineux, avec des vêtements, des trucs que mes parents avaient achetés. Plein de valises, énormes, c’était horrible, c’était la honte. Ce n’était pas des vacances, c’était un déménagement.
Pourtant, petit à petit, mon père sut me détendre en me parlant du premier avion dans lequel il était monté, dans les années 50. Ce n’était plus mon père, c’était mon papa, et j’étais son fils. À l’aéroport d’Alger, je découvris le tiers monde, je vis l’humiliation, les bagages retournés par des douaniers qui vociféraient, je vis le billet que mon père mît sous son passeport, les valises à peine ouvertes, un coup de craie et on passait. Mon oncle Mahfoud, chauffeur de taxi. La chaleur, les militaires partout qui arrêtaient les voitures au carrefour. On s’arrêta à un café, je bus un Selecto, cette boisson de l’epoque de l’Algérie française au gout de Malabar et je tombai malade pendant trois jours.

La suite, c’est un souvenir magnifique, assez difficilement définissable.
Pour tout dire, je crois l’avoir déjà écrit dans ce blog, je n’ai pas la fibre familiale pour deux sous, ma famille française n’a jamais débordé d’affection pour nous. Mais quand je repense à mes deux séjours enfant là-bas, je pense que je n’ai jamais autant reçu de marques d’affection. J’y étais à ma place, j’avais plein de cousins amusants. Je me rappelle les cheveux bouclés et les grands yeux de mon cousin Abdenour, les veillées interminables avec les enfants de mon oncle Mahfoud, et surtout l’incroyable gentillesse, le bleu profond des yeux de cette vieille femme qui vivait seule à l’entrée de la cour des maisons de ma famille, ses robes kabyles oranges et ses cheveux presque rouges. Elle me préparait ces gâteaux croustillants que j’aimais tant. Elle me parlait en kabyle, je ne comprenais pas au début mais très curieusement, je collectionnais les mots dans ma tête, mes cousins en rajoutaient, et à la fin du séjour je saisissais le sens, réminiscence de ces histoire kabyles que mon père me racontait dans sa langues quand j’étais tout petit, me faisant passer un frisson dans tout le corps, le bonheur…
Je quittais le village en 1978, mon deuxième voyage, le cœur triste et la tête pleine de la musique de cette langue. Je ne ressens aucune tendresse particulière en pensant à la famille de ma mère en tant que famille, peut être ma cousine Christine, mon cousin Daniel. En France, les deux filles de Donata, cette amie italienne de ma mère, mariée à Amar, un algérien, furent mes deux grandes amies d’enfance et l’aînée, Zohra, un peu une grande sœur ou une cousine, je l’adorais. Amusant, en Algérie aussi, j’admirais ma cousine Zohra, la grande sœur d’Abdenour, son courage, son sourire. Elle parlait un peu français, elle avait été à l’école quelques années.
C’est un joli prénom, Zohra.

Mais une famille ne fait pas tout et le pays ne me mettait pas à l’aise. J’entendais bien les conversations de mon père à qui le régime déplaisait, même s’il appréciait le virage socialiste de 1976. Et mes cousins, les plus grands, n’arrêtaient pas de me parler de la répression culturelle qui s’exerçait sur la Kabylie. Ils me parlaient de Ait Mengellet, un chanteur à l’époque incroyablement populaire.
Je garde de mes voyages des souvenirs indélébiles. Mon père me raconte la bataille de Ait Irhaten, dans la voiture de mon oncle Mahfoud qui slalome dans les montagnes de Kabylie, il a des larmes dans les yeux. Moi, je regarde autours, je suis fatigué, je ne vois rien, ne comprends rien à ce récit, à ces noms qu’il débite, à son émotion, et je suis partagé entre la peur d’un accident de voiture sur ces routes où les lacets se succèdent sans jamais s’arrêter, et l’incroyable beauté du paysage.
La Kabylie est une terre absolument magnifique, verte, aux montagnes rudes. Et puis voilà le Djurdura, la plus haute. Mon village contemple le Djurdjura.
Un autre souvenir, c’est l’envie de ne pas rentrer en France, un matin, alors qu’avec Abdenour et d’autres cousins, les enfants de mon oncle Mahfoud, nous sommes allés chercher des figues. Le retour est prévu pour le lendemain du jour de l’Aïd, une journée magnifique de fête, de gâteaux, les femmes avec leurs plus beaux vêtements, chatoyants, et tout le monde s’embrassant en se souhaitant un bon Aïd. Surtout, ça a été la fête toute la soirée, et la journée a commencé très tôt, j’ai encore dans les yeux la lumière bleuté du petit matin sur le village et la vallée, au loin le Djurdjura.
Le lendemain, vers six heures, au levé du jour encore, nous allons cueillir des figues dans nos champs, c’est vert tout autours, et c’est amusant. Papa a refusé que nous passions notre temps à cueillir des figues pendant une semaine, mais ce matin il me laisse, il bavarde. Et moi, je ne veux plus rentrer en France, quitter les cousins, et encore moins cette lumière du matin et tout ce vert qui baigne la vallée. Je ne veux pas quitter cette source à l’eau fraîche, Amran, où j’ai aimé aller me rafraîchir, y croisant mes tantes et mes cousines.
Quel plaisir, des années après, lisant Le fils du pauvre de Mouloud Ferraoun, mêler mes souvenirs au récit. Les femmes à la fontaine… Quel plaisir, revoir cette région quand est sorti La colline oubliée, de Mouloud Mammeri.
Nous quittons le village, pourtant, et avant de quitter le pays nous allons à Alger, promenade sous les colonnades, restaurant, et papa qui bavarde.
Un autre souvenir, ce sont ces matinées passées au bain public et ensuite le restaurant où nous allons à Ain El Hammam. Je ne sais pas pourquoi, je revois la couleur jaune du riz safrané. Et le goût acidulé de la baguette me revient.

