Écriture en liberté

É

Je me remets de terribles maux de nez et de douloureux maux de tête : je fais des sinusites depuis des années, mais depuis deux et demi, la situation s’était comme installée. Démangeaisons, petits saignements… Le Japon est un pays où on fait des allergies, et quand on n’est pas victime des pollen, c’est à l’air conditionné, à son air sec et bourré de poussières et de bactéries que l’on a affaire. Pendant deux mois, je me suis pulvérisé le nez de ces sprays que l’on trouve partout dans le commerce, mais… L’othorino a regardé ça, et son diagnostique a été très simple, a parfaitement expliqué ce que je ressentais de plus en plus. Une obstruction du conduit nasal du à une déviation visiblement assez forte. À la moindre irritation (pollen), je fais une inflammation… Le traitement est très efficace, je recommence à bien respirer, j’avais presque oublié. La nuit, je dors très bien. Antibiotique, antiallergique, un truc pour liquéfier les sécrétions, et un spray high-tech! J’ai un autre rendez-vous dans une semaine. Le docteur est assez âgé, j’ai bien aimé son ton ferme, apprécié qu’il m’attrape le visage (ici, les docteurs ne touchent pas les patients) et ses efforts pour m’expliquer avec trois mots d’anglais (le vocabulaire médical, en japonais, c’est du costaud!). Il m’a prévenu que généralement, le seul moyen de vraiment résoudre ce problème, c’est l’opération. J’avoue, je suis pas très chaud…
Depuis le temps que je n’avais pas écrit, bien du temps est passé, et avec beaucoup de belles promenades. La dernière en date, c’était dimanche. Avec Jun, nous avons visité Nikkô, pour la seconde fois. Autant la première visite il y a quatre ans m’avait très peu plu, autant celle-ci a vraiment été très belle, intéressante. À la pluie et à la fraicheur de ce mois d’août 2006 s’est substitué le grand beau soleil de novembre, la lumière forte du presqu’hiver. Peu d’érables autours du Tôshôgu, mais suffisamment toutefois pour mettre ici et là ces touches de rouge qui annoncent l’arrivée du froid, la proximité du shôgatsu que nous passerons, juste retour à la normale, à Kyôto. J’ai presque hâte. Je n’ai pas, cette année, ou en tout cas beaucoup moins, ma phobie de l’hiver, cette année. L’an dernier, il m’était impossible de concevoir l’hiver, j’étais immédiatement pris d’une sorte de boule dans le ventre, ma peur du chômage, cette expérience de deux hivers successifs. Je suis guéri.
Je me sens plus libre, relax. Je n’écris pas beaucoup sur mon blog, mais j’écris. Et si je n’écris pas, je me nourri d’images, de sons et de récits glanés ici et là. Comment vivait on avant le net ?
J’ai un nouveau vélo. J’ai des envies de sport, je ne suis pas encore assidu à la gym, mais j’y vais et, sur le tapis roulant, malgré mes envies d’arrêter au bout de 10 minutes, quand la sueur commence à sortir, je continue. Je tiens mes 40 minutes. Cela fait longtemps que je n’ai pas fait de sport alors courir peut être dangereux… À mon âge… Alors je me contente de marcher à 5,3 km/h sur une pente à 5,9%. Courir représenterait un effort équivalent, mais je ne cours pas, alors que je suis resté un bon marcheur, alors je grille mes 250 kcal de cette façon, et je peux dire que je constate un progrès, en trois semaines. L’impression de fatigue a disparu, juste un terrible sentiment d’inutilité sur cette machine, le même truc qu’au lit, en pleine baise, quand un mec me parle et me demande ce que j’aime.
