Et bien sûr, c’est “grand soleil” aujourd’hui…

E


Le soleil vu de ma fenêtre, il y a 5 minutes, ou plutôt le beau ciel bleu. Ma maison est une vieille bicoque mais le vis-à-vis est correct pour ce quartier de Tôkyô, très central et très dense. Vous appercevez le balcon de mon voisin, environ 10 m2 quand même… et pas de vis-à-vis. Moi, ce sont les grandes fenètres qui encerclent ma chambre, les grands placards…

Fantastique soleil ce matin, qui a remplacé le ciel gris, la pluie et le froid des deux derniers jours, de mon week-end…
Bref, hier, journée de week-end semblable à un dimanche à Paris : ménage, lessive et courses… Pas trop envie de sortir par ce sale temps et choper la crève. J’ai préféré ressortir le gros colis plein de négatifs que je m’étais envoyé avant de quitter Paris. Dedans, plus de 5.000 photos sous formes de négatifs, plus de 20 ans d’une vie. Beaucoup de photos de Paris, d’objets, de bâtiments, de rues désertes, de rues désertes la nuit, sous la pluie, des portraits de celles et ceux que j’ai rencontrés, de mes amis. Un ensemble de photos que je ne regardais jamais de peur d’avoir mal autrefois et que j’ai regardé avec tendresse, curiosité et amusement des fois.

Etonnant, tous ces négatifs et toutes ces planches contact. J’ai photographié quelques planches hier soir. Résultat décevant, la teinte brillante gène l’autofocus de mon Lumix…
Ainsi, ce portrait de Tarikavalli, il y a vingt ans presque exactement. Ce devait être en juin 86… J’en ai profité pour lui envoyer avec un petit commentaire. Elle a peu changé, finalement. Avec l’âge, les traits se dessinent, s’affirment. Il ne se déforment que plus tard.
Tarikavalli et moi nous connaissons depuis le lycée, depuis la première en 1981 exactement. On pourrait presque dire que nous nous sommes connus sur un air de Siouxsie and the Banshees, mais là, vous ne comprendriez pas, trop compliqué. La Tos, Cap, Freddy, Chichoun, Yazid, le Centre et Les Tos, Frémin, Marion, Tétèque, Marylène, Eric… Ouaaahhhh…. Là, c’est dommage, j’ai très peu de photos car c’est Tarika qui en avait beaucoup. Ah, le lycée. C’est loin. Sur cette photo, Tarika a vingt et un an. Elle démarre la danse, va bientôt danser à Strasbourg et en Espagne dans un ballet contemporain, et n’a pas encore rencontré son maître, Amala Devi, qui en fera Tarikavalli, la brillante danseuse de Baratha-Natyam (excusez-moi, je ne trouve plus l’adresse de son nouveau site…) qu’elle est devenue. Enfin, je suis content, mes négatifs sont en train de prendre l’air pour la première fois depuis longtemps.

l’autre vue. Ciel très clair, brise légère, c’est très agréable.
J’écoute les Pizzicato5. J’aime bien. Je dois dire que l’album Pizzicato 5TM, sorti en 2000, ne m’avait alors guère convaincu, mais je trouve que finalement, avec le temps, il passe bien. Quand je sors, je commence à ramasser les flyers. Je constate que Towa Tei est toujours aussi actif en tant que DJ et producteur, tant dans le milieu gay que straight. C’est qu’il va falloir que je me mette à sortir et que je vois un peu ce qui se passe à Tôkyô.