En 1981, c’est avec des camarades du lycée que je suis retourné en Algérie. Je suis désormais un jeune garçon politisé et j’ai épousé désormais les luttes minoritaires. Je n’ai que 15 ans, mais je ne comprends pas pourquoi on interdit le breton en France. Mes cousins de Kabylie, mine de rien, m’ont fait comprendre ce que veut dire l’oppression culturelle. Il a fallu que je sois scolarisé dans la seule école de France, le lycée de Bondy, qui en 20 ans depuis l’indépendance ait réalisé un projet culturel sur le pays et que cela se conclut par un festival de film algérien ainsi qu’un voyage en Algérie. Ce n’était jamais arrivé avant, je ne sais si c’est arrivé depuis.
J’ai adoré ce voyage de mes 15 ans, sans mon père. Alger, Oran, Tlemcen. 3 semaines. Concerts de musique andalouse à Tlemcen, danse turco-algéroise à Alger. Premier émois amoureux aussi devant l’incroyable beauté des algériens, de leurs yeux, de leur incroyable sensualité. Promenades dans la Casbah au goût de cigarettes Craven A. Partout, la mer, les murs blancs, les boulevards à la française, la Grande Poste et toujours, très vite, la Casbah. Nous logeons au lycée Abdel Khader, à coté il y a la grande mosquée aux murs blancs qui donne sur la mer. Je mange des mille feuilles tous les jours. Partout, pourtant, la corruption est visible sous la forme du marché noir.
Je suis retourné en 1989, pour enterrer mon père. Le pays commençait son implosion. Mes cousins avaient vieilli mais je fus accueilli comme si j’avais quitté le village 6 mois plus tôt. Ma tante Faroudja me donna une grande feuille avec l’alphabet Tifinar, l’alphabet berbère. Tous avaient en tête la revendication berbère, car le régime semblait s’écrouler sur lui même. La pauvreté était visible, ça me choqua vraiment car 10 ans plus tôt, ce n’était qu’un régime totalitaire, et c’était désormais un pays à la dérive dont la chute des cours du pétrole révélaient la faillite.
De ce voyage, j’ai gardé un souvenir trouble.
Tout est allé incroyablement vite. J’ai vu papa la dernière fois le dimanche 27 août 1989, il est mort le mercredi, je suis parti le samedi, je crois. Je ne sais plus bien.
La dernière fois où je l’ai vu, nous ne nous sommes pas disputés comme cela arrivait souvent en essayant de nous convaincre l’un l’autre. Que son fils ne soit ni musulman (je parle ici de pratique et de foi) ni algérien était pour lui une catastrophe mais plus que tout, c’était mon incapacité à reconnaître l’existence d’un dieu qui le terrorisait. Je m’intéressais au Bouddhisme et déjà le Japon m’attirait, j’apprenais vaguement sa langue par moi-même. Ce jour là, il était radieux, lumineux. Il était beau, c’est le dernier souvenir que j’ai de lui. Il avait certainement cherché pendant des mois, des années dans le Coran un message me concernant. Il faisait des journées de jeûne dont il ne parlait pas, se contenant de dire qu’il jeûnait, je suis persuadé qu’il y en a eu pour moi. Je vous ai dit, j’appartiens à une famille de religieux, non prosélytes mais d’une tradition particulière.
Il m’expliqua alors qu’il avait enfin trouvé Bouddha dans le Coran, que c’était un sage et que là où il vivait, à l’époque où il vivait, le message Divin n’était pas arrivé, mais que cela ne l’empêchait pas d’avoir trouvé une voix juste. Le sage de l’Olivier.
Cette simple découverte avait libéré sa conscience d’un poids très lourd, d’une anxiété métaphysique. Son fils n’était pas perdu.
Il est parti le mercredi. Quand je suis arrivé, la mère m’a dit d’aller dans la chambre de mon frère, le médecin était à ses côté. Il est parti quelques minutes plus tard. Je reste persuadé qu’il savait que je venais et qu’il m’attendait. On se persuade de ce que l’on peut, je me suis mis cette idée dans la tête à ce moment là, elle ne me quitte pas.