Il y en a qui n’aiment pas les capotes, moi, c’est qu’on me demande ce que j’aime, au lit. Automatiquement, je me mets à penser, je me vois dans le lit, je trouve la situation terriblement ridicule, pathétique. Je sais bien que ça peut être gentil, mais ce doit être mon côté japonais, je pense qu’il y a des choses qui n’ont pas besoin d’être dites, qui sont évidentes. Il y a ceux qui demandent d’abord ce qu’on veut puis qui demandent si on veut qu’ils nous baisent. Il y a ceux qui ensuite émettent un commentaire, c’est ça hein, t’as envie que je te baise, hein ? En générale, moi, ces trucs là, ça m’a toujours coupé l’envie. Une fois, j’ai même fait un peu trainer et puis cinq minutes après, j’ai feint la fatigue et je me suis rhabillé. Pas de ma faute, si on me pose une question, ben je réfléchis, et quand je réfléchis, j’ai du mal à m’arrêter. Le plus amusant, c’est que les trucs les plus fous que j’ai jamais fait avec des mecs, je les ai faits dans le feu de l’action, une chose en amène une autre, et puis voilà. Faire l’amour, c’est un mélange de relation de confiance et d’énergies, la façon dont ces énergies communiquent. En gros, une bonne baise entre hommes, c’est une sorte de symbiose où l’un peut se reposer sur l’autre. Et inversement. Ça n’a rien à voir avec ces histoires de qui pénètre et qui est pénétré comme c’est souvent raconté par de pauvres filles qui n’ont jamais eu les tétons handicapés pendant plusieurs jours.
Il y a cette chanson de Ferré, Ton style. “Ton style, c’est ton cul, c’est ton cul, c’est ton cul, ton style, c’est ton droit quand je m’y plis, salope, c’est ce jeu de l’enfer, de face, et puis de pile, quand la nuit a livré ses dernières lueurs, ton style, c’est ton cœur”.
Hé hé hé hé hé…
Didier Lestrade m’a écrit il y a quelques semaines, inquisiteur à sa façon, c’est à dire extrêmement gentiment, me demandant d’écrire quelque chose pour Minorités. Parmi les sujets qu’il me suggérait, il y avait le SIDA. Didier est fatigué, je crois, par ce sujet. Il a tellement donné, tout ça pour arriver à ne plus être entendu car un troupeau de queutards a decidê de baiser sans capotes, de théoriser le machin, de vendre leur salade, et de rencontrer un écho favorable dans un gouvernement de droite et à la mairie de Paris péhess dirigée par la grande Tantouse puisque ça permet de ne pas parler de sexe (sujet tabou à droite et chez certains nouveaux électeurs péhess parisiens qui aiment bien le Maire de Paris, il est si gentil, et puis, il aime les arts, il connaissait Dalida) tout en contentant les amis des grands laboratoires pharmaceutiques trop contents d’écouler du médicament à plus de 1000 euros mensuels à une clientèle de nouveau en expansion grâce à la reprise de l’épidémie. Je comprends Didier, moi, j’ai quitté le péhess parce que j’en avais marre d’être une sorte de caution morale qu’on écoute en esquissant un sourire, cause toujours. Mais Didier ne lâche pas. Et il a raison de ne pas lâcher. Les têtards qui sont en charge du machin qui tient lieu de prévention finiront par être obligés de le reconnaitre, quand on dépassera les rythmes de contaminations des années 80, comme c’est déjà le cas à Londres. Alors il sème ici la mémoire, et là esquisse des pistes.
Je ne voulais pas écrire sur le SIDA, j’ai déjà suffisamment à faire avec le miens. Et puis je ne suis pas spécialiste. Mais j’ai fini par écrire sur le SIDA. Ce sera en ligne, à priori, le week end prochain. Je l’ai écrit dix jours avant de l’envoyer, ce qui m’a permis de le laisser refroidir, et de conclure, mais aussi d’atteindre une certaine forme de neutralité dans l’écriture d’un sujet hautement polémique et où les responsabilités de la reprise des contaminations sont diffuses. Parmi les responsabilité peu énoncées, il y a l’oubli, l’oubli de ce qu’à été l’épidémie. Pour les séropositifs bien sûr. Mais aussi, ce qu’elle fut pour les séronégatifs, qui ont été, autrefois pour des raison évidentes liées à l’urgence, aujourd’hui pour des raisons incompréhensibles, les grands oubliés de l’histoire. Il est incroyable que dans une société si médiatisée, où consulter des archives vidéos datant du début du cinéma est devenu si facile et si commun, il soit à ce point impossible de transmettre la mémoire d’événements récents, d’en faire l’histoire en les placent dans leur contexte et en perspective. J’ai donc écrit à ma façon, en tachant de parler du SIDA sur un temps long, celui de l’histoire, dans le but d’aider ceux qui ne savent pas, qui n’ont pas connu, et qui n’ont que vingt ans, et je ne connais pas. Je me souviens à l’époque de Spont’Ex (Nicolas, les scan…), quand on me parlait des syndicats, je répondais que je ne les connaissais pas. Qu’ils étaient au 12eme étage, et que nous, nous étions étudiants. Je me moque des militants SIDA, des militants LGBT machin chose. Je veux dire, je peux respecter leur travail, mais ce n’est pas à eux, ce n’est pas pour eux que j’ai écrit, et je n’écrirai jamais pour eux, ni à eux. Ils sont enfermés dans un bocal, ils se parlent avec des mots codés qu’eux seuls comprennent, et mettent les autres dans les cases qu’ils ont préparées pour comprendre les autres et regarder le monde. Quoi que j’écrive sur le sujet, je sais que je serai rangé dans la case “avec Didier Lestrade”. C’est comme ça.
