Juste avant les vacances

J

(Mardi 6 août) Cela fait longtemps, très longtemps, que je n’avais pas pris mon iPad dans le train pour écrire un billet sur mon blog. Voilà qui est fait. Cela fait longtemps, aussi, que je n’avais pas écrit. Cela me fait une drôle d’impression. Je pense avoir franchi une ligne, défini un horizon, comme si finalement j’avais reconfiguré quelque chose et que désormais mes efforts, mon travail ne seraient pas vains. Je regarde au loin, je dois bien avoir 60 ans. Certains s’en effraient, cela ne provoque chez moi qu’une certaine tristesse très douce, un sentiment que je dois désormais accepter et travailler comme un matériau noble car c’est celui qui va me donner la force d’accomplir de nouveaux changements dans mon existence. La tristesse ne me fait pas peur, pour tout dire. D’ailleurs, je ne sais pas trop s’il s’agit de tristesse, de mélancolie ou de nostalgie, de regrets. Peut être un peu tout cela.

Simone de Beauvoir. La conclusion de La force des choses est sans appel : il y a un moment dans la vie où il nous faut accepter d’être vieux, d’être regardé comme on regarde un vieux. Il y a un moment où il nous faut accepter de ne plus être jeune. Et pour quelqu’un de ma génération, c’est quelque chose de très difficile.
J’ai beau ne pas appartenir au cœur de la génération du Baby boom, une part de ma vie a été baignée dans ses valeurs, son imaginaire et ses rêves, même si celles et ceux qui ont mon âge se sont pris dans la figure toutes les saloperies auxquelles les boomers ont échappé, ce qui me rend finalement plus proche des plus jeunes, nés avec ce truc interminable appelé la crise et qui est en fait l’amorce indicible du déclin qui ronge nos sociétés surdéveloppées. Et encore eux aussi sont nourris aux illusion nées dans la génération du Baby Boom. Le cool, le jeans, le rock et la pop ou la techno, le sexe, le crédit et la maison qui va avec, la drogue, le progrès, les loisirs, un bon travail, « réussir sa vie » …
À bientôt 48 ans, je n’aurais pas la chance incroyable qu’ont les femmes de traverser la ménopause. Quelle chance, en effet, de recevoir un signal biologique qui leur indique qu’elles entrent dans la vieillesse. L’andropause est un phénomène invisible, mais non moins réel qui conduit les hommes à leur vieillesse et dont on ne peut suivre l’avancée qu’au ramollissement des tissus, à l’affaissement du fessier et, paraît il, à une odeur différente de la peau.
Je suis pour le moment d’un côté de la pente, mais je sais qu’il y aura l’autre versant.
Cette nostalgie, cette tristesse, c’est le sentiment que l’on a quand on sent la mort se rapprocher et qui pourrait se résumer à la pensée de ce que l’on n’a pas fait, de ce que l’on a mal fait, de ce que l’on a gâché. Et pire, de ce que l’on ne pourra jamais (plus) faire.
Et par conséquent, je mesure aussi tout ce qu’il m’est (encore) possible de faire.
Juste, je ne serai jamais le jeune que je n’ai pas été, et je vous avoue que quand j’écris cela, je mesure à quel point vous êtes ignorant de tout ce qui se cache derrière et que je tairai dans ce billet. Il y a un soulagement, il y a des regrets. On appelait cela autrefois les âges de la vie.

(vendredi 9 août) Métro, ligne DenEnToshi. Chaleur implacable, forte, brûlante sur la peau. Mercredi, il a fait 40 degrés à Saitama. Je n’ai pas continué la rédaction, difficile de revenir à l’écriture après une si longue période. Mais je suis là, et je suis bien décidé à ne pas arrêter.
Mardi après midi, j’ai préféré retravailler la présentation de ce site, revenir à l’ancien modèle, celui d’il y a deux ans, plus simple. Moins souple, certes mais finalement bien suffisant. À quoi sert un joli modèle de site quand on n’écrit pas…
J’ai arrêté d’écrire à cause du rythme invraisemblable de mes journées et de mes semaines, chaque jour se révélant une répétition du même jour dans la semaine précédente. Une mauvaise gestion de mon temps, peut être devrais-je manger beaucoup plus tôt au travail, et me contenter de grignoter à mon retour à la maison pour pouvoir me coucher plus tôt et ainsi me lever aussi beaucoup plus tôt. La fatigue est, parfois, terrible le soir mais je suis incapable de dormir avant une heure avancée.

J’ai commencé à travailler sur un nouveau projet. Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu ce désir de faire, de tenter une aventure collective, de créer mon propre joujou. Peut être depuis Spont’Ex. Mais cette fois-ci, je suis conscient d’engager quelque chose, d’engager des gens et donc d’avoir une responsabilité. Non pas de réussir, mais de mener le projet à bien quelque soient les circonstances. La spontanéité a fait place à la maturité.
Pour tout vous dire, cela me fait l’impression de me donner naissance, et de parier sur moi. Je veux dire par là que je suis une personne qui doute toujours de ses propres capacités, et qui n’arrête jamais d’entendre les gens lui dire, « tu te gâches, Madjid, tu vaux mieux que ça », je trouve cela tellement présomptueux, peu mérité. Il m’a toute ma vie été impossible de casser le rôle du fils de bougnoule, forcement raté quelque part… Je m’aperçois qu’il n’en reste plus rien. C’est avec l’ambition que les autres, à commencer par mes propres parents, ont toujours nourri à mon égard que je me regarde. Je vous l’ai écrit au début de l’année, “give back”.
Ce roman commencé avant le séisme et que j’ai fait lire cet hiver à quelqu’un que j’aime est en plan.

(Samedi 10 août) Je suis à l’école. Avez vous remarqué toutes les photographies que j’ai postées sur ce site ? Je suis à peu près à jour, il en est un peu comme de tous ces documents administratifs que j’entassais et j’ai enfin classés.
Dehors, il fait incroyablement chaud.
Et demain, ce sont les vacances, enfin. Une semaine à Kyôto. Je ne vais pas emmener mon iPad, je ne serai donc connecté qu’avec l’iPhone, mais je vais essayer de totalement débrancher. Voici donc un billet d’avant les vacances, de vraies vacances.

Je suis chez moi, il est un peu plus de 23 heures. Demain, le départ. Ouf.

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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