J – 9 : le temps des adieux qui arrive

J

Week end chargé, occupé. Je n’ai pas eu trop de temps pour m’occuper de chez moi, mais c’est finalement beaucoup mieux ainsi. Vendredi, j’ai donc retrouvé cette “bande des années 90”, Alain, Nicolas et Stéphane, ces fidèles alliés de mes temps difficiles, quand je tentais de remonter la pente difficile de ma dépression des années 92. Alain, que je connaissais d’avant, du Parti Socialiste et qui s’est installé tranquilement, discrètement dans le cercle de mes intimes. Nicolas, le pionnier de nos années Spont’ex, Paris I, la cour de la Sorbonne, le CIP, les grèves et les manifestations et puis la section Montesquieu, et puis progressivement la vie tout court, des affinités et des différences qui se racontent et se partagent, un ami posé qui a la tê^te sur les épaules et qui me rassure, extrèmement proche. Stéphane, rencontré par Nicolas, lui aussi arrivé discrètement dans ma vie aux gré de circonstances divers qui vont des études à des soirées mémorables où ils me dépassait en terme de “débit” en passant par des évènements plus personnels où j’ai enfin percé l’homme qui se cachait derrière ce garçon à l’esprit cartésien. Il est même devenu mon chauffeur officiel après avoir longtemps été postier (mode privé on !). J’aime bien son visage poupin quand il rit, et j’adore son côté “droit au but”, carré. Politiquement, je suis extrèmement explorateur, défricheur d’idée et je crois très bien synthétiser, mais je n’ai pas de rigueur du tout. Stéphane a beaucoup plus de rigueur que moi. Je dis cela car maintenant Stéphane s’est rapproché des activités politiques. Moi, je le confesse, je peux très bien évoluer, me contredire (pas sur le fond, heureusement), bref, changer mes options. Par exemple, ne me demandez pas ce que je pense de Mitterrand, car je vous répondrait que je m’en moque autant que de la culture de la béterave dans le marais Poitevin ! Stéphane est plus constant. Ca m’amuse, de le voir membre du PS, lui qui était si distant vis à vis de la Section Montesquieu (dont il fut toutefois membre fondateur…)
Soirée sympathique, mais brève, et ce fut rapidement le départ… Stéphane qui me racompagne chez moi, au revoir, je sors, er-au revoir à Alain, et là je réalise que je vais ainsi me séparer de mes amis, un par un, et pour longtemps. A quarante ans, on est une personne ayant déjà une bonne vie derrière elle, et quitter des amis reviens à se détacher de cette vie déjà longue qui nous a façonner. Désormais, leur quotidien se fera loin de moi, sans moi. Désormais, mon quotidien se fera loin d’eux, sans eux. Comment nous supporterons-nous ? Comment nous épaulerons nous, comment nous raconterons-nous ? Nous partagerons nous encore comme avant ? C’est désormais une nouvelle étape de nos existence qui se joue. J’ai quitté Alain, qui est remonté dans la voiture de Stéphane. J’ai ouvert le porche, je pleurais. J’ai marché dans le couloir et l’espace d’un instant, j’étais dans Tôkyô, et j’étais tout seul.
Je me suis réveillé vers sept heure, recouché, levé vers neuf heures, et ce fut le samedi. Le matin, vendre encore des livres et encore des livres. Encore un peu de Japon, beaucoup de dix’huitième siècle, Balzac, et puis plein d’autres. Puis ce fut le temps de la platine MD, du discman et de la flûte traversière. Pas de peine, cette fois-ci. Chez Cashconverter. Je suis allé ensuite chez Merson acheter de l’argent. Et je suis rentré. Il était quatorze heures. J’ai retrouvé Yoshinobu comme tous les samedis, au Centre-Ville. Et puis ce fut la course pour arriver chez Kintaro pour la soirée Japon.org dont j’étais cette fois-ci l’hôte. La dernière fois, c’étais il y a deux/trois ans, c’étais Maruchan qui s’en allait. On était dans la même arrière salle qu’hier soir. Nous nous sommes retrouvés quinze, et ça fait plaisir. Il y a ceux que je connais peu, et ceux plus ancien comme Sly ou TB que je connais des anciennes soirées voire de l’Inalco. Ou Antoni, de ses aventures “panique à Tôkyô”. Internet créé des liens incroyables. Ce n’est pas le lieu du virtuel dont on nous a rabaché les oreilles. C’est aussi un autre lieu de partage, une autre occasion de se connaître, ailleurs qu’au travail, en dehors du local, en fonction de ses centres d’intérêts. C’est peut être pour cela que tant de gens sont effrayés par le net. En tout cas, je suis heureux qu’il y ait eu ce site car lejapon.org m’a accompagné dans cette démarche qui me conduira à m’installer au Japon. Non pas activement, mais comme une bobliothèque, comme un carrefour d’échange d’idées, de conseils et surtout comme le lieu où d’autres ont raconté leur expérience du Japon.
