Il fait beau, et je peux écrire de nouveau!

I

Je suis fatigué. Ce matin, comme toujours mes yeux se sont ouverts de bonne heure, mais comme je m’étais couché vers 3 heures et demi la veille, je suis vraiment à plat. Mon ordinateur portable est mort en effet la semaine dernière. Cela faisait deux ans qu’il alternait grosse fatigue, bruits étranges et blocages intempestifs, mais je réussissais à récupérer la bête à chaque fois, quitte à réinstaller le système. Mais la semaine dernière, il a bloqué pour de bon, puis il m’a été impossible d’avoir accès au disque lui même : le mode réparation m’averti que le disque était endommagé, il était donc impossible de le réparer ou de réinstaller.

J’ai cherché des informations sur des forums, et très vite, j’ai compris que c’était le disque dur qui donnait des signes d’essoufflements depuis tout ce temps. Je commençais vendredi dernier à me résigner à jeter mon vieil iBook, ce qui, le jour de la sortie de l’iPad, était presque un signe. Toutefois, comme je suis du genre qui insiste, j’ai cherché sur le net le prix d’un disque dur, et quand j’ai vu que ça ne coûtait pas trop cher, 5.000 ou 6.000 yens, je me suis dit que puisque de toute façon c’était perdu, ça vaudrait peut être le coup de le réparer moi-même, étant entendu qu’une réparation en atelier m’aurait coûté plus de 20.000 yens. Mais le comment restait un vrai problème, le seul site de tutorial que j’ai trouvé me donnant l’impression que ce n’était pas facile.
Hier, j’ai donc acheté un disque dur et quelques outils. En tout, la réparation m’aura coûté 7.000 yens ! Elle a duré trois heures, j’ai pris mon temps pour ne pas perdre une des minuscules et nombreuses vis, pour bien repérer comment les choses s’emboîtaient. Pour un fils de Pif Gadget, aimant les travaux d’aiguilles, ce ne fut pas si difficile. Juste un travail minutieux, patient, et une stricte obéissance au tutorial, quoi qu’il y avait quelques petites différences.
J’écris ce billet dans le métro, sur mon iBook G4 1,33 14’ acheté en janvier 2005 sur lequel j’ai installé Leopard, et je suis encore plus heureux que si j’avais un iPad. Cette réparation m’a pas mal fait réfléchir au gâchis au quotidien. Jeter des chaussures au lieu de les réparer, par exemple. Je suis fatigué de cette vague écologique qui emporte tout le commerce sans réfléchir au mode de vie et de consommation avec. L’iPad, le dernier macbook pro, le prochain iPhone sont des objets désirs. Mon iBook est un objet utile. Je ne sais pas trop comment expliquer cela, mais c’est ce que j’ai ressenti. J’ai bien sûr perdu des écrits, un article que m’a demandé Didier Lestrade par exemple, pas fini, dont je n’étais pas content ; et puis quelques pages des « années discos » pour mes Cycles ; et puis quelque chose que j’écris depuis quelques temps, 5 pages perdues, insatisfaisantes aussi, mais que j’aurais aimé envoyer à mon ami Stéphane. Quelques billets pour mon blog, aussi… Et puis un article politique qui me trotte dans la tête depuis quelques années mais qui a mûrit et qui ne demande donc maintenant qu’à être écrit…
Mais plus que la perte d’écrits, c’est la perte de l’instrument qui m’a touché. À l’école, vendredi et samedi, je me suis senti stupide et tout nu. Je ne parviens pas à y lire, mais je me sens à l’aise pour y écrire, et puis il y a le métro, aussi, mon long trajet. Et je n’ai pas l’argent pour acheter un nouvel appareil.
Je suis heureux d’avoir été fauché car j’ai prolongé la vie d’un objet utile auquel je suis attaché, un outil qui me raconte : c’est avec cet ordinateur que je suis venu au Japon en 2005 et en fait, c’est un peu dans le but de voyager que je l’ai acheté. Et puis lors du « grand saut » en 2006, c’est avec lui que je suis venu. Je me souviens, dans l’avion, bien confortablement installé dans mon Shell Flat Seat de business class JAL (le surclassement valait la moitié des points habituels et j’avais pas mal de points)… J’avais regardé les Parapluies de Cherbourg. Je l’aime bien, mon iBook. Il nous a accompagnés, Jun et moi, lors de nos vacances à Kyôto et à Shikoku… J’en ai faites, des choses, avec. Je m’aperçois qu’on jette facilement des objets, alors que les objets nous racontent aussi, un peu comme les êtres… Je ne veux pas dire par là qu’un ordinateur est un ami, mais pourquoi se débarrasser d’un objet qui remplit sa mission ? Pour 7.000 yens, je le retrouve un peu comme au premier jour, et j’ai la satisfaction de l’avoir fait moi-même. J’ai passé ma soirée à faire les mises à jour, installer des logiciels… Et ce matin j’ai continué. Pour tout vous dire, l’iPad, je m’en fiche…