Je me souviens en 1995, la campagne présidentielle. Je n’étais plus au PS. Un matin, je croisai un groupe de militants distribuant des tracts pour Lionel Jospin. L’un d’eux me tendit un tract, je refusai en souriant. Il me demanda pourquoi, et je commençai à vider mon sac. Gentiment, mais fermement. Il m’écouta, me répondit comme il pouvait. Je n’avais rien contre Jospin, mais le PS me sortait par les trous de nez. Cette suffisance, et cette facilité à “parler à gauche” quand le bilan du deuxième septennat méritait une réelle dérouillée. Il était très patient, sympa. Alors, je commis la faute de ma vie, je lui dis que j’avais milité dans sa section, et que peut être le matériel de formation qu’il avait eu entre les mains, c’était moi qui l’avait rédigé. À partie de là, une sorte de petit sourire “vas y cause toujours” ne le quitta plus. Pire, il commença à m’écouter distraitement. Je ne l’intéressais plus. Je n’étais pas un “citoyen”, comme écrit dans son tract, mais un emmerdeur. J’ai re-adhéré quelques mois plus tard, juste avant de créer la section Montesquieu. Et puis je l’ai recroisé quelques années plus tard. Il n’était plus au PS (moi non plus).
Là, c’est moi qui l’ai planté, parce que ses gérémiades, j’en avais rien à faire. De toute façon, c’était un aubryste, la tendance légume du Péhess. Et moi même, de toute façon, j’avais aussi rendu les clefs, et cette fois, c’était définitif. En revanche, je continue parfois de penser à deux camarades du 18e qui avaient adhéré en 1987, et chez qui on avait préparé les plateaux repas pour la législative en 1988. Un gars et une fille bien, drôles, pas des légumes, mais deux intellos – je crois que le type était architecte-, militants, impliqués, et vraiment de gauche. Je veux dire soucieux d’un exercice effectif du pouvoir, d’un contrôle local, de mobilisation, et très critique vis à vis de cette gauche mitterrandienne qui voulait tout contrôler, avec toute l’efficacité que l’on sait.
Ils se sont impliqué à fond, et puis, comme notre section était très active, que nous avions mis le député RPR en difficulté pour la première fois, l’appareil nous a parachuté Tony Dreyfus, un bourgeois vivant rue Saint-Dominique dans le septième, qui ne connaissait rien au 10e, un ami de Rocard, avocat. Il débarqua avec ses sbires, des énarques et des rats de cabinets de la tendance Valls / Bauer. Il putscha la section, installa ses types et se mît en ordre de bataille pour la municipale de 1989.
En 88, nous avions fait plus de 30% au premier tour, du jamais vu, une consécration d’un vrai travail militant, et d’un candidat hors pair, Gilles Martinet. Au deuxième tour, on fit plus de 47%, et là, toute la fédération du PS n’en revint pas. En 89, Tony Dreyfus et ses sbire, eux, alliés aux gauchos LCR déguisés en écolos et au PCF patinèrent à 33% au deuxième tour. Et pourtant, la tronche à Dreyfus, elle fut déclinée en pin’s, en mascottes et en camion pub qui sillonnaient l’arrondissement. Il avait le robinet de Matignon! Des factures, je ne sais pas, mais comme il est avocat, ce devait être bien bordé… Moi, je n’étais plus au PS, et aux municipales, je n’ai pas voté pour cette mascarade. Les deux camarades du XVIIIeme avaient fait la campagne, en bon militants, mais j’ai appris qu’ils ont quitté après, dégoutés. Quand Dreyfus a gagné dans le 10e, en 95, je suis allé à la mairie. Les péhessueux faisaient la fête. Moi, j’étais content, malgré mon aversion pour le nouveau maire. Et puis j’avais été assesseur, toujours le même bureau de vote, et une fille du MDC, une Corse géniale, avait démasqué la fraude qui sévissait dans mon bureau qui, ainsi, pour la première fois, bascula à gauche. C’est moi qui avait alerté, j’étais très content du résultat. Dans la cohue, à la mairie, alors que je bavardais avec cette fille du MDC et une militante communiste avec qui je m’entendais bien, je les ai aperçus. Ils étaient là, sans vraiment être là… Et j’ai été méga triste, et j’ai pensé que les types comme Tony Dreyfus, ce sont des salopards. Dans ce parti, il y en a beaucoup. Mais pas seulement dans ce parti. Je les reconnais tout de suite, ils se ressemblent tous. Par exemple, chez les Verts, il y en a pas mal, vous voyez qui je veux dire ?