J’aurais aimé voir le pays, y voyager vraiment, mais j’ai été pris en charge dès mon arrivée. On m’interdisait de payer quoi que ce soit, j’étais toujours accompagné. Je collais à mon oncle Madjid. Je ne sais pas bien pourquoi. Tout me faisait peur. En fait, je ne voulais pas venir. Je ne voulais pas rester au village, ma vie avait pris son cours en France, à Paris, j’avais l’impression de n’avoir rien à dire à personne. En fait, j’étais perdu. Un cousin éloigné s’était marié, sa femme portait un vêtement noir visiblement influencé par l’Iran, totalement inconnu en Kabylie. Ma sœur, née d’un premier mariage de mon père, était là, avec ses enfants. Ma mère m’a toujours dit qu’elle aurait aimé l’adopter, et papa aurait aimé qu’elle aille à l’école…
J’en ai voulu, à mon père, de ne pas m’avoir appris le Kabyle : j’étais ce soir de septembre à côté d’elle, réunis par le décès de notre père, ses yeux étaient abattus, fatigués. Et nous ne pouvions que nous regarder. Nous ne pouvions pas parler, la langue était une frontière infranchissable. À quoi cela m’eut il servi de parler l’Arabe. À rien. Dans ma famille, on est Kabyles, et le Kabyle, ce n’est pas du tout de l’arabe…
La veillée funèbre regorgeait de nourriture : l’enterrement était prévu le jour des noces du dernier frère de mon père qui avait enfin trouvé une femme à épouser…

J’ai vu des centaines de gens, j’étais invité partout, ça ne s’arrêtait pas. Tout le monde me plaignait, moi, je voulais parler politique, je voulais comprendre le pays, je voulais voir Alger. On me trimbalait comme un enfant, j’étouffais. En fait, je ne voulais surtout pas me retrouver seul, mais ça, je l’ai compris plus tard, quand deux mois plus tard j’ai compris que plus jamais je ne m’engueulerai avec mon père, que plus jamais nous ne constaterions nos accords aussi, que jamais plus nous ne nous réconcilierions. Le jour où j’ai enfin commencé à le pleurer.

En fait, je voulais voir le pays seul, sans lui. Maintes fois, il m’avait dit que si un jour j’en avais envie, ce pays serait le miens. Je voulais me faire mon idée. Mais une fois là bas, j’ai été incapable de dire que ça suffisait, que je voulais être seul. J’ai donc eu un cousin qui m’a accompagné pendant une semaine, et je me suis accroché à mon oncle Madjid pour alléger le fardeau. Il a été de corvée… Pour lui, à ce moment là, la politique s’accélérait et il s’apprêtait à devenir l’un des plus virulent opposant de gauche au régime.
Je ne me suis pas promené, je n’ai rien fait qui soit intéressant lors de ce voyage, le dernier.
Dans les années 90, tout ce qui pouvait sembler bizarre, la police, le manque de libertés, la pauvreté, la corruption, tout monta en mayonnaise dans des proportions incroyables. Moi, je m’enterrais dans une dépression, et je me mis à acheter la presse algérienne qui, elle, paradoxalement, en plein effondrement du régime, vers 1991/1992, était incroyablement libre, imaginative, drôle. En lisant les journaux, je découvrais l’ampleur de la catastrophe en cours et cela amplifiait mon malaise. L’Algérie devint un pays dont je serai privé à jamais. Ce n’était plus seulement la langue, c’était désormais la mort qui me séparait du pays. En France, il y avait le SIDA et la récession. J’étais hanté par l’idée de la mort, de l’échouage.
J’ai raconté comment j’ai remis de l’ordre dans tout cela. J’ai fait mon deuil de beaucoup de choses.

Ma pièce de théâtre est le fruit de cette réconciliation intérieure. J’ai souvent dit que c’était ma part française qui parlait. Le personnage central est un policier français, un type bien. Il est catholique, aussi, en hommage aux policiers syndicalistes CFTC, les « catho de gauche » qui ont été les seuls à réellement protester contre les disparitions d’Algériens le17 octobre et dont un certain nombre ont été mutés en province dans les mois qui ont suivi comme le raconte Enaudy dans son livre La bataille de Paris.

Ce sera donc en Algérie qu’elle sera montrée pour la première fois. Et en arabe.
La France en est encore à tergiverser, à avancer à petits pas sur sa responsabilité dans le meurtre de centaines de milliers d’Algériens, déplacés, enterrés vivants, brulés, violés, torturés, et les excuses de François Hollande, bien que ce soit un réel progrès, ont été très en deçà dans une reconnaissance plus globale du crime qu’a constitué, en soit, le processus de colonisation. Les Algériens furent dépossédés de leurs terres, niés dans leur langue, niés dans leurs structures sociales sans que les nouvelles structures sociales imposées par la métropole ne constituent en rien un progrès puisque la citoyenneté leur était refusée alors qu’elle était accordée aux italiens ou espagnols, ce qui constitue, en soit, une ségrégation basée sur l’origine et/ ou la religion. Quand j’entends tous les discours sur l’égalité républicaine et la laïcité, adressées en direction des musulmans, je perçois bien toute l’hypocrisie qu’il y a. Sur une affiche du FN, le slogan est « non à l’islamisation », on voit une carte de France recouverte du drapeau algérien et encadrée de minarets de style saoudiens, une femme voilée en noir. Le Pen disait souvent qu’il disait tout haut ce que les français pensaient tout bas, cette affiche véhicule bien l’imaginaire. En France, Algérie et islam se confondent dans un imaginaire effrayant où l’ancien pays colonisateur retourne le crime et fait de la victime un bourreau potentiel. Dans le discours sur le voile, pratique privée s’il en est, il y cela exactement : il s’agit de « libérer les femmes » (le même discours avait cours du côté français pendant la guerre d’indépendance algérienne alors que cela n’avait gêné personne pendant les 130 et quelques années de colonisation), tout en leur interdisant l’espace public, certains espaces privés et l’exercice de certaines professions bref, à ne réduire la liberté d’une femme qu’à sa capacité à ressembler à une femme occidentale (et on sait à quel point on est loin de la perfection de ce côté là, tant du côté de l’inégalité des salaires, de la marchandisation du corps par la publicité, de l’imposition de critères esthétiques de minceur, de jeunesse et de galbe de poitrines ou de fesses, de violences conjugales, de harcèlement au travail et de mur de verre dans les promotions, dans l’incroyable sous représentation aux responsabilités politiques et dans la prégnance profondément machiste dont on a vu lors du déclenchement de l’affaire DSK au nombre de réflexions amusées que ce qui était un viol était regardé avec sympathie à l’égard d’un « coureur de jupons »…), supposée libérée (l’emploi du passif est d’ailleurs très intéressant… Femme libérée. Par qui ?)