on a besoin de peu de choses, finalement, pour être heureux, et mon vieil Olympus OM10 est un ami fidèle…
Je prends mon temps, me direz vous. Peut-être, mais bon, vous savez, quand on a connu les Bains Douches, Le Palace, Le Rose Bonbon, Palikao, L’Opéra-night, l’Acid-Rendez-vous au Taboo, qu’on a vu les premiers concerts des Rita Mitsuko en 82 et 84 (merdique, leur première partie des Virgin Prunes, en 84 à l’Eldorado, quel public de merde, alors… mais quelle révélation 3 mois plus tard en première partie des Smiths, là, il y avait tout le monde : Chachnil et ses boys, ceux qu’on a vu pendant un mois à la TV dans la pub de Philippe Gauthier pour Bolino, toute droit sortie d’un DimDamDom psychédélique, avec look Beattles, Courrège et spirales… vite retirée !), Nina Childress, tout droit revenue de Lucrate Milk après une disparition de 2 ans et transformée en Emma Peel, Le Musulmans Fumants et Vive La Peinture, Les Aristochattes menées par Catherine Benguigui super rigolote déjà et qui chantait avec un nounours des sortes de ballades rock and roll à la Françoise Hardy, Nouma Roda Gil qui lançait l’acid-Rendez-vous, c’est qu’on en avait ras la casquette des batcaviens “gothics”, on a tous craqué quand Morrisey nous a lancé des roses…, mais en gros, les Rita, c’est ce soir que ça a vraiment commencé, c’était exactement ce que nous voulions entendre !)…


j’ai un univers très simple, une grande nostalgie teintée d’humour pour tous ces objets de mon enfance et cette esthétique des magazines de ma mère que je feuilletais. Ici, je découvre leur pendant japonais, la même esthétique. Le bonheur commercial des années 50 est factice, mais c’est un bonheur qui a confiance en l’avenir. J’aime son esthétique, terriblement cool derrière son maquillage et ses permanentes, ses bigoudis et sa laque. Et ses TV pesant 60 kilos et qui chauffaient comme des radiateurs… L’innocence.
Et puis la house, les soirées Pyramides au Palace, les bals musettes au bord de la Marne, la terrasse du Soleil vers 88 à Ménilmontant… Les années 90 m’ont rendu suspicieux. Tant mieux, j’ai lu Balzac, Sartres, Flaubert, Gide, Weber, Mme de Scudéry, Voltaire ou Montesquieu, j’ai fait de la politique et je suis même passé à la TV ! Bref, j’ai fait autre chose que sortir, et j’avoue n’avoir guère apprécié l’entrée dans l’ère des videurs avec oreillette, et des “d’la night” qui se la pètent avec leurs “carrés VIP”…

on retrouve de drôles de choses quand on fouille dans de vieilles boîtes de négatifs, comme cette photo de l’été 87… Dimanche, j’ai étudié ce poême de Paul Fort avec un étudiant. “Le bonheur est dans le pré/ cours-y vite, cours-y vite/ il a filé”… Bonjour, Timothée.
J’ai perdu l’habitude de sortir, souvent déçu. J’aime pourtant bien les musiques électro jouées en direct par des DJ/claviers… On verra bien à Tôkyô, il y a des soirées qui me semblent pas mal. Mais bon, je me fais ma place, je perfectionne mon japonais et on verra bien, chaque chose en son temps, j’ai pas 20 ans, ça presse pas, et être un vieux jeune de 41 ans n’est absoluement pas tasse thé : à cet âge là, on est définitivement ce qu’on fait de sa vie et pas de là où on sort… Enfin, c’est ma façon de voir. Moi, je laisse la jeunesse aux jeunes, j’aime les regarder, je n’aime pas leur ressembler. J’ai toujours eu la hantise du “Oh, mais tu fais jeune”… Je préfère faire moins jeune, ne pas danser, être sérieux; quand on me demande mon âge, mes jeunes voisins comprennent et soudain, alors, me trouvent très jeune (physiquement) : je préfère. C’est mon côté “grande dame”, excusez-moi. Je cultive encore cet art de la pose, tout droit sorti des années 80… quand je sors, je m’habille, moi !

Bon, faut que j’arrête d’écrire des bétises. Ca commence à bien faire… !
De Tôkyô, soudain redevenu réaliste,
Suppaiku

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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