Je pense qu’hélas, c’est le lot de toutes les organisations. Et c’est également comme cela dans la communauté SIDA, où les subventions ont coulé à flot, où la dépendance au pouvoir politique s’est accrue au fur et à mesure que, succès des trithérapies aidant, les rangs se sont désertés. Et exactement comme pour le Péhess, la préservation de la structure et des postes l’emporte sur tout engagement. Le travail de Martine Aubry est, comme le travail du président de AIDES : la préservation de la structure. Et c’est malheureusement, aussi le cas pour ACT UP dont le militantisme tient lieu et de moyen, et de but. Je dis malheureusement car l’association a, dans ma génération, une place particulière, et malgré la grande cacophonie qu’elle est devenue, malgré son caractère brouillon, terriblement brouillon, elle n’en continue pas moins de soulever des sujets qui fâchent et que peu d’autres soulèvent, lui valant de ma part une sorte de respect très particulier.
ACT UP, c’est un peu pour moi comme LO. Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas moi. MAIS. Quand il ne reste rien d’autre, c’est un rappel de ce qu’est le message originel. LO est ma boussole politique, malgré le fait que je sois un socialiste totalement assumé, ne croyant pas à la révolution et, finalement même, ne la souhaitant pas : je n’aime ni Napoléon, ni Staline. Mais LO me rappelle à la réalité de la lutte de classe, à la réalité de la dépossession dont la grande majorité d’entre nous sommes victimes. Et je pense que le socialisme démocratique doit être refondé sur cette base. ACT UP, pour moi, c’est la même chose. Je les trouve ridicules, pathétiques. Mais il n’en demeure pas moins qu’ils sont les seuls à continuer de parler du SIDA chez les migrants, chez les sans papier, et à ne pas se satisfaire du consensus autours du relâchement des pratiques sexuelles. Et je pense que si de nouvelles associations pédés et SIDA devaient naitre, c’est sur cette base qu’elles devraient l’être.

Je suis maintenant à l’école. J’ai écrit hier, j’ai continué aujourd’hui. Ça fait un peu beaucoup, mais en fait, comme je n’avais pas écrit ici depuis longtemps, cela fait très peu à l’arrivée.
Dimanche, nous sommes allés à Nikko. Le temps était beau, ça a été une très très belle journée comme je n’en avais pas eu depuis longtemps, je veux dire, dans un endroit que je ne connaissais pas, avec du soleil, et un patrimoine qui me rappelle pourquoi je suis venu dans ce pays. Il a fallu se lever très tôt, prendre un train à sept heures du matin pour arriver vers neuf heures et quart alors que c’est en périphérie de la région du Kantô où se trouve Tôkyô… Mais cela valait la peine, nous avons pu regarder les premières feuilles d’érables et surtout admirer à quel point les couleurs du Tôshôgu, l’un des principaux sanctuaire de Nikkô, se marient admirablement bien avec le soleil.
Le soir, j’ai bavardé avec mon ami Stephane pendant trois heures via FaceTime, sur l’ordinateur. Impression d’avoir vraiment passé du temps avec lui. Bavardage, échange. J’étais fatigué le lendemain matin, mais heureux.
Bon, j’arrête ici, j’ai d’autres choses à écrire mais pour ce qui est de ce blog, je m’y sens au point.
De Tôkyô,
Madjid

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Madjid Ben Chikh Par Madjid Ben Chikh

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