On s’est quitté tard. Je me suis réveillé tôt. Freddie est passée vers 12h30, on a filé sur Bobigny, on a fait un tour par Bondy, Frémin (Renoir), l’Eglise, la place de la Mairie, l’avenue Pasteur, l’allée des paquerettes où j’ai grandi, la nationale, Chemin de Groslay, Tarika. Comme je disais à Freddie, désormais, je peux partir. J’ai mon histoire bien dans ma tête, bien ordonnée. Pas de fouilli, tout est clair. Je ne laisse rien de trouble, tout est très simple. Mes amis sont avec moi, je les ai préparés. Je ne quitte pas mes amis comme à sept ans quand je suis parti chez mon oncle et ma tante pour les vacances, sans savoir que nous déménagions et que je ne les reverrais pas. Je pars seul, je sais où je vais, et je reverrai tout le monde, car le monde est petit et je ne compte pas me cacher. Je suis bien.
Il y avait Dul chez Tarika, ainsi que Nadim le mari de Tarika. Le départ a été difficile. Tarika s’inquiète, c’est un peu ma petite/grande soeur. On a traversé beaucoup d’aventures tous les deux, on s’est beaucoup épaulé et chacun a toujours été là quand l’autre a flanché. On ne s’est pas choisi les voies toute tracées. Elle est danseuse de Bharata Natyam, une grande danseuse, brillante. Et comme je lui ai dit en plaisantant alors qu’elle était triste au moment de mon départ, elle nous quittait bien autrefois pendant près de six mois… Mon départ est nécessaire. Et je lui souhaite à elle de recommencer à voler vers l’Inde car je sais qu’elle y a toute sa place. Tarika et moi nous connaissons depuis près de 25 ans. Freddie et moi près de 28 ans. Mes au revoirs à la France, ça me raconte aussi un peu, finalement. Mais que chacun se rassure, je ne flancherai pas et malgré ce que cela me coûte, je partirai le sourire sur le visage parce qu’au fond de moi, je suis extrèmement heureux, extrèmement bien et libéré de beaucoup de choses. Ce départ, c’est aussi le résultat d’un très long et très difficile travail. Désormais, c’est un autre travail qui commence. Pour la première fois de ma vie, je ne vais plus avoir cette envie de partir en moi. Cela ouvre bien des perspectives…
Chez moi, c’est désormais un endroit hanté. Hanté par mon histoire, par Siouxsie ma chatte morte il y a six ans, par ma mère, jeune, qui y plaçait tous ses espoirs et me les a transmis au point de ne pouvoir quitter cet endroit. Il y a ici la mémoire de Tarika, de Freddie, et Snuff compagnon de Métal Urbain (crève salope, ta vie vaut pas cent balle, 1977 !!), Nathalie, Olivier, Tim, les Loisel, la Turkheim, mes amants, mon frère et Lipstick, mon père, qu’est qu’il y en a, de visages à être passés par ici. Il y a eu Denis, et qu’il me soit permi d’écrire qu’il fut mon meilleurs souvenir. Un amant rare. Que j’ai vraiment aimé. Et il y a eu Jacques, ah, Jacques… C’est aussi toute cette époque qui s’achève. Au revoir, Jacques…
Bon, ben, encore une semaine au travail.
Dans l’avion, je ne sais trop si je vais avoir trop le sourire, je ne sais pas. Je suis tellement impatient, aussi. C’est quand même un rêve de gosse, qui se réalise… Je suis content, être un adulte qui ose regarder l’enfant qu’il fut dans les yeux, c’est formidable, non ? Je suis fier de moi car JE ME fais plaisir. J’ai bien fait, de ne pas baisser les bras, il y a trois ans… On se remet de tout. Au contraire, j’ai tenu à démentir cette “fatalité”.
Je commence à avoir quelques envies. J’en ai une, très nulle. Le Tokyo-Dome, enfin, le parc d’attractions ! Si si… C’est con, hein ? Mais un dimanche de glande, passer son temps dans la grande roue, le jet-coaster, etc… sympa. C’est, à pieds, à 20 mn de la maison…
De Paris, troublé mais heureux,
Suppaiku

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  • Un récit poignant qui me secoue un peu la pulpe du fond. Quelques souvenirs qui remontent à la surface. Des au revoirs pas toujours faciles, mais on s’evite quelques frustrations quand on a prit soi-même la decision de partir.

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