Le quotidien

L

Et re-métro. Ce matin, levé assez tard, 9 heures. Je ne parviens pas à me lever de bonne heure car je ne me couche pas de bonne heure non plus… Pourtant, je suis bien rentré avant 21 heures et j’ai ainsi dîné vers 21h00… J’ai mangé des pâtes froides avec une volumineuse salade de légumes ainsi que des œufs. J’ai surfé sur le net, je recherche des babioles pour ce blog, des animations Flash pour les photos, etc. de liens en liens, j’ai pu visiter des sites de « photographes » et je suis assez halluciné par ce que je peux voir appelé tel. Pas que je sois exigeant, non, mais ce doit être mon caractère homo : pour moi, un photographe est d’abord un artiste. Qu’il ne soit qu’un type qui possède un appareil photo et en vive me semble être le comble de la supercherie. Eh bien pourtant, ils sont légions, ces « photographes professionnels ». Pour la première fois de ma vie, j’ai osé penser qu’avec mon téléphone portable, je fais mieux ; peut-être parce que pour moi c’est un jeu. Mais vraiment, j’ai été surpris par l’absence de personnalité, la banalité des sujets et de leur traitement, par l’absence d’œil, tout simplement. J’ai vu aussi des sites magnifiques qui m’incitent à beaucoup de modestie. Mais bien souvent, la perfection technique, le doigté Photoshop qui tue, me faisait l’impression d’un cache misère : ce n’est pas Photoshop qui fait l’artiste. Bref, on peut être photographe sans être artiste. On n’a pas besoin de se réclamer de la photographie quand on est artiste. Martin me signalait dernièrement la première édition d’un magazine de Français aux Japon. Avec des photos. Il me suggérait de contacter ladite association. Je ne me sens pas « photographe ». Bref, je n’ai pas contacté. C’est comme quand autrefois on me demandait mon niveau d’anglais. Je disais « correcte », ayant une idée très haute de « courant ». Pourtant, en fait, je parle anglais couramment, mon accent n’est pas trop mauvais (pour ne pas dire qu’il est plutôt bon), je lis la presse et regarde les films sans sous-titre, je peux résumer instantanément ce que je viens de lire, traduire en instantané… Travailler à Lehman a été une révélation : devais expliquer mes problèmes, mes objectifs, écrire, téléphoner, tout en anglais ! Et ça ne me posait pas le moindre problème… L’anglais est plus que ma seconde langue. Quand je le parle, je ne pense qu’en anglais, je ne réfléchis pas, ça sort, tout simplement ! Je n’ai de difficultés qu’avec l’humour car je deviens là d’une lenteur redoutable. L’humour anglais, le vrai, est truffé de sous entendus que seul un natif sera en mesure de comprendre.
Je fais des photos, et je m’amuse bien avec. Je ne suis pas photographe, j’utilise la photographie comme j’utilise ce clavier ou, autrefois, mon stylo et mon gros cahier de 400 pages à petit carreaux, relié, à bord carrés, que j’achetais chez Joseph Gibert et qui me durait environ une année. J’ai apporté mes journaux au Japon, ils me sont très précieux. J’y écrivais d’une écriture minuscule ma vie, mon analyse, mes souvenirs, des recettes de cuisine, la visite de tel ou tel musée…Le blog est arrivé au bon moment : Joseph Gibert a cessé de fabriquer ces gros cahiers : visiblement, les clients préfèrent les spirales. Pas moi. J’aurais pu me rabattre sur le grand format 21×29,7, 400 pages petits carreaux relié à bords carrés comme je l’ai fait vers 1996/97, mais ce cahier, qui m’a duré une année et demi, m’a fait comme l’impression de ne jamais se terminer, et puis, je n’aimais pas qu’il se prolonge au delà des vacances d’été. Il m’a comme désynchronisé. Je suis un enfant de septembre qui aimait l’école. Pour moi, la nouvelle année, c’est en septembre. Le tableau est tout propre, le pot de colle n’a pas encore séché et sent bon les madeleines, les cahiers sont neufs, remplis d’espoirs de progrès et de promesses de futur. Ce cahier a duré longtemps, longtemps… Il contient le suicide de Philippe, la maladie de ma chatte Siouxsie, des photos, la campagne de Jospin en 1997 et la section Montesquieu, mon opération du ménisque et mon déménagement à Asnières. Là, j’ai commencé un nouveau journal. L’espace d’une minute, après avoir vu une photo de la table de travail de Goethe, je me suis pris à regarder ma propre table comme une réplique de celle du philosophe. J’y écrivais avec plaisir, mon dictionnaire à porté de la main, ma bibliothèque à côté de moi. Asnières… J’ai quitté ma table quand je suis parti vivre à Londres, et je n’ai plus jamais réussi à écrire comme avant.
Demain, vendredi, tous les Geeks de mon espèce vont courir les magasins pour faire leur achat de l’année : Snow Leopard, le nouvel opus de la saga Mac OS-X ; la version 10.6.0. J’en ferai partie. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà down gradé mon iBook, puisque de tout façon,il ne pourra pas accueillir désormais les mêmes logiciels. Le voilà de retour à Tiger (10.4.11). Quand il s’agit de mon mac, je suis un vrai crétin. Mais mon iMac est un des meilleurs investissements que j’ai faits ces dernières années, et mon iBook continue de m’apporter bien du plaisir…Il fonctionne très bien. Incapable de traiter les photos rapidement, il est en revanche un très bon traitement de texte ainsi qu’un très bon outil pour le net (avec pas mal de limitations pour la vidéo Flash…). Je compte bien le garder. Et pour mon iMac, je lui ai ajouté de la mémoire. Les nouveaux sont plus rapides, mais j’avoue qu’il me suffit amplement. Il me fait office d’ordinateur, de lecteur DVD, de télévision, de chaîne stéréo…Son écran 20’ est idéal pour faire tout ça.
Je suis un Geek une fois tous les deux ans, à chaque fois qu’un nouveau système sort… Je me souviens mon premier mac en 2003, et le précieux coup de main de Mulgon Melta. À cette époque, les Freewares n’étaient pas nombreux pour mac, je me sentais un peu perdu. Les temps ont bien changés, aujourd’hui, les logiciels pullulent !
Je suis dans à l’école et mes deux élèves viennent d’arriver. Fin de la première partie.