Je suis à l’école. Un de mes étudiants étant occupé, il a annulé sa leçon, ce qui me donne un peu de temps libre. Dehors, il fait très beau, le printemps a mis du temps à s’installer, et nous sommes arrivés, par vagues, à ce pré été, quand il fait beau et chaud, et qu’il ne pleut pas encore, puisque l’arrivée de été est synonyme de pluie, d’humidité. Cette années, à Tôkyô, le 梅雨 (Tsuyu) est attendu pour le 10 juin ; il est déjà sur Okinawa.
Hier, je suis allé à Akihabara. C’est assez peu fréquent pour que je le note car en fait c’est un quartier où je ne vais, ne faisant généralement que le traverser. Hier, j’ai fait, pour la première fois, une promenade de Geek. Je suis allé dans les petites boutiques des rues derrières, je suis rentré dans certaines d’entre elles. Et c’est vrai qu’on y trouve de tout, et à tous les prix. On peut personnaliser un ordinateur, on peut en concevoir un, on peut en rafraîchir un, et on peut trouver des ancêtres encore en bon état, ou bien ces carcasses qui permettront de trouver des pièces détachées. On croise encore des « maids », mais c’est un peu comme si l’énergie n’y était plus. Après tout, 電車男 (Densha otoko), le feuilleton qui a placé le quartier sous les feux de la célébrité, c’était il y a cinq ans… Et au Japon, une mode de 5 ans, c’est vraiment très très très vieux. Ce qui me fait repenser à deux de mes étudiants qui m’ont parlé du style « fin de siècle » au sujet du groupe pop X-Japan, de Neo-Evangelion, de Akihabara et des gens qui s’habille en noir. J’ai oublié l’expression en japonais, un truc du style 20世記末… Ca m’a amusé. C’est en tout cas le quartier idéal quand on recherche quelque chose de précis. Il y a tous ceux qui viennent s’y perdre, sans trop bien savoir pourquoi, et certainement pour ne pas trop penser qu’ils ont grandi, qu’ils vivent seuls même s’ils sont encore chez leurs parents et que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Mais ce qui est étonnant ici comme ailleurs au Japon, c’est que vous ne les voyez pas, ils sont invisibles. Ici, tout est à sa place, alors si vous recherchez comme je l’ai fait des pièces détachées, vous ne croiserez que des types qui cherchent des pièces détachées. Mais dès que vous prendrez le métro, là où tout le monde se mélange, vous les verrez, ces geeks japonais, avec leur nouvelle poupée, leur sac rempli de jeux, leur nouveau disque dur 4 GO et leur tête d’adolescent gras et boutonneux de 35 ans, habillé avec sa « toujours la même chemise lavée 300 fois» et son « toujours le même T-Shirt Evangelion lavé 300 fois », ces geeks qui ne respirent pas le bonheur, mais à qui il arrive de sourire (les filles disent alors 気持ち悪い, ce qui pourrait signifier il est glauque, ce type ; les filles en question, bien entendu, seront des pétasses à la japonaise, en minijupe sur jean moulant avec supers méga-hauts talons, cheveux longs châtains roux ondulés…).
Avec Jun, on a eu pas mal de chance, ces derniers temps. A l’exception d’un seul, tous nos week-ends ont été ensoleillés. On a donc pu faire de belles promenades, dans Tokyo (Shinjuku Gyôen, Kiba/ Asakusa) et voir pas mal de Matsuri, notamment Sanja, dans l’arrondissement de Taito-ku (je paresse, j’ai une vidéo à vous présenter à son sujet). Nous sommes allés à Kamakura pendant la Golden week.
Au travail, c’est la suite. Je n’aborde pas ici l’actualité internationale qui, entre la plus importante pollution pétrolière dans la Golfe du Mexique, un bombardement odieux en Israël, Kim Jong Il qui a décidé de menacer la Corée du Sud et a déjà coulé deux bateaux depuis le début de l’année, le spectacle de la désagrégation européenne dans son incapacité à agir mais toujours prompt à déréguler (j’ai appris par hasard que les transports devront être privatisés d’ici 30 ans)… Ca se passe de commentaire, mais c’est incroyablement similaire aux années 10, avant la première guerre mondiale. Ca sent la guerre, ça sent le repli nationaliste, comme aux USA où après avoir mis la pagaille au Proche-Orient, on ne s’occupe plus de rien. Il y aura une, des guerres. Et en toile de fond, on dirait que nous allons tout droit vers de nouvelles formes de fascismes, cette fois démagogiques, avec le peuple qui se manifeste, comme aux USA avec les tea-parties, ces rallies ultra-conservateurs, financés par des multinationales du pétrole, et sonnant le tocsin contre la fiscalité, l’état et les régulations, menés par Rand et Ron Paul, ces deux gouroux de la théorie du complot, protecteurs de la sacro-sainte propriété privée…
J’aurai l’occasion d’y revenir.
Bonne journée à vous.
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaires

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  • Salut Madjid !
    Classer Ron Paul parmi les gourous de la théorie du complot est à mon avis une erreur d'analyse. Y'a en ce moment un intérêt des media dominants pour tous les mouvements critiques américains. Et la fâcheuse tendance à considérer que la moindre critique à l'égard de la politique d'Obama est assimilable à un fascisme latent. Si tu prends soin de lire et d'écouter tout ce que Ron Paul a écrit ou déclaré, tu verras que c'est simplement quelqu'un qui est très attaché aux idées promues par les pères fondateurs du pays et par le respect de la Constitution. Si ça fait de lui un fasciste, alors c'est la Constitution américaine qui est intrinsèquement fasciste. Restent ensuite son appartenance aux idées du Parti Libertarien, qui peut poser problème sur le plan moral. Mais je trouve que le terme de “fasciste” est utilisé pour tout et n'importe quoi, et cela sert uniquement à diaboliser, justement par conservatisme.

    La révolte populaire américaine ne sort pas de nulle part. Ce système est arrivé en bout de course, les gens perdent leur maison parce que l'Etat refuse de mettre le système bancaire en faillite (aucune banque n'est solvable, il faut affronter la réalité), alors que la Constitution le permet.
    Pour moi, il y a de sérieux problèmes de démocratie, et il serait temps de mettre les choses à plat : ou bien on est honnête et on abandonne la démocratie, puisque les évènements récents ont démontré qu'elle ne servait plus à rien : le Traité de Lisbonne par exemple, que l'on nous a imposé malgré le référendum de 2005. Toi qui semble apprécier le PS, tu noteras au passage qu'ils sont restés bien silencieux à ce sujet, ce qui les rend complices du plus grand crime anti-démocratique commis contre le peuple français. Ou alors on continue dans cette voie, et nos chères élites finiront la tête au bout d'une baillonette, avec un grand point d'interrogation sur ce qui risque d'arriver par la suite (le meilleur comme le pire).
    Mais ce n'est que mon opinion.

  • Bonjour,
    En fait, j'ai pas mal ecrit (les Cycles en haut, par exemple), mais pour le blog, c'etait “vacance”…
    Je vois que de ton cote, tu continues le tiens… J'aime toujours autant les photos…

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