Il y aura réelle remise à plat du crime que constitua la colonisation comme la décolonisation quand la France reconnaîtra les Lucien et cessera de les considérer comme des traitres : les porteurs de valises, ces Français qui ont aidé les algériens. Ils ont été l’honneur de la France, ils ont eu le courage de défendre ce qui est sensé fonder la république : l’égalité des hommes en dignité, en humanité et en droit, le respect de leur volonté politique. Et aussi quand on fera de la date de la signature des accords d’Evian une date de l’histoire de France à part entière avec le 11 novembre ou le 8 mai (il faudrait en parler aussi, du 8 mai 1945, car ce jour de liesse en France s’est soldé par l’écrasement d’une manifestation en Algérie faisant des dizaines de milliers de morts, introduction morbide à la répression de Madagascar en 1947 avec ses plus de 80.000 morts…) Mettre fin à une guerre en reconnaissant ses torts est l’apanage des grands peuples. C’est aussi un moyen de reconnaître également les préjudices que cette colonisation, puis cette décolonisation, ont infligé aux pieds noirs, aux harkis comme aux appelés du contingents. Car en fait, la chape de plomb qui recouvre les crimes créée de fait une situation de silence et de ressentiment dans les populations au nom desquels la France agissait et qui furent lâchés en rase campagne.
Les harkis qui, après avoir trahis leur pays, volontairement ou enrôlés de force, furent en France traités comme les « arabes » qu’ils étaient, parqués dans des cités de transit. Les Pieds Noirs eurent eux à vivre l’arrivée dans un pays souvent inconnu, froid, avec le regard exaspéré de la population de la métropole qui les regardaient comme des pestiférés responsables de la guerre et les considéraient comme des assistés. De pieds noirs dont les plus riches avaient manipulé la plus grande masse pour protéger leurs intérêts. . Les appelés du contingent, partis de force à 19 ans, souvent arrachés de leur campagne et à qui l’état, tout à sa honte, refusa le statut d’ancien combattant de guerre jusqu’en 1999.

Comme le raconte Balzac dès 1840 dans La cousine Bête, l’Algérie fut colonisée par hasard puis livrée aux affairistes. Ils y spéculaient après l’avoir pillée comme le révèle Pierre Péan, ils y corrompaient. C’est pour leurs intérêts que la colonisation fut si brutale. C’est pour leurs intérêts que la citoyenneté ne fut pas données aux « populations indigènes musulmanes ». La non-citoyenneté permit aux riches colons d’exproprier parfois en toute inégalité, d’exploiter une main d’œuvre et d’appeler l’armée pour écraser toute grève, toute rébellion contre les conditions de travail et d’exploitations brutale. Il faut lire Dar S’bitar (la grande maison) de Mohamed Dib pour saisir, au travers du roman, ce que les populations locales encaissèrent en se voyant refuser le moindre droit.
La majorité des pieds noirs, dont certains avaient été des communards ou des alsaciens après 1871, fut victime d’une pseudo république qui protégea les intérêts de ces riches marchants, leur donnant le temps de liquider leurs affaires pendant que la populace faisait la guerre ou plébiscitait « le général » en mai 58.

Le discours qui s’est imposé après la guerre (le mot ne fut, d’ailleurs, officiellement reconnu qu’en 1999 puisque de 1954 à 1998 on ne parlait que « d’événements » et d’opérations de maintien de l’ordre et de pacification), c’est celui d’une équivalence des crimes commis des deux côtés (500.000 à 1 million de morts algérien = 34.000 morts français ?), du caractère infecte et lâche des crimes commis par le FLN (la France utilisa la torture à grande échelle, la déportation, les destructions de villages, les viols, les charniers sous la supervision de Maurice Papon, le tout officiellement reconnu et condamné par l’ONU mais tu en France jusqu’à nos jours malgré le brillant rapport du jeune Michel Rocard sur le sujet), de la mission civilisatrice de la France, encore une fois ravivée en 2005 par une proposition de loi UMP (le taux d’analphabétisme en 1962 était les 85% , plus prononcé chez les femmes, et l’espérance de vie inférieure à 50 ans…).

