葛西, mardi 29 janvier 2008

Une grosse boule dans le ventre.
Tres grosse.
Une angoisse. Des doutes.
Une aprehension, comment cela va t-il se passer.
L’angoisse. La peur.
Un truc nouveau, une direction nouvelle et pourtant aussi comme un retour a la normal.
Presque deux ans jour pour jour.
Je vais remettre les pieds dans un back-office. Je vais retrouver un bureau en panneau de particules recouvert de son plastique imitation bois teinte mat avec son caisson tiroir-dossiers suspendus a roulettes, l’ordinateur (Compac, Dell, Nec), unite centrale sous le plateau et ecran certainement plat, peut-etre deux ecrans d’ailleurs, un telephone sur le cote droite peut-etre, il y aura sans aucun doute une disposition en fleurs, delimitant un pole a qui est attribue une tache particuliere. On me donnera mes “users”, peut-etre un Americain blaguera et me demandera de ne pas faire perdre 5 milliards a la maison, on me montrera la salle fumeur, le four a micro onde, les machines a cafe, les machines a boisson, la salle de detente non-fumeur. Avec un peu de chance, du haut de mon trentieme etage a Roppongi je verrai la Tour de Tokyo et peut etre meme au dela la Baie de Tokyo. On me montrera peut etre comment on se protege si ca secoue, tout en oubliant de me dire comment on se sert des extincteurs, ils ne savent generalement pas, de toute facon. Et puis on me presentera a mes collegues, certains se leveront, d’autres ne se leveront pas, deja occupes au telephone mais me feront un petit signe de la main, d’un air de dire salut mec!, et moi je hocherai la tete, je sourirai, bien incapable de retrouver qui est qui, qui fait quoi dans cette valse de tetes inconnues, moi, le grand rescape du bateau NOVA, bien content que la banque me sauve encore une fois… J’en connais qui n’ont pas cette chance, et ils n’ont plus que leurs valises pour pleurer, euh, pour partir, excusez-moi.
Ce matin, je suis alle a Hello Work pour informer que j’avais trouve du travail. C’est l’ANPE japonaise. J’ai bavarde, en japonais bien sur, mais par moment, je me suis retrouve incapable de comprendre ni parler. Une boule dans le ventre, je vous dis.
Ca m’a pris hier en allant signer mon contrat, et depuis ca ne me quitte plus…
J’ai retrouve Yann, et il y avait Patrick egalement, professeur a Kichijoji. Enfin, avant… Pour eux, c’est le debut du chomage. Les interrogations fusent, informelles et mal posees. Ca fait mal, envisager de quitter sa vie sans l’avoir choisi. Le futur est un horizon raccourci en mal de mots.
Pour moi, le futur se dessine et prend la forme de cette boule dans le ventre. Reussir mon entree dans cette societe, dans ce service. Deux mois pour me faire une place. Un an pour trouver ma place. Et dans cinq ans le restaurant. Ca vous fait rire ? Moi, ca me plait bien…
Je suis rentre apres etre passe a l’Institut Franco-Japonais a Iidabashi ou j’ai reemprunte les Fantomas de 1913 ainsi qu’un OVNI, un film de 1961, realise par le grand Jean Rouch (dont je suis fan) et Edgard Morin (dont Sarkosy a devore la quatrieme de couverture). Un documentaire, les jeunes de 1961. On m’en avait parle, je suis heureux de pouvoir le regarder. J’ai egalement emprunte le numero Beauvoir du Magazine littereraire : je ne m’attends pas a y apprendre grand chose (je me suis contente de la lire…), mais sait on jamais. C’est de la nostalgie pour beaucoup de choses, et d’abord pour ces conversations d’un autre temps, avec Nicolas. Du temps du Punch Bar, juste apres Spont’Ex.
Tout a l’heure, j’ai repasse trois chemises. Et voila, il est 21 h 25, j’ecris et j’ai mal au ventre. Je n’ai pas un centime, bientot c’est le loyer, les factures… Mais au milieu de ce desastre reapparait la lueur du travail, et donc ma vie qui repartira. Pas avec le salaire que j’avais cru (voulu; je ne suis pas dupe de mes propres omissions) comprendre, mais avec un salaire correct et surtout des perspectives.
Je suis content mais j’ai fichtrement le trac. Comme il y a bien longtemps, pour mon premier travail chez Paribas…
Balzac etait un homme incroyable…

À propos de moi

Madjid Ben Chikh
Madjid Ben Chikh

Madjid Ben Chikh, auteur, bloggueur. A Tokyo depuis 2006.
Ce Blog, journal d'un solitaire sociable et moderne de Paris et Londres à Tokyo, depuis aout 2004.

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