Humeur du jour…

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Je n’ai aucune illusion sur la France, je n’y attends ni n’en attends rien. Je connais tellement de monde qui y survit, malgré des diplômes et du talent

Tôt ce matin. En fond, le bruit de l’air conditionné et de la machine à laver. J’aimerais beaucoup n’entendre plus que la deuxième car je n’aime pas le bruit de la ventilation, et aussi parce qu’une machine à laver, cela reste un bruit du quotidien, presqu’un bruit de l’enfance. Un bruit du matin.

Je n’ai aucune idée de ce que je vais vous raconter. J’ai un billet écrit au sujet d’une conférence de Frédéric Lordon, et puis ce très long billet que je dois corriger, et puis quelques sujets, musique, etc

J’ai finalement reçu des nouvelles du facteur de flûtes. N’y tenant plus, je lui avais écrit la semaine dernière. Elle est prête. Je suis, comment dire… Je ne sais pas si je suis heureux, pas encore, ni si je suis impatient parce que ce n’est pas vrai. Content, je ne sais pas non plus. Non, en fait, je suis en attente, satisfait de cet achat, tout simplement. Satisfait de ne pas avoir acheté autre chose malgré les tentations, satisfait de me contenter d’une flûte.

Cette sorte de sérénité, c’est nouveau, dans ma vie, ou plutôt, ça a été un long chemin pour y parvenir.

Ici, avec la Coronavirus, l’économie s’apprête à entrer dans un nouvel hiver, mais cette fois-ci, contrairement à 2008, je ne suis pas bien certain que je veuille me battre. Si mon école était frappée, je ne sais pas trop si j’aurais et la force, ou même l’envie de m’accrocher. Je crois bien que j’empocherais mon chômage, donnerais mes cours du lundi et du mardi et préparerais mon retour en France, tout simplement. Je l’ai écrit la semaine dernière, la gestion calamiteuse par le gouvernement m’a fait réaliser que dans la balance des pour et des contre, désormais, les contre étaient bien plus lourds, plus nombreux, plus forts. Ça fait mal, quelque part tout au fond parce que bien sûr, je suis attaché à quelques personnes ici, à Jun en particulier, mais je me fais l’impression de dépérir ici, exactement comme je me sentais dépérir en France il y a 15 ans, avant mon départ, quand mes voyages au Japon étaient devenus mes seules joies.

Je n’ai aucune illusion sur la France, je n’y attends ni n’en attends rien. Je connais tellement de monde qui y survit, malgré des diplômes et du talent, je ne sais même pas si à tout hasard j’y rentrais je ne me retrouverais pas en situation d’échec total, sans travail, sans domicile, sans avenir, tout juste bon pour le suicide. Ça ne me fait même plus peur, ça non plus.

Je ne crois pas que cela se produira comme cela, non, en fait, non, c’est juste mon état d’esprit. Ce n’est pas de la résignation, c’est plutôt une acceptation de la situation et du peu de pouvoir que j’ai. Et pour tout dire, en acceptant la réalité telle qu’elle est, je me sens bien plus fort que si je m’apprêtais à livrer une bataille que dans le fond je n’ai absolument pas envie de livrer.

La fenêtre de ma chambre est habituellement très sombre, mais là, alors que j’écrivais ces lignes j’ai tourné la tête et la voilà caressée par le soleil, c’est Allah qui me dit d’avoir confiance, que ça se passera bien. Et c’est vrai que dans ma vie, même dans les pires situations, tout s’est finalement bien passé.

Ma flûte arrive, c’est ma vie qui suit son cours. Je me suis levé à six heures vingt-cinq, c’est la vie qui suit son cours, et désormais il me reste un an et demie dans ce pays si je garde en tête l’échéance que je me suis fixé à la fin de l’an dernier. Un an et demie à remplir de nouveaux objectifs, de nouvelles ambitions et de toute l’énergie nécessaire pour les concrétiser, ce blog n’en étant alors que le vecteur, le fil conducteur.

Je regarde beaucoup de conférences sur YouTube. Hier soir, j’en ai regardé une de Vincent Chalet intitulée Une genèse médiévale du capitalisme, absolument passionnante. Je n’y ai pas appris grand chose, je connaissais pas mal le sujet mais j’ai tout de même appris quelques choses. YouTube est un puit de culture qui me permet de me ré-imprégner de choses devenues avec le temps un peu lointaines, de me nourrir de ces bibliothèques et ces librairies qui me manquent, de me cultiver pour de vrai, d’alimenter mes synthèses.

Il fait beau, dehors. Et il est tôt encore.

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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