Quand j’ai écrit Un soir à Paris, c’est ma part française qui écrivait.
Dans le dernier tableau, Lucien vomît et c’est sur cela que la pièce se termine. Lucien représente l’âme de la France telle qu’elle aime se parler à elle même, patrie des droits de l’homme, il est LE Français qui n’a pas participé à ces crimes, il est le militant des réseaux Jeanson qui aidait le FLN, il est Alain Krivine, il est Michel Rocard, il est Pierre Mendes France, il est le militant CGT qui héberge un algérien chez lui le soir pour le protéger du couvre feu et bien que son syndicat lui ait recommandé de ne pas se mêler de « ça », il est Sartre, Beauvoir ou Servan Schreber.
Les crimes de la France me font mal en tant que français, et je ne dois de les connaître que parce que mon père était algérien.
Ce déblocage du côté français est nécessaire pour l’Algérie aussi car le silence sur la question sert les intérêts des groupes qui en Algérie verrouillent toute interrogation sur la guerre d’indépendance, car au sein du FLN, les règlements de compte furent nombreux et furent la source du caractère totalitaire du régime qui se mît en place en 1962.
Ainsi, l’un des fondateurs du FLN, Mohammed Boudiaf, fut il évincé dès l’indépendance en 1962 car il prônait la dissolution du FLN, outil de la résistance, et l’autorisation du pluripartisme avec la tenue d’élections libres. Il passa sa vie en exil au Maroc avant d’être rappelé par ceux là même qui l’avaient chassé, en 1992, pour finir assassiné dans des conditions qui restent à clarifier, en juillet 1992 : il est très intéressant de noter que Boudiaf, qui portait la carte numéro 1 du FLN, connut la prison puis l’exil sitôt la guerre terminée et que son assassinat marque l’entrée dans la guerre civile des années 90. Aucun homme ne résume à ce point le caractère inachevé de la « révolution nationale » commencée le 1er novembre 1954.
Mais après tout, il fallut 89 ans à la France pour que la révolution commencée en 1789 débouche enfin sur des institutions républicaines et démocratiques pérennes… Entre la prise de la Bastille et la chambre républicaine de 1878, il y eu la Terreur, le coup d’état de Napoléon et l’Empire, avec la restauration de l’esclavage aboli en 1792 et les guerres européennes, la restauration monarchique, la révolution de Juillet, un roi constitutionnel, la deuxième république et les premières répressions des grèves ouvrières par un régime républicain, le coup d’état de Napoléon III et l’Empire, les enfants de 6 ans dans les filatures travaillant sept jours sur sept, la Commune et l’exécution de 100.000 parisiens en quelques semaines par les forces militaires du gouvernement de Versailles et la déportation en Nouvelle Calédonie ou en Algérie des survivants de l’insurrection pour qu’enfin, comme par miracle, une majorité progressiste ne prenne la tête du gouvernement et garantisse enfin le droit syndical, l’instruction pour tous et la liberté de la presse. Et encore pourrait on compter le gouvernement de Vichy comme une résurgence de la Réaction puisque Vichy fut la prise de pouvoir des ennemis de la république, « La Gueuze », comme ils disaient. Et noter que l’achèvement de l’édifice démocratique ne fut réalisé qu’en 1946 avec l’ouverture du droit de vote aux femmes…
En Algérie française, d’ailleurs, il est intéressant de noter que les élites françaises collaborèrent allègrement et qu’il n’y eut, contrairement à la métropole, aucune épuration. La résistance fut essentiellement le fait des Juifs qui en 1940 durent subir les lois vichystes et même pires puisque le gouvernement d’Alger mena sa propre politique anti-juive, prolongeant une politique antisémite antérieure propre aux élites françaises des colonies d’Afrique du Nord (voir lien plus haut).

Cette question de la colonisation/ décolonisation est centrale : j’en suis le produit. Je ne sépare ni l’un ni l’autre car colonisation et décolonisation sont intimement liés. Comme je vous l’ai expliqué, je suis issu d’une famille ancienne, mon père avait reçu une éducation très poussée pour un enfant des montagnes de Kabylie, il maîtrisait une langue étrangère, l’arabe et avait une culture classique, or la colonisation l’avait relégué, comme tous les autres, au rang d’indigène de seconde zone, dans un pays occupé dans lequel le seul échappatoire était de venir à la métropole puisque contrairement au discours sur l’œuvre de développement de l’Algérie accomplie par la colonisation, il n’y avait ni école, ni travail là bas, ce qui arrangeait bien les intérêts des grandes usines en France en fournissant une main d’œuvre abondante, peu politisée, moins payée. Sa culture était niée et il fut ainsi, comme tous les autres, regardé comme illettré, ignare, inculte.
Nous tous, les enfants d’immigrés, portons en nous les séquelles de cet échouage, de la famille dévalorisée. Et encore ai-je eu la chance de ne connaître que la grande pauvreté de mes parents après qu’il ait été licencié. Je n’ai pas connu les bidonvilles, les camps de regroupement ou le déracinement puis la relégation suite au regroupement familial.