Vers 22h00. Ce soir, je serai à la maison vers 23h… Je suis dans le train. Par ici, en fait, c’est le train, À partir de Shibuya, c’est le métro.
Ce matin, appel de Yann. Il y a une question que tout expatrié dans ce pays doit se poser à un moment ou à un autre : qu’est-ce que je fais ici, ça me mène où. Yann est en plein dedans, et le problème est que ça fait un moment que ça dure… Je crois avoir clarifié de mon côté. Et c’est marrant, accepter d’être ici a ouvert une gigantesque porte pour mes nostalgies et mes manques, comme si finalement je m’apercevais maintenant seulement que ce n’étais pas du jeu mais que je vivais bel et bien au Japon. Ça m’a également rappelé à moi-même, à des ambitions anciennes ou plus récentes. Je me souviens Mulgon, « partir, ça ne change rien », et c’est incroyablement vrai. En fait, on n’a beau changer de pays, on reste le même. Je trouve cela extraordinaire en fait. Et je suis bien content d’être le même qu’en France. Ca m’ouvre des horizons infinis, bien plus intéressant que le seul truc de « vivre au Japon ». J’ai mis 4 ans à comprendre ça… Vivre au Japon, c’est d’un banal, en fait… Ce n’est qu’un changement d’adresse. Mais être moi, Suppaiku, enfin, Madjid…
Discussion donc ce matin avec Yann au téléphone. Doutes quand à ce qu’il convient de faire. Le Japon traverse une crise économique très grave et il est très difficile de bouger professionnellement. Il travaille comme serveur malgré de réelles qualifications. Il parle, lit, écrit le japonais. Depuis un certain temps, il se pose la question que pas mal d’étrangers occidentaux se posent en ce moment au Japon : est-ce que ce ne serait pas le moment de rentrer ? Le Japon, peut-être plus que tout autre pays d’expatriation, ne supporte pas que l’on n’y ait pas de but, de concret. Car on peut y végéter des années, comme tous ces types mariés avec des enfants, piégés dans des écoles de langues minables, avec leurs costumes minables et leur mine à manger des bentô plus que ce qui est recommandé ; j’en vois dans le métro. Comme on le disait avec Yann, est-ce que ça vaut le coup tant que ça ? Il se pose la question depuis assez longtemps. Moi, j’y ai donc apporté une réponse inspirée par ce que m’a dit Mulgon avant mon départ : ce qui compte, c’est ce qu’on fait, où qu’on soit. Ainsi Martin. Sa carrière d’illustrateur décolle ici, mais son talent l’aurait de toute façon révélée en France ou n’importe où ailleurs. Tout au plus, si on est vraiment brillant avant le départ, vivre à l’étranger offre quelque opportunité dont la curiosité que l’on peut susciter n’est pas la moindre. Bref, un crétin restera un crétin. Pour le reste, comme ailleurs, une ambition personnelle, de la confiance en soi…Pour ma part, je ne souhaite pas rentrer en France. Que fera Yann ? J’ai pour ma part déplacé le problème suffisamment. Je suis bien, ici.
Madjid

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

commentaire

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  • Ah, photo-artiste, photo-artisant et digi-photo-truc…

    Au passage, un site découvert récemment : photopreneur, articles de fond sur la photo commerciale. Des choses intéressantes.

    (Désolé, le précédent commentaire a été enregistré par erreur avec mon autre compte.)

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