J’ai repensé à lui, une fois, à l’ANPE. Intérimaire pendant des années, je fus un jour convoqué pour justifier pourquoi je n’avais pas un emploi fixe. La fille me posait des questions accusatrices, « vous ne pouvez pas continuer à vivre comme ça, vous pourriez au moins faire un stage », me répondit elle quand je lui dis que je travaillais et n’étais pas au chômage ni ne touchais aucune allocation. Et là, je regarde les notes qu’elle prenait, ces ronds sur les « i » que j’ai toujours regardé avec un sourire, et je m’amuse intérieurement de la voir chercher les lettres sur son clavier, elle tape les mots une lettre après l’autre. J’ai pensé qu’il avait du y en voir plein, des abonnés aux pages tiercé du Parisien, qui n’avaient jamais ouvert un livre de leur vie, disant à mon père que s’il ne trouvait pas de travail, quand l’usine a fermé, il n’avait qu’à « retourner dans son pays », avec le même ton inquisiteur et le sourire en coin de bon « français de souche » fier de son droit.
Grâce à mes parents, qui se sont sacrifiés pour le permettre d’étudier, j’ai pu répondre à cette idiote et son bac moins cinq que je parlais trois langues, que je maîtrisais plusieurs systèmes informatiques, que j’avais une bonne connaissance des crédits dérivés, que j’avais étudié à la Sorbonne, etc, mais que si elle avait un stage à me proposer, j’étais partant. Elle a du voir que je jouissais à l’écraser sous les ronds de ses « i » avec son stage à la noix. Elle a conclu l’entretien. Je l’ai quittée tout sourire en la remerciant de son aide. J’avais vengé mon père, j’ai pensé.
Je suis médiocre, vous penserez. Je vous renvoie à Proust ou Dos Passos. On a tous ses petits moments de petitesse. Cela étant, moi, je n’en fais pas ma profession.

De ma dépression, je le suis relevé très fort, solide.
Ma mère me disais au sujet de la religion ou de la nationalité que je choisirais quand je serais adulte. Mais on ne choisit pas. Je ne veux pas opposer l’un à l’autre. Je marie l’un avec l’autre.
J’ai une part algérienne, j’ai une part française et c’est l’union des deux, leur alliance originale en moi qui me fait comme je suis. Je m’estime meme chanceux d’avoir pu grandir en France après tout ce qu’elle a fait en Algérie.
J’aurais tendance à dire que c’est mon homosexualité qui lie les deux : je mesure bien l’incroyable liberté dont nous jouissons dans un pays comme la France grâce aux luttes politiques qu’ont permises les institutions démocratiques, elles mêmes fruits de 200 ans de luttes sociales. Mais je sais aussi précisément ce qu’ont été ces siècles de persécution dans ce pays qui aujourd’hui se targue d’être si éclairé et si libre.
L’oppression n’est pas l’apanage d’un pays comme l’Algérie, il fut le lot de la France il n’y a pas si longtemps. Après tout, les lois de Vichy discriminaient l’homosexualité et n’ont été abrogées qu’en 1981 après l’élection de François Mitterrand.

À près de 48 ans, après avoir vécu à l’étranger pendant assez longtemps, mon regard sur la France a changé, mon regard sur l’Algérie a muri. J’aime la France profondément, j’y ai mes souvenirs, mes amis, mon frère et ma mère (mais assez étonnamment, je ne me sens aucunement lié à cette famille qui a banni ma mère après qu’elle eut épousé « un arabe »).

Je me souviens, quel regret j’en ai encore, de la visite de mon cousin Abdenour en 2002. Le 22 avril 2002. Imaginez. On avait marché dans nul part toute la nuit avec Nicolas, Luc, Julien, et des milliers d’autres, assommés par Jean Marie Le Pen. Bastille, Hôtel de Ville.
Il arriva chez moi à 10 heures, j’étais dans le gaz.
Il était venu en France voir si à tout hasard il pourrait y rester, il comprit en quelques jours que la France n’était qu’une illusion avec son futur dans le passé. Il vit les prix, comprit que les salaires étaient loin d’être ajustés, les logements, le chômage. Il me visita donc le lundi matin, je ne me souviens pas très bien, rendez vous manqué, j’avais la tête dans le truc qu’on venait de se recevoir mais qui quand j’y repense devait lui sembler bien ridicule. Il vit au Canada, il est marié et est désormais papa d’un joli petit kabyle canadien, je suis heureux pour lui.

J’en ai eu pas moins de 3 autres dans ma famille qu’il a fallu aider d’une manière ou d’une autre à fuir le pays, à obtenir des papiers, à héberger. Un pays qui a broyé ses jeunes.
Un pays riche pourtant.
Un pays dont les élites ont concédé des libertés pour mieux régler leurs comptes internes par population interposée.
Depuis 10 ans, pourtant, la situation se stabilise dans la société grâce à la fin du terrorisme, digéré par la grâce d’une Grâce présidentielle après avoir été instrumentalisé.
La manne pétrolière a permis de rembourser quasiment toute la dette extérieure. Et pour que la manne pétrolière puisse continuer d’enrichir la clique qui se partage le pouvoir depuis 50 ans, il faut moderniser les infrastructures, et pour que le système ne vacille pas comme dans les autres pays méditerranées du sud, il faut aussi faire évoluer le système politique.

La population algérienne est instruite, mal, mais elle l’est. Le pétrole et les autres matières premières, abondantes, sont une opportunité fantastique. L’Algérie est à la croisée de pays qui ont connu des révolutions et d’une ancienne puissance coloniale qui, enlisée dans une crise économique sans fin, a cessé de la faire rêver. Et pour l’Algérie, cesser de rêver à la France est certainement un changement important, salutaire.
J’envisage des vacances là bas, pas en famille, mais à Alger, que je n’ai pas revu depuis 24 ans. Pour moi, très égoïstement. Parce que ce pays est aussi mon pays, et que j’ai envie de le ressentir, avec je l’espère la même évidence que j’ai ressenti l’Alhambra.

Mon amie Tarika m’a envoyé un email amusant, me conseillant de garder ma maison et mes oliviers de Kabylie. Et depuis des mois je réfléchis s’il ne sera pas temps de quitter le Japon. Je repense à mon père qui me parlait de ce pays comme du miens, et que c’était cela, tout le sens de la guerre d’indépendance. Je repense à ce numéro spécial du magazine Géo il y a presque 20 ans, une maison isolée dans le désert et un vieux marabout qui y vit seul, et la pensée qui m’avait effleuré et ne m’a depuis plus jamais quitté que c’était là qu’était ma vie : la quiétude du bouddhisme dans l’Islam Mystique et la beauté puissante des paysages du sud algérien. Didier Lestrade, qui m’a demandé tant de fois d’écrire plus sur l’Algérie. Un pied noir, tiens, et qui a bien compris ce que cela veut dire pour l’Algérie et que cela grandit. Oui, tiens, et pourquoi pas l’Algérie, et pendant qu’on y est, rue Didouche Mourad…
N’allez pas vous imaginer que je vais quitter le Japon comme ça, et que je vais courir en Algérie !
Non.
Mais pourquoi ne pas laisser une chance à ce pays, comme je voulais le faire en 1989, comme j’y repensais vers 1998, sans oser le faire pour de vrai, pour moi, rien que pour moi, parce que sur cette question j’ai besoin de faire le choix tout seul, et que c’est un chemin. Toujours il y a eu la France pour s’interposer entre moi et l’Algérie. Mais j’ai quitté la France voilà bien longtemps…

J’ai encore, à 47 ans passés, des rêves et des envies, des désirs qui m’habitent.
J’ai exhaussé Londres et je crois que toute ma vie je regretterai d’en être parti. Mais on ne réchauffe pas les plats, même si la ville me tente toujours.
J’ai réalisé mon plus grand rêve d’enfance, le Japon, mais rien ici ne me retiens à vie. J’y resterai toujours une pièce rapportée, comme mon père en France, exclu. Remarquez, je les comprends, les japonais, leur rapport alambiqué avec l’Occident, avoir placé des canons en 1853 dans le port de la capitale du pays pour y faire rentrer « le progrès », il y a une meilleure introduction, surtout quand à la même époque, ce même occident inondaient la Chine, ce pays multi-millénaire qui s’écrit avec l’idéogramme du centre, 中, avec de l’opium pour en accélérer la décomposition économique, sociale et politique. Le progrès et la démocratie, quoi.
À près de 48 ans, j’en arrive à regarder tous les espaces sur la terre avec la même indifférence morale.
Aucune civilisation n’est meilleure, aucune n’est supérieure. Ce que je sais toutefois, c’est qu’en matière d’hypocrisie, l’Occident a battu et bat encore des records toute catégorie. Je ne juge pas ici les hommes, qui ne sont dans ce jeu que des marionnettes que l’on broie et que l’on lance parfois dans des guerres les uns contre les autres et qui votent parfois pour se venger bassement sur le dos d’autres pauvres types comme eux avant de se faire écraser encore plus par ces élites qui financent leur élégance, leur politesse, leurs belles manières avec le sang des peuples qu’ils exploitent et écrasent avec des bombes, des crédits ou des publicités.
Tout se vaut sur la terre. Cette civilisation ci sera remplacée par cette civilisation là, et entre les deux, ceux qui ne veulent pas perdre leurs miettes feront tout pour n’en rien perdre, encouragés en cela par leurs élites qui elles, pendant ce temps, marieront leurs filles avec les princes de la puissance montante…

J’aime la France. Mais vivre au Japon m’a ouvert à un autre peuple, à en accepter les travers et en savourer les qualités. Je me suis familiarisé avec l’organisation de l’espace, à la sonorité de la langue, à l’architecture, à ses jardins. Je ne conçois même plus de ne pas retirer mes chaussures dans une maison tellement les garder au pieds me semble dégoûtant. Je me suis habitué à laisser mon sac, mon téléphone et mon ordinateur sur la table au café quand je vais prendre mon café au comptoir, sans être inquiet. Je dors l’iPad sur les genoux dans le métro. Je n’attache pas mon vélo.
La simple idée de rentrer en France me terrorise.
Je sais aussi que ce pays se prépare à se remilitariser et que ses élites veulent le doter de l’arme atomique, et que les japonais acceptent de plus en plus, surtout les jeunes, le lavage de cerveau nationaliste. Des élites corrompues jusqu’à la moelle.

J’ai appris que ma pièce serait mise en scène à un moment précis, vous l’avez lu il y a quelques mois, alors que je réfléchissais à mon départ du Japon. Je crois aux signes, à notre capacité à donner un sens au hasard.
Et j’ai envie de donner une chance à mon autre pays, à l’inclure dans un futur possible qui soit le miens, et que ce soit mon choix. Car ce pays ne m’a, à moi, jamais fait aucun mal, et j’y ai au contraire des souvenirs d’une très grande douceur. Il y a 99,9% de chances que je ne m’y installe pas, mais je vais enfin commencer à la (re)visiter, pour moi.
Aller à Ghardaia, par exemple, est un de mes rêves depuis que mon ancienne patronne Barbara Vieille m’avait un jour envoyé chercher un livre de photographies du M’Zab dont elle voulait s’inspirer pour faire des décors de théâtre.
Mais surtout. Surtout. Retrouver Alger où j’avais tant aimé, quand j’avais 15 ans, me presque perdre et me noyer dans sa Casbah.
Avec tous ces jeunes, lessivés, fatigués par le pays, sa corruption, ne rêvant qu’à fuir, si les hommes comme moi renoncent, alors, tout devient absurde, et il n’y à plus aucun avenir possible.
J’ai écrit au début de l’année que cette année je voulais rendre ce qui m’avait été donné. Je veux rendre la gentillesse, je veux décupler ce que les autres m’ont offert.
Mes parents m’ont donné une éducation, des principes et surtout, dans le fond, la jouissance d’une incroyable liberté.
Par le jeu du hasard, il se trouve que je suis un « auteur algérien ». C’est une sensation curieuse. Et comme pour mon amie Tarika, c’est une fantastique opportunité.

Ma visite à l’Alhambra, en 1991, a totalement changé, alors que j’avais 26 ans, mon regard sur les mondes arabo-musulmans. Là-bas, de l’ancienne casbah qui domine la vallée, pour la première fois j’ai ressenti ce que mon père tentait de me dire, de m’expliquer. Les hommes ne jugent de ce qui les entourent qu’avec les yeux et la réalité du présent. Dire « arabe » à beaucoup de gens, et c’est une image de travailleur immigré pauvre, un africain qui crève de faim avec des mouches partout qui vient à l’esprit.
Je hais cette représentation. Je pense que ce qui m’a toujours séparé de la gauche alter-mondialiste et d’une certaine extrême gauche est la représentation misérabiliste qu’ils ont de nous.
Nous ne pouvons qu’être exploités. Pauvres. Et sympas, cools.
Par une incroyable symétrie idéologique, nous nous retrouvons tout autant dépossédés de notre destin qu’avec des racistes. Les uns nous reprochent d’être sales, les autres vénèrent notre saleté.
Je suis Algérien au fond de moi, je hais tout autant le racisme que la pitié en pantoufle de la gauche traîne savate cool.

Mon Algérie intérieure à la délicatesse d’une pâtisserie de La Bague de Kenza, le raffinement des femmes peintes par Mohammed Racim, la richesse littéraire de Kateb Yacine, la beauté du petit matin sur les montagnes de grande Kabylie quand la rosée enveloppe les herbes et la fraîcheur donne tout son goût aux figues que l’on va cueillir avant de déjeuner.
Mon Algérie intérieure ne peut pas ne pas être ambitieuse, elle rêve plus loin que le Maroc, elle regarde plus haut que la Tunisie.
Mon Algérie intérieure va enfin rencontrer son destin, le large fossé qu’un environnement et l’étrangeté du régime avaient construit s’est évanoui, peut être sans que je m’en aperçoive, au détour des sanctuaires shintô au Japon et dans le silence de ses temples dont la familiarité désormais acquise m’invite à regarder le monde, les formes et les cultures avec une même distance et un égal respect. Mon Algérie intérieure s’est réconcilié avec l’Algérie réelle, elle rêver plus fort et regarde plus haut.
Je veux croire en elle et, au delà du remerciement que je lui adresse pour avoir toujours été au rendez vous et s’être montrée si tendre avec moi, c’est comme si je prononçais un sortilège dont je gardais le secret et qui n’attendais que moi pour changer le cours de son histoire et de la mienne.

 

commentaires

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  • Bonjour Madjid
    où qu’il soit, votre père peut être fier de vous. Ce texte est très fort, le genre de texte auquel on repense beaucoup après lecture… je vous souhaite de trouver votre place quelle que soit la prochaine étape de votre parcours à travers le monde !

  • HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE :
    lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
    En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l’époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l’Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l’ isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd’hui se décide à parler.

    35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.

    Sur radio-alpes.net – Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) – Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone…émotions et voile de censure levé ! Les Accords d’Evian n’effacent pas le passé, mais l’avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

    Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

    • Merci pour ce lien. Les harkis sont une honte dans l’histoire de France car ils ont ete traites comme des moins que rien, comme les Algeriens, mais sans trouver la solidarite communautaire que nous avons trouve, ni la solidarite du syndicalisme. J’ai honte quand j’y pense. Je me souviens en 90, lors d’une greve de la faims d’enfants de harkis, l’interview de l’un d’eux, avec l’accent du bled. Mon frere et moi en avons longtemps parler : cela voulait dire que la communaute avait vecue repliee sur elle meme, isolee.
      Je crois que depuis 10 ans, les enfants de Harkis peuvent retourner en Algerie.
      S’il ne dependait que de moi, du cote Algerien, moyennant un acte d’excuse et une prestation de serment sur la constitution, je retablirais les parents dans leur droit a la nationalite, et ouvrirais ce droit aux enfants. Beaucoup de harkis, au demeurant, n’ont pas eu trop de choix. Qui plus est, le pardon grandit celui qui l’accorde.
      Merci encore pour ce lien.
      Amities,
      Madjid

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